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Friedrich Engels est né le 28 novembre 1820 à Barmen (actuellement Wuppertal). Ami et collaborateur indéfectible de Karl Marx, inlassable militant révolutionnaire, il a très longtemps été considéré à l’égal de Marx comme l’un des fondateurs du marxisme. Pourtant, au XXe siècle, dans le marxisme hétérodoxe occidental, Engels a régulièrement été critiqué: il serait en effet à l’origine de la déviation scientiste et dogmatique du marxisme, et de ce fait responsable de tout ce qu’il y aurait à rejeter dans le marxisme. 

À l’occasion du bicentenaire d’Engels, nous nous proposons de revenir sur cette figure importante du marxisme. Dans le texte suivant, Michael Heinrich étudie la relation entre Marx et Engels à travers une analyse détaillée de la recension par Engels de la Contribution à une critique de l’économique politique (1859) de Marx.

Auteur de plusieurs ouvrages sur l’œuvre de Marx, Michael Heinrich participe au renouvellement récent de la lecture des textes de Marx [1], et est actuellement en train de réaliser une monumentale biographie intellectuelle de Marx, dont le premier tome est paru [2] (Karl Marx et la naissance de la société moderne. Biographie intellectuelle. Tome 1: 1818-1841, Les éditions sociales, 2019).

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Pendant longtemps, on a considéré que Marx et Engels formaient une unité indissoluble, tant sur le plan politique que scientifique. Ce que l’un d’entre eux avait écrit devait être valable pour les deux. Une telle conception a non seulement dominé le « marxisme-léninisme » de la ligne officielle du parti en Union soviétique, mais était largement diffusée chez de nombreux auteurs marxistes se situant bien au-delà de cette orthodoxie. Les premiers doutes sur cette unité ont été exprimés par Georg Lukács, qui a noté les différences entre Marx et Engels dans leurs conceptions de la dialectique et a critiqué en particulier la tentative d’Engels d’étendre la dialectique à la nature[3].

Depuis les années 1970, on a de plus en plus soupçonné toute l’œuvre tardive d’Engels, en particulier l’Anti-Dühring, non seulement de vulgariser, mais aussi de falsifier les analyses de Marx. Engels a ainsi été conçu comme le véritable initiateur d’un « marxisme » problématique, qui n’a plus grand-chose à voir avec la critique opérée par Marx. Les tenants d’une unité intellectuelle de Marx et Engels rétorquèrent que, malgré l’intensité de leurs échanges sur toutes les questions pendant des années, aucune divergence fondamentale n’est jamais apparue entre eux. Bien au contraire, non seulement Marx connaissait l’Anti-Dühring, mais il aurait également collaboré à sa rédaction avec Engels ; une partie de l’Anti-Dühring, dans la section sur l’économie, s’appuierait directement sur des travaux préparatoires rédigés par Marx.

Tout autant l’idée d’une unité complète de Marx et Engels d’un point de vue scientifique et politique, que l’image d’un Engels qui aurait appauvri et falsifié la critique marxienne me semblent intenables. Il n’existe pas seulement quantité de preuves frappantes des différences de conceptions entre Marx et Engels ; il serait aussi très inhabituel que deux esprits également remarquables, mais ayant des expériences et des intérêts scientifiques différents, parviennent à des réponses identiques sur toutes les questions scientifiques et politiques. Mais il est aussi grossièrement simplificateur de penser qu’Engels serait le seul responsable de l’appauvrissement de la critique marxienne. Tout comme on ne peut pas rendre Marx responsable du stalinisme, on ne peut pas non plus faire d’Engels l’origine de tout élément dogmatique dans le marxisme.

La relation intellectuelle entre Marx et Engels n’est pas seulement bien plus nuancée que ne le suggèrent les positions que nous venons d’exposer. Il faut également la préciser à chaque fois selon les différents domaines et thèmes, ainsi que selon les différentes époques, car Marx et Engels étaient tous deux capables d’apprendre très rapidement, de sorte que leurs conceptions ont évolué au fil du temps. La relation entre Marx et Engels sera étudiée en détail dans ma biographie de Marx[4]. Dans cet article, je n’aborderai qu’un petit épisode de cette relation la recension en deux parties qu’Engels fait du texte publié par Marx en 1859, Contribution à la critique de l’économie politique. Premier cahier[5].

Dans cette recension, Engels s’est surtout exprimé sur la méthode marxienne de critique de l’économie politique. Engels distingue une méthode « logique » d’une méthode « historique », mais pour parvenir ensuite à la conclusion qu’il y aurait un accord fondamental entre le développement logique et historique. De là provient, dans la réception, l’idée d’une « méthode logico-historique » (expression qu’Engels n’utilise nulle part), que pendant des décennies on a considérée comme « la méthode marxiste » ; les remarques d’Engels dans cette recension étaient alors utilisées comme de simples explications du texte de Marx. Une telle approche était courante non seulement dans le marxisme-léninisme soviétique[6], mais aussi chez des auteurs comme Ronald Meek ou Ernest Mandel[7].

Depuis la fin des années 1960, les nouveaux débats de critique de l’économie politique qui apparaissent accordent un rôle important non seulement au Capital, mais aussi aux Grundrisse et aux Résultats du processus de production immédiat [8] – l’Introduction de 1857 suscitant également un fort intérêt. On oppose à la conception engelsienne le fait que, dans le passage méthodologique de l’Introduction de 1857, Marx aboutit de toute évidence au résultat contraire : développement historique et exposition des catégories ne suivent justement pas des chemins parallèles [9].

Les tenants de l’unité de Marx et Engels ont essayé de minimiser cette contradiction évidente avec des arguments peu convainquants [10], alors que ceux qui critiquent cette unité se contentaient généralement d’identifier la contradiction, et de la prendre comme preuve de contresens fondamentaux d’Engels, sans jamais pour autant, en régle général, poser la question de savoir ce qui avait poussé Engels à tenir de tels propos [11].

