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Marcher séparément, frapper ensemble
8 octobre 2026

Marcher séparément, frapper ensemble

La non-leçon stratégique du QG décolonial en matière d’islamophobie


Un texte récent de Houria Bouteldja a agité toute une partie du mouvement antiraciste et de la gauche radicale en plein cœur du mois d’août. Dans ce texte, Hafiza b. Kreje s’oppose à l'idée que, dans le contexte électoral, le mouvement antiraciste devrait cesser de considérer comme prioritaire l'abrogation de la loi islamophobe du 15 mars 2004.

Elle avance ainsi une stratégie de front uni qui permettrait selon elle de tisser les alliances nécessaires à une victoire contre l’extrême droite, tout en permettant à chaque organisation et aux antiracistes de défendre leurs positions.

Dans le contexte de la fascisation, l’ampleur médiatique prise par l’affaire Barbara Butch nous a peut-être un peu tou·tes également consterné·es. Alors que le génocide en Palestine occupée se poursuivait dans l’indifférence médiatique générale, tout le personnel politique réagissait avec empressement et emphase à l’agitation contre un DJ set à Grenoble – DJ set dont le mouvement social avait échoué à obtenir l’annulation qu’il avait obtenue ailleurs. Cela a duré des semaines, et on croyait en avoir fini avant le bilan d’Houria Bouteldja, qui propose d’en déduire rien de moins que les orientations à suivre pour la présidentielles de 2027. Le non-événement qu’elle décrit semble avoir bien des implications.

Pour notre part, au NPA-L’Anticapitaliste, nous aurions voulu avoir bien moins à dire de l’affaire Barbara Butch : nous avions d’ailleurs choisi de ne pas nous exprimer, aussi le bilan sera-t-il bref. Nous ne dirions pas qu’il s’agissait d’un non-événement : l’interruption a été réussie, et manifeste un véritable rapport de force. C’est un encouragement, et la manifestation d’une capacité à passer de la protestation à l’action concrète pour empêcher un événement. La déshérence de la gauche sociale-démocrate s’y confirme, puisqu’elle a été en l’occurrence analogue à celle qu’on a pu voir s’étaler après la mort de Quentin Deranque – quoi que le fait soit de bien moindre envergure.

De là, Houria Bouteldja conclut à la frilosité de nos “allié·es”, des indécis·es qui les écouteraient (donc comprendre, des masses blanches) et donc à une forme de repli temporaire que nous devrions opérer. Son choix est de s’adresser principalement à la gauche, au mouvement social et elle nous enjoint à ne pas se montrer gauchistes par la subversion osée du Mao de 68 : avec panache, elle semble oublier qu’à tribord, l’inverse du gauchisme est l’opportunisme.

Je n’insisterai pas davantage sur un non-événement prétexte à la discussion. Le point qui fait grincer des dents, ou plutôt tomber de sa chaise, c’est qu’Houria Bouteldja invite à laisser tomber la revendication d’abrogation de la loi du 15 mars 2004, interdisant le port de signes religieux dits « ostensibles » dans les écoles, collèges et lycées publics, la mère des lois islamophobes. C’est cela qui nous incite à prendre la parole.

Cette proposition stratégique nous semble surtout refléter sa propre (et soudaine ?) frilosité et condense les sirènes raisonnables de l’opportunisme. Précisions que l’opportunisme est ici une catégorie politique, qui ne peut être simplement assimilé à une forme d’arrivisme. Nous ne disons pas vulgairement que le QG décolonial rechercherait « des places » ou même un siège autour de la table avec la FI. L’opportunisme, c’est confondre les petites avancées qui ne promettent pas de lendemains qui chantent avec une tactique réelle de conquête du pouvoir ; c’est préférer les acquis faciles du temps présent à la construction au long cours1.

L’opportunisme politique guette aussi bien les organisations marxistes indépendantes de la sociale-démocratie que le mouvement antiraciste autonome dès lors que se pose sérieusement la question des alliances et de l’insertion dans un espace politique saturé à gauche par l’hégémonie de la FI. En marxistes et en antiracistes, il est nécessaire d’engager la discussion face à une impasse stratégique, d’autant plus préoccupante qu’elle constitue le renoncement d’une figure historique de la lutte contre l’islamophobie et émane d’un espace qui cherche à organiser son hégémonie au sein de l’antiracisme politique.

Le NPA-L’Anticapitaliste a fait le choix, historique pour notre courant, de ne pas présenter de candidature lors des élections présidentielles. En répondant à Houria Bouteldja, nous entendons en même temps éclairer la stratégie qui est la nôtre, celle qui soutient un front unique antiraciste et antifasciste qui ne correspond pas à la division des tâches et des temporalités qu’elle soutient. Cette division requiert, selon elle, de mettre de côté la lutte contre la loi de 2004, tandis qu’àl’inverse, cette revendication reste centrale pour nous.

Cette proposition de l’abandon temporaire de la revendication d’abolition de la loi de 2004 est appuyée sur trois arguments faux. En premier lieu, il s’agirait de faciliter la victoire de la FI et la défense de son programme social par l’invisibilisation des luttes des racisé·es. La visibilité de la FI, et de ses figures non-blanches, constituerait déjà un acquis majeur à préserver. Ensuite, il n’y aurait de toute façon pas de mouvement de lutte contre la loi de 2004. Enfin, c’est seulement par un mouvement dialectique qu’il serait possible de faire du renoncement d’aujourd’hui la victoire de demain (parce qu’on aurait déjà gagné hier)2.

