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Soweto, 1976 : le soulèvement de la jeunesse noire
31 août 2026

Soweto, 1976 : le soulèvement de la jeunesse noire


Le 16 juin 1976, à Soweto, un township au sud de Johannesburg en Afrique du Sud, une manifestation pacifique de jeunes élèves noir·es fut brutalement réprimée par la police, entraînant la mort de vingt-trois personnes. Les étudiant·es protestaient contre l'introduction dans les écoles locales de l'afrikaans, la langue des colons blancs d’origine néerlandaise, comme langue officielle d'enseignement à égalité avec l'anglais. La révolte s’étendit à d’autres townships et le gouvernement fut contraint de reculer. Ce soulèvement de la jeunesse constitua un tournant dans la lutte contre le régime d’apartheid et Soweto devint un symbole de résistance.

Le soulèvement national des élèves en 1976 marqua un tournant décisif dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Avec les grèves de Durban de 1973, il brisa le silence politique qui avait suivi le massacre de Sharpeville[1] en 1960. Le 16 juin, des milliers d’élèves noirs de Soweto se lancèrent dans une marche pacifique pour s’opposer à l’introduction de l’afrikaans[2] comme langue d’enseignement. Mais la police répondit par la violence, tuant Hector Pieterson, Hastings Ndlovu et plusieurs autres enfants noirs. Dès lors, ce qui avait commencé comme une protestation contre la politique linguistique de l’État se transforma rapidement en lutte contre « le système », et s’étendit à l’ensemble du pays.

À partir de ce moment, des townships[3] comme Soweto, Alexandra ou Bonteheuwel devinrent les épicentres de la lutte contre l’apartheid. L’un des traits déterminants du soulèvement de 1976 fut l’entrée décisive de la jeunesse noire scolarisée sur la scène de l’histoire. Jusqu’aux années 1960, le nombre d’Africains[4] scolarisés était resté relativement faible. Mais la population africaine urbaine augmentait, en particulier le nombre de jeunes. L’industrie, de son côté, avait besoin d’un plus vaste réservoir de main-d’œuvre industrielle. Il y eut donc une expansion rapide de la scolarisation des Africains.

En 1976, 3,8 millions de jeunes Africains et Africaines étaient scolarisés. Près de 10 % fréquentaient l’enseignement secondaire. À Soweto seulement, le nombre d’élèves du secondaire passa d’environ 12 500 à plus de 34 000.

Ces chiffres mettent en évidence l’émergence d’une nouvelle force sociale en Afrique du Sud. Ces jeunes partageaient des expériences similaires. Ils étaient rassemblés dans des institutions où ils pouvaient être assez facilement organisés en une force politique significative. Une fois mobilisée sous la bannière de la libération, la jeunesse noire devint l’un des principaux acteurs de la lutte pour vaincre l’apartheid. L’élément déclencheur de cette transformation fut la détermination du gouvernement d’apartheid à imposer ses politiques racistes aux Sud-Africains noirs.

L’éducation bantoue[5] visait à enraciner l’oppression des Africains et à les préparer à des emplois non qualifiés. Le principal idéologue de l’apartheid, Hendrik Frensch Verwoerd (1901-1966), Premier ministre sud-africain de 1958 à 1966, affirmait qu’il n’y avait pas de place pour les Africains « dans la communauté européenne au-delà de certaines formes de travail ». Il ajoutait : « À quoi bon enseigner les mathématiques à l’enfant bantou s’il ne peut pas les utiliser dans la pratique ? C’est tout à fait absurde. L’éducation doit former les gens en fonction des possibilités qui leur sont offertes dans la vie, selon la sphère dans laquelle ils vivent. »

Selon cette logique raciste, l’éducation destinée aux Africains avait pour but de les préparer à répondre aux besoins de la société blanche. Pour atteindre cet objectif, ils devaient recevoir leur instruction dans les langues des Blancs : l’anglais et l’afrikaans. Bien que cette politique existât officiellement depuis les années 1950, le gouvernement insista sur sa mise en œuvre à partir du début des années 1970.

À l’époque, les dirigeants de l’apartheid se sentaient renforcés par la répression réussie de la résistance noire. Ils imaginaient que leur idéologie resterait incontestée.

L’esprit de Tiro

Avec le recul, les événements du 16 juin 1976 ébranlèrent le pays jusque dans ses fondements. Mais, sur le moment, ils prirent beaucoup de monde par surprise. C’est pourquoi l’un des principaux récits de la rébellion l’a présentée comme une explosion spontanée de colère de la part des élèves noirs. Pour l’État d’apartheid et la société blanche, cette version confortait la croyance raciste selon laquelle les protestations noires seraient irrationnelles et destructrices, et selon laquelle des élèves noirs auraient été incapables de formuler des revendications politiques ou d’organiser des manifestations sans l’incitation d’« agitateurs » extérieurs.