I.

Engels était arrivé avant Marx à la critique de l’économie politique. Fils d’une famille d’industriels, il a pu très tôt prendre connaissance des affaires de famille et a suivi à la fin de ses études secondaires une formation de commercial. À l’âge de 18 ans, il avait déjà accompagné son père à Manchester, où ce dernier était associé dans une société. En 1844, Engels a participé aux « Annales franco-allemandes » avec son Esquisse d’une critique de l’économie nationale, un essai que Marx salue encore en 1859 dans son avant-propos de la Contribution à la critique de l’économie politique comme une « esquisse géniale »[12] et qu’il loue à nouveau plus tard dans le livre I du Capital. C’est notamment par cet essai qu’Engels a contribué à ce que le jeune Marx prenne la voie de la critique de l’économie.

Cependant, Marx rattrape déjà rapidement son retard dans les années 1840. Et à partir de 1850, alors qu’il est en exil à Londres, Marx entreprend une deuxième étude de l’économie – étude plus approfondie qu’on trouve tout d’abord dans les Cahiers londonniens rédigés entre 1850 et 1853. Ce n’est qu’à ce moment-là que Marx a dépassé l’utilisation purement critique des catégories de l’économie politique qui caractérisaient ses écrits des années 1840. Ce n’est qu’à Londres que Marx a développé une véritable critique des catégories économiques qui sera le trait de fabrique de sa critique de l’économie politique. Le premier résultat majeur de cette critique a été les Grundrisse, rédigés durant l’hiver 1857-58. C’est à partir de ces manuscrits que Marx écrit ensuite le « Premier cahier » de la Contribution à la critique de l’économie politique, qui paraît en 1859 et dont Engels fait alors la recension.

De nombreux auteurs, qui partent de l’idée d’une unité intellectuelle complète entre Marx et Engels, considérèrent ce texte d’Engels comme une étude géniale de la méthode de Marx. Mais ce faisant, les circonstances de sa rédaction ont totalement été ignorées. Pendant que, dans les années 1850, Marx se consacre avec ardeur à l’économie politique, Engels passait l’essentiel de son temps à Manchester dans l’entreprise “Ermen und Engels”, dans laquelle son père était associé. À cette époque, Engels n’y avait pas une position très enviable. Engels était vu avec beaucoup de suspicion (quand il ne faisait pas tout simplement l’objet de surveillances), tant par son père, qui n’était pas du tout d’accord avec les idées politiques de son fils, que par le partenaire de son père, Peter Ermen, ainsi que le frère de celui-ci, Gottfried. Avec l’argent qu’il gagnait, Engels a soutenu la famille Marx pendant des années et, avec le temps qui lui restait, il lui arrivait souvent d’écrire pour le New York Tribune des articles qui paraissaient sous le nom de Marx. Les articles pour le Tribune étaient la source de revenus la plus importante de Marx dans les années 1850. Engels n’avait donc plus de temps pour se consacrer à ses propres recherches en théorie économique. Cela apparaît clairement lorsque, dans une lettre à Engels datée du 2 avril 1858, Marx expose à son ami pour la première fois la manière dont il conçoit l’oeuvre qu’il prépare, et qu’il attend manifestement une discussion portant sur le fond. La réponse d’Engels le 9 avril 1858 est très brève, et souligne combien la pensée abstraite lui est devenue étrangère : « L’étude de ton abstract [résumé] du premier fascicule m’a pris beaucoup de temps, it is very abstract indeed [c’est en vérité un résumé très abstrait], ce qui ne peut être évité dans un exposé si bref ; et je suis souvent obligé de me donner beaucoup de peine pour chercher les transitions dialectiques car je me suis tout à fait déshabitué de all abstract reasoning [tout raisonnement abstrait] » [13].

Lorsque Marx lui demanda une bonne année plus tard, le 19 juillet 1859, d’écrire pour la semaine suivante une recension de la Contribution, qui était parue entre-temps [14], rien n’indique que la situation ait changé et qu’Engels ait eu plus le temps pour se consacrer à l’étude de l’économie. Engels ne réagit tout d’abord pas, si bien que Marx lui parle à nouveau de la recension le 22 juillet. Le 25 juillet, Engels répond, un peu à contrecœur, qu’il ne pourra pas livrer l’article dans la semaine : « cela représente du travail, et pour ça j’aurais dû avoir notice [être prévenu] un peu plus tôt » [15]. Il envoie, le 3 août, la première partie de sa recension à Marx – avec un malaise évident :

« Ci-joint le commencement de l’article sur ton livre. Revois-le soigneusement et, s’il ne te plaît pas in toto [dans son ensemble], déchire-le et dis-moi ton opinion. Faute d’exercice, j’ai tellement perdu l’habitude de ce genre de papiers que ta femme va beaucoup rire de ma maladresse. Si tu peux le retoucher, fais-le. Il serait tout indiqué de donner quelques exemples frappants de la conception matérialiste… » [16].

Comme les exemples suggérés par Engels sont introuvables et qu’on ne trouve pas de références dans la correspondance à des modifications apportées au texte, Marx a probablement publié le texte dans le journal tel qu’il l’avait reçu d’Engels [17]. Comme le montre la lettre d’Engels, il était bien moins convaincu de son texte que beaucoup de ses lecteurs au XXe siècle.

 

II.

La recension d’Engels devait paraître en trois parties dans Das Volk [Le Peuple], le journal de l’Association londonienne pour la formation des travailleurs allemands. Das Volk était à l’époque de fait (mais non pas officiellement) dirigé par Marx. La première partie, qui traite de la conception matérialiste de l’histoire esquissée dans l’Avant propos de l’ouvrage de Marx, paraît le 6 août 1859. La seconde partie, qui porte principalement sur la méthode, paraît le 20 août. La troisième partie, qui devait traiter de la marchandise et de l’argent, ne sera pas publiée car Das Volk a alors cessé de paraître pour des raisons financières. Il est probable qu’Engels n’ait pas écrit cette troisième partie.