Pas un bloc, un front : contre l’alignement et l’auto-dissolution, pour l’unité d’action

Le premier argument soutenu par Houria Bouteldja est qu’il importe de « sécuriser les acquis » de l’antiracisme politique pour pouvoir organiser des luttes à l’avenir « en autonomie ». Le moyen de jouer la défense serait paradoxalement la reddition temporaire de l’antiracisme politique à la gauche institutionnelle, : pour garantir la pérennité de l’antiracisme en lutte contre la fascisation, il faudrait lui donner un blanc-seing en escomptant d’une forme de réciprocité.

Exemple à l’appui, Houria Bouteldja cite le soutien des municipalités LFI aux réunions publiques antiracistes et anti-impérialistes. L’atour marxisant de l’argumentaire de Bouteldja rappelle bien les stratégies de combinatoire des tendances révolutionnaires aux réussites de la social-démocratie : elles peuvent donc sembler raisonnables. Les conditions d’existence d’un mouvement criminalisé nécessitent des bases institutionnelles qui garantissent la massification de l’activité, c’est juste.

Mais cette stratégie, qui est aussi la nôtre, glisse ici de la reconnaissance des nécessités de l’articulation du jeu institutionnel avec ce qui doit la « déborder » (comme elle le rappelle) vers la subordination aux objectifs de la social-démocratie. En somme, c’est ce que rappelait Trotski dans ses thèses de 1922 sur le Front unique ouvrier : « Aucun accord politique avec les réformistes qui limiterait notre liberté d’agitation et de critique n’est admissible ».

Le basculement est criant lorsqu’Houria Bouteldja écrit : « La leçon à retenir donc c’est que le journalisme de meute et sa puissance de feu, conscient de cette faiblesse [la priorité électorale de LFI, quoiqu’elle ne serait pas hypocrite sur l’antiracisme politique, serait l’électorat blanc indécis pour lequel l’antiracisme et l’antiracisme seraient des motifs de suspicion], n’aura de cesse de provoquer des paniques identitaires/raciales en faisant passer LFI pour le « parti des Arabes » et pas de tous les Français » : les revendications « des Arabes » devraient d’abord être celles de « tous les Français », incarnés par l’électorat blanc indécis, pour pouvoir être audibles, et ce qui paraîtrait ne concerner que les Arabes devrait être remisé.

La focalisation d’Houria Bouteldja, autrement dit, le point de vue stratégique qu’elle adopte, est la centralité blanche et la fragilité blanche : il s’agit de construire un positionnement des racisé·es qui penseraient leur stratégie en fonction de la blanchité. Autrement dit, la « stratégie », c’est la priorisation – en l’occurrence, celle du programme « social » sur le programme « racial », en supposant que le programme racial serait accompli par les revendications « sociales ».

Qu’il s’agisse d’avancer masqués en faisant semblant d’y croire pour convaincre les blanc·hes, ou qu’il s’agisse de le soutenir en toute crédulité, il n’y a pas de différence si la réalité concrète de cette « avancée masquée » est la silenciation. Or, les logiques de cooptation à gauche comme dans le champ antiraciste ont déjà ces effets, il ne s’agirait pas d’aggraver la maladie.

De fait, on s’étrangle ensuite quand une telle subordination, qui ressemble à s’y méprendre aux délégitimations de l’antiracisme dans les organisations de gauche du siècle dernier, est présentée comme une stratégie d’autonomie politique. Où est l’autonomie politique des racisé·es quand non seulement leur stratégie se déduit de la position d’une organisation blanche à l’antiracisme « non-hypocrite » mais également d’un « électorat blanc suspicieux » ?

Une nouvelle fois, Houria Bouteldja pense ici depuis la blanchité pour définir sa stratégie. Or, là encore, il s’agit bien d’une tactique contraire à toute forme d’autonomie politique : littéralement, la « loi » et les règles sont définies de l’extérieur, par les blanc·hes. L’hétéronomie, la priorité donnée aux blancs indécis justifie la dépendance des racisé·es et du mouvement social à une sociale-démocratie blanche. C’est pourquoi la formule selon laquelle la FI serait le butin du QG décolonial, qui nous a toujours semblé illusoire (mais peut-être mobilisatrice) pourrait tout aussi bien se retourner en son contraire.

Pour le redire dans le langage stratégique de l’Internationale communiste (établi lors de ses 3e et 4e congrès), un front unique où les révolutionnaires abdiqueraient même leurs revendications transitoires pour masquer la trahison des chefs sociaux-démocrates serait une simple dissolution politique. Depuis le champ antiraciste, affirmons-le sans ambages, une telle « autonomie » a toutes les caractéristiques d’une abdication et d’une dépendance.

Le QG décolonial est-il le butin de la FI ?

Si nous passons sur ce qui nous semble être un complet retournement (non de Mao, mais de ce qu’a longtemps été l’autonomie politique dans les élaborations du PIR)3, venons-en à une deuxième erreur majeure, qui ressort de l’optimisme étonnant que semble nourrir depuis des mois le QG décolonial au sujet de la FI. L’affirmation tonitruante selon laquelle la FI serait « le butin de guerre » du QG décolonial nous semble complètement erronée, sur le plan militant comme sur le plan théorique.

De fait, le texte d’Houria le reconnaît à demi-mots : « la FI dirige sa stratégie indépendamment des regroupements autonomes, sans avoir à rendre de comptes sur les agissements des uns et des autres, assumant ce qui la renforce, mettant à distance ce qui nuit à l’élargissement ». Qu’est-ce sinon un aveu de ce que la FI ne tire pas son orientation des mouvements autonomes, passés et présents, et des militants auto-organisé·es ?

