A l’occasion du centenaire de la Révolution russe, nous publions en feuilleton – tout au long de l’année – la biographie politique que le théoricien et militant marxiste Tony Cliff a consacrée à Lénine (traduite par Jean-Marie Guerlin). Le premier volume de cette biographie s’intitule Construire le parti.

Lire le premier chapitre ici : « Lénine devient marxiste ». 

Le deuxième chapitre : « Du cercle d’étude marxiste au mouvement gréviste »

Le troisième chapitre : « Vers la construction du parti ». 

Le quatrième chapitre : « Que faire ? ». 

Le cinquième chapitre : « Le congrès de 1903 : naissance du bolchevisme »

Le sixième chapitre : « La lutte contre les libéraux ». 

Le septième chapitre : « La Révolution de 1905 ».

Le huitième chapitre : « Ouvrez les portes du parti »

Le neuvième chapitre : « Lénine et l’insurrection armée »

Le dixième chapitre : « La discussion sur le gouvernement provisoire révolutionnaire »

Le onzième chapitre : « Le moujik se révolte »

Le douzième chapitre : « La grande répétition générale ». 

Le troisième chapitre : « Victoire de la réaction noire ».

Le quatorzième chapitre : « Stratégie et tactique (Lénine apprend de Clausewitz) ».

Le quinzième chapitre : « Semi-unité avec les mencheviks »

Le seizième chapitre : « Lénine exclut les gauchistes »

 

Chapitre 17 — La rupture finale avec le menchevisme

Les mencheviks virent à droite

Après la révolution, pendant laquelle ils avaient été tout à fait à gauche, les mencheviks virèrent fortement sur la droite. Au congrès d’unification de Stockholm (10 au 25 avril 1906), l’aile gauche, influencée par Trotsky et Parvus, était pratiquement invisible. Comme disait Lénine,

… l’absence parmi les mencheviks du courant qui s’est clairement manifesté dans le Natchalo et qu’on avait pris l’habitude de lier aux noms des camarades Parvus et Trotsky, cette absence donc sautait aux yeux. Certes, il est possible qu’il y ait eu parmi les mencheviks des « parvusistes » et des « trotskystes » — on m’a affirmé par exemple qu’il y en avait huit…[1]

Lounatcharsky expliquait la volte-face des mencheviks de la manière suivante :

Les mencheviks sont des impressionnistes,(…) ce sont des gens qui suivent leur humeur. Quand la vague monte, quand octobre-novembre 1905 arrive, voilà le Natchalo qui prend le grand galop, il se montre même plus bolchevique que les bolcheviks eux-mêmes. Le voilà qui galope de la dictature démocratique à la dictature socialiste. La vague recule-t-elle, le moral baisse-t-il, les cadets relèvent-ils la tête, et voilà les mencheviks qui se hâtent de se conformer à ce moral qui baisse, ils courent en sautillant derrière les cadets, et d’un geste négligent, ils rejettent les formes de lutte d’octobre-décembre.[2]

Pendant 1905, des gens comme Plékhanov et Martov avaient proclamé d’une seule voix que les social-démocrates devaient se comporter avec « tact » envers les libéraux. Dans la période de réaction, la tactique principale du menchevisme consista en une alliance avec les cadets. L’un des porte-parole du menchevisme, Rakhmétov, soutenait cette coalition de la manière suivante :

« Les cadets vont plus facilement hésiter et tergiverser, déclare Rakhmétov, s’ils se heurtent à une hostilité globale que si l’on vient les trouver avec une intention de coalition politique… La pression de l’opinion publique (résolutions, recommandations, pétitions, revendications, présentées à la Douma, organisation de réunions de protestation, pourparlers entre le groupe ouvrier et les cadets) peut agir beaucoup plus fortement sur les cadets qu’un esclandre – passez-moi le mot – absurde et par conséquent inutile. » (les italiques sont de nous.)[3]

Dans un article intitulé La lutte contre le « cadétisme » dans la S.-D., écrit en novembre 1906, Lénine réagissait :

« En tolérant des blocs avec les cadets, les mencheviks nous ont définitivement montré leur vrai visage : ils sont l’aile opportuniste du parti ouvrier. »[4]

La tendance de droite la plus conséquente du menchevisme était celle du courant liquidateur, qui l’influençait d’une manière très semblable à l’otzovisme et l’ultimatisme chez les bolcheviks. Là où Bogdanov fétichisait l’illégalité et avait horreur de tout effort allant dans le sens du travail légal à la Douma ou dans les syndicats, les liquidateurs tentaient de limiter le mouvement aux activités légales à la vue de tous (élections à la Douma, activité parlementaire, syndicats et journaux légaux), et était favorable à la réduction ou à la liquidation de toute organisation ou activité politique illégale. Ainsi Potressov, rédacteur en chef de Nacha Zaria et nouveau porte-parole des liquidateurs, déclara carrément, en février 1910 : « Le parti en tant que hiérarchie intégrée et organisée d’institutions n’existe plus. » Commentant cette opinion, un autre périodique liquidateur, Vozrojdénié, dans son numéro du 30 mars 1910, déclarait :

« Il n’y a rien à liquider ; et nous ajouterons » (nous, c’est-à-dire la rédaction de Vozrojdénié), « que le rêve de restauration de cette hiérarchie, sous son ancienne forme clandestine, est une chose tout simplement nocive, une utopie réactionnaire qui atteste une perte du sens politique chez les représentants du parti, il fut un temps, le plus réaliste ».[5]

De la même manière, le menchevik B. Bogdanov écrivait :

« La volonté de rompre avec l’ancienne clandestinité et d’aborder une étape d’activité sociale et politique menée véritablement au grand jour, est l’élément nouveau qui caractérise le stade actuel du mouvement ouvrier russe. »[6]

Martov pencha jusqu’à un certain point vers le courant liquidateur avec son appel à l’égalité des droits entre les organisations du parti légales et illégales. Dans sa pensée, l’organisation illégale devait servir essentiellement de soutien au parti légal.

… une organisation conspiratrice plus ou moins définie et jusqu’à un certain degré centralisée n’a véritablement de sens (et beaucoup de sens) aujourd’hui que dans la mesure où elle participe à la construction d’un parti social-démocrate, qui par nécessité est moins défini et dispose de ses principaux soutiens dans les organisations ouvrières existant au grand jour.[7]

Le commentaire de Lénine sur cette idée était qu’elle

… revient en fait à subordonner le parti aux liquidateurs, car le légaliste qui s’oppose au parti illégal, tout en considérant que ses droits sont égaux à ceux du parti, n’est rien d’autre qu’un liquidateur. « L’égalité des droits » d’un social-démocrate clandestin traqué par la police et d’un légaliste garanti par sa légalité et son éloignement du parti est en fait « l’égalité des droits » de l’ouvrier et du capitaliste.[8]

… ce sont les organisations illégales qui doivent juger si les légalistes appartiennent en fait ou non au parti, c’est-à-dire qu’elle réfute proprement « la théorie de l’égalité des droits » ![9]

Pour Martov, l’appareil clandestin devait être un simple squelette, que l’on gardait en réserve pour l’utiliser dans l’éventualité d’un retour forcé à l’illégalité complète. Lénine, quant à lui, considérait les activités légales comme un squelette dont le but était d’élargir la sphère d’opérations du parti clandestin. Les conséquences politiques de l’attitude consistant à tourner le dos à la clandestinité allaient loin. Il était, bien sûr, impossible de parler de renversement du tsarisme dans des publications qui passaient par les mains du censeur. Par conséquent, limiter le parti à des formes d’action légales équivalait virtuellement à abandonner le principe républicain. C’était le premier pas vers le soutien à la transformation graduelle du régime tsariste en monarchie constitutionnelle, que chérissaient les cadets.