En réalité, la marche historique fut l’aboutissement de mois de mobilisation et d’années de reconstruction d’organisations de résistance implantées dans les townships. À partir du début des années 1970, un processus largement autonome de constitution de cellules et de réseaux politiques commença à se développer dans les townships de tout le pays. Les premières cellules étaient petites, dispersées et souvent temporaires. Beaucoup furent créées par des élèves qui cherchaient des moyens de développer collectivement leur éducation politique et d’organiser des actions de protestation limitées.

La plupart de ces activités politiques furent soit inspirées, soit directement initiées par le Mouvement de la conscience noire[6]. Sa popularité grandit rapidement après la création, en 1969, de la South African Students’ Organisation (SASO), organisation étudiante implantée à l’université. En mars 1973, la SASO lança la création du South African Students’ Movement, SASM, afin d’organiser les élèves. Les idées de la Conscience noire — libération psychologique, fierté et leadership noirs, contestation de l’ordre établi — trouvèrent un large écho parmi les élèves et étudiant·es engagé·es dans ces mouvements.

Cet esprit de défi noir fut illustré de manière mémorable en avril 1972 à l’université de Turfloop, lorsque le président du SRC, Onkgopotse Tiro (1947-1974)[7], prononça son discours historique de remise des diplômes, dans lequel il livra une critique cinglante de l’autorité blanche. Il fut expulsé pour cela. Cette exclusion provoqua une grève massive de solidarité à l’université. Par la suite, Tiro travailla brièvement, en 1973, comme enseignant d’histoire à temps partiel à la Morris Isaacson School de Soweto, où il inspira des élèves à s’engager politiquement. Tiro et d’autres figures de la Conscience noire incarnaient la confiance en soi et le refus de se soumettre. Mais c’est sans doute la disparition de la peur, à laquelle ils contribuèrent, qui définit le mieux le soulèvement de la jeunesse en 1976.

La route vers le 16 juin

L’opposition à l’imposition de l’afrikaans commença quelques semaines après la rentrée scolaire de 1976. Les élèves de la Thomas Mofolo Secondary School, à Soweto, furent parmi les premiers à passer à l’action. Le 24 février, ils interpellèrent le proviseur au sujet de la nouvelle politique linguistique. Des protestations sporadiques eurent lieu entre mars et la mi-mai. Elles restaient généralement limitées à des établissements isolés et étaient le plus souvent rapidement réprimées par la police. Durant cette période, la Phefeni Junior Secondary School s’imposa comme un foyer important de mobilisation, en particulier parmi les élèves de Form Two, directement concernés par l’introduction de l’afrikaans. Ils commencèrent par recourir à une tactique de ralentissement afin de faire entendre leur mécontentement au sein de l’établissement.

Lorsque leurs demandes furent rejetées, les élèves lancèrent un boycott des cours à partir du 16 mai. Cette action marqua un changement de rythme décisif dans les protestations : le 19 mai, les écoles des environs déclenchèrent un boycott de solidarité, impliquant environ 1 600 élèves. Une structure informelle de coordination fut mise en place, principalement composée d’établissements du premier cycle du secondaire, afin de tenter d’unifier ces luttes dispersées. Seth Mazibuko[8], élève plus âgé de Phefeni, joua un rôle central dans ces efforts.

Une semaine plus tard, sous la pression des protestations croissantes à Soweto, le Conseil général annuel des élèves du SASM adopta une résolution apportant un soutien sans ambiguïté aux plus jeunes élèves : il s’engageait à « exprimer une pleine solidarité avec les écoles en grève contre l’utilisation de l’afrikaans comme langue d’enseignement [et] à soutenir activement les écoles en grève ». Par la suite, les dirigeants du SASM s’impliquèrent directement dans le mouvement et travaillèrent avec le comité de coordination des établissements du premier cycle du secondaire pour convoquer une réunion de représentants d’élèves venus de tout Soweto, le dimanche 13 juin, au Donaldson Community Centre d’Orlando East.

Ce fut une réunion historique, au cours de laquelle les militant·es s’engagèrent à soutenir les élèves boycottant les cours en organisant une action de solidarité. Un comité d’action fut constitué, rassemblant des membres de la direction du SASM et du comité de coordination des établissements du premier cycle du secondaire, parmi lesquels figuraient Tsietsi Mashinini, Murphy Morobe, Seth Mazibuko, David Kutumela et Isaiah Molefe. Le décor était désormais planté pour la marche qui allait changer le cours de l’histoire.

Les 16, 17 et 18 juin furent marqués par une violence d’État sans précédent, d’abord dans les rues de Soweto, puis dans les townships de tout le pays, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Dans le même temps, des élèves d’Alexandra, de l’East Rand, du Cap et d’ailleurs organisèrent des actions de solidarité avec leurs camarades de Soweto, donnant naissance au premier mouvement national anti-apartheid depuis le début des années 1960. Incapable d’écraser ce mouvement, l’État abandonna, le 6 juillet, sa politique imposant l’afrikaans comme langue d’enseignement.