Dans la première partie de la recension, Engels entreprend tout d’abord une réinscription historique de l’ouvrage de Marx. En raison de son retard économique, la bourgeoisie allemande, contrairement à la bourgeoisie anglaise, n’a alors pas encore produit de littérature économique. Mais le « parti prolétarien allemand » se trouve dans une toute autre situation : « C’est de l’étude de l’économie politique qu’était issue toute son existence théorique, et c’est à partir de son entrée en scène que date également l’économie allemande scientifique et autonome » [18]. Quand Engels parle ici du « parti prolétarien allemand », il ne pense pas à un parti au sens actuel du terme, c’est-à-dire une forme d’organisation fixe avec des statuts de parti, des membres et l’élection de permanents – un tel parti n’existait pas à l’époque – mais à tous ceux qui défendent consciemment les intérêts du prolétariat, tantôt comme individus, tantôt dans de petits groupes plus ou moins formels. Tous critiquaient, de manières différentes, les conditions économiques.

Ce que dit Engels dans la phrase qui suit ne s’applique cependant nullement à l’ensemble du « parti prolétarien allemand » : « Cette économie allemande repose essentiellement sur la conception matérialiste de l’histoire, dont les grands traits sont présentés dans l’Avant-propos de l’oeuvre citée plus haut » [19]. Cette conception matérialiste n’était nullement dominante. Au début du mouvement ouvrier allemand, les représentations religieuses, entre autres, occupaient une place importante.

C’est surtout Marx et Engels qui, à partir de la seconde moitié des années 1840, défendaient une telle « conception matérialiste de l’histoire » et cherchaient à l’imposer contre la critique moralisatrice du « socialisme vrai ». Ils y sont parvenus au sein de la Ligue des communistes avec le Manifeste communiste, mais celle-ci ne représentait alors qu’une petite partie du mouvement ouvrier. Engels lui-même mentionne que cette nouvelle conception s’est heurtée à la résistance non seulement de la bourgeoisie, « mais également de la masse des socialistes français qui veulent chambouler le monde à l’aide de la formule magique : liberté, égalité, fraternité » [20].

Lorsque Engels écrit à la fin de cette première partie qu’après la défaite de la révolution de 1848-49 « notre parti abandonna les chamailleries de l’émigration » aux autres et « était bien content de retrouver quelques moments de calme pour l’étude », il devient clair que par « notre parti » Engels désignait alors principalement Marx et lui-même. Cependant, l’affirmation selon laquelle ils n’auraient pas pris part aux chamailleries de l’émigration n’est pas tout à fait exacte. En 1852, alors en exil en Angleterre, Marx et Engels ont écrit un livre très détaillé sur ces chamailleries d’émigrants[21], qui, faute d’éditeur, n’a pas été imprimé et est resté, de ce fait, inconnu.

Le fait qu’Engels insiste avec tant de force sur la conception de l’histoire esquissée dans l’Avant-propos de Marx a certainement contribué au fait que, dans la réception, ce texte ait été considéré comme l’un des écrits fondateurs du « matérialisme historique ». Pourtant, dans son texte, Engels ne parle pas encore ici d’une grande théorie appelée « matérialisme historique », mais seulement d’une « conception » : la conception matérialiste de l’histoire. Il souligne ainsi qu’il s’agit d’une perspective déterminée dans l’étude de l’histoire, qui – Engels le met également en avant – doit toutefois d’abord être démontrée au moyen de faits matériels historiques concrets, car « on n’a pas ici affaire à de simples formules » [22].

 

III.

En s’occupant de la méthode dans la deuxième partie de sa recension – partie sur laquelle la réception au XXe siècle s’est concentrée – Engels suit les indications de Marx dans sa lettre du 19 juillet 1859 : « Quelque chose de court sur la méthode et sur ce qu’il y a de nouveau dans le contenu » [23]. Cependant, le problème est qu’on ne trouve absolument aucune remarque explicite sur la méthode dans l’ouvrage de Marx, et de même, dans sa lettre, Marx ne donne pas de précisions sur ce point.

Engels commence avec Hegel et la critique de la dialectique hégélienne. Pour les lecteurs de l’ouvrage de Marx, commencer ainsi a pu être quelque peu surprenant, car il ne s’y trouve aucune mention de la dialectique hégélienne. Pourquoi Engels fait-il référence à Hegel ? La réception de la philosophie hégélienne et sa critique – notamment dans le premier ouvrage commun de Marx et Engels La Sainte Famille – ont constitué des étapes décisives dans l’histoire de leur développement intellectuel respectif. En outre, Engels a été informé par diverses lettres de Marx que la confrontation avec Hegel a également joué un rôle très concret dans son élaboration de la Contribution. Le 16 janvier 1858 – Marx se consacrait alors au manuscrit des Grundrisse – il fait part à Engels de la chose suivante :

« Dans la méthode d’élaboration du sujet, quelque chose m’a rendu grand service : by mere accident [par pur hasard], j’avais refeuilleté la Logique de Hegel – Freiligrath a trouvé quelques tomes de Hegel ayant appartenu à l’origine à Bakounine et me les a envoyés en cadeau » [24].