Sans entrer dans le détail des pressions locales diverses et variées exercées par la FI – sur différents types d’organisations (sociales et politiques), dont les mouvements antiracistes – l’organisation du « meeting de lancement » de la campagne antiraciste de la FI, à l’occasion des municipales et des 20 ans de la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-bois, a illustré la place de l’antiracisme à la FI. Aucune organisation antiraciste n’y a été conviée – pas même de celles qui s’associent à la FI. D’ailleurs, aucune référence à l’initiative « Faire Bloc, Faire peuple » n’a été faite lors du meeting du 16 octobre (soit la semaine précédant la date anniversaire), et rien ne s’est passé le 16 novembre 2025 pour l’anniversaire des « deux révoltes révolutionnaires ». Qu’est-il resté de visible de cette séquence ? La médiatisation de l’antiracisme de la FI, et l’affirmation de son hégémonie sur « le terrain ».

Sans nous étendre sur la multiplicité des configurations militantes réelles qui infirment la position d’une FI « subordonnée » au QG décolonial, l’affirmation est tout aussi fausse du point de vue des « mots d’ordre ». Le QG décolonial agit comme si l’orientation de la FI correspondait à ses objectifs. Or sur le plan théorique, le concept de « Nouvelle  »rance » tel que le défend la principale représentante politique de la commission antiraciste de la FI est en rupture franche avec ce qu’a pu défendre l’antiracisme politique depuis au moins les années 2000, en particulier dans les textes de Sadri Khiari et Houria Bouteldja. Les sujets post-coloniaux ne devraient pas être renvoyé·es à leur histoire, une histoire de domination raciale, de spoliation coloniale et de répression policière, mais à leur recherche de l’assimilation4.

En quoi cette conception reprendrait les mots d’ordre du QG décolonial ? Rappelons les titres de l’Appel des Indigènes de 2005 :

« La France a été un État colonial… La France reste un État colonial ! … Le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s’y réduire, la politique coloniale… La gangrène coloniale s’empare des esprits ».

Même depuis le virage initié par Beauf et Barbares, qui rompt avec une partie de l’héritage du PIR en insistant sur la construction d’une alliance idéologique à travers des lieux de mémoires communs plutôt que sur la mise en évidence des rapports de domination qu’induisent les logiques coloniales, la référence au fait colonial demeure centrale dans les prises de positions du QG décolonial ou sur la chaîne de Paroles d’Honneur pour construire une forme d’alliance qui puisse unifier les sensibilités blessées des blancs déclassés et des racisé·es (toujours déclassé·es et déclassables).

À l’inverse, c’est bien une rupture avec la mémoire et la conscience de la colonialité, sous l’étendard bleu-blanc-rouge de l’universalisme républicain, qui propose magiquement (tout marxisme foulé au pied) de faire de l’universalité de la loi la base de l’égalité réelle que soutient la FI.

Rappelons brièvement l’entretien, publié dès 2006 sur le site du PIR, de Ramon Grosfoguel :

« L’idée de laïcité à la française reflète cette même logique, elle se veut universelle mais constitue plutôt une forme de ”sécularisation de la cosmologie chrétienne”, loin d’être neutre. La République française est, à mon avis, la sécularisation de l’évangile de saint Paul. Par exemple, la loi sur les signes religieux n’évoque pas l’idée de respect des religions. Elle sous-entend plutôt l’idée que pour être totalement français, on ne doit pas montrer que l’on a une religion. De ce fait, on ne peut définir la laïcité comme un principe de respect des religions puisqu’elle nie une partie de l’identité de certains individus »5.

Ou encore l’argumentaire de Sadri Khiari dans Sainte Caroline contre Tariq Ramadan, publié en 2011, qui fait la part belle à la place de l’universalité dans l’argumentaire raciste de Caroline Fourest. Dans quelle mesure les mêmes mots d’ordre, défendus cette fois par la France insoumise, pourraient-ils produire des effets radicalement différents ? Les arguments, longtemps portés par l’avant-garde antiraciste qu’a pu, par de nombreux aspects, incarner le PIR, semblent tout bonnement avoir disparu de l’analyse politique proposée ici par Houria Bouteldja. On serait donc tenté de lui demander où se trouve son trésor, si la FI fait partie du butin, vu qu’on n’y trouve plus guère de trace des décoloniaux.

La loi de 2004 peut-elle être mise de côté ?

Cela fait longtemps que le QG décolonial insiste sur sa stratégie d’alignement derrière la FI, prétendant négocier l’élargissement, à ses conditions, de l’antiracisme de la FI, pour la « déborder » – sans jamais en faire véritablement partie. Un élargissement ne se constitue pas au corps défendant d’une organisation qui revendique pour elle-même une hégémonie complète.

De fait, lorsque Houria Bouteldja affirme qu’il faudrait abandonner la revendication d’abrogation de la loi du 15 mars 2004, on glisse du compromis vers la compromission. Maintenir le diagnostic des « insuffisances » de la FI tout en affirmant sa « sincérité » (qui en est juge ?) est d’une ambiguïté conciliatrice qui ne résiste pas au tamis léniniste quand on y adjoint l’abandon de ses revendications. Dans la Maladie infantile du communisme, Lénine distingue entre un compromis nécessaire et un compromis opportuniste. Le critère en est l’augmentation de la conscience de classe.

Qu’on ne repousse pas trop vite ce jugement en invoquant un désir de « pureté militante ». Je ne parle pas sans lieu. Les scissions successives du NPA, qui se voulait un parti large, et a comporté en son sein des organisations qui étaient en désaccord avec ce projet organisationnel, sont des preuves vivantes de la difficulté à construire l’élargissement. L’émergence en propre de Révolution Permanente et du NPA-R montrent la difficulté qu’il y a à s’associer à des courants ou organisations recherchant l’hégémonie. Notre expérience décevante, cela étant, ne nous a pas amené·es à liquider notre héritage ou à perdre notre ligne de vue (et de mire).

