Par une froide journée de janvier dans le Wisconsin, autour de quelques tasses de café, nous avons commencé à discuter, comme tant d’autres, de ce qui était en train de se passer dans le monde et de l’enchaînement de révoltes en Europe et en Afrique du Nord. En sortant du café nous avons remarqué en passant la couverture d’un numéro de The Economist du mois de janvier, et son titre : « La prochaine bataille : affronter les syndicats du secteur public ». Nous avons traversé East Washington Avenue, une longue enfilade de bâtiments industriels désaffectés, en nous demandant : « À quand notre tour ? »

 

Depuis, chacun·e a pu suivre les événements exceptionnels qui se sont déroulés, mais que s’est-il réellement passé dans le Wisconsin ? D’où est venue la poussée de mobilisation de classe ? Qu’est-ce qui l’a différenciée d’autres grandes mobilisations ? Et surtout, comment interpréter la conclusion de cette révolte et la démobilisation ? Nous proposons d’ouvrir une discussion sur le contexte et la dynamique de la « Bataille du Wisconsin », qui permettra peu à peu d’en tirer des leçons politiques essentielles pour la prochaine phase de nos luttes dans le Wisconsin, et pour d’autres qui préparent leurs propres ripostes ailleurs.

 

 

Éléments de contexte : austérité mondiale et projets de la classe dirigeante

 

Il faut commencer par souligner que le mouvement du Wisconsin naît dans le contexte d’une attaque internationale contre les salarié·es. On laissera de côté les trente années de néolibéralisme que nous venons de vivre, mais après la crise financière de 2008, les grand·es dirigeant·es mondiaux·les se sont mis·es d’accord pour éviter toute action contre les banques, déplacer au contraire la crise vers les États, et exercer une pression de classe contre les salarié·es pour compenser les déficits budgétaires ainsi créés.

 

Après sa réunion de l’été dernier, le G20 affirmait dans sa Déclaration de Toronto que « les économies développées se sont engagées à des mesures budgétaires qui réduiront au moins de moitié les déficits d’ici 2013 et stabiliseront ou réduiront la dette par rapport au PIB d’ici 2016 ». À peine quelques mois plus tard, nous avons vu des grèves contre la réforme des retraites en France, des manifestations étudiantes contre l’augmentation brutale des frais d’inscription au Royaume-Uni, et une rébellion plus ou moins généralisée contre l’ajustement structurel en Grèce. L’année 2011 a commencé par des révoltes dans toute l’Afrique du Nord quand le chômage, la dureté des conditions de vie et la répression politique ont franchi un seuil et déclenché des confrontations majeures partout dans le continent.

 

Aux États-Unis, les processus qui étaient déjà en cours (saisies de logements, chômage et sous-emploi, hausse des frais d’inscription, coupes budgétaires dans les politiques sociales) ont accéléré après 2008, mais un projet plus agressif encore a été mis en branle. Jouant sur la colère suscitée par l’absence de changement depuis l’élection d’Obama et d’un Congrès à majorité démocrate, les républicain·es ont largement remporté les élections de mi-mandat et adopté une stratégie décentralisée, État par État. Les républicain·es ont pu profiter du fait qu’il n’y avait presque aucune différence entre les programmes des deux partis ; le débat n’était pas pour ou contre les coupes budgétaires, mais combien de coupes, à quel rythme et dans quels domaines.

 

Peu après l’investiture de la Chambre des représentant·es[1] à majorité républicaine et des nouveaux gouverneurs d’États, des projets de loi anti-syndicaux presque identiques ont été déposés dans le Wisconsin, l’Ohio, le Michigan et l’État de New York, quatre bastions où les syndicats du secteur public sont forts[2]. Le trait d’union entre ces projets est qu’ils ont été préparés par l’American Legislative Exchange Council, un think tank de droite qui a aussi élaboré la loi anti-immigré·es de l’Arizona appelée « SB 1070 ».