En luttant contre les gauchistes, Lénine prenait soin de mettre l’accent sur le danger de tomber dans le liquidationnisme, en restreignant le programme aux besoins de la légalité :

… la combinaison de l’action légale et illégale exige justement que nous luttions contre toute « minimisation du rôle et de la portée » du parti illégal. La nécessité, précisément, de défendre la ligne du parti dans les moindres questions, dans la plus modeste mesure, dans les cas particuliers, dans le cadre de la légalité exige surtout de veiller à ce que ces tâches et ces mots d’ordre ne soient pas rognés, à ce qu’un changement dans la forme de la lutte ne liquide pas son contenu, n’affaiblisse pas sa combativité et ne déforme pas cette perspective et [le] but historique du prolétariat…[10]

Dans un rapport à la rédaction élargie de Prolétari (juin 1909), il appelait à livrer bataille sur deux fronts – contre les gauchistes et contre les liquidateurs de droite. Il se faisait l’avocat de

… la lutte contre les deux sortes de courant liquidateur existant actuellement : celui de droite et celui de gauche. Les liquidateurs de droite affirment qu’il ne doit pas y avoir de POSDR illégal et que la social-démocratie doit centrer son activité exclusivement ou presque exclusivement sur les possibilités légales. Les liquidateurs de gauche défendent la thèse inverse, selon laquelle il n’existe aucune possibilité légale pour l’activité du parti, et ils prônent l’illégalité à tout prix. Ces deux courants aboutissent à peu près identiquement à la liquidation du POSDR. Dans la situation actuelle, que l’histoire nous a imposée, il ne peut être question, en effet, de « sauvegarder et de renforcer » le POSDR si on ne combine pas de façon méthodique et rationnelle le travail légal au travail illégal.[11]

Alors que Lénine était prêt à exclure les otzovistes de la fraction bolchevique, Martov, foncièrement conciliateur, était incapable d’une lutte conséquente contre les liquidateurs, même s’il leur était opposé.

 

Le congrès ouvrier

Une manière de liquider le parti consistait à le remplacer par un parti ouvrier large et un congrès ouvrier. Larine, l’enfant terrible du menchevisme, s’en fit le défenseur dans une brochure intitulée Un large parti ouvrier et le congrès ouvrier (Moscou 1906). Un « large » parti ouvrier, tel que le concevait Larine, devait comporter près de 900.000 membres sur les 9 millions de prolétaires russes.

Il faut lui ôter son « enseigne » , ce qui revient à dire que ce parti ne doit pas être social-démocrate. Les social-démocrates et les socialistes-révolutionnaires doivent fusionner. Le nouveau parti doit être, à proprement parler, un « parti sans-parti»… Social-démocrates comme socialistes-révolutionnaires doivent jouer le rôle de « sociétés de propagande à l’intérieur d’un large parti. »[12]

Dans une veine comparable, l’éminence grise du menchevisme, Axelrod, disait :

Le congrès ouvrier complétera le processus de liquidation, en cours ces dernières années, du vieux régime de parti qui s’est construit sur la base historique dépassée de l’Etat féodal et du régime socio-politique de caste et marquera en même temps le commencement d’une époque complètement nouvelle dans la vie historique de la social-démocratie russe, une époque où elle se développera sur exactement les mêmes bases que les partis social-démocrates d’Occident.[13]

Un autre menchevik, Rojkov, suggérait de fonder une organisation politique ouvrière au grand jour, une « société politique de défense des intérêts de la classe ouvrière ».[14]

« Nous ne prônons aucune violence… Nous n’avons pas un mot, pas une pensée pour nécessité [sic] d’un coup d’Etat violent, étant donné que dans la réalité il se peut que cette nécessité ne se rencontre pas. Si quelqu’un, dans l’aveuglement de la folie réactionnaire, imaginait d’accuser les membres de cette « société’ »de vouloir un coup d’Etat violent, tout le poids de cette accusation insensée, dénuée de fondement, juridiquement insoutenable, retomberait sur la tête de l’accusateur ! »[15]

Lénine écrivit beaucoup, et avec véhémence, contre l’idée d’un congrès ouvrier. Premièrement, il affirmait que la realpolitik des liquidateurs au sujet du congrès ouvrier était irréaliste. Ainsi, au début de décembre 1911, il écrivait :

Il est (…) clair que « les autorités » ne l’autoriseront pas (…) et ne permettront pas qu’elle « existe dans les faits ». Il faut être un libéral aveugle pour ne pas s’en rendre compte…

Organiser des syndicats légaux tout en comprenant qu’ils ne peuvent devenir ni larges, ni « politiques », ni solides, dans le moment présent, est une chose utile. Faire des discours libéraux sur une société politique ouvrière sans vouloir penser à la violence est vain est inutile.[16]

En mars 1912, il relançait la discussion.

Il va de soi que dans les conditions politiques régnant en Russie, alors que le parti des libéraux (cadet) lui-même n’est pas légalisé, la création d’un parti ouvrier social-démocrate au grand jour ne devait rester qu’un vœu pieux. Les liquidateurs rejetèrent le parti illégal, mais ne tinrent pas leur engagement d’en créer un légal.[17]

Quelque temps plus tard, il demandait : Où est le congrès ?

Cela fait déjà plus d’un an que nous tenons aux liquidateurs le langage suivant : assez de paroles, fondez-les donc, vos « sociétés politiques légales », vos « sociétés de défense des intérêts de la classe ouvrière », etc. Assez de phrases ! Mettez-vous à l’œuvre !

Seulement voilà, ils ne peuvent pas se mettre à l’œuvre, car dans la Russie actuelle, il est impossible de réaliser les utopies libérales.[18]

A l’idée d’un congrès ouvrier légal, Lénine opposait la priorité du parti illégal.

  1. Le seul type d’organisation devant être mis sur pied dans la période présente est un parti clandestin, somme des cellules du parti, entourées d’un réseau d’associations ouvrières légales et semi-légales.
  2. Il est sans aucun doute obligatoire d’adapter aux conditions locales les formes organisationnelles de l’édification clandestine. La diversité des formes de couverture des cellules clandestines, la souplesse la plus grande possible quand il s’agit d’adapter les formes de travail aux conditions locales et de la vie courante sont le gage de la vitalité des organisations clandestines
  3. La principale tâche immédiate dans le domaine de l’organisation consiste à l’époque actuelle à fonder, dans toutes les usines et fabriques, des comités d’usine clandestins dépendant exclusivement du parti et comprenant les éléments ouvriers les plus actifs. L’essor gigantesque du mouvement ouvrier crée les conditions permettant, dans la plupart des endroits, de reformer des comités d’usine du parti et de renforcer ceux qui existent déjà.
  4. Il est devenu à présent absolument nécessaire de refondre les groupes locaux dispersés en une seule organisation dirigeante dans chaque centre.[19]

Bien sûr, les socialistes révolutionnaires devaient lutter pour la « liberté d’association », mais comme partie intégrante de la lutte pour renverser le tsarisme. Ne pas mettre en évidence la connexion directe entre la réforme partielle et le renversement révolutionnaire du tsarisme, c’était mentir aux travailleurs, c’était tomber dans le libéralisme :

Il importe au plus haut point de faire comprendre que la liberté de la presse, d’association, de réunion, de grève est absolument indispensable aux ouvriers, mais qu’on ne pourra l’obtenir que si on comprend qu’elle est indissolublement liée aux bases fondamentales de la liberté politique, à un changement radical de tout le régime politique actuel. Demander la liberté de coalition sous le régime du 3 juin est une utopie libérale. Ce qu’il faut, c’est mener la lutte au nom de la liberté en général et au nom de la liberté de coalition en particulier contre l’ensemble, contre les assises mêmes de ce régime.[20]

Les ouvriers réclament sérieusement la liberté de coalition et pour cela luttent pour la liberté du peuple entier, pour l’abolition de la monarchie, pour la république.[21]

Les conditions de la période de réaction rendaient très attirante l’idée de se concentrer complètement sur le travail légal. Des centaines d’intellectuels transférèrent toutes leurs activités dans diverses organisations légales – coopératives, syndicats, sociétés éducatives, comités consultatifs du groupe de la Douma, etc.