Il ne s’agit pas seulement d’opposer des principes à l’abandon de la lutte contre la loi de 2004. Houria Bouteldja affirme que les musulman·es ont pris l’habitude de « contourner » la loi, si bien que la lutte contre celle-ci ne serait pas urgente, celle-ci n’étant plus vraiment à l’agenda des concerné·es. Une loi installée depuis vingt-deux ans pourrait difficilement être questionnée, voire ne serait pas une nécessité parce que les musulman·es auraient le « cuir épais » ou devraient « faire preuve d’abnégation ». Et de là, pour sceller notre sacrifice, de mobiliser l’autorité des générations qui nous ont précédé·es et auraient affirmé « n’être pas chez elles »… alors que c’est précisément autour de l’islam, de la construction des mosquées et du fait religieux que l’ensemble des générations musulmanes ont tenu à rendre habitable la République islamophobe6.

Sur le diagnostic comme sur la dynamique en cours, il nous semble qu’Houria Bouteldja se fourvoie. Les musulman·es ne contournent pas la loi, mais la défient dans son esprit et ses virtualités. Cette lutte pour que la loi de 2004 ne grignote pas davantage de terrain est une lutte continue qui blesse quotidiennement et épuise une partie des forces de la communauté musulmane. C’est vrai, les musulmanes se dévoilent dans les établissements scolaires publics. Mais qu’impliquerait une résistance directe ? Subir un signalement et être empêchée d’entrer en classe ? Faire de sa pratique un scandale et subir le renversement des responsabilités qui fait des musulmanes discriminées le « problème musulman » ?

Il arrive bien que des jeunes femmes, quoique pubères et pratiquantes, donc sujettes à la reconnaissance de la prescription du port du hijab, fassent le choix de ne le porter que lorsqu’elles ne devront plus le retirer7. C’est peut-être là le seul « report » qu’implique la loi, car malgré cette pression, les musulmanes dont je suis, sont aussi nombreuses à se re-voiler à l’extérieur des établissements scolaires, à ne découvrir que leurs cheveux, à lutter pour porter un bandeau et se découvrir un peu moins… Surtout, les données statistiques qui concernent la pratique des musulmanes mettent en évidence la progression globale du port du hijab, et en particulier chez les musulmanes de 25 à 34 ans – or ces données indiquent la « continuité » avec des pratiques adolescentes.

De manière générale, la progression de l’orthopraxie musulmane en contexte libéral a participé à resignifier le port du hijab, qui n’apparaît plus comme dans les années 1990 comme le « couronnement » de la piété des femmes, mais, à l’instar de ce qui se fait dans l’ensemble du monde arabo-musulman, comme une pratique élémentaire et évidente dès la puberté – et qui véhicule, de surcroît, un sens fortement investi subjectivement8. Le port du voile n’a tout simplement pas reculé, la loi est mise en échec.

La visibilité musulmane progresse dans de nombreux espaces – là où elle n’est pas interdite, et notamment sur les lieux de travail. La loi de 2004 est la mère de tous les vices islamophobes institutionnels, et elle est combattue sur le terrain par la multiplication des espaces de port du voile. Le baromètre réalisé par l’institut Montaigne indique ainsi une visibilité religieuse croissante depuis 2016, et indique qu’elle serait principalement associée à des signes religieux islamiques – il enregistre également une hostilité croissante à la visibilité religieuse et aux pratiques religieuses, les pratiques islamiques et juives en tête. En clair, la visibilité religieuse est le lieu de luttes quotidiennes et concrètes, et la manière de renforcer ces luttes dans le cadre des institutions est de s’attaquer politiquement dès maintenant à la loi de 2004.

C’est un des points sur lesquels Houria Bouteldja fait tout bonnement l’impasse : 2027 n’est pas seulement l’année de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, c’est aussi l’année où le RN a de grandes chances de l’emporter. Or ce parti a fait sa rentrée politique sur l’interdiction du port du hijab dans ce qui est nommé l’ « espace public » (et dont la définition même ne va nullement de soi), prévoyant la pénalisation des musulmanes dans un paquet législatif encore plus large.

D’importantes figures des Républicains se sont positionnées pour interdire le hijab à l’université, ou pour pénaliser les familles dont les enfants pratiqueraient l’islam à travers la proposition de loi Wauquiez. Face à une telle offensive, serait-il raisonnable de rester silencieux ? De continuer à soutenir une logique compassionnelle, souvent paternaliste, et encore franchement coloniale, telle qu’elle est portée par Jean-Luc Mélenchon sur la question de l’islam9 ?

On ne saurait nier un certain nombre de constats justes faits par Houria Bouteldja. En particulier la difficulté à construire des mobilisations de masse des musulman·es est une réalité. Le différentiel entre la mobilisation de novembre 2019 (où la présence inopinée de la FI, quoique abondamment soulignée, n’a en rien impliqué qu’elle ait participé à l’organiser et à la légitimer, faut-il le rappeler) et la marche contre l’islamophobie du 21 mai 2025 est évident, alors même qu’elle s’est organisée à la suite de l’assassinat d’un musulman dans une mosquée et que l’indignation avait « dépassé » à gauche les « indécisions ». On peut se questionner sur la transférabilité de l’analyse de mobilisations aux mots d’ordre larges – ou articulées à un hommage – à celles qui viseraient l’abolition d’une loi. La mobilisation pour les retraites par exemple a réuni bien plus largement que les manifestations habituelles, entre autres par le caractère restreint de ses revendications.