Marx est encore plus clair dans sa lettre du 1er février 1858. Il remarque au sujet de l’ouvrage économique que projette d’écrire Ferdinand Lassalle :

« Je retiens de la note en question [une note du livre de Lassalle sur Héraclite, qui se réfère à l’analyse de la monnaie, M.H.] que notre bonhomme se propose d’exposer dans son 2e grand opus, l’économie politique selon la méthode hégélienne. Il s’apercevra à ses dépens que c’est une toute autre affaire que d’amener d’abord, par la critique, une science jusqu’au point où on peut l’exposer dialectiquement, ou d’appliquer un système de logique abstrait, clos, à des prémonitions d’un tel système précisément. » [25]

Avec cette dernière phrase, Engels pouvait sans difficulté reconnaître les propres intentions de Marx [26]. Le début de la deuxième partie de la recension se lit presque comme un commentaire de cette remarque. Engels commence par affirmer que la critique de l’économie de Marx ne vise pas seulement des questions isolées, mais la science économique dans son ensemble. C’est Hegel qui a réussi (ce qui n’aurait plus été fait depuis) à « développer une science dans l’ensemble de ses relations propres et internes » [27]. Cependant, poursuit Engels, « la méthode de Hegel, sous sa forme présente, était absolument inutilisable. Elle était essentiellement idéaliste […] Elle partait de la pensée pure et on devait ici partir des faits les plus têtus » [28]. Pourtant, la pensée hégélienne aurait pour fondement un important sens historique :

« Si abstraite et idéaliste que fût sa forme, le développement de sa pensée n’en était pas moins parallèle au développement de l’histoire mondiale, et ce dernier développement ne devait être à vrai dire que l’épreuve du premier » [29].

Ces déclarations soulèvent en réalité plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. D’une part, Engels assimile la philosophie hégélienne à un « idéalisme » étranger au monde et enfermé dans la « pensée pure ». D’autre part, il est contraint de reconnaître à quel point cette philosophie est tributaire du réel. Pour expliquer cet étrange constat, Engels affirme que le développement de la pensée hégélienne et le développement réel de l’histoire se sont déroulés « parallèlement ». Or si la méthode hégélienne est partie de la « pensée pure » et non des « faits », comment expliquer que le développement de la pensée hégélienne soit « parallèle au développement de l’histoire mondiale » ?

Avec sa thèse du parallélisme, Engels ne peut s’appuyer que de façon très limitée sur Hegel. Dans la Principes de la philosophie du droit, Hegel constatait : « …il peut se faire que l’ordre temporel d’apparition effective soit pour partie différent de l’ordre du concept. Ainsi, on ne peut pas dire, par exemple, que la propriété ait été là avant la famille, et cependant il en est traité avant cette dernière » [30]. Les Leçons sur l’histoire de la philosophie de Hegel pourraient plutôt abonder dans le sens de l’interprétation d’Engels. Dans l’introduction, Hegel affirme que « la succession des systèmes de la philosophie est en histoire la même que la succession des déterminations de la notion de l’Idée en sa dérivation logique » [31].

Cependant, il limite immédiatement ce parallélisme, précisant de façon quelque peu cryptique qu’« il est vrai aussi que d’un côté la succession, comme succession temporelle dans l’histoire, se distingue de la succession dans l’ordre des concepts. Mais montrer ce côté nous détournerait trop de notre objet » [32]. Il en arrive alors au point décisif : « … pour reconnaître dans la forme et le phénomène empiriques que revêt historiquement la philosophie sa succession comme développement de l’Idée, il faut au préalable posséder la connaissance de l’Idée… » [33]. En d’autres termes : le prétendu parallélisme du développement historique des systèmes philosophiques et du développement logique des déterminations de l’idée ne peut être reconnu que lorsque le développement logique de l’idée a déjà été compris. Le parallélisme n’est donc nullement un résultat direct, mais plutôt un résultat médiatisé – sans qu’Hegel en fasse un fondement de sa présentation de l’histoire de la philosophie.

Le problème fondamental qu’il y a à vouloir faire coïncider l’« idéalisme » de la philosophie de Hegel avec son ancrage dans le réel me semble consister en ce que la philosophie hégélienne ne peut fondamentalement pas simplement être appelée « idéaliste » (appellation que l’on retrouve non seulement chez Engels, mais aussi chez Marx). Pour les contemporains de Hegel, une telle classification était loin d’être évidente. On peut encore lire en 1848 dans le Wigand’s Conversations-Lexikon [34], à l’entrée « idéalisme », que Hegel ne peut justement pas être qualifié d’idéaliste (tome 6 : 872). Ce déficit dans la caractérisation de Hegel, tant chez Marx que chez Engels, ne peut cependant pas être approfondi ici, et je traiterai ce sujet en détail dans le deuxième volume de ma biographie de Marx.

Après sa description de la philosophie hégélienne, Engels revient – très brièvement – sur la critique marxienne de Hegel. Marx aurait été le seul à avoir pu « s’astreindre au travail d’extraction du noyau de la logique hégélienne, qui renferme les découvertes effectives de Hegel dans ce domaine, et à la mise au point de la dialectique, dépouillée de ses enveloppes idéalistes, sous la figure simple dans laquelle elle est la seule forme juste du développement de la pensée » [35]. L’expression par laquelle Engels caractérise la critique de Marx reste complètement vague. Ni la « figure simple » de cette méthode, ni non plus les conséquences qu’elle a sur la critique de l’économie politique ne sont précisées. Il ne fait pas beaucoup plus qu’affirmer que Marx serait parvenu à critiquer Hegel et qu’il aurait conservé ce qui devait être conservé de Hegel.

IV.

Le paragraphe suivant a été décisif dans l’histoire de la réception de la recension d’Engels. Selon lui, la critique de l’économie politique peut être appliquée ou bien « historiquement » ou bien « logiquement ». Engels ne précise pas explicitement ce qu’il entend par « historique » et « logique » ; nous devons le déduire de ses déclarations : « Puisque dans l’histoire, de même que dans son reflet littéraire, le développement progresse en gros des rapports les plus simples aux plus complexes, le développement historico-littéraire de l’économie politique offrait un fil conducteur auquel la critique pouvait se rattacher, et en gros les catégories économiques y apparaîtraient dans le même ordre que dans le développement logique » [36].