Les liquidateurs étaient en première ligne pendant les années les plus difficiles. « Ils souffrirent moins des persécutions policières, » écrit Olminsky.

« Il y avait parmi eux de nombreux écrivains, une bonne partie des conférenciers et dans l’ensemble la plupart des intellectuels. Ils étaient les coqs de la basse-cour et se rengorgeaient. »

Les tentatives de la fraction bolchevique, dont les rangs s’amincissaient d’heure en heure, pour préserver son appareil illégal, se heurtaient à chaque instant à des circonstances hostiles. Le bolchevisme semblait définitivement condamné.

« Tout le développement actuel, » écrivait Martov, « fait de la formation d’un parti-secte quelque peu stable une pitoyable utopie réactionnaire. »[22]

Lénine identifiait les liquidateurs comme des intellectuels qui avaient fui la clandestinité :

La désertion de la clandestinité a pu être pour certains le résultat de la fatigue et d’un épuisement moral. Ceux-là, nous ne pouvons que les plaindre ; nous devons leur porter secours pour autant que leur épuisement disparaisse et que de nouveau, ils se sentent entraînés loin de la platitude petite-bourgeoise, des libéraux et de la politique ouvrière libérale, vers la clandestinité ouvrière. Mais quand les fatigués et les épuisés se hissent à la tribune du journalisme et proclament que leur fuite n’est pas une manifestation de fatigue, de faiblesse, de veulerie intellectuelle, mais un comportement tout à leur honneur, et quand de plus, ils rejettent la faute sur la clandestinité « incapable », ou « bonne à rien », ou « sclérosée », etc., ces fuyards deviennent alors des renégats et des traîtres répugnants. Ces fuyards deviennent alors les pires conseillers, et dans cette mesure, des ennemis dangereux du mouvement ouvrier.[23]

Les mencheviks n’étaient certainement pas tous des liquidateurs. Mais dans l’ensemble, ils les toléraient. Martov et Dan ne les soutenaient pas, mais ils les défendaient contre les attaques des bolcheviks dans leur journal, le Goloss Sotsial-Démokrat, qui paraissait à Paris. En même temps, ceux deux-là collaboraient activement à la presse légale publiée par les liquidateurs.

 

La question des « expropriations »

Avec le déclin de la révolution, la question de savoir comment procurer des fonds au parti se fit de plus en plus pressante. Même en 1905, l’appareil bolchevik était très modeste. Dans ses mémoires, Kroupskaïa raconte que du fait du surcroît de travail, un autre secrétaire, Mikhail Sergueïévitch Weinstein, fut engagé, ainsi qu’une assistante, Véra Rudolfovna Menjinskaïa.

Mikhail Sergueïévitch s’occupait davantage de l’organisation militaire, il était constamment occupé à suivre les instructions de Nikitine (L.B. Krassine). Je m’occupais des rendez-vous et de la communication avec les comités et les individus. Il serait difficile de se représenter aujourd’hui avec quelle technique sommaire le secrétariat du CC se débrouillait. Je me souviens que nous n’assistions pas aux réunions du comité central, personne n’en était « responsable », aucun procès-verbal n’était rédigé, les adresses chiffrées étaient conservées dans des boîtes d’allumettes, dans des reliures de livres et des endroits semblables. Il fallait de la mémoire. Un tas de gens nous assiégeaient, et il nous fallait nous occuper d’eux de toutes les manières, en leur fournissant ce dont il était besoin : de la littérature, des passeports, des instructions, des conseils. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui comment nous y arrivions, et comment nous maintenions les choses en ordre, n’étant contrôlés par personne, et vivant, pour ainsi dire « suivant la volonté de Dieu ».[24]

Et ce secrétariat de trois personnes était au service d’un parti qui, en 1907, avait 46.143 membres !

Les permanents du parti touchaient un salaire de misère. « Les membres du parti qui donnaient tout leur temps au travail du parti avaient de très basses rémunérations, parfois de 3, 5 ou 10 roubles, jamais supérieures à 30 roubles par mois. »[25] Pour comparer, le salaire moyen en 1903-1905 était de 28 roubles.

Aussi modeste que fut l’appareil du parti, et maigres les salaires versés aux permanents, l’argent était un problème constant. Pendant la révolution, ce problème était réglé en grande partie par les donations de sympathisants riches. Par exemple, dans l’organisation bolchevique de Moscou, qui avait près de 1.000 membres au printemps de 1905,

Les comptes du comité de juin 1905 font apparaître un revenu total de 9.891 roubles… Le revenu comporte plusieurs sommes importantes, 4.000 roubles d’un « ami », et 3.000 « pour des armes ». On sait qu’il y avait de nombreux sympathisants riches de la cause bolchevique, parmi lesquels Gorky et le fils d’un propriétaire d’usine… Les autres cotisations individuelles se montaient seulement à 1.378 roubles.[26]

En octobre, les fortes contributions de la part de riches sympathisants ont augmenté : il y en avait deux de 4.000 et 8.400 roubles d’ « amis ».[27]

Martov faisait état de la même situation chez les mencheviks. Pendant la période révolutionnaire,

… les budgets de l’organisation du parti avaient énormément augmenté… Les cotisations n’y jouaient qu’un faible rôle. Le rapport du trésorier du comité du parti de Bakou montre que pour février 1905, sur des recettes de 1.382,8 roubles, seulement 38,9 roubles, soit 3 %, provenaient des cotisations des travailleurs. Dans un rapport de la section du parti de Riga du mois d’août, seulement 143,4 roubles sur 558,7, soit 22 %, provenaient des cotisations. Dans un rapport du comité de Sébastopol, 14 % des rentrées venaient des cotisations ; dans les rapports de la section de Mariopol, 33 %, etc. Nous trouvons le pourcentage le plus élevé des cotisations des membres de la section social-démocrate d’Ivanovo-Voznessensk, où elles constituaient 53 % des recettes totales.[28]

L’un des « anges » les plus importants était A.M. Kalmykova (surnommée « Tantine »), qui avait donné les fonds de départ pour lancer l’Iskra. C’était une riche libraire-éditrice, distributrice de premier plan de livres populaires à bon marché et de littérature progressiste, et une amie intime de Kroupskaïa. Un autre était le magnat du textile Morozov, qui donnait régulièrement 2.000 roubles par mois aux bolcheviks par l’entremise de l’ingénieur Krassine (Morozov se suicida après la défaite de la révolution de 1905). Son neveu, N.p. Schmidt, dont nous reparlerons plus loin, était aussi un important donateur.

