Le western en BD, ça aurait pu être « Au Far-West rien de nouveau » : de Lucky Luke à Blueberry, la bande dessinée est pourvue de personnages bottés en chapeau à large bords. Mais le western est un genre inépuisable, que le cinéma a su largement renouveler, d’Impitoyable de Clint Eastwood, au récent Appaloosa, dans lequel un shérif intraitable se laisse mener par le bout du nez par une femme du monde. Toutes proportions gardées, David B., Nicolas Dumontheuil, ou Christophe Blain ont accompli un semblable tour de force en bande dessinée. Ils ont su s’emparer d’un décor, d’un imaginaire, de personnages, pour faire avec talent la démonstration de l’intérêt sans cesse renouvelé du western. Pour ce faire, ils peuvent à l’instar de David B. jouer sur l’espace et la géographie, en déplaçant les lieux habituels du western d’Amérique du Nord en Amérique du Sud. Christophe Blain et Nicolas Dumontheuil utilisent l’humour et des personnages décalés pour camper qui une bande de cow-boys très fleur bleue, qui l’association imprévue d’un Noir et d’un demi-Indien. 

 


Christophe Blain, Gus, Dargaud.

Nathalie, tome 1, 2007.

Beau Bandit, tome 2, 2008.

Ernest, tome 3, 2008.

 

Pourquoi faire du western en BD ?
  
   Le western me fascine depuis ma petite enfance. Je pense y avoir trouver refuge, gamin. Il me suffit de voir une image de Monument Valley pour me sentir apaisé. J’ai eu les larmes aux yeux la première fois que j’ai vu la Vallée de la mort à 25 ans. Je suis à l’aise parmi les codes et l’imagerie hollywoodienne du Far West du 19eme siècle. Je me suis penché sur la vraie histoire. Je préfère Hollywood. C’est beaucoup plus marrant et même plus riche. J’y suis chez moi.
    A 35 ans, je me suis rendu compte que je n’avais toujours pas écrit de western. Alors je me suis dit : ça commence à bien faire, au boulot.
      
Vous traitez cette histoire de cow-boys bandits et pillards à travers un angle décalé, celui de leurs aventures avec les femmes. Pourquoi ? Par rapport au western traditionnel, pensez vous que vos personnages féminins prennent plus d’épaisseur ?
 
        J’ai une fascination pour Steve McQueen, Clint Eastwood, François Truffaut et Ernst Lubitsch. J’aime raconter des histoires sentimentales et dessiner de l’aventure et inversement. Alors il y a des femmes dans mes histoires. J’espère qu’elles ont un peu d’épaisseur. Les westerns de cinéma ne m’ont pas attendu pour faire vivre de beaux et consistants personnages féminins. Je peux donner des titres.
        Je ne m’intéresse pas au western traditionnel (qu’est-ce que ce serait, d’ailleurs ?). Tous les westerns que j’aime sont des films d’auteurs qui ont tous leurs bizarrerie. En s’y penchant avec attention, on se rend compte que les histoires et les univers qui y sont développés sont tous étranges et singuliers. Leurs imageries semblent se confondrent dans une codification trop connue, caricaturale: chapeaux, chevaux, revolvers, maisons de planches, indiens, désert… Mais leur plus beau point commun est une forme de mélancolie. Leurs héros sont, la plupart du temps, des errants, fuyant une blessure sentimentale pour poursuivre des buts souvent aberrants, vains, tristes, dans un paysage grandiose, lumineux mais désolé et dangereux.
    Gosse, je ne voyais d’abord leur liberté et leur force mais je pressentais cette mélancolie. Maintenant, elle me semble éclatante.

Avez vous l’impression de déconstruire le mythe du western ? Pensez vous comme Dumontheuil auteur de Big Foot que le mythe est impossible à tuer ?
  
   
     Je ne réfléchis pas en me positionnant d’une façon ou d’une autre par rapport au mythe. Je fais ce que j’ai envie de faire et je parle de ce qui me fascine.
     Je pourrai faire une sacrée tartine sur le western mais ça ne serait pas intéressant et je finirai par canuler tout le monde. Le western est mon Eldorado intime.

D’autres auteurs de BD ont sorti récemment des albums western. Pourquoi cet engouement à votre avis ?
  
    Je ne connais pas les motivations des collègues.
    Aucun de mes copains de ma génération, à une ou deux exceptions près, n’aime le western. Ils se foutent tous de ma gueule avec ça. Si je joue avec ce genre, ce n’est pas tant pour l’aborder sous un angle différent que par autodérision. Je suis mes personnages, je m’y attache et je crois à leurs émotions avec un premier degré quasi imbécile. Ca vient naturellement.
 
   
 Pouvez vous enfin évoquer la manière dont vous avez choisi de dessiner les personnages et les décors du western ?
     
     J’ai choisi de faire des histoires dans un décor de western onirique. Celui du cinéma. Les personnages sont habillés de costumes hollywoodiens essentiellement sixties. Les tenues de Gus, par exemple, sont taillés sur le modèle des jeunes coqs frimeurs façon Hortz Buccholz dans Les 7 mercenaires, Ricky Nelson dans Eldorado, Redford dans Butch Cassidy ou même Robert Conrad ou Steve Mc Queen. Ce sont les westerns des années soixante que je préfère. C’est là que l’on trouve les plus belles perles d’étrangeté et de truculence. C’est à cette époque, le genre finissant, que les westerns ont pris toute leur grandeur décadente et mélancolique. Ils sont devenus sexy avec Angie Dickinson, Katarine Ross, Claudia Cardinale.

Propos recueillis par Sylvain Pattieu