« Historique » apparaît ici sous deux formes : en tant qu’histoire économique réelle et en tant que son « reflet littéraire », c’est-à-dire l’histoire des théories économiques. Le « développement logique » des catégories consiste apparemment en une représentation qui progresse des conditions les plus simples aux plus complexes. Mais que sont les conditions « simples » ? Cela concerne-t-il le processus de travail ? S’agit-il de la marchandise ? De l’argent ? Ou bien est-ce l’interaction des trois facteurs de production que sont le travail, le capital et la terre ? La relation « simple » et la catégorie exprimant cette relation sont tout sauf évidentes, leur détermination est elle-même encore un acte sous-tendu par une théorie. On ne peut absolument pas trancher sur la base de la seule description d’une séquence factuelle la question de savoir si l’histoire économique et son reflet littéraire commencent réellement par les relations les plus simples.

Bien qu’Engels considère le « développement historico-littéraire » comme un « fil conducteur », il constate dans le même paragraphe que la représentation ne peut pas s’y orienter, car l’histoire va souvent « par sauts et zigzags ». Engels en conclut : « Seul le mode de traitement logique avait donc ici sa place. Mais celui-ci n’est en fait rien d’autre que le mode de traitement historique dépouillé seulement de la forme historique et des contingences perturbatrices. C’est avec ce par quoi commence l’histoire que doit nécessairement commencer le cheminement des idées, et sa poursuite plus avant ne sera rien d’autre que le reflet, sous une forme abstraite et théoriquement conséquente, du processus historique… » [37].

Le mode d’exposition « logique » devient ici une exposition « historique » corrigée : un développement historique sans « zigzag ». C’est ainsi qu’a été comprise à partir de ce texte la « méthode logico-historique » au XXe siècle, et ceux qui supposaient une unité intellectuelle de Marx et Engels l’attribuèrent aussi à Marx.

Les critiques de cette conception n’eurent que peu de peine à se donner. Dans l’Introduction de 1857, Marx avait examiné en détail la relation entre l’apparition historique et le développement logique des catégories et était parvenu au résultat suivant :

« Il serait donc à la fois infaisable et faux de faire se succéder les catégories économiques les unes à la suite des autres dans la succession où elles furent historiquement tour à tour déterminantes. Leur ordre est bien plutôt déterminé par la relation qu’elles ont les unes aux autres dans la société civile bourgeoise moderne et qui est précisément l’inverse de ce qui apparaît comme leur ordre naturel ou correspondant à la série que constitue le développement historique » [38].

 

V.

Ce qui nous importe, c’est en premier lieu de comprendre comment Engels en est arrivé à sa conception du parallélisme du développement des catégories logiques et historiques (littéraires). Une raison importante me semble être le manque de communication entre Marx et Engels. Bien qu’ils aient échangé quantité de lettres au sujet des problèmes politiques de l’époque, des actions des amis ainsi que de leurs opposants, on n’y trouve aucune véritable discussion portant sur les questions théoriques de la critique de l’économie politique.

Marx n’a donné que très peu d’informations sur son travail. Il n’a jamais envoyé à Engels un manuscrit inachevé pour en discuter avec lui. Engels n’a jamais vu ni les Grundrisse ni le manuscrit de la Contribution. Et par la suite, cela ne changea pas. Engels a eu le texte du Livre I du Capital pour la première fois entre ses mains lorsque Marx lui en envoie les épreuves [39]. Dans la correspondance des années 1850 et 1860, on trouve plusieurs exemples de Marx s’appuyant sur les connaissances d’Engels en matière de commerce, mais aucun véritable débat théorique n’a lieu entre eux deux. Par conséquent, au moment de la mort de Marx, Engels ne savait pas du tout dans quel état d’élaboration se trouvaient les livres 2 et 3 du Capital ; il n’en prend connaissance que lorsqu’il examine les manuscrits laissés par Marx [40].

Le premier et unique compte-rendu un peu détaillé sur le projet de la Contribution se trouve dans la lettre de Marx à Engels du 2 avril 1858, mentionnée ci-dessus. Marx commence par exposer son projet de plan en six livres (capital, propriété foncière, travail salarié, État, commerce international, marché mondial) et ajoute comme explication :

« La transition du capital à la propriété foncière est en même temps historique, puisque la forme moderne de la propriété foncière est le produit de l’action du capital sur la propriété foncière féodale, etc. De même, le passage de la propriété foncière au travail salarié n’est pas seulement dialectique, mais aussi historique, puisque le dernier produit de la propriété foncière moderne est l’instauration généralisée du travail salarié, qui, ensuite, apparaît comme la base de toute cette merde » [41].

De la même manière, Marx écrit lors de la présentation de la détermination de l’argent « comme argent » :

« La circulation simple de l’argent n’implique pas le principe d’auto-reproduction, et renvoie donc à d’autres catégories qui se situent au-delà d’elle-même. Dans l’argent – comme le montre le développement de ses déterminations – est posée l’exigence de la valeur qui entre dans la circulation, s’y conserve et en même temps l’implique : le capital. Cette transition est aussi historique. La forme antédiluvienne du capital est le capital de négoce, qui développe toujours de l’argent. En même temps, naissance du véritable capital à partir de l’argent ou du capital commercial qui s’empare de la production » [42].

Si l’on ne connaît, comme Engels, que cette lettre, on peut aisément en arriver à l’idée que Marx suppose un parallélisme systématique du développement « logique » (dialectique-conceptuel) des catégories et de la manière dont les conditions économiques correspondant à ces catégories s’imposent. Mais comme le montre l’Introduction de 1857, Marx ne supposait justement pas un tel parallélisme : parfois, le développement historique peut correspondre à l’ordre des catégories dans le développement conceptuel, et parfois c’est exactement le contraire. Les passages cités de sa lettre sur les transitions « historiques » n’avaient aucune portée systématique, constitutives de son mode d’exposition ; il s’agissait, pour ainsi dire, d’observations complémentaires, ce qui ne pouvait pas être compris par Engels sur la base de cette seule lettre.