Avec l’assaut de la réaction, pratiquement tous les sympathisants riches désertèrent le parti. Le talent de Lénine pour lever des fonds était de plus en plus pris en défaut. Kroupskaïa, outre ses fonctions de secrétaire des bolcheviks, était aussi leur trésorière nationale, et ne cessait de se plaindre du manque d’argent. Pour Lénine, salus revolutionis suprema lex. Si nécessaire, les révolutionnaires devaient ramper, même dans la boue, de l’avant vers leur but. Il n’était pas impressionné par une grande délicatesse dans l’obtention de fonds. Le cas de l’héritage de Schmidt montre un exemple de son attitude.

Nicolaï Pavlovitch Schmidt, âgé de 23 ans, neveu de Morozov, propriétaire d’une usine de meubles sur la Presnia à Moscou, fut entièrement gagné à la cause ouvrière en 1905 et devint bolchevik. Il donnait de l’argent à la Novaïa Jizn ainsi que pour acheter des armes. Il se rapprocha des ouvriers et devint un ami proche pour eux. La police appelait l’usine de Schmidt le « nid du diable ». L’usine joua un rôle immense pendant l’insurrection de Moscou. Nicolaï Pavlovitch fut arrêté. En prison, il fut soumis à toutes sortes de mauvais traitements, on l’amena voir ce qui était arrivé à son usine ; ils lui firent voir les ouvriers abattus puis ils l’assassinèrent en prison. Avant de mourir, il réussit à faire un testament où il laissait ses biens aux bolcheviks.

Elisaveta Pavlovna Schmidt, la jeune sœur de Nicolaï Pavlovitch, hérita d’une partie de la fortune de son frère et décida de la donner aux bolcheviks. Mais elle n’était pas encore majeure, et afin qu’elle puisse disposer de l’argent selon sa volonté, il fut décidé de procéder à un mariage blanc. Elisaveta Pavlovna contracta un mariage avec le camarade Ignatiev, qui avait travaillé dans l’organisation militaire, mais qui avait réussi à rester dans la légalité, et étant sa femme officiellement, elle pouvait, avec le consentement de son mari, faire ce qu’elle voulait de son héritage. Mais le mariage était fictif. Elisaveta Pavlovna était la femme d’un autre bolchevik, Victor Taratouta. Le mariage fictif lui permit d’obtenir son héritage immédiatement et l’argent fut transmis aux bolcheviks.[29]

Malgré tout, les finances des bolcheviks étaient dans une mauvaise passe. Lénine décida de faire usage d’ « expropriations » (« exés ») — attaques à main armée de banques et autres institutions — pour lever des fonds pour le parti. Après un certain nombre d’ « exés », les mencheviks protestèrent. Trotsky critiqua sévèrement Lénine dans la presse social-démocrate allemande. Beaucoup de bolcheviks n’appréciaient pas outre mesure l’entreprise. Au congrès du parti de Stockholm (1906), une majorité de 64 voix contre 4, avec 20 abstentions, soutint une résolution menchevique interdisant les « exés ». Cela signifiait que des délégués bolcheviks avaient voté avec les mencheviks.

Dans son rapport sur le congrès de Stockholm, Lénine évita toute mention de la résolution sur les actions armées, au motif qu’il n’était pas présent lors de la discussion. « De plus, il ne s’agit pas, à l’évidence, d’une question de principe ». Il est très peu probable que l’absence de Lénine ait été accidentelle ; il ne voulait tout simplement pas avoir les mains liées.

Au congrès de Londres de mai 1907, où Lénine put agir à sa guise sur pratiquement toutes les autres questions, un vote condamna les « exés ». Une majorité de bolcheviks vota avec les mencheviks, et lorsque des délégués crièrent de la salle : « Et Lénine ? Et Lénine ? », il profita de sa place à la tribune pour éviter d’enregistrer son vote. « Enigmatique, il se contentait de rire ».[30]

Dans son rapport sur ce congrès, auquel il était délégué, Staline essaya d’expliquer la résolution en des termes boiteux :

Sur les résolutions mencheviques, seulement celle concernant les actions de partisans a été adoptée, et ce de façon tout à fait accidentelle : sur ce point les bolcheviks n’ont pas accepté la confrontation, ou plutôt, ils n’ont pas souhaité la mener jusqu’au bout, essentiellement par désir de « donner aux camarades mencheviks au moins une occasion de se réjouir ».[31]

En réalité, si les bolcheviks « n’ont pas accepté la confrontation », c’est seulement parce que sur cette question ils avaient contre eux non seulement les mencheviks, mais les Polonais et le Bund, en même temps que de nombreux membres de la fraction bolchevique elle-même.

Le 23 juin, six semaines après le congrès de Londres, et malgré ses résolutions, les agents de Lénine procédèrent à la plus audacieuse expropriation jamais tentée – celle de la trésorerie de Tiflis. Cette action rapporta 341.000 roubles, qui furent dûment transférés dans la caisse des bolcheviks à l’étranger. Mais comme le butin consistait en billets de banque de haute dénomination, il n’était pas facile de les échanger dans des banques étrangères, qui avaient été alertées. Plusieurs bolcheviks importants, parmi lesquels le futur commissaire du peuple aux affaires étrangères Litvinov, furent arrêtés en Europe occidentale lorsqu’ils essayèrent de changer l’argent.

Trotsky et Martov dénoncèrent tous deux vigoureusement les bolcheviks au congrès de Londres, et quelque temps plus tard allèrent jusqu’à porter leur dénonciation dans les colonnes de la presse socialiste d’Europe occidentale.

Il est probable que c’est le rôle de Staline comme organisateur méticuleux mais audacieux des « exés », en particulier de celle de Tiflis, qui le signala à l’attention de Lénine. On trouve parmi les camarades impliqués dans des « exés » les meilleurs des bolcheviks. On ne peut que penser à Kamo (Simon Ter-Pétrossian) qui exécuta l’attaque de Tiflis et bien d’autres. Il s’accordait, à lui-même et à un membre de sa bande, exactement 50 kopeks par jour comme entretien. Parmi ses exploits figurent un grand nombre d’ « exés », une évasion audacieuse de la prison de Tiflis, et le passage en contrebande d’armes en Russie. Il simula la folie avec un tel succès dans une prison allemande que, malgré toute une variété de tortures, il convainquit ses geôliers et fut transféré à Tiflis. Il s’échappa, fut rattrapé, condamné à mort, mais sa sentence fut commuée en emprisonnement à vie.

 

Scission, scission, scission

Après le congrès d’unification de Stockholm, la controverse sur les élections à la Douma connut un summum à Saint-Pétersbourg. Lorsque le moment fut venu de désigner les candidats pour Saint-Pétersbourg, les léninistes, qui contrôlaient la ville, firent adopter le leur. Malgré tout, 31 délégués mencheviks, obéissant au comité central contrôlé par les mencheviks, quittèrent la conférence de la ville et tinrent une conférence provinciale spéciale qui décida d’une alliance avec les cadets.

Lénine sortit immédiatement une brochure accusant les scissionnistes de complicité avec les cadets, « pour vendre aux cadets les voix des ouvriers » et de « marchander avec les cadets pour faire entrer avec leur concours un homme à eux dans la Douma, en dépit des ouvriers. » Ce n’était pas une attaque contre les seuls scissionnistes, mais aussi contre le comité central du parti. C’était vraiment un cas de violation caractérisée de la discipline du parti de la part de Lénine. Il se retrouva devant un tribunal spécial du parti, accusé d’avoir fait une « déclaration inadmissible pour un membre du parti. » On lui permit de désigner trois juges, pendant que le comité central en nommait trois autres, et les organisations lettone, polonaise, ainsi que celle du Bund juif, un chacune.