Mais outre la prise en compte de facteurs nouveaux, qui nous renvoient à des hypothèses discutables, revenons aux faits sur lesquels s’appuie le QG décolonial. D’abord, renvoyer le militantisme contre la loi de 2004 à la pétition de l’UDMF est un acte de cécité volontaire.passons l’invisibilisation des revendications d’une partie de la gauche révolutionnaire en faveur de l’abolition de la loi de 2004, c’est-à-dire du NPA-L’Anticapitaliste depuis une dizaine d’années, et plus timidement et récemment de Révolution Permanente10. Passons aussi les mobilisations syndicales, notamment portées par Sud Éducation – alors que dans les deux cas, ces revendications sont souvent le fruit des luttes des militant·es racisées desdites organisations. On concédera que ces organisations sont blanches, et n’incarnent pas l’autonomie politique des musulman·es.

La place donnée à la pétition de l’UDMF, dont la surface reste modeste (autour de mille signatures après un mois d’existence)11, occulte la construction plus large du militantisme musulman contre l’islamophobie, et notamment de la construction de la campagne du 15 mars par le collectif marseillais UMMA, qui n’entend pas mettre de côté la loi de 2004, ou encore la mobilisation active de Perspectives musulmanes et du PIR contre cette loi12.

À la mesure des difficultés que pose la construction d’un mouvement social face à la répression et en l’absence de projet positif en faveur de l’acquisition de nouveaux droits, malgré l’accumulation de causes politiques urgentes, il est indéniable que des dynamiques existent13. Quoi qu’il soit encore balbutiant, nous sommes parvenu·es à constituer un cadre unitaire, stable depuis un an environ, qui articule diverses organisations antiracistes et musulmanes en vue de construire des mobilisations communes contre l’islamophobie et qui n’en fait pas un objectif subordonné à d’autres, dont l’une des lignes rouges et l’opposition à la loi de 2004.

Du reste, en les nommant à tort « contournement », Houria Bouteldja cite des dispositifs d’auto-organisation qui illustrent la combativité de la communauté musulmane, plutôt qu’une forme d’indifférence ou de passivité. S’il serait excessif de réduire l’apport et la singularité des établissements musulmans à la non-application de l’islamophobie d’État, il faut rappeler la répression par l’État des écoles musulmanes14.

Cela étant, ces « contournements » de l’islamophobie instituée coûtent cher aux musulman·es : et il n’est pas seulement question d’emporter ou non des élections, mais d’envisager une sortie de cet état de fait. Le silence relatif des mosquées correspond à la priorité qui reste donnée, et en tant que musulmane je les soutiens dans cet effort, au maintien du culte en France et notamment de la possibilité de pratiquer salat al jumu’a, les prières des deux Aïd et de disposer de lieux d’apprentissage de la religion.

Le « compromis » que représente l’accommodement avec les gages à donner et la multiplication des contrôles exercés sur les mosquées, lui, n’est pas de l’ordre de la compromission : il vise la pérennité d’acquis concrets pour la communauté musulmane, ceux que les générations musulmanes qui nous précèdent ont bâtis. Si nous avons l’habitude dans nos milieux d’héroïser nos luttes, ces luttes représentent des sacrifices. Dans les établissements scolaires alternatifs, d’importantes batailles juridiques et judiciaires sont associées à la création et au maintien des établissements, et sont le plus souvent associées également à la précarisation des enseignant·es musulman·es, qui reçoivent des traitements très inférieurs à ceux d’enseignant·es du public en échange du maintien de leurs choix orthopraxiques, consécutifs de la précarité des petites écoles.

Notre tâche politique est d’attaquer frontalement la loi de 2004, et par là d’articuler aux brèches ouvertes ici et là une mobilisation d’envergure pour ouvrir la voie à la contestation des dispositions de la loi El Khomri qui ont permis la multiplication des réglementations islamophobes qui contraignent de plus en plus de musulman·es à risquer de vivre sur leur lieu de travail la même violence que dans les écoles de la République.

La lutte des classes n’est pas un jihad. Nous n’entendons pas faire des musulman·es des martyr·es silencié·es de la lutte contre la fascisation. De fait, ça n’est pas seulement la patience qu’impliquerait une telle silenciation, mais l’intensification – la fascisation avançant – de la précarisation symbolique et économique des musulman·es, et, dans le même temps, le développement continu des solutions individuelles et petites-bourgeoises, par la mise en place de commerces indépendants opposés à l’inamovibilité de la république laïque15.

Ces solutions n’en sont pas : pour les musulman·es comme pour nombre de prolétaires, l’auto-entreprenariat représente la plupart du temps un statut précaire et une paupérisation. D’un point de vue intra-communautaire, il défait les solidarités et introduit partout les logiques néo-libérales, du marketing des produits utiles à nos pratiques religieuses à l’interprétation en développement personnel de nos spiritualités pour aboutir à la concurrence entre musulman·es.

Si nous reculons aujourd’hui sur la loi de 2004, alors que le consensus est présent, nous démoraliserons durablement les musulman·es. Cette « démoralisation » ne concernerait pas tant la pratique de l’islam, qui, il est vrai, résistera à tous les vents mauvais. Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un16. En revanche, elle toucherait d’autant plus l’affirmation politique de l’islamité et l’articulation de la lutte contre l’islamophobie à la lutte des classes que l’espoir de voir une victoire de la FI accroître l’agentivité politique des musulman·es est massif dans notre classe.

Aussi notre responsabilité est de ne pas l’abandonner : non en nous conformant aux choix de la FI, mais en réaffirmant ce qu’implique véritablement la rupture avec l’invisibilisation des musulmanes – c’est-à-dire, pour commencer, la clarté sur 2004. En somme, il faut « dire la vérité aux masses » suivant le mot de Lénine, sans quoi, elles n’auront plus lieu de s’engager pour que le politique fasse évoluer les conditions matérielles d’existence des musulman·es, économie et pratiques religieuses mêlées.