 

 

Le déroulement de la lutte : espace politique et militantisme de la base

 

En février, le jour même de l’annonce de la démission de Moubarak en Égypte, le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, a annoncé le dépôt de son projet de « Loi de rénovation budgétaire », qui devait être soumis au débat et au vote la semaine suivante.

 

Des dirigeants de l’AFL-CIO, principale confédération syndicale aux États-Unis, ont appelé à deux jours de rassemblements au Capitole[3] pour que les salarié·es fassent un peu de lobbying envers les député·es, dans l’espoir que les restrictions sur le pouvoir de négociation collective[4] des syndicats du secteur public soient retirées du projet. En cas d’échec, l’idée était simplement de prendre son mal en patience jusqu’aux élections de 2012 où des démocrates pourraient être élu·es au Congrès de l’État et abroger la loi.

 

Mais l’effet réel de cette attitude a été de créer un vide de direction politique et d’ouvrir une série de possibilités nouvelles pour les salarié·es de base. La bureaucratie syndicale croyaient que cette attaque se déroulerait comme toutes les autres, et qu’après avoir crié leur colère un bon coup, les salarié·es laisseraient le champ libre à la négociation de compromis en coulisse. Au lieu de cela, l’ampleur des attaques de Walker contre les syndicats et les services sociaux a déclenché des manifestations de masse qui ont progressivement gagné en combativité et en conscience de classe au fil de la lutte.

 

Le mouvement venu d’en bas a commencé le premier mardi, le 15 février, lorsqu’un syndicat local de pompiers a participé à la manifestations, alors que les pompiers étaient exempté·es des mesures anti-syndicales du projet. Peu après, les lycéen·nes les ont rejoint·es, lançant une grève pour soutenir leurs professeur·es. Les salarié·es se sont rassemblé·es au Capitole, certain·es dans une démarche de lobbying, mais la plupart pour participer aux dépositions publiques recueillies par le Congrès au sujet du projet de loi.

 

L’occupation de l’édifice a été lancée par la volonté des salarié·es de faire entendre leur opinion. Au soir du 15 février, alors que la liste des prises de parole s’allongeait de plus en plus, des membres de la Teaching Assistant Association[5] ont appelé à faire le nécessaire pour rester dormir dans le Capitole et poursuivre les dépositions toute la nuit. Le mercredi matin, la discussion commençait à porter sur le ralentissement du débat législatif sur le projet, les élu·es étant obligé·es de donner la parole aux gens qui voulaient le commenter, et un consensus élémentaire s’est dégagé pour prolonger les dépositions le plus longtemps possible et ainsi retarder le vote.

 

Cette évolution vers une intervention plus franche a été favorisée par l’annonce que Madison Teachers Inc. (MTI)[6] avait contraint les écoles de Madison à fermer pour la journée du mercredi en prenant collectivement des arrêts-maladie, pour protester contre le projet. Le Wisconsin Education Association Council (WEAC)[7] a suivi le jeudi et le vendredi.

 

Ce jeudi-là, des syndicats du secteur privé, métallos, chauffeurs routiers, électricien·es et autres, sont entrés dans la lutte et les manifestations ont pris un tour encore plus combatif, dépassant d’elles-mêmes la logique de lobbying et d’amendement de l’AFL-CIO pour revendiquer le retrait du projet (« kill the bill ») et la révocation de Walker. Des appels à « taxer les riches ! » se sont fait entendre. Les salarié·es d’abord entré·es dans le Capitole pour déposer leurs témoignages et s’abriter de l’hiver du Wisconsin, sont finalement resté·es dans cette ambiance inédite et animée, revendiquant fièrement leur pouvoir et engageant un dialogue intersyndical à la base.