Le procès lui-même n’est pas d’un grand intérêt, dans la mesure où il fut interrompu par un congrès du parti qui renversa la majorité menchevique et mit Lénine aux commandes. Mais le comportement de Lénine à ce procès est très intéressant, parce qu’il montre la manière inflexible dont il conduisit une lutte de fraction contre l’aile droite du parti.

Lorsque l’audition commença, Lénine reconnut calmement qu’il avait utilisé une « formulation inadmissible »[32], mais il ne présenta aucune excuse pour son comportement. En fait, dans sa lutte contre les liquidateurs et leurs alliés dans le mouvement, il n’hésita jamais à utiliser les armes les plus acérées qui pouvaient lui tomber sous la main. La modération n’est pas une caractéristique du bolchevisme.

 

Lénine propose un rapprochement avec Plékhanov

Même s’il était absolument implacable, Lénine n’était pas rancunier. Dès l’instant où il apercevait un signe de ses opposants allant dans le sens d’un rapprochement, il se portait au-devant d’eux. Ce fut le cas notamment avec Plékhanov.

En 1908-1909, Lénine vit une occasion de reconstruire le parti en sacrifiant les gauchistes et en attirant les éléments anti-liquidateurs au sein des mencheviks, c’est-à-dire ceux qui n’avaient pas abandonné l’idée de construire des organisations clandestines. Le dirigeant de ce groupe était Plékhanov.

En décembre 1908, Plékhanov quitta la rédaction du journal liquidateur Goloss Sotsialdemokrata. En même temps, il démissionnait du comité éditorial de l’œuvre en cinq volumes intitulée Le mouvement social en Russie, désormais éditée par Martov, Maslov et Potressov. Il attaqua avec colère ce symposium dans le Dnevnik (N°9, 1909), adressant ses critiques les plus vives à un article de Potressov, qui défendait les idées des liquidateurs de la façon suivante :

Je demande au lecteur… s’il est possible qu’il existe, en cette année 1909, comme une chose vraiment réelle, et non pas le produit d’une imagination malade, une tendance liquidatrice, une tendance visant à liquider ce qui est déjà au-delà de toute liquidation et qui n’existe plus dans la réalité comme une totalité organisée.

Plékhanov rétorqua :

Il ne fait cependant aucun doute qu’un homme pour lequel notre parti n’existe pas ne saurait lui-même exister pour notre parti [les italiques sont de Plékhanov). Maintenant, tous les membres du parti devront dire que M. Potressov n’est pas de leurs camarades, et certains d’entre eux vont, peut-être, cesser de m’accuser d’avoir depuis longtemps cessé de le considérer comme tel.[33]

« Potressov a perdu la capacité de regarder la vie sociale à travers les yeux d’un révolutionnaire. » Le courant liquidateur, dit Plékhanov, mène au « bourbier du plus infect opportunisme. » « Chez [les liquidateurs] le vin nouveau est transformé en un liquide très acide qui ne convient qu’à la préparation du vinaigre petit-bourgeois ». Le courant liquidateur « facilite la pénétration des tendances petites-bourgeoises dans l’environnement prolétarien ». « J’ai tenté de façon répétée de prouver à des camarades mencheviks influents qu’ils font une grave erreur en faisant montre parfois de leur disposition à marcher la main dans la main avec des messieurs qui, à un degré plus ou moins grand, empestent l’opportunisme. » « Le courant liquidateur mène tout droit au marais fangeux de l’opportunisme et des aspirations petites-bourgeoises hostiles à la social-démocratie. »[34]

A la suite de cette déclaration, Lénine proposa une réconciliation avec Plékhanov. En novembre 1909, il appela à un

… rapprochement des éléments pro-parti de toutes les fractions et de tous les groupes du parti, et avant tout celui des bolcheviks et des mencheviks pro-parti, les mencheviks du type de ceux du quartier Vyborgski à Saint-Pétersbourg, ou de celui des plékhanovistes à l’étranger… et nous y invitons tous les mencheviks capables de combattre ouvertement le courant liquidateur, de soutenir ouvertement Plékhanov, d’abord et avant tout, naturellement, les ouvriers mencheviques.[35]

Dans la pratique, l’effort de Lénine pour coopérer avec Plékhanov donna très peu de résultats. Le fait qu’en 1905 Plékhanov s’était trouvé à l’extrême aile droite des mencheviks, qu’il s’était opposé à l’insurrection de décembre parce qu’elle risquait d’effrayer les libéraux, et qu’il avait exigé qu’on se comporte avec tact envers les cadets, limitait sérieusement les perspectives de cette tentative de coopération.

 

Lénine combat les conciliateurs

Lénine se battit pour en finir avec le gauchisme dans la fraction bolchevique et mena la lutte contre les liquidateurs mencheviks. Mais il avait à peine exclu les bolcheviks vpériodistes qu’une nouvelle source d’opposition apparut dans la fraction bolchevique : les conciliateurs ou, comme ils s’appelaient eux-mêmes, les « bolcheviks du parti ». Le POSDR était en lambeaux, tellement épuisé que ses membres appelaient à l’unité simple, à une réconciliation entre le bolchevisme et le menchevisme, et la fin de tout le fractionnisme.

En même temps, Lénine commençait à perdre du crédit dans la fraction, beaucoup de dirigeants bolcheviks soutenant l’appel pour un parti unifié. Parmi les conciliateurs on en trouvait qui avaient été élus membres ou avaient été candidats au comité central au Ve Congrès, notamment A.I. Rykov, V.p. Noguine, I.F. Doubrovinsky, S.A. Lozovsky et G.Y. Sokolnikov.[36]

Dans ces circonstances, les dirigeants mencheviks parvinrent à convoquer un plénum du CC à Paris au début janvier 1910. Lénine, qui était opposée à cette réunion, fut dans cette occasion en minorité, non seulement dans le parti dans son ensemble, mais dans sa propre fraction. Le seul bolchevik de premier plan à le soutenir contre les conciliateurs était Zinoviev (à partir de ce moment-là, Zinoviev fut le plus proche collaborateur de Lénine, bénéficiant d’une confiance totale, jusqu’à ce que les événements de 1917 lui imposent une épreuve sévère).

Pendant trois longues semaines, Lénine fut soumis à un feu nourri. Il fut contraint d’accepter de remettre l’argent de Schmidt. Il dut liquider son journal de fraction, Prolétari, et de consentir à un journal commun avec les mencheviks – le Sotsial-Démokrat – deux bolcheviks, Lénine et Zinoviev, se joignant aux mencheviks Martov et Dan et à un représentant de la social-démocratie polonaise, Varsky, pour constituer la rédaction. Le journal viennois de Trotsky, la Pravda, fut déclaré organe officiel du parti (Kaménev fut envoyé l’assister dans la publication) et le comité central reçut pour instruction de lui fournir un soutien financier. Pour ajouter l’insulte à la blessure, alors que le plénum condamnait les liquidateurs en paroles, il les invitait en même temps à participer à la vie du parti, et nommait trois de leurs membres au comité central clandestin.