L’unité entre élèves et monde du travail

Cette victoire ne mit pas fin à la lutte. Les élèves réorientèrent alors leur campagne contre la répression d’État et contre l’éducation bantoue dans son ensemble. Une question cruciale se posa dès lors : comment étendre la lutte au-delà des écoles, en particulier en y associant les parents et les travailleurs ? Les parents noirs ont souvent été accusés d’avoir accepté l’apartheid et de s’être laissés réduire au silence par la répression d’État. Leur silence apparent sur la question de l’afrikaans a également été opposé au militantisme de la rébellion des élèves. Si cela peut être vrai pour de nombreux parents, il serait erroné d’en conclure que les parents ou les enseignants ne s’opposaient pas à la politique de l’État sur l’afrikaans.

En réalité, certains d’entre eux exprimèrent leur opposition dès 1974, mais surtout par l’intermédiaire des School Boards, instances politiquement modérées que les autorités scolaires blanches ignoraient généralement. Au début de juin 1976, Thamsanqa « Wilkie » Kambule[9], proviseur d’Orlando High, résuma ainsi l’écart générationnel sur cette question : « Les élèves font exactement ce que ressentent les parents, et tout le monde, à propos de l’afrikaans ; seulement, eux ont eu le courage de s’y opposer. »

Il ne fait aucun doute que de nombreux parents craignaient la répression d’État, devenue de plus en plus brutale au cours des années 1960. Ils craignaient aussi ce qui pourrait arriver à leurs enfants. Néanmoins, certains parents avaient commencé à s’organiser pour faire face à la crise de l’éducation et, le 17 juin, la Soweto Parents’ Association, SPA, rencontra les représentants des élèves afin de leur témoigner sa solidarité. Peu après, la SPA se rebaptisa Black Parents’ Association, qui allait jouer un rôle important dans la résistance politique à Soweto.

Au début du mois d’août, le Comité d’action créa le Soweto Students’ Representative Council, SSRC, composé de deux représentants par école, afin de coordonner les luttes des élèves. Tsietsi Mashinini en fut élu président. La nouvelle direction étudiante lança immédiatement une campagne pour la libération immédiate de tous les élèves détenus. La première action fut une marche vers le quartier général de la police à Johannesburg.

Fait décisif, le SSRC appela les parents et les travailleurs à rester chez eux, à ne pas se rendre au travail et à se joindre à la marche vers John Vorster Square. Le 4 août, environ 20 000 habitants marchèrent le long de la Soweto Highway, la principale route reliant le township à la ville. Bien que la police ait arrêté la marche, cette action mit en évidence la puissance de la solidarité entre élèves et travailleurs. Encouragé par ce succès, le SSRC appela à un second stayaway, du 23 au 25 août[10]. De l’avis général, ce fut une démonstration réussie de la capacité du SSRC à unir élèves et travailleurs autour de revendications politiques claires.

Fait particulièrement significatif, selon les estimations, 75 % de la main-d’œuvre africaine de Johannesburg fut absente le 23 août. Ce chiffre représentait non seulement une progression par rapport au précédent stayaway, mais aussi la plus importante grève à Johannesburg depuis le début des années 1960. Un groupe, toutefois, ne répondit pas à l’appel : les habitants des foyers de travailleurs migrants, qui tendaient à rester à l’écart de la vie et de la politique du township.

Les élèves semblent également avoir peu cherché à expliquer leur campagne aux habitants de ces foyers. Ils considéraient en réalité ces travailleurs migrants comme des briseurs de grève et les affrontèrent, ce qui déboucha sur des violences. C’est alors que la police conclut une alliance sinistre avec l’Urban Bantu Council[11] afin de mobiliser les habitants des foyers, déjà en colère, et de les pousser à attaquer les résidents du township.

Au matin du 24 août, les habitants des foyers de travailleurs migrants, armés de diverses « armes traditionnelles », descendirent sur Orlando West et Meadowlands, attaquant indistinctement les jeunes. La communauté organisa l’autodéfense et, au cours des jours suivants, Meadowlands et Orlando West ressemblèrent à des zones de guerre, avec des dizaines de morts et des centaines de blessés.

Quelques jours plus tard, le SSRC publia un tract visant à faire cause commune avec les habitants des foyers : « Les élèves n’ont rien contre les personnes vivant dans les foyers ; ce sont nos parents, eux aussi sont victimes du tristement célèbre système du travail migrant. Ils sont contraints de vivre à des centaines de kilomètres de leurs familles ; leurs besoins et leurs doléances sont ignorés par les pouvoirs en place… Les élèves rejettent en bloc l’ensemble du système oppressif, avec ses institutions largement fantoches comme les UBC et les bantoustans[12]. Unis, nous tiendrons. »

Cette intervention s’inscrivait dans un effort concerté pour construire l’unité entre les différents secteurs de la population de Soweto. Elle visait en particulier à associer d’emblée et directement les habitants des foyers aux préparatifs d’un troisième stayaway, prévu du 13 au 15 septembre. Ce changement de tactique produisit des résultats positifs : en contraste marqué avec les événements d’août, les travailleurs migrants participèrent activement à la mobilisation. En conséquence, ce troisième arrêt de travail fut le plus réussi de ceux auxquels avait appelé le SSRC.