 

Après les premiers jours où le mouvement se cherchait encore, sa combativité a réellement commencé à prendre forme en réaction aux évolutions du côté de Walker et du Congrès. D’abord, malgré un nombre sans précédent de prises de parole contre lui, le projet de loi a été validé par la commission des finances pour être soumis au vote. Le grand nombre d’étudiant·es et lycéen·nes, de syndicalistes et autres salarié·es qui étaient rassemblé·es ont réalisé que le lobbying ne les tirerait pas de là et ont commencé à s’amasser devant les portes des deux chambres législatives, devant les ascenseurs et tous les accès, pour éviter que le Congrès ne se réunisse. C’est cette action de masse qui a contraint les quatorze sénateur·rices d’État démocrates à quitter le Wisconsin.

 

Peu après, un certain nombre d’articles et de reportages ont montré que le déficit budgétaire dont Walker se servait pour justifier son projet anti-syndical était totalement artificiel. Le nouveau gouverneur avait hérité d’un budget excédentaire de 121,4 millions de dollars et en avait fait un déficit de 140 millions en accordant des exemptions d’impôts et des contributions financières à ceux·celles qui l’avaient fait élire. Puis vint le fameux canular téléphonique[8] au cours duquel Walker montra clairement qu’il n’avait pas l’intention de reculer ni même de négocier un compromis.

 

La combinaison de tous ces facteurs a généré d’autres événements sans précédent. Les salarié·es ont lancé des campagnes ciblées contre Wisconsin Manufacturers and Commerce[9] lorsque l’organisation a reçu le gouverneur, et fait pression sur le bureau de lobbying de Koch Brothers près du Capitole ; des militant·es handicapé·es de l’association ADAPT[10] ont occupé le siège du Parti républicain à Madison ; et des pompiers ont retiré des centaines de milliers de dollars d’une banque du centre-ville, la forçant à fermer pour une journée.

 

 

Obstacles et héritages historiques

 

Il est important de reconnaître non seulement la force de ce renouveau d’action et de conscience militante, mais aussi le poids des forces sociales existantes. Tandis que les salarié·es étaient engagé·es dans la bataille contre le projet de loi Walker, le mouvement était façonné par la bureaucratie syndicale, le Parti démocrate et le poids historique du suprémacisme blanc.

 

 

La bureaucratie syndicale

 

Les directions ouvrières n’avaient pas l’intention de lutter contre le projet de « Loi de rénovation budgétaire ». Les dirigeant·es principaux·les de la fédération AFL-CIO et de certains syndicats ont bien appelé aux premiers rassemblements, mais ces derniers devaient rester symboliques, et éviter que les directions syndicales soient accusées de ne rien faire. Lorsqu’il s’est avéré que la gestion bureaucratique du mouvement se trouvait progressivement dépassée par sa base, les dirigeant·es syndicaux·les ont réalisé qu’il y avait un problème.

 

Leur problème était qu’ils·elles ne pouvaient laisser les travailleur·ses s’auto-organiser, sans risquer de voir la montée des revendications mener la bureaucratie là où elle ne veut jamais aller : à la confrontation. De fait, durant la première semaine de lutte, les syndicats étaient à la traîne du mouvement de manière nettement perceptible sur le terrain. Lorsque le président de l’AFL-CIO, Richard Trumka, est monté au créneau pour se faire porte-parole de la colère exprimée par les salarié·es du Wisconsin, ce n’était que dans l’espoir de canaliser le mouvement vers une voie plus acceptable.

 

Même après que des salarié·es à la base ont montré le chemin en entamant des sick strikes[11], ou en organisant des blocages du Capitole, marquant clairement une revendication de retrait total du projet de loi, les dirigeant·es syndicaux·les, les un·es après les autres, ont fini par se prononcer contre eux·elles. Marty Biel, le directeur exécutif de l’une des subdivisions de l’American Federation of State, County and Municipal Employees[12] dans le Wisconsin, a proposé de faire d’énormes concessions en échange d’un amendement qui enlèverait les clauses du projet de loi qui forcent les syndicats à reconquérir leur accréditation chaque année et qui limitent leurs droits à négocier des conventions collectives. Mary Bell, pour le WEAC, a demandé aux enseignant·es de reprendre le travail au plus fort de l’activité militante. Ces tendances démobilisatrices sont devenues encore plus évidentes lorsque ces mêmes dirigeant·es syndicaux·les ont sommé leur base de reprendre le travail après le passage en force du projet de loi en mars.