La question du parallélisme du développement historique et conceptuel des catégories n’était pas du tout centrale pour Marx. Comme l’indique clairement la version primitive de 1858 (parfois appelée Urtext de la Contribution), il s’intéressait à une toute autre question concernant la relation entre le développement conceptuel et historique. Vers la fin de la version primitive, Marx écrit : « On voit, à ce point, de façon précise, combien la forme dialectique de l’exposé n’est juste que lorsqu’elle connaît ses limites. » [43]. Marx traite ici de l’existence du « travailleur libre », c’est-à-dire des travailleuses et travailleurs qui sont, en tant que personnes, légalement libres de vendre leur force de travail et qui sont en même temps dépourvus de moyens de subsistance et de production, de sorte qu’ils sont contraints de vendre leur force de travail. C’est une condition historique préalable « de la naissance et plus encore de l’existence du capital en tant que tel » [44], qui ne peut être déduite dialectiquement.

La « forme dialectique de l’exposé » suppose que le capital existe déjà, elle peut montrer les déterminations immanentes du capital et sa dynamique immanente (comme le développement des forces productives, l’accumulation, la propension à la crise), et elle peut aussi exposer clairement sur quelles conditions préalables le capital repose (l’existence de travailleurs « libres »). Cependant, seule une analyse historique peut montrer comment ces conditions préalables se sont mises en place, et c’est alors que la « forme dialectique de l’exposé » ne suffit plus, que la vision historique devient une partie de l’exposé. Dans le livre I du Capital, cela se produit dans le cadre de l’analyse de « l’accumulation primitive » – après que les déterminations du procès de production capitaliste ont été exposées.

Une autre limite de la représentation dialectique apparaît dans le Capital : l’analyse conceptuelle a montré clairement que les limites de la journée de travail ne peuvent pas être déterminées conceptuellement, elles sont le résultat de la lutte entre capitalistes et travailleurs. En d’autres termes, la durée de la journée de travail est un résultat historique qui ne peut être expliqué que par une analyse historique. L’analyse historique fait donc partie de la présentation de la critique de l’économie politique, mais à des moments et dans des conditions qui ne s’obtiennent que par un traitement « logique ». Cela n’a plus rien à voir avec la recherche de parallèles entre l’évolution « logique » et « historique », comme l’envisageait Marx dans sa lettre du 2 avril 1858.

L’autre signification de l’« historique » tel qu’Engels l’expose dans sa recension, le « développement historico-littéraire » et son parallèle avec le développement « logique » des catégories, est dans une certaine mesure suggéré dans la Contribution : après avoir traité d’une catégorie, Marx expose l’évolution historique des théories sur cette catégorie. L’analyse de la marchandise dans le premier chapitre est suivie par la section « Historique de l’analyse de la marchandise », après l’analyse de la monnaie comme mesure des valeurs suit la section « théories de l’unité de mesure de la monnaie », et à la fin du chapitre sur la monnaie vient la section « Théories sur les moyens de circulation et la monnaie ».

Dans les Manuscrit 1861-63, qui étaient conçus comme prolongement direct de la Contribution, les Théories sur la plus-value se trouvent après l’analyse du capital et de la plus-value. Une telle analyse fragmentée présuppose que les théories des différentes catégories peuvent être présentées largement indépendamment les unes des autres et dans le même ordre que le développement « logique » des catégories, ce qu’Engels a donc interprété comme un parallélisme du développement historico-littéraire et logique.

Mais en travaillant sur les « théories sur la plus-value », il est alors apparu clairement à Marx que cette historiographie fragmentée de la théorie n’était plus praticable : les théories de la plus-value – une catégorie dont l’économie bourgeoise ne disposait pas explicitement, et qui était, au mieux, présente implicitement – ne pouvaient être formulées du tout, du moins pas sans les « théories du profit ». C’est donc pourquoi Marx abandonne le projet d’écrire une histoire de la théorie séparée pour chaque catégorie individuelle, lorsqu’il rédige le Capital à partir de 1863. Une « histoire de la théorie » devait être réunie dans un volume séparé, le Livre IV du Capital [45].

***

Ni Marx ni Engels ne sont jamais revenus sur cette recension. Ceux qui croient en l’unité intellectuelle complète de Marx et Engels concluent du silence de Marx qu’ils sont en accord : Marx connaissait la recension et ne l’a pas contredite, il doit donc l’avoir acceptée comme une présentation adéquate de ses propres positions – ainsi va l’argument habituel. Il me semble que c’est plutôt le contraire qui est vrai. Marx appréciait Engels à la fois comme scientifique et comme ami qui l’a soutenu tout au long de sa vie, tant matériellement que dans ses recherches.

Chaque fois que cela était possible, Marx a essayé de citer les écrits d’Engels. Dans le livre I du Capital, l’Esquisse d’une critique de l’économie nationale de 1844 d’Engels est citée quatre fois, sa Situation de la classe laborieuse en Angleterre de 1845 onze fois, et son essai de 1850 sur la loi anglaise des dix heures, deux fois. Le fait qu’il n’ait pas cité une seule fois la recension d’Engels pèse d’autant plus lourd que dans la postface de la deuxième édition, il aborde précisément les problèmes méthodologiques de l’exposition, ainsi que son rapport à la philosophie hégélienne, thèmes centraux dans la recension d’Engels. S’il avait partagé l’avis d’Engels, il aurait probablement été heureux de citer alors son analyse. Cependant, le fait qu’il l’ait évité suggère qu’il n’était pas en accord.