En réalité, la grève de septembre fut un succès national, avec la participation massive de travailleurs africains et coloured au Cap. La génération de 1976 avait compris que, pour défier le pouvoir de l’État, il fallait forger une alliance stratégique avec le monde du travail. Dans les années qui suivirent le soulèvement, de nombreux jeunes militants et militantes rejoignirent le mouvement syndical indépendant et contribuèrent à construire des organisations civiques, posant ainsi les bases organisationnelles de l’unité entre élèves et monde du travail dans les années 1980. Une tâche stratégique comparable se pose aujourd’hui à la nouvelle génération de la jeunesse étudiante noire militante.

*

Publié initialement dans International Viewpoint. Traduit de l’anglais pour Contretemps par Christian Dubucq


Notes

[1] Le massacre de Sharpeville eut lieu le 21 mars 1960, lorsque la police sud-africaine ouvrit le feu sur une manifestation contre les lois de passe — système qui imposait aux Noirs sud-africains de porter un document intérieur de circulation contrôlant leurs déplacements, leur résidence et leur accès au travail, tuant 69 personnes. Il marqua un tournant majeur dans la lutte contre l’apartheid : l’ANC, African National Congress, Congrès national africain, dont Nelson Mandela était alors l’une des figures dirigeantes et le PAC, Pan Africanist Congress, Congrès panafricaniste, furent interdits peu après, tandis qu’une partie du mouvement anti-apartheid s’orienta progressivement vers la lutte clandestine et armée.

[2] L’afrikaans est une langue issue du néerlandais, parlée principalement par les Afrikaners, descendants de colons européens installés en Afrique australe. Sous l’apartheid, elle était l’une des langues du pouvoir blanc, avec l’anglais, et fut perçue par une grande partie de la population noire comme la langue de l’oppression. En 1976, son imposition comme langue d’enseignement dans certaines matières fut l’un des déclencheurs du soulèvement de Soweto.

[3] Sous l’apartheid, les townships désignaient les zones urbaines périphériques assignées aux populations noires, indiennes ou coloured, séparées des quartiers blancs et soumises à un strict contrôle administratif et policier.

[4] Dans le vocabulaire sud-africain de l’apartheid, le terme « Africains » désignait les populations noires africaines, distinguées administrativement des populations dites coloured, catégorie raciale imposée par le régime pour désigner notamment des populations métisses, ainsi que des populations indiennes et blanches.

[5] Le système d’« éducation bantoue » fut instauré par le régime d’apartheid afin d’organiser une scolarisation séparée et inférieure pour les enfants noirs. Il visait explicitement à les préparer à occuper des positions subalternes dans l’économie et la société sud-africaines.

[6] Le Mouvement de la conscience noire (Black Consciousness Movement) se développa en Afrique du Sud à partir de la fin des années 1960, notamment autour de Steve Biko (1946-1977), militant noir sud-africain assassiné par le régime d’apartheid après avoir été torturé en détention policière. Il affirmait la nécessité d’une libération psychologique et politique des Noirs, fondée sur la fierté noire, l’autonomie organisationnelle et le refus de la domination blanche.

[7] Onkgopotse Abram Tiro, militant de la Conscience noire, fut expulsé de l’université de Turfloop après son discours de 1972 dénonçant le pouvoir blanc. Il s’exila ensuite au Botswana, où il fut assassiné le 1er février 1974 par un colis piégé.

[8] Seth Mazibuko (né en 1960), militant étudiant de Soweto, fut l’un des plus jeunes membres du comité d’action ayant préparé le soulèvement de juin 1976. Arrêté à l’âge de 16 ans, il fut détenu à l’isolement pendant dix-huit mois, puis emprisonné sept ans à Robben Island.

[9] Thamsanqa Wilkinson « Wilkie » Kambule (1921-2009), enseignant et mathématicien sud-africain, fut notamment proviseur d’Orlando High School à Soweto. Figure respectée de l’éducation noire sous l’apartheid, il poursuivit ensuite son travail à Pace College puis à l’Université du Witwatersrand.

[10] Le terme stayaway désigne, dans le contexte sud-africain, une forme d’arrêt de travail et de boycott collectif : les travailleurs et travailleuses restent chez eux, refusant de se rendre au travail, souvent en soutien à une mobilisation politique.

[11] Les Urban Bantu Councils étaient des institutions locales mises en place par le régime d’apartheid pour administrer les populations noires dans les zones urbaines. Présentées comme des formes de représentation, elles disposaient en réalité de pouvoirs très limités et fonctionnaient surtout comme des relais de l’administration blanche. Très contestées dans les townships, elles furent souvent perçues comme des instruments de contrôle et de division de la population noire.

[12]Les bantoustans étaient des territoires assignés aux populations noires par le régime d’apartheid, censés constituer des « patries » ethniques séparées. Ils servaient à priver la population noire sud-africaine de droits politiques dans l’Afrique du Sud blanche, tout en la fragmentant selon des critères ethniques.