 

 

Le Parti démocrate

 

Le Parti démocrate a aussi constitué un obstacle auquel les travailleur·ses du Wisconsin ont dû faire face. Tout comme les bureaucrates syndicaux·les, le Parti démocrate n’avait aucun intérêt à s’opposer au projet de loi avant d’y être contraint. Dès le début, les législateurs·rices démocrates ont tenté de convaincre les salarié·es en lutte de quitter le Capitole pour ne pas « entraver le processus législatif ». Ledit « processus » consistait essentiellement en une série d’amendements ayant pour but de transformer le projet de loi budgétaire en quelque chose d’un peu moins pire. Bien que ce processus ait par la suite évolué, les démocrates ont toujours maintenu leur demande de levée de l’occupation du Capitole.

 

De la même manière que les bureaucraties syndicales ont mis un frein aux actions sur les lieux de travail, et au mouvement en général, les démocrates ont aussi rempli leur rôle pour enrayer les initiatives de la base du mouvement. Durant son premier voyage à Madison, Jesse Jackson[13] a dissuadé les étudiant·es et lycéen·nes de quitter leurs études et a renvoyé leurs cortèges vers les salles de classe, bien loin du Capitole. Brett Hulsey, élu démocrate de l’assemblée de l’État, s’est adressé aux manifestant·es du Capitole à au moins trois reprises, dans le but de les convaincre que la chose la plus importante à faire était avant tout de mettre fin à l’occupation du Capitole.

 

Le fait que les sénateur·rices démocrates ont finalement fui le Wisconsin[14] n’est pas la résultante de leur prétendue appartenance aux « forces progressistes » ni du fait qu’ils·elles seraient « de notre côté » d’une manière ou d’une autre. Ils·elles ont simplement reconnu qu’ils·elles n’avaient pas d’autre choix que de partir. Comment en est-on arrivé là ?

 

La raison la plus immédiate est que les exigences des salarié·es étaient devenues trop radicales pour les centrales syndicales qui, aux États-Unis, soutiennent presque inconditionnellement le Parti démocrate. À moins de mener une action d’éclat, les démocrates risquaient de perdre le soutien des syndicats mobilisés et de laisser le champ libre à des revendications plus radicales. Il est important de souligner que la demande de révoquer les élu·es républicain·es est venue d’en bas, et non pas des responsables du Parti démocrate. Ceux-ci ont bien senti qu’ils·elles étaient forcé·es de partir, et afin de s’assurer qu’une situation similaire ne pourrait plus jamais se reproduire, Tim Cullen, sénateur faisant partie des « Fab 14 »[15], a soutenu un amendement à la constitution du Wisconsin changeant les règles de quorum.

 

Au-delà même des accords de nature politique, les dirigeant·es du Parti démocrate ont matériellement intérêt à l’existence des syndicats comme source importante de financement du parti. Les démocrates ne se soucient guère du droit des syndiqué·es, tant que les dons aux campagnes politiques continuent d’affluer en provenance des syndicats. Ainsi les démocrates se sont surtout attaché·es à la défense du droit à la négociation collective.

 

 

Le suprémacisme blanc

 

Enfin, le mouvement du Wisconsin a dû affronter l’héritage du suprémacisme blanc. Le Wisconsin est blanc à plus de 90 %, tandis que Madison l’est à 83 %, et Milwaukee à 47 %, mais le mouvement à Madison n’a même pas atteint les 10 % de minorités. Ceci est en grande partie dû au fait que les salarié·es de couleur n’ont pas les mêmes moyens que les syndiqué·es blanc·hes de venir à Madison, ni la même protection collective relative leur permettant de quitter le travail pour rejoindre la lutte.