La recension d’Engels n’est donc ni un traité génial sur la méthode marxienne, ni une lecture appauvrissante la critique marxienne de l’économie politique, ouvrant inéluctablement la voie à son appauvrissement croissant. Dans sa recension, Engels a dû prendre position sur des questions qu’il n’avait pas étudiées lui-même depuis longtemps, et sur lesquelles il connaissait très peu l’état des réflexions de Marx. À partir des quelques indices dont il disposait, il a essayé – dans un délai très court – de faire du mieux qu’il pouvait. Grâce à notre connaissance beaucoup plus complète des textes de Marx et de l’évolution des questions qu’il se posait, comme par exemple la disparition progressive de la question des transitions dialectiques et historiques, il nous est facile aujourd’hui d’identifier les erreurs et les insuffisances de la recension d’Engels. Mais la considérer simplement comme la première expression d’un appauvrissement progressif, voire d’une falsification de l’œuvre de Marx, c’est ignorer les conditions dans lesquelles elle a été écrite, ainsi que le rôle qu’ont pu effectivement jouer les déclarations de Marx dans les erreurs qu’a faites Engels.

*

Traduit de l’allemand par Ivan Jurkovic. 

Illustration : photo tirée du film de Raoul Peck « Le jeune Marx »

 

Sigles

HW: Georg Friedrich Wilhelm Hegel, Werke in 20 Bänden, Frankfurt/M.: Suhrkamp 1970

MEGA: Karl Marx, Friedrich Engels, Gesamtausgabe, Berlin: Walter de Gruyter

MEW: Karl Marx, Friedrich Engels, Werke, Berlin: Dietz

 

Notes

[1] Voir en français, Michael Heinrich, Comment lire Le Capital de Marx ? Introduction à la lecture et commentaire du début du Capital, Toulouse, Smolny, 2015, 318 p., 20€ ; et Michael Heinrich, Alix Bouffard Alix, Alexandre Féron et Guillaume Fondu, Ce qu’est Le Capital de Marx, Paris, Les Éditions sociales, coll. « Les parallèles », 2017, 152 p., 11 €.

[2] Voir à ce sujet sur Contretemps, “Biographie de Marx et travail théorique. Entretien avec Michael Heinrich” (https://www.contretemps.eu/michael-heinrich-biographie-marx/#sdfootnote3sym).

[3]Georg Lukács, Histoire et conscience de classe [1923], trad. K. Axelos et J. Bois, Éditions de Minuit, 1960, p. 33.

[4] Michael Heinrich, Karl Marx et la naissance de la société moderne. Biographie intellectuelle. Tome 1: 1818-1841 [2018], trad. V. Béguin, A. Bouffard, G. Fondu, C. Fradin et J. Quétier, Les éditions sociales, 2019.

[5]Karl Marx, Contribution à la critique de l’économie politique, trad. G. Fondu et J. Quétier, Les éditions sociales, 2014. La recension d’Engels se trouve pp. 221-229.

[6]Comme par exemple chez Zeleny (Die Wissenschaftslogik bei Marx und « Das Kapital », Berlin, Akademie Verlag, 1968) et Rosental (Die dialektische Methode der politischen Ökonomie von Karl Max, Berlin, Dietz, 1973).

[7]Ronald Meek, Studies in the Labour Theory of Value, New York, Monthly Review Press, 1956, p. 148 s ; Ökonomie und Ideologie. Studien zur Entwicklung der Wirtschaftstheorie, Frankfurt/M., EVA, 1973, p. 130 s ; Ernest Mandel, Introduction, dans Karl Marx, Capital Volume 1, Harmondsworth, Penguin, 1973, p. 21 s.

[8] Karl Marx, Le chapitre VI, manuscrits de 1863-1867, trad. G. Cornillet, L. Prost, L. Sève, Les éditions sociales, 2010.

[9]Voir par exemple Helmut Reichelt, Zur logischen Struktur des Kapitalbegriffs bei Karl Marx, Frankfurt/M., EVA, 1970, p. 233 s ; Hans-Georg Backhaus, Materialien zur Rekonstruktion der Marxschen Werttheorie 2, dans Gesellschaft. Beiträge zur Marxschen Theorie 3, Frankfurt/M., Suhrkamp, 1975, p. 139 s.

[10] Comme par exemple Klaus Holzkamp (Die historische Methode des wissenschaftlichen Sozialismus und ihre Verkennung durch J. Bischoff, dans Das Argument 84, Jg. 16, H. 1/2, 1974, p. 1–75) dans sa réponse à Joachim Bischoff (Gesellschaftliche Arbeit als Systembegriff. Über wissenschaftliche Dialektik, Westberlin, VSA, 1973).

[11]La discussion la plus complète et la plus nuancée de la recension d’Engels dans l’espace germanophone a été proposée par Heinz Dieter Kittsteiner (« Logisch » und « Historisch ». Über Differenzen des Marxschen und des Engelsschen Systems der Wissenschaft (Engels’ Rezension « Zur Kritik der politischen Ökonomie » von 1859), dans IWK, Jg. 13, H. 1, 1977, p. 1–47), qui cherche à retrouver les raisons derrière les conceptions de Marx et Engels. Sur de nombreux points, je suis en accord avec l’argumentation de Kittsteiner. Cependant, sa tentative d’attribuer à l’origine de toutes les différences entre Marx et Engels un concept différent de science est, à mon avis, discutable, car Kittsteiner est amené pour cela à rapprocher les déclarations d’Engels dans sa recension avec son livre Ludwig Feuerbach und der Ausgang der klassischen deutschen Philosophie [Ludwig Feuerbach et la sortie de la philosophie allemande classique], qui a été écrit plus de 25 ans plus tard, comme si les écrits d’Engels étaient une œuvre unifiée et cohérente. En fait, nous ne disposons pas de documents permettant d’établir ce qu’était la conception de la science d’Engels à la fin des années 1850. Parmi les contributions en langue anglaise à propos de la recension d’Engels, celle d’Arthur (Engels as Interpreter of Marx’s Economics, dans Christopher J. Arthur, (dir.), Engels Today. A Centenary Appreciation. London, Macmillan, 1996, p. 179–188) mérite une attention particulière, bien que l’auteur n’ait pas pu prendre connaissance de l’intense débat allemand des années 1970, les textes n’étant alors pas traduits.