En conclusion, pas de front unique au prix de la lutte contre l’islamophobie

En un mot comme en cent, la lutte contre la loi de 2004 est mûre et ne doit pas être abandonnée : voilà ce que disent les données, si l’on décolle la focale des potentiels actuels dans la FI, qui est seule à remiser la lutte contre cette loi. Le « besoin » de revenir sur la législation sur le port du voile est croissant, et les données abondent désormais pour mettre à bas l’argumentaire bâti par la commission Stasi en 2003-2004.

D’autre part, les forces existent – nous avons fait un inventaire des résistances des musulmanEs elleux-mêmes, mais des forces supplémentaires s’y adjoignent – et renforcent une véritable stratégie de front unique large, impérative dans la conjoncture. Le consensus scientifique est établi autour de l’islamophobie – ce qui n’était pas le cas en 2004. Les sociologues qui documentent et s’engagent contre l’islamophobie sont désormais nombreux, et leurs travaux ont acquis une importante notoriété17.

Le consensus militant va croissant, malgré des difficultés importantes. La prise en charge syndicale émergente des problématiques islamophobes et l’instabilité des acquis antiracistes dans ces organisations de masse est une des contradictions qu’il nous appartient d’œuvrer à résoudre en exerçant une pression forte à la clarté des positions antiracistes18.

La réalisation du front unique ne va pas de soi, pour autant. Je m’exprime depuis une organisation dont l’évolution sur l’islamophobie, aujourd’hui stabilisée, a été le résultat de nombreux efforts internes et de luttes difficiles mais également de l’avancée des mouvements décoloniaux autonomes19. Aussi suis-je, avec tout le paradoxe que cela peut représenter, particulièrement bien placée pour alerter des risques que la posture du QG décolonial fait courir au mouvement antiraciste, et à notre camp social.

Le racisme est le véhicule idéologique et politique de la fascisation, il établit des positions contradictoires, et donc des intérêts réels divergents, dans notre classe20 en défaveur des racisé·es, et représente un danger existentiel pour elleux. Prétendre convaincre l’électorat blanc en mettant en sourdine l’agenda antiraciste, alors que la fascisation s’appuie sur le racisme structurel, est une tactique perdante. Si des maillons de notre propre camp justifient l’invisibilisation de nos luttes, nous ne pouvons espérer combattre les blocages qui nuisent à la massification de la lutte contre la loi de 2004 et, en général, des luttes contre l’islamophobie.

Dans une période d’accélération, en raison des dangers qui nous guettent, nous devons être disposés à la lutte sans jamais reculer. Nos besoins et la lutte pour leur satisfaction réelle, sans ajournement, constituent le fondement de la lutte antifasciste parce qu’elle organise concrètement la rupture avec le consensus blanc. La priorité est à l’antiracisme politique. Le « soupçon » que fait peser la blanchité sur notre agenda doit être combattu : non pas en « rassurant », c’est désormais impossible, et les consolations sont à l’extrême droite, mais en maintenant notre cap, en ne cessant de soutenir et d’organiser le caractère indissociable d’un antifascisme et d’un antiracisme de combat, partout où nous sommes.

D’ailleurs, malgré des vues contestables, tapage médiatique ou pas, la FI ne s’y trompe pas quand elle affirme son étendard, son antiracisme avec ses mots d’ordre et le paradigme de la Nouvelle France, Bally Bagayoko en tête21. À nous de ne pas baisser la tête. porter fièrement nôtre.

Notes

1 La distinction est notamment établie dans la Maladie infantile du communisme de Lénine dans sa controverse avec les communistes de gauche, et constitue une catégorie d’analyse fondamentale reprise par Gramsci, Trotski ou encore Lukács. Elle trouve ses premières formulations dans les textes de Rosa Luxemburg, qui établit à la suite du congrès de Stuttgart en 1898 une ligne de crête entre des tendances anarchistes qui voudraient mettre de côté les luttes institutionnelles et de l’autre côté des tendances gradualistes d’un Bernstein, dites « révisionnistes ». Cette situation serait la plus proche des problématiques stratégiques qui nous concernent, depuis le point de vue de Bouteldja qui situe l’intervention de l’antiracisme politique « à l’intérieur » des mouvements de gauche.

2 Je propose ici de reconstruire, depuis cette considération tactique qui nous est apparue au NPA-l’Anticapitaliste de même qu’à l’ensemble du champ antiraciste, comme le véritable objet du texte et sa véritable originalité, le débat tel qu’il semble réellement structuré. La structure du texte original déduit du scandale Barbara Butch et de l’apparition d’une mobilisation de l’UDMF contre la loi de 2004 deux conclusions stratégiques – la première étant de « désapprendre à prioriser l’urgent sur l’important », c’est-à-dire à sécuriser les acquis indépendamment des urgences réelles pour continuer à progresser politiquement ; la seconde, de contester le slogan de Mao selon laquelle « la lutte précède la victoire » et de s’appuyer sur une victoire électorale pour poursuivre des luttes radicales, c’est-à-dire globalement s’organiser en marge. Cette conclusion est à son tour divisée en deux « points » qui correspondent aux conséquences de ce retournement stratégique : d’abord, il faut organiser l’autonomie politique indépendamment de LFI et sans lui demander de compte, et deuxièmement, cette autonomie devra exiger des indigènes les plus importantes concessions.