31 août 2026

Soweto, 1976 : le soulèvement de la jeunesse noire

Le 16 juin 1976, à Soweto, un township au sud de Johannesburg en Afrique du Sud, une manifestation pacifique de jeunes élèves noir·es fut brutalement réprimée par la police, entraînant la mort de vingt-trois personnes. Les étudiant·es protestaient contre l'introduction dans les écoles locales de l'afrikaans, la langue des colons blancs d’origine néerlandaise, comme langue officielle d'enseignement à égalité avec l'anglais. La révolte s’étendit à d’autres townships et le gouvernement fut contraint de reculer. Ce soulèvement de la jeunesse constitua un tournant dans la lutte contre le régime d’apartheid et Soweto devint un symbole de résistance.

Le soulèvement national des élèves en 1976 marqua un tournant décisif dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Avec les grèves de Durban de 1973, il brisa le silence politique qui avait suivi le massacre de Sharpeville[1] en 1960. Le 16 juin, des milliers d’élèves noirs de Soweto se lancèrent dans une marche pacifique pour s’opposer à l’introduction de l’afrikaans[2] comme langue d’enseignement. Mais la police répondit par la violence, tuant Hector Pieterson, Hastings Ndlovu et plusieurs autres enfants noirs. Dès lors, ce qui avait commencé comme une protestation contre la politique linguistique de l’État se transforma rapidement en lutte contre « le système », et s’étendit à l’ensemble du pays.

À partir de ce moment, des townships[3] comme Soweto, Alexandra ou Bonteheuwel devinrent les épicentres de la lutte contre l’apartheid. L’un des traits déterminants du soulèvement de 1976 fut l’entrée décisive de la jeunesse noire scolarisée sur la scène de l’histoire. Jusqu’aux années 1960, le nombre d’Africains[4] scolarisés était resté relativement faible. Mais la population africaine urbaine augmentait, en particulier le nombre de jeunes. L’industrie, de son côté, avait besoin d’un plus vaste réservoir de main-d’œuvre industrielle. Il y eut donc une expansion rapide de la scolarisation des Africains.

En 1976, 3,8 millions de jeunes Africains et Africaines étaient scolarisés. Près de 10 % fréquentaient l’enseignement secondaire. À Soweto seulement, le nombre d’élèves du secondaire passa d’environ 12 500 à plus de 34 000.

Ces chiffres mettent en évidence l’émergence d’une nouvelle force sociale en Afrique du Sud. Ces jeunes partageaient des expériences similaires. Ils étaient rassemblés dans des institutions où ils pouvaient être assez facilement organisés en une force politique significative. Une fois mobilisée sous la bannière de la libération, la jeunesse noire devint l’un des principaux acteurs de la lutte pour vaincre l’apartheid. L’élément déclencheur de cette transformation fut la détermination du gouvernement d’apartheid à imposer ses politiques racistes aux Sud-Africains noirs.

L’éducation bantoue[5] visait à enraciner l’oppression des Africains et à les préparer à des emplois non qualifiés. Le principal idéologue de l’apartheid, Hendrik Frensch Verwoerd (1901-1966), Premier ministre sud-africain de 1958 à 1966, affirmait qu’il n’y avait pas de place pour les Africains « dans la communauté européenne au-delà de certaines formes de travail ». Il ajoutait : « À quoi bon enseigner les mathématiques à l’enfant bantou s’il ne peut pas les utiliser dans la pratique ? C’est tout à fait absurde. L’éducation doit former les gens en fonction des possibilités qui leur sont offertes dans la vie, selon la sphère dans laquelle ils vivent. »

Selon cette logique raciste, l’éducation destinée aux Africains avait pour but de les préparer à répondre aux besoins de la société blanche. Pour atteindre cet objectif, ils devaient recevoir leur instruction dans les langues des Blancs : l’anglais et l’afrikaans. Bien que cette politique existât officiellement depuis les années 1950, le gouvernement insista sur sa mise en œuvre à partir du début des années 1970.

À l’époque, les dirigeants de l’apartheid se sentaient renforcés par la répression réussie de la résistance noire. Ils imaginaient que leur idéologie resterait incontestée.

L’esprit de Tiro

Avec le recul, les événements du 16 juin 1976 ébranlèrent le pays jusque dans ses fondements. Mais, sur le moment, ils prirent beaucoup de monde par surprise. C’est pourquoi l’un des principaux récits de la rébellion l’a présentée comme une explosion spontanée de colère de la part des élèves noirs. Pour l’État d’apartheid et la société blanche, cette version confortait la croyance raciste selon laquelle les protestations noires seraient irrationnelles et destructrices, et selon laquelle des élèves noirs auraient été incapables de formuler des revendications politiques ou d’organiser des manifestations sans l’incitation d’« agitateurs » extérieurs.