Trotsky alla jusqu’à saluer les résultats du plénum de Paris comme « le plus grand événement de l’histoire de la social-démocratie russe ».[37] L’attitude de Lénine ressort clairement d’une lettre qu’il écrivit à Gorky le 11 avril 1910 :

A la session plénière du CC (une « séance à n’en plus finir », trois semaines d’empoisonnements, qui vous ont brisé les nerfs, cent mille diables !), à ces facteurs sérieux et profonds, loin d’avoir été reconnus comme tels par tous, il s’est ajouté un état d’esprit de « conciliation en général » (sans la claire notion de : avec qui, pourquoi, comment), il s’est ajouté la haine contre le Centre bolchévik pour son implacable guerre idéologique, il s’est ajouté la zizanie et le désir de faire scandale chez les menchéviks, ce qui a donné un enfant tout couvert d’abcès.

Et voilà que maintenant nous souffrons mille morts. Soit, dans le meilleur des cas, nous ouvrirons les abcès, viderons le pus, guérirons l’enfant et l’élèverons.

Soit, en mettant les choses au pire, l’enfant mourra. Alors nous resterons quelque temps sans enfant (autrement dit : nous rétablirons à nouveau la fraction bolchévique) et puis nous mettrons au monde un enfant plus vigoureux.[38]

Cela dit, l’unité ne devint jamais opérationnelle, non pas tant du fait de l’intransigeance bolchevique, mais parce que les mencheviks n’étaient pas disposés à accomplir leur part de l’accord négocié. Le plénum de janvier 1910 engageait les bolcheviks à n’avoir aucun rapport avec les boycottistes et les mencheviks à rompre tout lien avec les liquidateurs. Lénine n’eut aucun mal à remplir sa part du contrat, comme il avait déjà exclu du camp bolchevik Bogdanov, Lounatcharsky et les autres partisans du boycottage. Les mencheviks, quant à eux, furent dans l’impossibilité de remplir leurs obligations. L’opinion liquidatrice était trop forte dans leurs rangs. S’ils avaient exclu les liquidateurs, ils auraient complètement détruit le groupe menchevik, et cela aurait aidé les bolcheviks à remporter la victoire dans le mouvement. Martov fit clairement savoir plus tard qu’il n’avait jamais eu l’intention de tenir cet engagement et qu’il n’avait consenti à l’ « unité » lors du plénum que parce que les mencheviks étaient trop faibles pour risquer une rupture immédiate.[39]

La combinaison reçut le coup de grâce lorsque les trois liquidateurs invités à se joindre au comité central refusèrent tout net d’avoir le moindre rapport avec l’organisation clandestine. Lorsque les « conciliateurs » bolcheviks, qui avaient la majorité en Russie, proposèrent de poursuivre la négociation avec d’autres dirigeants du courant liquidateur, Lénine les ignora. Lorsque Martov et Dan tentèrent d’exprimer leur opinion dans le Sotsial-Demokrat, le journal qu’ils étaient censés publier conjointement avec Lénine et Zinoviev, ils en furent empêchés (Varsky vota au comité de rédaction avec Lénine et Zinoviev).

La Pravda de Trotsky échoua également à devenir le journal d’un parti réunifié. Lorsque sa tentative de réconciliation échoua parce que – comme il le disait lui-même – les mencheviks avaient refusé de dissoudre leur fraction, il ne les condamna pas mais « suspendit son jugement ».[40] Kamenev le pressa en vain d’adopter une attitude plus ferme.

Un autre facteur intervint à l’encontre de l’unité du POSDR – la police secrète tsariste. Initialement, le principal porte-parole des conciliateurs était I.F Doubrovinsky, mais il fut bientôt arrêté et poussé au suicide dans son exil sibérien.[41] Sa place de leader conciliateur au comité central fut prise par Alexeï Rykov. Lorsque Rykov se rendit en Russie pour organiser les bolcheviks contre la tactique scissionniste de Lénine, la police le cueillit dans la rue dès son arrivée, avant qu’il puisse entrer en contact avec les bolcheviks clandestins. L’okhrana savait très bien, informée par son agent principal, Malinovsky, quelles étaient les positions politiques des différents dirigeants bolcheviks, et comment mettre la main sur eux. « La police russe avait, à cette époque, un intérêt particulier à faciliter la tâche des bolcheviks partisans de la désunion. Pour éviter que ne se constitue une social-démocratie unifiée et donc plus dangereuse, les instructions de l’okhrana étaient de se concentrer sur l’arrestation des conciliateurs. »[42]

Les mencheviks enrageaient que la politique scissionniste de Lénine coïncidât avec celle de l’okhrana. Celle-ci espérait que la division de la social-démocratie affaiblirait le mouvement ouvrier ; Lénine estimait qu’elle tremperait la direction révolutionnaire des travailleurs. L’histoire a rendu son verdict ; les manœuvres de la police secrète ne portèrent pas les fruits escomptés.[43]

Qui manipulait qui ? La question devait se poser à nouveau en 1917, quand le feldmarschall Ludendorff, dans le but d’affaiblir l’effort de guerre de la Russie et de diviser les ennemis de l’Allemagne, permit à Lénine de rentrer en Russie dans le fameux « train plombé ».

 

La victoire de Lénine sur les conciliateurs

Lénine convoqua en janvier 1912 une conférence à Prague, dont les liquidateurs furent exclus par la force. Les partis nationaux polonais et lettons, le Bund juif, Vpériod, Trotsky et Plékhanov refusèrent tous d’y participer. Les 14 délégués ayant le droit de vote (dont deux étaient des agents de la police) représentaient 10 comités du Parti en Russie. Cette conférence élut un nouveau comité central composé de « durs », sept au total – Lénine, Zinoviev, Ordjonikidzé, Golochkine, Spandarian, Schwartzman, et Roman Malinovsky (l’agent de la police). Peu après, le comité coopta deux membres de plus, I.V. Djougachvili (Staline) et I.S. Belostotsky. Cinq membres étaient détachés pour travailler en Russie, parmi lesquels trois Caucasiens : Ordjonikidzé, Spandarian et Staline.

Trotsky n’avait pas abandonné son idée fixe d’unité de tous les groupes social-démocrates, et en réponse à la conférence de Prague de Lénine, il persuada les mencheviks associés au comité d’organisation d’organiser une conférence de tous les social-démocrates à Vienne en août 1912. Il espérait que, comme en 1905, la montée du sentiment révolutionnaire en Russie provoquerait un apaisement entre les différentes tendances de la social-démocratie. Il écrivait : « il est ridicule et absurde d’affirmer qu’il existe une contradiction insurmontable entre les tendances politiques du Loutch et de la Pravda. » « Nos fractions historiques, le bolchevisme et le menchevisme, sont à l’origine des formations purement intellectuelles. »[44]

Il avait désastreusement tort. Le clivage qui s’était cristallisé au cours des années entre le bolchevisme et le menchevisme était trop profond pour pouvoir être surmonté, et un nouveau réveil politique ne pouvait que l’approfondir davantage. Lénine cueillait les fruits de son long labeur. Ses partisans dirigeaient la clandestinité, alors que les mencheviks étaient un ramassis de groupuscules divisés et inorganisés. Les bolcheviks refusèrent de participer à la conférence de Vienne. Les mencheviks, les anciens bolcheviks gauchistes (les vpériodistes), le Bund juif et le groupe de Trotsky se réunirent et fondèrent une confédération connue sous le nom de Bloc d’août. Trotsky était son principal porte-parole, attaquant avec persévérance Lénine pour sa « tactique scissionniste ». A peine constituée, cette formation commença à se disloquer.

