Nous reprenons ci-dessous la présentation par Sebastian Budgen de la biographie de Lénine par Tony Cliff – traduite par Jean-Marie Guerlin (que nous remercions chaleureusement au passage pour son travail). 

Cette présentation figure dans le guide de lecture que la revue Période a publié sur la Révolution russe. A noter que Période a initié depuis quelques mois la publication d’une série de remarquables guides de lecture sur une large variété de thématiques. 

 

Présentation

Ce livre représente sans doute la tentative la plus aboutie d’une histoire militante.

Tony Cliff fut le fondateur du courant International Socialism, courant hétérodoxe qui rompt dans les années 1950 avec l’orthodoxie trotskiste sur la base d’une divergence profonde autour de la nature de classe de l’URSS. Cliff défendait la thèse selon laquelle l’URSS est une forme de capitalisme d’État et non un État ouvrier dégénéré et n’était donc pas, à ce titre, un État à défendre qualitativement. C’est un courant qui partageait beaucoup d’hypothèses avec d’autres courants à l’international, ceux de CLR James ou de Raya Dunayevskaya aux États-unienne, ou avec « Socialisme et Barbarie » en France. Tout le milieu antistalinien de gauche s’y est peu ou prou retrouvé.

Le courant a d’abord existé pendant une dizaine d’années sous la forme d’une organisation aux contours assez flous, plus ou moins fédérative et luxembourgiste ou sergiste dans la pratique. Le concept de « léninisme libertaire », développé par Marcel Liebman dans son livre Le Léninisme sous Lénine, lui convenait bien. Puis cette organisation s’est développée assez rapidement dans les années 1970 et est devenue l’organisation trotskiste la plus importante du Royaume-Uni. Elle commence à avoir une existence non-groupusculaire et change de nom en 1977 pour devenir le Socialist Workers Party,changement qui porte en lui l’espoir d’une croissance plus importante.

Pendant cette période Tony Cliff revient sur l’histoire de Lénine avec un long livre en trois tomes.

Il montre combien Lénine est obsédé par l’organisation et la création d’une organisation politique, à la différence de figures comme Trotski, par exemple, qui était un électron libre durant toute la première partie de sa vie. Cliff entend montrer que cette obsession passe par une fermeté sur les principes et une flexibilité sur la tactique. Il met l’accent sur la manière dont Lénine tord le bâton d’une situation à une autre. Il décide que la conjoncture a changé qualitativement, que toute une série de conclusions stratégiques et tactiques s’ensuivent et qu’il faut alors changer de cap et décider d’une nouvelle orientation.

Il n’est pas anodin que Cliff écrive là-dessus puisque c’est ce qu’il essaie de faire lui-même avec le SWP à la même époque. Il y a donc une large part de projection dans ces écrits. C’est une approche intéressante mais très située, avec le danger de réduire Lenine à un tacticiste. Ce qui est le reproche fait par Lars Lih dans Lénine. Une biographie (Les prairies ordinaires, 2015), dans lequel celui-ci met au contraire l’accent sur la continuité de la pensée de Lénine et notamment la continuité organique par rapport à Kautsky et à des courants de la social-démocratie allemande.

Pour Cliff, 1917 est la mise en pratique de la flexibilité tactique de Lénine. Un des aspects tranchants de Lénine vient du fait qu’il mène des luttes politique au sein de sa propre organisation, souvent contre ses propres cadres et souvent contre des cadres très expérimentés. À suivre Cliff, il existerait selon Lénine un conservatisme organisationnel contre lequel il faut lutter constamment. L’histoire de 1917 est celle de la levée de jeunes ouvriers radicalisés qui rejoignent le parti bolchevik et qui sont prêts à entendre les thèses d’avril de Lénine selon lesquelles le parti doit prendre le pouvoir, alors que les cadres très expérimentés sont dubitatifs.

La thèse est que Lénine est en guerre permanente contre sa propre organisation et essaie de briser son enkystement dans la routine, dans tout ce qui ne reconnaît pas la spécificité de la situation. C’est une vision assez volontariste de Lénine, d’un Lénine qui construit une organisation dynamique. L’organisation est en évolution constante car il y a des luttes idéologiques et politiques à mener constamment au sein de l’organisation.

 

Sommaire

Le premier chapitre : « Lénine devient marxiste ». 

Le deuxième chapitre : « Du cercle d’étude marxiste au mouvement gréviste »

Le troisième chapitre : « Vers la construction du parti ». 

Le quatrième chapitre : « Que faire ? ». 

Le cinquième chapitre : « Le congrès de 1903 : naissance du bolchevisme »

Le sixième chapitre : « La lutte contre les libéraux ». 

Le septième chapitre : « La Révolution de 1905 ».

Le huitième chapitre : « Ouvrez les portes du parti »

Le neuvième chapitre : « Lénine et l’insurrection armée »

Le dixième chapitre : « La discussion sur le gouvernement provisoire révolutionnaire »

Le onzième chapitre : « Le moujik se révolte »

Le douzième chapitre : « La grande répétition générale ». 

Le troisième chapitre : « Victoire de la réaction noire ».

Le quatorzième chapitre : « Stratégie et tactique (Lénine apprend de Clausewitz) ».

Le quinzième chapitre : « Semi-unité avec les mencheviks »

Le seizième chapitre : « Lénine exclut les gauchistes »

Le dix-septième chapitre : « La rupture finale avec le menchevisme ». 

Le dix-huitième chapitre : « La montée de la vague révolutionnaire ». 

Le dix-neuvième chapitre : « La Pravda ». 

Le vingtième chapitre : « Le parti bolchevik devient un parti de masse »

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