En réalité, la marche historique fut l’aboutissement de mois de mobilisation et d’années de reconstruction d’organisations de résistance implantées dans les townships. À partir du début des années 1970, un processus largement autonome de constitution de cellules et de réseaux politiques commença à se développer dans les townships de tout le pays. Les premières cellules étaient petites, dispersées et souvent temporaires. Beaucoup furent créées par des élèves qui cherchaient des moyens de développer collectivement leur éducation politique et d’organiser des actions de protestation limitées.

La plupart de ces activités politiques furent soit inspirées, soit directement initiées par le Mouvement de la conscience noire[6]. Sa popularité grandit rapidement après la création, en 1969, de la South African Students’ Organisation (SASO), organisation étudiante implantée à l’université. En mars 1973, la SASO lança la création du South African Students’ Movement, SASM, afin d’organiser les élèves. Les idées de la Conscience noire — libération psychologique, fierté et leadership noirs, contestation de l’ordre établi — trouvèrent un large écho parmi les élèves et étudiant·es engagé·es dans ces mouvements.

Cet esprit de défi noir fut illustré de manière mémorable en avril 1972 à l’université de Turfloop, lorsque le président du SRC, Onkgopotse Tiro (1947-1974)[7], prononça son discours historique de remise des diplômes, dans lequel il livra une critique cinglante de l’autorité blanche. Il fut expulsé pour cela. Cette exclusion provoqua une grève massive de solidarité à l’université. Par la suite, Tiro travailla brièvement, en 1973, comme enseignant d’histoire à temps partiel à la Morris Isaacson School de Soweto, où il inspira des élèves à s’engager politiquement. Tiro et d’autres figures de la Conscience noire incarnaient la confiance en soi et le refus de se soumettre. Mais c’est sans doute la disparition de la peur, à laquelle ils contribuèrent, qui définit le mieux le soulèvement de la jeunesse en 1976.

La route vers le 16 juin

L’opposition à l’imposition de l’afrikaans commença quelques semaines après la rentrée scolaire de 1976. Les élèves de la Thomas Mofolo Secondary School, à Soweto, furent parmi les premiers à passer à l’action. Le 24 février, ils interpellèrent le proviseur au sujet de la nouvelle politique linguistique. Des protestations sporadiques eurent lieu entre mars et la mi-mai. Elles restaient généralement limitées à des établissements isolés et étaient le plus souvent rapidement réprimées par la police. Durant cette période, la Phefeni Junior Secondary School s’imposa comme un foyer important de mobilisation, en particulier parmi les élèves de Form Two, directement concernés par l’introduction de l’afrikaans. Ils commencèrent par recourir à une tactique de ralentissement afin de faire entendre leur mécontentement au sein de l’établissement.

Lorsque leurs demandes furent rejetées, les élèves lancèrent un boycott des cours à partir du 16 mai. Cette action marqua un changement de rythme décisif dans les protestations : le 19 mai, les écoles des environs déclenchèrent un boycott de solidarité, impliquant environ 1 600 élèves. Une structure informelle de coordination fut mise en place, principalement composée d’établissements du premier cycle du secondaire, afin de tenter d’unifier ces luttes dispersées. Seth Mazibuko[8], élève plus âgé de Phefeni, joua un rôle central dans ces efforts.

Une semaine plus tard, sous la pression des protestations croissantes à Soweto, le Conseil général annuel des élèves du SASM adopta une résolution apportant un soutien sans ambiguïté aux plus jeunes élèves : il s’engageait à « exprimer une pleine solidarité avec les écoles en grève contre l’utilisation de l’afrikaans comme langue d’enseignement [et] à soutenir activement les écoles en grève ». Par la suite, les dirigeants du SASM s’impliquèrent directement dans le mouvement et travaillèrent avec le comité de coordination des établissements du premier cycle du secondaire pour convoquer une réunion de représentants d’élèves venus de tout Soweto, le dimanche 13 juin, au Donaldson Community Centre d’Orlando East.

Ce fut une réunion historique, au cours de laquelle les militant·es s’engagèrent à soutenir les élèves boycottant les cours en organisant une action de solidarité. Un comité d’action fut constitué, rassemblant des membres de la direction du SASM et du comité de coordination des établissements du premier cycle du secondaire, parmi lesquels figuraient Tsietsi Mashinini, Murphy Morobe, Seth Mazibuko, David Kutumela et Isaiah Molefe. Le décor était désormais planté pour la marche qui allait changer le cours de l’histoire.

Les 16, 17 et 18 juin furent marqués par une violence d’État sans précédent, d’abord dans les rues de Soweto, puis dans les townships de tout le pays, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Dans le même temps, des élèves d’Alexandra, de l’East Rand, du Cap et d’ailleurs organisèrent des actions de solidarité avec leurs camarades de Soweto, donnant naissance au premier mouvement national anti-apartheid depuis le début des années 1960. Incapable d’écraser ce mouvement, l’État abandonna, le 6 juillet, sa politique imposant l’afrikaans comme langue d’enseignement.