 

Mais certaines évolutions du mouvement ont aussi fait obstacle à la solidarité avec ces minorités. Alors que personne ne contestera que la vue de policier·ères en dehors de leur service arborant des pancartes « Flics pour les syndicats » a été une grande première, il faut noter que la majorité des travailleur·ses blanc·hes ont célébré ce ralliement d’une partie de la police sans montrer aucun signe de malaise vis-à-vis du rôle contradictoire que cette dernière joue dans la société. On peut faire la même remarque concernant la marche anti-Walker organisée par les gardien·nes de prison à Madison. Le shérif du comté de Dane, Dave Mahoney, a fait forte impression en déclarant que ses subordonné·es ne seraient pas des « gardien·nes de palais », mais il collabore étroitement avec la police de l’immigration et des douanes[16] pour harceler les Latinos et livrer des sans-papiers aux autorités fédérales en vue de reconduites à la frontière.

 

De nombreux·ses dirigeant·es d’organisations à but non lucratif ou implantées parmi les noir·es et les immigré·es ont d’ailleurs souligné l’hypocrisie qui a voulu que les blanc·hes aient besoin d’un tel choc pour commencer à se soucier du chômage, des saisies de logements et de l’insécurité, qui affectent en premier lieu les personnes de couleur aux États-Unis.

 

 

Quelques leçons à tirer

 

Tout cela fait déjà beaucoup, alors pour faire court, il nous faut récapituler un certain nombre de points-clefs du mouvement afin d’en tirer des leçons.

 

En premier lieu, nous devrions voir le Wisconsin comme un moment où l’espace politique s’est ouvert et où les salarié·es ont eu l’opportunité de faire entendre leurs vraies revendications. Les salarié·es ne sont ni passif·ves ni « assoupi·es » ; ils·elles ne sont en général pas dans un contexte qui donne une possibilité effective d’influer sur les choses. Les moments de ce type sont des occasions rares de voir le potentiel de la classe laborieuse à s’engager activement dans des luttes, et d’avoir un aperçu de ce que pourraient être les relations entre les gens dans un monde sain. Mais tout en nous émerveillant de la vitesse à laquelle ces gens se rassemblent et inventent un langage de lutte commun, nous ne devons pas occulter le poids de l’héritage du suprémacisme blanc et du patriarcat.

 

De la même façon, il doit être clair que les bureaucraties syndicales et le Parti démocrate n’ont aucun intérêt au combat et, qui plus est, tenteront activement de démanteler les mouvements à la base. Il ne s’agit pas de refuser de combattre aux côté des dirigeant·es syndicaux·les ou des partis capitalistes, mais notre stratégie doit alors être de les maintenir sous pression, comme l’ont fait les militant·es de base dans le Wisconsin, en organisant des « sick strikes » ou des actions de masse et en passant des motions dans les conseils syndicaux.

 

Enfin, et c’est peut-être le plus important, une montée de conscience de classe et de combativité est toujours bonne à prendre, mais il est clair que sans organisations indépendantes de salarié·es, comme les comités de base syndicaux, nos chances de résister aux manœuvres de démobilisation sont très minces. Bien qu’il soit difficile de construire de telles organisations lorsque l’énergie du mouvement est basse, ce sont ces efforts à la base qui rendent des moments comme ceux du Wisconsin possibles, et plus fructueux.

 

Même si pour le moment Walker a réussi à s’imposer, nous pouvons être sûrs que ces cinq semaines de manifestations dans le Wisconsin ont ouvert un nouveau chapitre de la résistance aux États-Unis. Au cours de cette lutte, nous avons tou·tes appris quelque chose sur ce qui est possible et sur ce à quoi nous faisons face.

  

NB : pour plus d’information sur les logiques d’appareils dans les centrales syndicales aux États-Unis, voir Charlie Post : On the Labor Bureaucracy.