[12]MEGA II/2 : 101 ; MEW 13 : 10, Contribution à la critique de l’économie politique, Les éditions sociales, 2014, p. 64.

[13]MEGA III/9 : 126 ; MEW 29 : 319., Karl Marx, Friedrich Engels, Correspondance, tome 5, 1857-1859, Éditions sociales, 1975, p. 175 s..

[14]cf. MEGA III/9 : 515 ; MEW 29 : 460, Karl Marx, Friedrich Engels, Correspondance, tome 5, op. cit., p. 361.

[15]MEGA III/9 : 522 ; MEW 29 : 464, Karl Marx, Friedrich Engels, Correspondance, tome 5, op. cit., p. 365.

[16]MEGA III/9 : 534 ; MEW 29 : 468, Karl Marx, Friedrich Engels, Correspondance, tome 5, op. cit., p. 369.

[17]Contrairement donc à l’affirmation des éditeurs dans la réédition de la recension en annexe de la Contribution (Éditions sociales, 2014) qui écrivent : « Il est probable que l’auteur de la Contribution soit également pour une bonne part celui de ladite recension. » (p. 221) [NdT].

[18]MEGA II/2 : 247 ; MEW 13 : 469, Contribution…, Les éditions sociales, 2014, p. 222.

[19]Ibid.

[20]MEGA II/2 : 249 ; MEW 13 : 471, ibid. p. 223.

[21] Karl Marx, Friedrich Engels, Les grands hommes de l’exil, Agone, 2015.

[22]MEGA II/2 : 249 ; MEW 13 : 471, ibid. p. 224.

[23]MEGA III/9 : 515 ; MEW 29 : 460, Correspondance, op. cit., p. 361.

[24] MEGA III/9 : 24 s. ; MEW 29 : 260, Correspondance, tome 5, op. cit., p. 116.

[25] MEGA III/9 : 52 ; MEW 29 : 275, Correspondance, tome 5, op. cit., p. 129.

[26]Dans une lettre à Lassalle écrite trois semaines plus tard, le 22 février 1858, Marx caractérise son entreprise comme suit : « L’œuvre dont il s’agit tout d’abord, c’est la critique des catégories économiques, ou bien, if you like [si tu veux], le système de l’économie bourgeoise présenté sous une forme critique. C’est à la fois un tableau du système, et la critique du système par l’exposé lui-même. » (MEGA III/9 : 72 ; MEW 29 : 551, Correspondance, tome 5, p. 143). Cependant, Engels ne connaissait pas cette déclaration de Marx, qui est très fréquemment citée aujourd’hui et qui nomme bien plus clairement que la lettre citée précédemment le rapport de la critique à l’exposition au travers de laquelle elle est conduite..

[27]MEGA II/2 : 250 ; MEW 13 : 472, Contribution à la critique de l’économie politique, op. cit., p. 225.

[28]MEGA II/2 : 250 ; MEW 13 : 472, Contribution à la critique de l’économie politique, op. cit., p. 226.

[29]MEGA II/2 : 251 ; MEW 13 : 473, Contribution à la critique de l’économie politique, op. cit., p. 226.

[30]HW 7 : 86, §32 addition, GWF Hegel, Principes de la philosophie du droit (1821), addition au § 32, trad. J.-F. Kervégan, Paris, PUF, 2013, p. 680.

[31]G.W.F. Hegel, Leçons sur l’histoire de la philosophie, Gallimard, 2007, p. 50.

[32]Ibid.

[33]Ibid.

[34]Otto Wigand a été l’éditeur de nombreux écrits des Jeunes Hégéliens, et a également publié la Situation de la classe laborieuse en Angleterre d’Engels.

[35]MEGA II/2 : 252 ; MEW 13 : 474, Contribution à la critique de l’économie politique, op. cit., p. 227.

[36]MEGA II/2 : 252 ; MEW 13 : 474f., ibid.

[37]MEGA II/2 : 253 ; MEW 13 : 475, Ibid.

[38]MEGA II/1.1 : 42 ; MEW 42 : 41, Contribution à la critique de l’économie politique, op. cit., p. 54.

[39]Voir au sujet de cette étape de l’élaboration du Capital, Michael Heinrich, Ce qu’est le Capital de Marx, Les éditions sociales, 2017, p. 47-48. [NdT]

[40]Voir ses lettres à Lavrov du 2 avril 1883 (MEW 36 : 3), à Nieuwenhuis du 11 avril 1883 (MEW 36 : 7) et à Bernstein du 14 avril 1883 (MEW 36 : 9).

[41]MEGA III/9 : 122, MEW 29 : 312 , Correspondance, tome 5, op. cit., p. 171.

[42]MEGA III/9 : 125 ; MEW 29 : 317, Correspondance, tome 5, op. cit., p. 174.

[43]MEGA II/2 : 91, Contribution à la critique de l’économie politique, Éditions sociales, 1957, p. 253.

[44]Ibid.

[45]Ce volume n’a jamais été écrit. Comme les Théories sur la plus-value doivent leur existence à la conception par la suite abandonnée d’une histoire des catégories isolées, elles ne peuvent pas non plus – contrairement à une opinion répandue – être considérées comme un projet pour ce quatrième livre du Capital.

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