L’unité entre élèves et monde du travail

Cette victoire ne mit pas fin à la lutte. Les élèves réorientèrent alors leur campagne contre la répression d’État et contre l’éducation bantoue dans son ensemble. Une question cruciale se posa dès lors : comment étendre la lutte au-delà des écoles, en particulier en y associant les parents et les travailleurs ? Les parents noirs ont souvent été accusés d’avoir accepté l’apartheid et de s’être laissés réduire au silence par la répression d’État. Leur silence apparent sur la question de l’afrikaans a également été opposé au militantisme de la rébellion des élèves. Si cela peut être vrai pour de nombreux parents, il serait erroné d’en conclure que les parents ou les enseignants ne s’opposaient pas à la politique de l’État sur l’afrikaans.

En réalité, certains d’entre eux exprimèrent leur opposition dès 1974, mais surtout par l’intermédiaire des School Boards, instances politiquement modérées que les autorités scolaires blanches ignoraient généralement. Au début de juin 1976, Thamsanqa « Wilkie » Kambule[9], proviseur d’Orlando High, résuma ainsi l’écart générationnel sur cette question : « Les élèves font exactement ce que ressentent les parents, et tout le monde, à propos de l’afrikaans ; seulement, eux ont eu le courage de s’y opposer. »

Il ne fait aucun doute que de nombreux parents craignaient la répression d’État, devenue de plus en plus brutale au cours des années 1960. Ils craignaient aussi ce qui pourrait arriver à leurs enfants. Néanmoins, certains parents avaient commencé à s’organiser pour faire face à la crise de l’éducation et, le 17 juin, la Soweto Parents’ Association, SPA, rencontra les représentants des élèves afin de leur témoigner sa solidarité. Peu après, la SPA se rebaptisa Black Parents’ Association, qui allait jouer un rôle important dans la résistance politique à Soweto.

Au début du mois d’août, le Comité d’action créa le Soweto Students’ Representative Council, SSRC, composé de deux représentants par école, afin de coordonner les luttes des élèves. Tsietsi Mashinini en fut élu président. La nouvelle direction étudiante lança immédiatement une campagne pour la libération immédiate de tous les élèves détenus. La première action fut une marche vers le quartier général de la police à Johannesburg.

Fait décisif, le SSRC appela les parents et les travailleurs à rester chez eux, à ne pas se rendre au travail et à se joindre à la marche vers John Vorster Square. Le 4 août, environ 20 000 habitants marchèrent le long de la Soweto Highway, la principale route reliant le township à la ville. Bien que la police ait arrêté la marche, cette action mit en évidence la puissance de la solidarité entre élèves et travailleurs. Encouragé par ce succès, le SSRC appela à un second stayaway, du 23 au 25 août[10]. De l’avis général, ce fut une démonstration réussie de la capacité du SSRC à unir élèves et travailleurs autour de revendications politiques claires.

Fait particulièrement significatif, selon les estimations, 75 % de la main-d’œuvre africaine de Johannesburg fut absente le 23 août. Ce chiffre représentait non seulement une progression par rapport au précédent stayaway, mais aussi la plus importante grève à Johannesburg depuis le début des années 1960. Un groupe, toutefois, ne répondit pas à l’appel : les habitants des foyers de travailleurs migrants, qui tendaient à rester à l’écart de la vie et de la politique du township.

Les élèves semblent également avoir peu cherché à expliquer leur campagne aux habitants de ces foyers. Ils considéraient en réalité ces travailleurs migrants comme des briseurs de grève et les affrontèrent, ce qui déboucha sur des violences. C’est alors que la police conclut une alliance sinistre avec l’Urban Bantu Council[11] afin de mobiliser les habitants des foyers, déjà en colère, et de les pousser à attaquer les résidents du township.

Au matin du 24 août, les habitants des foyers de travailleurs migrants, armés de diverses « armes traditionnelles », descendirent sur Orlando West et Meadowlands, attaquant indistinctement les jeunes. La communauté organisa l’autodéfense et, au cours des jours suivants, Meadowlands et Orlando West ressemblèrent à des zones de guerre, avec des dizaines de morts et des centaines de blessés.

Quelques jours plus tard, le SSRC publia un tract visant à faire cause commune avec les habitants des foyers : « Les élèves n’ont rien contre les personnes vivant dans les foyers ; ce sont nos parents, eux aussi sont victimes du tristement célèbre système du travail migrant. Ils sont contraints de vivre à des centaines de kilomètres de leurs familles ; leurs besoins et leurs doléances sont ignorés par les pouvoirs en place… Les élèves rejettent en bloc l’ensemble du système oppressif, avec ses institutions largement fantoches comme les UBC et les bantoustans[12]. Unis, nous tiendrons. »

Cette intervention s’inscrivait dans un effort concerté pour construire l’unité entre les différents secteurs de la population de Soweto. Elle visait en particulier à associer d’emblée et directement les habitants des foyers aux préparatifs d’un troisième stayaway, prévu du 13 au 15 septembre. Ce changement de tactique produisit des résultats positifs : en contraste marqué avec les événements d’août, les travailleurs migrants participèrent activement à la mobilisation. En conséquence, ce troisième arrêt de travail fut le plus réussi de ceux auxquels avait appelé le SSRC.