3 Le PIR, d’ailleurs, continue à exister malgré le départ de certains de ses principaux·les animateur·irces, et à soutenir des mots d’ordre d’autonomie politique radicale, notamment et entre autres autour de la « centralité musulmane » qui sont distincts à la fois de la stratégie aujourd’hui soutenue par Houria et le QG, et de celle que le NPA-L’Anticapitaliste défend sur la question.

4 Voir l’article d’Imane El Hamzaoui, L’empire, la République et la Nouvelle France – Contretemps

5 A relire, sur le site du PIR : Ramon Grosfoguel : « Le communautarisme en France est surtout un communautarisme blanc » | Indigènes de la République

6 Voir à ce sujet Hamza Esmili, L’islam après l’exil, Paris, Éditions du seuil, 2026.

7 Neuf femmes sur dix qui portent le voile déclarent le porter toujours : la pression que représente la loi de 2004, et en général les interdictions croissantes dans les établissements publics, sont donc des pressions à un dévoilement inquantifiable, au-delà du respect de la loi.

8 Voir à ce sujet les travaux fondamentaux de Nilüfer Göle, Musulmanes et modernes : voile et civilisation en Turquie, Paris, Éditions La découverte, 2003, ou de Saba Mahmood, Politics of Piety: The Islamic Revival and the Feminist Subject, Princeton, Princeton University Press, 2005. Pour le contexte européen, voir Jeanette S. Jouili, Pious Practice and Secular Constraints: Women in the Islamic Revival in Europe, Stanford, Stanford University Press, 2015.

9 Voir à ce sujet Hafiza b. Kreje, Diagnostic des dynamiques de l’islamophobie d’État | NPA

10 Dont la ligne politique reste divergente de celle du NPA-L’Anticapitaliste – Révolution permanente maintenant une analyse du racisme comme “diversion” et se contentant de défendre la “neutralité” plutôt que le caractère émancipateur de l’affirmation religieuse et insiste sur le caractère réactionnaire de la religion plutôt que sur sa plasticité comme fait social. Voir l’article récent sur le site de RP, Jean-Patrick Clech, Nos frères (et sœurs) les musulman·es et nos ami·es de LO.

11Plus récemment, après la publication du texte d’Houria Bouteldja, une pétition comparable à émergé depuis un collectif féminin qui s’est formé à cette occasion, « Touche pas à mon voile » et a recueilli sensiblement le même nombre de signatures. Cela montre à la fois l’importance des initiatives féminines d’auto-organisation contre la criminalisation de la visibilité musulmane, et la pénétration modérée de l’UDMF.

12 Le PIR, Perspectives musulmanes, Touche pas à ma Abaya et Urgence Palestine avaient ainsi co-organisé le 16 mars 2024, avec le soutien du NPA l’Anticapitaliste, une réunion publique avec plusieurs tables rondes sur les vingt ans de la loi de 2004.

13 Bader Lejmi, “Lutter aujourd’hui, c’est s’entraîner à vaincre demain”, Mizane info, Lutter aujourd’hui c’est s’entraîner à vaincre demain | Mizane Info

14 L’exemple de la lutte du lycée Averroès pour conserver son agrément en est représentative : alors que l’établissement s’affirme “animé par les valeurs de la République et de l’islam”, et qu’il affiche d’excellentes performances scolaires dans la continuité de sa défense de la méritocratie, ses fonds ont à nouveau été coupés.

15 Sur ce sujet, voir les travaux d’Hanane Karimi.

16 « Certes, nous sommes à Allah, et certes nous retournerons vers Lui », formule qu’il est prescrit de prononcer lors d’une épreuve. Et à Selma reconnaissante pour ses luttes et son rappel.

17 Citons, pour n’en rester qu’à quelques figures les travaux et engagements d’Hanane Karimi, d’Abdellali Hajjat, de Marwan Muhammad, de Houda Asal, de Julien Talpin, Alice Picard, Olivier Esteves ou d’Ugo Palheta.

18 Pour en rester à l’exemple le plus frappant, la répression syndicale qui a suivi l’accompagnement de Majdouline à la Salpétrière est frappant, et d’autant plus remarquable que la tactique syndicale de Sud Santé s’est appuyée sur le fait de ne pas mettre en évidence le caractère spécifiquement islamophobe de la répression de Majdouline.

19 Voir à ce sujet l’intervention d’une de nos militantes, qui témoigne de cette histoire et ces effets : Ezel Aslandag, « Retour sur les 20 ans de la loi de 2004 », NPA l’Anticapitaliste Retour sur les 20 ans de la loi de 2004 | NPA

20 Voir, à ce sujet, une exposition rapide de cet enjeux, Edouard Soulier, « Race, classe – conscience de classe et conscience de race », NPA l’Anticapitaliste Race, classe — conscience de classe et conscience de race | L’Anticapitaliste

21 De fait, l’argument de Houria Bouteldja selon lequel la FI représenterait “le parti des Arabes” et serait stigmatisé comme tel est aveugle à la réalité du harcèlement principalement négrophobe qui vise la FI. Depuis la victoire de Bally Bagayoko aux municipales de Saint-Denis, la FI est précisément accusée d’être le “parti des Noirs”.

8 octobre 2026

Marcher séparément, frapper ensemble

Un texte récent de Houria Bouteldja a agité toute une partie du mouvement antiraciste et de la gauche radicale en plein cœur du mois d’août. Dans ce texte, Hafiza b. Kreje s’oppose à l'idée que, dans le contexte électoral, le mouvement antiraciste devrait cesser de considérer comme prioritaire l'abrogation de la loi islamophobe du 15 mars 2004.

Elle avance ainsi une stratégie de front uni qui permettrait selon elle de tisser les alliances nécessaires à une victoire contre l’extrême droite, tout en permettant à chaque organisation et aux antiracistes de défendre leurs positions.