Après la conférence de Prague, en février 1912, Lénine décida de lancer un quotidien légal. A l’indignation de Trotsky, il s’appropria le titre de Pravda. Le premier numéro de la Pravda bolchevique parut le 22 avril, elle fut publiée jusqu’à l’éclatement de la guerre, et devait jouer un rôle central dans la construction du parti bolchevik. Plékhanov fut pendant un certain temps un collaborateur régulier. Bogdanov et le reste du groupe de Vpériod furent également invités à contribuer, mais, à l’exception d’Alexinsky, ils ne firent pas long feu. Les questions de l’ « ultimatisme », de l’otzovisme, et même du machisme [de Mach et Avénarius, NdT] avaient dès lors perdu toute importance immédiate, et Lénine était très content que Plékhanov et Alexinsky écrivent pour la Pravda.

Il se rendait compte que, même parmi les « durs », il lui fallait continuer la bataille contre la conciliation avec les mencheviks et les liquidateurs. Pendant trois mois, le mot « liquidateur » fut même expurgé du vocabulaire de la Pravda. « C’est pourquoi Vladimir Ilitch était si agité qu’au début la Pravda éliminait obstinément de ses articles la polémique avec les liquidateurs. Il écrivit des lettres pleines de colère à la Pravda. »[45] « Parfois, même si c’était rare, les articles d’Ilitch disparaissaient sans commentaire. Parfois, ses articles étaient retenus, ils ne passaient pas tout de suite. Alors Ilitch s’énervait, et il écrivait des lettres outragées à la Pravda, mais ça ne changeait pas grand-chose. »[46]

Dans une lettre à V.M. Molotov, le secrétaire de rédaction de la Pravda, en date du 1er août 1912, Lénine écrit :

Vous écrivez, en tant que secrétaire, probablement, au nom de la rédaction que « la rédaction juge par principe mon article parfaitement acceptable y compris pour l’attitude envers les liquidateurs. » S’il en est ainsi, pourquoi la Pravda supprime-t-elle obstinément, systématiquement, tout ce qui concerne les liquidateurs, aussi bien dans mes articles que dans ceux des autres collègues ?[47]

Le 25 janvier 1913, il écrivit aux députés bolcheviks à la Douma :

Nous avons reçu une lettre stupide et insolente de la rédaction. Nous n’y répondons pas. Il faut les chasser…

Nous sommes extrêmement inquiets de ne pas avoir de nouvelles du plan de réorganisation de la rédaction… La réorganisation et, mieux encore, l’éviction totale de tous les anciens, est absolument indispensable. Les choses sont faites de manière stupide. Ils comblent d’éloges le Bund et la « Zeit » : c’est tout simplement infâme. Ils ne savent pas mener de politique contre le Loutch. Ils traitent les articles de manière scandaleuse… Vraiment, nous sommes à bout de patience… Nous attendons avec impatience des nouvelles au sujet de tout cela…[48]

Mais la rédaction continua à donner des raisons de s’inquiéter. Le 9 février, Lénine écrivait à Sverdlov :

L’utilisation du Dien [pseudonyme de la Pravda – NdT] pour informer les ouvriers conscients et mener leur travail (surtout du C.p. [comité de Saint-Pétersbourg – NdT] ) est au-dessous de toute critique. Il faut mettre fin à la prétendue « autonomie » de ces rédacteurs de pacotille. Il vous faut avant tout prendre l’affaire en main… Si [l’affaire] est bien organisée, le travail du C.p. se développera lui aussi ; il est ridiculement impuissant, ne sait pas dire un mot, laisse échapper toutes les occasions de prendre la parole. Pourtant il devrait le faire presque chaque jour légalement (au nom d’ « ouvriers influents », etc.) et au moins une-deux fois par mois illégalement. Encore et encore une fois, c’est le Dien qui est le clou de toute la situation. On peut vaincre ici et alors (alors seulement) organiser le travail local. Autrement tout s’effondrera.[49]

Le comité central envoya Sverdlov à Saint-Pétersbourg pour réorganiser la rédaction.[50] Lénine lui écrivit le 19 février 1913 :

« Nous avons appris aujourd’hui que la réforme du Dien a commencé. Mille saluts, félicitations et souhaits de réussite… Vous ne pouvez imaginer à quel point le travail nous pesait avec une rédaction sourdement hostile… »[51]

Les choses s’arrangèrent plus ou moins comme Lénine le voulait. Une réunion conjointe du bureau russe du comité central et de la rédaction de la Pravda parvint à une solution de compromis : trois membre de la rédaction existante devaient rester rédacteurs, et, en plus, Sverdlov, quoi que non membre de la rédaction, devait avoir le droit de vote et celui de censurer tous les articles du journal. Ce compromis ne dura pas longtemps, Sverdlov étant arrêté moins de trois semaines plus tard.

La nouvelle rédaction, apparemment guérie de ses faiblesses envers les liquidateurs, collabora d’abord amicalement avec Lénine. Malgré tout, vers la fin mai, une autre dispute éclata, cette fois-ci parce que la Pravda dérivait dans l’autre direction – vers la coopération avec les otzovistes. Le 26 mai, elle publia une déclaration du dirigeant otzoviste, Bogdanov, dans laquelle il tentait de clarifier l’attitude de son groupe envers la fraction de la Douma. Lorsque Lénine reçut un exemplaire de la Pravda, furieux, il écrivit une lettre à la rédaction.

Le procédé employé par la rédaction à propos de la falsification de l’histoire du parti qu’a faite M. Bogdanov est tellement révoltant qu’on ne sait vraiment plus si l’on peut après cela continuer à collaborer au journal…

J’exige instamment que mon billet ci-joint soit inséré dans son intégralité. J’ai toujours laissé à la rédaction le droit d’apporter des modifications dans un esprit de camaraderie, mais pour cet article, après la lettre de M. Bogdanov, je refuse le droit de le modifier, etc.

J’insiste pour obtenir une réponse immédiate. Je ne suis pas en état d’écrire de nouveaux articles si je rencontre l’infâme mensonge de M. Bogdanov.

Ils lui renvoyèrent son article, le trouvant trop fort, mais il accepta de faire un seul changement – omettre le mot « Mr. » (gospodine) devant le nom de Bogdanov. La rédaction refusa la publication – et l’article resta inédit jusqu’en 1939.[52]

Lénine écrivit ensuite à Kaménev pour lui demander de faire pression sur la Pravda et, en janvier 1914, il l’envoya en Russie prendre en charge la publication. Une fois de plus, de bons rapports se mirent en place – même si l’affaire Bogdanov n’était pas complètement terminée, car jusqu’en février 1914, Lénine continuait à recevoir des rapports mécontents du parti russe sur la façon dont il avait traité Bogdanov.[53] Sous la direction de Kaménev, la Pravda et Lénine restèrent en bons termes jusqu’à ce que la parution du journal soit arrêtée en juillet 1914. L’arrêt évita une autre crise, car il devait se creuser une faille profonde entre Lénine et Kaménev sur la question de l’attitude correcte à adopter envers la guerre.