En réalité, la grève de septembre fut un succès national, avec la participation massive de travailleurs africains et coloured au Cap. La génération de 1976 avait compris que, pour défier le pouvoir de l’État, il fallait forger une alliance stratégique avec le monde du travail. Dans les années qui suivirent le soulèvement, de nombreux jeunes militants et militantes rejoignirent le mouvement syndical indépendant et contribuèrent à construire des organisations civiques, posant ainsi les bases organisationnelles de l’unité entre élèves et monde du travail dans les années 1980. Une tâche stratégique comparable se pose aujourd’hui à la nouvelle génération de la jeunesse étudiante noire militante.

*

Publié initialement dans International Viewpoint. Traduit de l’anglais pour Contretemps par Christian Dubucq


Notes

[1] Le massacre de Sharpeville eut lieu le 21 mars 1960, lorsque la police sud-africaine ouvrit le feu sur une manifestation contre les lois de passe — système qui imposait aux Noirs sud-africains de porter un document intérieur de circulation contrôlant leurs déplacements, leur résidence et leur accès au travail, tuant 69 personnes. Il marqua un tournant majeur dans la lutte contre l’apartheid : l’ANC, African National Congress, Congrès national africain, dont Nelson Mandela était alors l’une des figures dirigeantes et le PAC, Pan Africanist Congress, Congrès panafricaniste, furent interdits peu après, tandis qu’une partie du mouvement anti-apartheid s’orienta progressivement vers la lutte clandestine et armée.

[2] L’afrikaans est une langue issue du néerlandais, parlée principalement par les Afrikaners, descendants de colons européens installés en Afrique australe. Sous l’apartheid, elle était l’une des langues du pouvoir blanc, avec l’anglais, et fut perçue par une grande partie de la population noire comme la langue de l’oppression. En 1976, son imposition comme langue d’enseignement dans certaines matières fut l’un des déclencheurs du soulèvement de Soweto.

[3] Sous l’apartheid, les townships désignaient les zones urbaines périphériques assignées aux populations noires, indiennes ou coloured, séparées des quartiers blancs et soumises à un strict contrôle administratif et policier.

[4] Dans le vocabulaire sud-africain de l’apartheid, le terme « Africains » désignait les populations noires africaines, distinguées administrativement des populations dites coloured, catégorie raciale imposée par le régime pour désigner notamment des populations métisses, ainsi que des populations indiennes et blanches.

[5] Le système d’« éducation bantoue » fut instauré par le régime d’apartheid afin d’organiser une scolarisation séparée et inférieure pour les enfants noirs. Il visait explicitement à les préparer à occuper des positions subalternes dans l’économie et la société sud-africaines.

[6] Le Mouvement de la conscience noire (Black Consciousness Movement) se développa en Afrique du Sud à partir de la fin des années 1960, notamment autour de Steve Biko (1946-1977), militant noir sud-africain assassiné par le régime d’apartheid après avoir été torturé en détention policière. Il affirmait la nécessité d’une libération psychologique et politique des Noirs, fondée sur la fierté noire, l’autonomie organisationnelle et le refus de la domination blanche.

[7] Onkgopotse Abram Tiro, militant de la Conscience noire, fut expulsé de l’université de Turfloop après son discours de 1972 dénonçant le pouvoir blanc. Il s’exila ensuite au Botswana, où il fut assassiné le 1er février 1974 par un colis piégé.

[8] Seth Mazibuko (né en 1960), militant étudiant de Soweto, fut l’un des plus jeunes membres du comité d’action ayant préparé le soulèvement de juin 1976. Arrêté à l’âge de 16 ans, il fut détenu à l’isolement pendant dix-huit mois, puis emprisonné sept ans à Robben Island.

[9] Thamsanqa Wilkinson « Wilkie » Kambule (1921-2009), enseignant et mathématicien sud-africain, fut notamment proviseur d’Orlando High School à Soweto. Figure respectée de l’éducation noire sous l’apartheid, il poursuivit ensuite son travail à Pace College puis à l’Université du Witwatersrand.

[10] Le terme stayaway désigne, dans le contexte sud-africain, une forme d’arrêt de travail et de boycott collectif : les travailleurs et travailleuses restent chez eux, refusant de se rendre au travail, souvent en soutien à une mobilisation politique.

[11] Les Urban Bantu Councils étaient des institutions locales mises en place par le régime d’apartheid pour administrer les populations noires dans les zones urbaines. Présentées comme des formes de représentation, elles disposaient en réalité de pouvoirs très limités et fonctionnaient surtout comme des relais de l’administration blanche. Très contestées dans les townships, elles furent souvent perçues comme des instruments de contrôle et de division de la population noire.

[12]Les bantoustans étaient des territoires assignés aux populations noires par le régime d’apartheid, censés constituer des « patries » ethniques séparées. Ils servaient à priver la population noire sud-africaine de droits politiques dans l’Afrique du Sud blanche, tout en la fragmentant selon des critères ethniques.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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