 

 

Tessa Echeverria et Andrew Sernatinger sont membres de Solidarity : une organisation socialiste, féministe et anti-raciste à Madison, Wisconsin.

 

(Traduction : Yann Lecrivain et Simon Marceau.)

 



[1] Chambre du Congrès fédéral entièrement renouvelée tous les deux ans, contrairement à l’autre, le Sénat, renouvelé par tiers (toutes les note sont des traducteurs).

[2] Les importantes forces syndicales qui existaient surtout dans le privé, ont fondu pendant les dernières décennies. Le public est la principale exception, et représente un emploi sur six mais un·e syndiqué·e sur deux aujourd’hui.

[3] Siège du Congrès législatif de l’État.

[4] La création d’un syndicat local passe par un processus de vote semé d’embûches, mais donne ensuite des ressources non négligeables et un certain pouvoir de négociation à l’organisation, qui favorise les écarts de salaires et conditions de travail entre syndiqué·es et non-syndiqué·es. La nouvelle loi vise, entre autres, à réduire ce pouvoir.

[5] Association de chargé·es de cours universitaires. Des mobilisations syndicales intéressantes sont apparues parmi ces « TAs » jeunes et précaires, face à la dégradation généralisée de la situation des universités.

[6] Syndicat de l’enseignement public de la capitale du Wisconsin, Madison, représentant environ 5 000 salarié·es de diverses catégories.

[7] Syndicat représentant environ 100 000 salarié·es de l’enseignement public de tout l’État, dont environ 2/3

d’enseignant·es.

[8] Le rédacteur en chef du journal satirique en ligne The Beast, Ian Murphy, a téléphoné au gouverneur en se faisant passer pour David Koch, riche homme d’affaires, et a obtenu, sans trop de difficultés, des confidences de Walker. La conversation, publiée sous forme d’enregistrement et de transcription, a porté sur le refus du compromis mentionné ici, mais aussi sur les moyens envisagés pour sanctionner les démocrates ayant quitté l’État, ou discuter avec certain·es d’entre eux·elles, pour menacer et diviser les salarié·es, pour étendre l’offensive à d’autres États, etc. : http://www.buffalobeast.com/?p=5045. Un extrait traduit et commenté se trouve sur ce site syndical canadien : http://www.cep.ca/fr/blog/l-argent-des-koch-nerf-guerre-contre-syndicats.

[9] Principale organisation patronale de l’État, représentant environ 4 000 entrepreneur·ses et incluant la chambre de commerce du Wisconsin.

[10] Association nationale connue notamment pour ses actions de désobéissance civile. Avec ses mesures budgétaires, le gouvernement du Wisconsin approfondit aussi la casse des services de santé.

[11] Grèves sous couvert d’arrêt de travail pour raison de santé, exercée par des travailleur·ses n’ayant pas

nécessairement le droit de grève.

[12] L’AFSCME est l’une des composantes principales de l’AFL-CIO. Ce syndicat organise surtout des employé·es de l’administration publique.

[13] Homme politique afro-américain ayant fait ses débuts aux côtés de Martin Luther King dans les années 1960. En 1984 et 1988, il tente de devenir le candidat démocrate à la présidentielle. Il est aujourd’hui installé à Chicago, grande ville proche du Wisconsin.

[14] Les sénateur·rices démocrates du Wisconsin ont organisé leur « fuite » médiatisée de l’État afin de ne pas participer au vote du projet de loi, empêchant ainsi le quorum. Ce dernier est finalement passé sans aucune voix démocrate.

[15] Les « 14 fabuleux », surnom donné aux 14 sénateur·rices démocrates ayant fui le Wisconsin.

[16] Cette police fédérale, nommée Immigration and Customs Enforcement ou ICE, est notamment chargée des rafles et expulsions de sans-papiers. Bien que ce domaine soit réservé à l’État fédéral, bien des autorités locales coopèrent avec l’ICE.

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