La conciliation affecta aussi le groupe parlementaire bolchevik à la Douma. Les six députés à la IVe Douma, en session pendant près d’un an, entre décembre 1912 et septembre 1913, ne voyaient pas les choses du même œil que Lénine. La première chose qu’ils firent après leur élection fut de conclure un accord avec les députés mencheviks pour collaborer à la fois à la Pravda et au Loutch liquidateur. Dans une résolution spéciale publiée dans la Pravda, la fraction unifiée, estimant que « l’unité de la social-démocratie est un besoin pressant », s’exprima en faveur de la fusion de la Pravda et du Loutch, et comme premier pas dans cette direction recommandait à tous ses membres de collaborer avec les deux journaux. Le 18 décembre, le Loutch publiait triomphalement les noms des quatre députés bolcheviks (deux s’étant rétractés) dans la liste de ses collaborateurs. Les noms de sept membres de la fraction menchevique apparurent simultanément dans l’ours de la Pravda.[54]

Lors d’une réunion à Cracovie plus tard en décembre, Lénine insista pour que les députés bolcheviks se retirent de leur accord pour collaborer au Loutch, et les députés firent une annonce dans ce sens lorsque la Douma se réunit à la fin de janvier. Cela dit, la réunion de Cracovie insistait aussi pour qu’ils exigent la parité avec le groupe menchevik, qui avait un membre de plus qu’eux et les battait donc dans les votes de la fraction social-démocrate. Le groupe de la Douma était hésitant sur la réorganisation de la Pravda destinée à mettre fin à ses faiblesses pour les conciliateurs. Six mois plus tard, en juin 1913, Lénine les exhorta à nouveau à exiger la parité avec les mencheviks, proposant qu’ils se séparent si la demande était refusée.[55] Aucune action conséquente ne fut mise en œuvre par les députés, et lors de la conférence du comité central de Poronine, la question fut formulée plus ou moins dans les mêmes termes.[56] C’était une conférence du comité central élargie aux militants du parti, parmi lesquels les députés à la Douma. Après cela, les députés firent la demande, furent battus, et la fraction se divisa. Cela mit un terme définitif aux rapports fraternels entre les députés bolcheviks et mencheviks à la Douma.

Malinovski joua un rôle important – en fait un rôle d’agent double – dans la séparation des bolcheviks et des mencheviks. Le général de gendarmerie Spiridovitch écrivait : « Malinovsky, qui suivait les instructions de Lénine et du département de police, réussit à faire qu’en octobre 1913… les « sept » et les « six » se brouillèrent définitivement ».[57]

Le fait qu’il ait fallu près d’un an à Lénine pour persuader les députés bolcheviks de se séparer des mencheviks brosse un portrait du bolchevisme très différent de celui qui est communément admis d’une organisation totalitaire sous sa dictature. En fait, Lénine a dû lutter sempiternellement pour convaincre ses propres camarades, on pourrait dire, pour coloniser son propre parti.

 

Notes

[1]   Lénine, Œuvres, vol.10, pp. 336.

[2]   ibid., p. 387.

[3]   ibid., vol.11, pp. 53.

[4]   ibid., p. 329.

[5]   Lénine, « Notes d’un publiciste », Œuvres, vol.16, p. 256.

[6]   ibid., vol.17, p. 163.

[7]   Martov, « О «ликвидаторстве» », Голос Социал-Демократа, aout-septembre 1909 ; Getzler, op. cit., p. 125.

[8]   Lénine, Œuvres, vol.16, p. 163.

[9]   ibid.

[10] ibid., p. 153.

[11] ibid., vol.15, pp. 432-3.

[12] ibid., vol.12, p. 392.

[13] Живая жизнь, 25 juillet 1913 ; in Lénine, « Как В. Засулич убивает ликвидаторство », Полное собрание сочинений, vol. 24.

[14] N. Rojkov, « Situation actuelle de la Russie et tâche essentielle du mouvement ouvrier dans la période présente », Наша Заря, nos.9-10, in Lénine, Œuvres, vol.17, p. 322.

[15] ibid., vol.17, p. 327.

[16] ibid., p. 362.

[17] ibid., p. 548.

[18] ibid., vol.18, p. 405.

[19] ibid., pp. 474-475.

[20] ibid., pp. 430.

[21] ibid., p. 245.

[22] Trotsky, Staline.

[23] Lénine, Œuvres, vol. 19, p. 428.

[24] Kroupskaïa, Воспоминания о Ленине, Moscou, 1989, p. 92.

[25] E. Yaroslavsky, History of the Communist Party, Moscou 1927, vol.5, p. 15.

[26] Lane, op. cit., p. 108.

[27] Ibid.

[28] Martov, Geschichte der russischen Sotzialdemokratie, op. cit., p. 33.

[29] Kroupskaïa, Воспоминания о Ленине, Moscou, 1989, p. 121.

[30] Trotsky, Ma vie.

[31] Staline, « Лондонский съезд Российской Социал-Демократической Рабочей Партии (Записки делегата) », Cочинения, vol. 2.

[32] Lénine, Œuvres, vol.12, p. 428.

[33] ibid., vol.17, pp. 493-4.

[34] ibid., vol.16, pp. 19-20.

[35] ibid., pp. 102-103.

[36] Zinoviev, op. cit., p. 162.

[37] Pravda, Vienne, 12 février, 1910 ; Getzler, op. cit., p. 32.

[38] Lénine, Œuvres, vol.34, p. 440.

[39] Martov, Спасители или упразднители?, Paris 1911, p. 16.

[40] Cité in I. Deutscher, Le prophète armé, Paris, Julliard, 1962, p. 347.

[41] Zinoviev, op. cit., pp. 244-5.

[42] M.A. Tsiavlovsky, ed., Большевики : документы по истории большевизма с 1903 по 1916 год бывшего Московского Охранного Отделения, Moscou 1918, pp. 48ff, in O.H. Gankin and H.H. Fisher, The Bolsheviks and the World War, Stamford University Press 1940, p. 106.

[43] Lénine était loin de se douter que Malinovski était un agent de l’okhrana. A de nombreuses reprises, il fit son éloge et le défendit âprement contre les « calomnies » de Martov.

Qu’a donc fait Nacha Rabotchaïa Gazéta ? Elle a propagé des rumeurs anonymes et de louches allusions au sujet de prétendues provocations de Malinovski.

… bavarder et multiplier les cancans, aller chez Martov (ou d’autres vils calomniateurs du même acabit) ou s’en venir de chez lui et ranimer de louches rumeurs, accueillir et colporter des allusions, là, nos commères intellectuelles sont à leur affaire !

Pas l’ombre de crédit aux « bruits » répandus par Martov et Dan ; la ferme volonté de ne pas leur prêter attention, de ne pas leur attribuer d’importance.

(Lénine, Œuvres, vol.20, pp. 503, 504, 505.)

[44] A quel point Trotsky, avant 1917, comprenait mal le rôle du parti dans la révolution et la place du bolchevisme dans l’histoire, est clairement établi par son livre 1905. Dans tout le livre, il n’est pas une seule fois fait mention des bolcheviks ou de Lénine. Cette erreur explique pourquoi les épigones de Trotsky n’ont jamais publié ce livre, par ailleurs très intéressant, du dirigeant du soviet de Saint-Pétersbourg, alors que des écrits bien moins importants ont été publiés à de nombreuses reprises. On ne trouve, dans la presse des épigones, pratiquement aucune référence à 1905.

[45] Kroupskaïa, Воспоминания о Ленине, Moscou, 1989, p. 157.

[46] ibid., p. 170.

[47] Lénine, Œuvres, vol.35, p. 37.

[48] ibid., vol.43, p. 333.

[49] ibid., vol.35, p. 70.

[50] Note in Lénine, Сочинения, 3e édition, vol.16, p. 696, cité in Trotsky, Staline.

[51] B.D. Wolfe, Three Who Made a Revolution, Cooper Square Press, 2001, p. 545.

[52] Lénine, « A propos de M. Bogdanov et du groupe « Vpériod » », Œuvres, vol.19, pp. 177-179.

[53] ibid., pp. 390.

[54] Trotsky, Staline.

[55] Lénine, Œuvres, vol.35, pp. 97-98.

[56] Cf. ibid., vol.19, pp. 457-458.

[57] Trotsky, Staline.

 

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