Laurent Kestel, La conversion politique. Doriot, le PPF et la question du fascisme français, Paris, Raisons d’agir, février 2012, 200 pages. 

L’extrait, intitulé « Pour une sociologie de la conversion politique », est à télécharger ici.

 

Présentation de l’éditeur

Comment devient-on fasciste ? Qu’est qu’un « parti fasciste » ? Existe-t-il un fascisme français ?  Voilà l’enjeu de ce livre qui propose une histoire sociale du Parti Populaire Français, le PPF, et de ses principaux dirigeants dont Jacques Doriot. Rompant avec un jugement d’essence qui chercherait à définir  la nature d’un fascisme à la française, Laurent Kestel propose une analyse de la trajectoire d’un groupe de militants politiques qui, pris dans un jeu de forces en grande partie internes au parti communiste, a opéré une conversion politique et a été conduit vers des positions antirépublicaines et collaborationnistes.

Ce livre est une contribution importante à la sociologie politique des partis parce qu’il montre que les positions les plus extrêmes adoptées par Doriot et son parti ne sont pas liées à la singularité d’un individu ou d’un groupe d’individus extérieurs aux luttes politiques de leur temps qui auraient imposé leurs vues ; ces positions, au contraire, tirent leur force d’un apprentissage politique ordinaire, de savoir-faire militants, de carrières propres à des professionnels de la politiques qui, échouant en grande partie pour des raisons sociales dans leurs ambitions premières, reconvertissent ces compétences politiques parfois durement acquises au service d’intérêts et d’idéologies tout à fait différentes. La conversion en politique, la trahison même, procèdent d’une logique qui tient au fonctionnement interne de l’espace politique même.

 

Sommaire

Pour une sociologie de la conversion politique 5

Quelques remarques à propos de la « fascisation » de Doriot 7

En finir avec les typologies 11

Une histoire sociale du politique 14

Envisager sociologiquement la conversion politique 16

1. Genèse du Parti populaire français 21

Ce qu’adhérer au Parti communiste voulait dire en ces années-là (1920-1930) 23

Les logiques sociales de l’adhésion au Parti communiste 25

Le rapport à l’institution : une économie du don 34

Des intellectuels sans statut. Contribution à la sociogenèse du « non-conformisme » des années 1930 47

Héritiers déshérités et consacrés de l’institution scolaire 50

L’invention du « non-conformisme » 60

Naissance d’un chef 79

Des vocations illusoires 80

Février 1934 : ruptures avec le Parti 94

Genèse du Parti populaire français 107

Des utopies réactionnaires 109

Des rêves éveillés : décloisonner le champ politique 116

2. Le processus de conversion 137

Décrire et proscrire 139

Genèse du label fasciste 140

L’exclusion symbolique du champ politique 147

D’autres identités virtuelles 152

La cristallisation de l’identité politique 163

PPF-PSF, une comparaison impossible ? 164

Le Front de la liberté : les reclassements politiques 170

Éléments de la radicalisation politique 174

L’émergence de l’antisémitisme 178

De l’institution bâtarde à l’institution totale 191

Des savoir-faire importés 202

Formes de la domination politique 207

Vers l’institution totale 214

Conclusion 229

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