Avec le remaniement de la honte, le mouvement féministe resurgit partout en France après le confinement. Étant donnée la dynamique mondiale en cours, il ne pouvait en être autrement, surtout après la mobilisation historique du 23 novembre contre les violences sexistes et sexuelles, la dynamique féministe de la lutte contre la réforme des retraites et les réactions au scandale des Césars peu avant le 8 mars. 

Les nominations de Gérald Darmanin à l’Intérieur, alors même qu’il est accusé de viol et qu’il défilait en 2012-2013 avec la Manif pour tous, et d’Eric Dupond-Moretti – adversaire obstiné de #Metoo – à la Justice, c’est tout un symbole qui en dit long sur ce qui était censé être la « grande cause du quinquennat ». À court terme, dès la rentrée, l’enjeu est de taille : la démission de Darmanin et de Dupond-Moretti. Le gouvernement va donc se trouver contraint de composer avec une contestation féministe dont on voit bien qu’elle n’a rien de marginale ou de secondaire.

Au-delà, ce mouvement massif, hétérogène et offensif pose des questions d’ordre stratégique qui appellent une remise en cause profonde du système capitaliste, patriarcal et raciste dans lequel nous vivons. Tirer les leçons de la crise sanitaire, cela signifie renverser les priorités, pour que le travail reproductif soit au centre, construire une société fondée sur la satisfaction des besoins fondamentaux et non sur la maximisation des profits. 

Cela suppose de faire triompher les revendications des féministes, qui vont de la revalorisation des métiers à prédominance féminine à la prise en compte voire la rémunération du travail domestique, en passant par l’allongement des délais d’IVG ou encore des moyens adéquats pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, entre autres. Derrière l’ensemble de ces questions, il y a bien sûr également le refus de payer la crise qui s’annonce : crise de l’emploi au sens large, où risquent de se cumuler – en particulier pour les femmes, encore davantage pour les femmes non-blanches des classes populaires – les licenciements, l’accroissement de la précarité et la baisse des salaires.

Durant les derniers mois, Contretemps a publié des entretiens, des traductions, des articles ou des extraits de livres permettant d’aborder l’ensemble de ces questions.

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Dynamique féministe mondiale et mouvements sociaux

Facs et Labos en Lutte : une mobilisation féministe ? Retour d’expérience par celles qui l’ont vécue, par Six militantes du Comité de mobilisation national des Facs et Labos en Lutte

Féminismes : vague mondiale et nouvel internationalisme, par Pauline Delage et Fanny Gallot

 

Enjeux stratégiques

Crise du Covid-19 : donner la priorité à la reproduction sur la production, par Aurore Koechlin

« Le capitalisme privatise la vie et socialise la mort », par Tithi Bhattacharya

Cuidado et travail reproductif en Argentine, par Paula Lenguita

Et si les femmes s’arrêtaient ?, par Fanny Gallot

 

Revendications féministes

Accès à l’IVG en contexte épidémique : aligner la loi sur les besoins sociaux ?, par Maud Gelly

Revaloriser les métiers à prédominance féminine : c’est le moment ! par Rachel Silvera

Entrepreneuriat des femmes et assignation domestique, par Julie Landour

(Comment) retourner faire le ménage pour les autres en période de déconfinement ? par Alizée Delpierre

Les femmes vont-elles une nouvelle fois payer la crise ?, par Fanny Gallot