Dans le contexte de la fascisation, l’ampleur médiatique prise par l’affaire Barbara Butch nous a peut-être un peu tou·tes également consterné·es. Alors que le génocide en Palestine occupée se poursuivait dans l’indifférence médiatique générale, tout le personnel politique réagissait avec empressement et emphase à l’agitation contre un DJ set à Grenoble - DJ set dont le mouvement social avait échoué à obtenir l’annulation qu’il avait obtenue ailleurs. Cela a duré des semaines, et on croyait en avoir fini avant le bilan d’Houria Bouteldja, qui propose d’en déduire rien de moins que les orientations à suivre pour la présidentielles de 2027. Le non-événement qu’elle décrit semble avoir bien des implications.

Pour notre part, au NPA-L’Anticapitaliste, nous aurions voulu avoir bien moins à dire de l’affaire Barbara Butch : nous avions d’ailleurs choisi de ne pas nous exprimer, aussi le bilan sera-t-il bref. Nous ne dirions pas qu’il s’agissait d’un non-événement : l’interruption a été réussie, et manifeste un véritable rapport de force. C’est un encouragement, et la manifestation d’une capacité à passer de la protestation à l’action concrète pour empêcher un événement. La déshérence de la gauche sociale-démocrate s’y confirme, puisqu’elle a été en l'occurrence analogue à celle qu’on a pu voir s’étaler après la mort de Quentin Deranque – quoi que le fait soit de bien moindre envergure.

De là, Houria Bouteldja conclut à la frilosité de nos “allié·es”, des indécis·es qui les écouteraient (donc comprendre, des masses blanches) et donc à une forme de repli temporaire que nous devrions opérer. Son choix est de s’adresser principalement à la gauche, au mouvement social et elle nous enjoint à ne pas se montrer gauchistes par la subversion osée du Mao de 68 : avec panache, elle semble oublier qu’à tribord, l’inverse du gauchisme est l’opportunisme.

Je n’insisterai pas davantage sur un non-événement prétexte à la discussion. Le point qui fait grincer des dents, ou plutôt tomber de sa chaise, c’est qu’Houria Bouteldja invite à laisser tomber la revendication d’abrogation de la loi du 15 mars 2004, interdisant le port de signes religieux dits « ostensibles » dans les écoles, collèges et lycées publics, la mère des lois islamophobes. C’est cela qui nous incite à prendre la parole.

Cette proposition stratégique nous semble surtout refléter sa propre (et soudaine ?) frilosité et condense les sirènes raisonnables de l’opportunisme. Précisions que l’opportunisme est ici une catégorie politique, qui ne peut être simplement assimilé à une forme d’arrivisme. Nous ne disons pas vulgairement que le QG décolonial rechercherait « des places » ou même un siège autour de la table avec la FI. L’opportunisme, c’est confondre les petites avancées qui ne promettent pas de lendemains qui chantent avec une tactique réelle de conquête du pouvoir ; c’est préférer les acquis faciles du temps présent à la construction au long cours1.

L’opportunisme politique guette aussi bien les organisations marxistes indépendantes de la sociale-démocratie que le mouvement antiraciste autonome dès lors que se pose sérieusement la question des alliances et de l’insertion dans un espace politique saturé à gauche par l’hégémonie de la FI. En marxistes et en antiracistes, il est nécessaire d’engager la discussion face à une impasse stratégique, d’autant plus préoccupante qu’elle constitue le renoncement d’une figure historique de la lutte contre l’islamophobie et émane d’un espace qui cherche à organiser son hégémonie au sein de l’antiracisme politique.

Le NPA-L’Anticapitaliste a fait le choix, historique pour notre courant, de ne pas présenter de candidature lors des élections présidentielles. En répondant à Houria Bouteldja, nous entendons en même temps éclairer la stratégie qui est la nôtre, celle qui soutient un front unique antiraciste et antifasciste qui ne correspond pas à la division des tâches et des temporalités qu’elle soutient. Cette division requiert, selon elle, de mettre de côté la lutte contre la loi de 2004, tandis qu’àl’inverse, cette revendication reste centrale pour nous.

Cette proposition de l’abandon temporaire de la revendication d’abolition de la loi de 2004 est appuyée sur trois arguments faux. En premier lieu, il s’agirait de faciliter la victoire de la FI et la défense de son programme social par l’invisibilisation des luttes des racisé·es. La visibilité de la FI, et de ses figures non-blanches, constituerait déjà un acquis majeur à préserver. Ensuite, il n’y aurait de toute façon pas de mouvement de lutte contre la loi de 2004. Enfin, c’est seulement par un mouvement dialectique qu’il serait possible de faire du renoncement d’aujourd’hui la victoire de demain (parce qu’on aurait déjà gagné hier)2.

Pas un bloc, un front : contre l’alignement et l’auto-dissolution, pour l’unité d’action

Le premier argument soutenu par Houria Bouteldja est qu’il importe de « sécuriser les acquis » de l’antiracisme politique pour pouvoir organiser des luttes à l’avenir « en autonomie ». Le moyen de jouer la défense serait paradoxalement la reddition temporaire de l’antiracisme politique à la gauche institutionnelle, : pour garantir la pérennité de l’antiracisme en lutte contre la fascisation, il faudrait lui donner un blanc-seing en escomptant d’une forme de réciprocité.

Exemple à l’appui, Houria Bouteldja cite le soutien des municipalités LFI aux réunions publiques antiracistes et anti-impérialistes. L’atour marxisant de l’argumentaire de Bouteldja rappelle bien les stratégies de combinatoire des tendances révolutionnaires aux réussites de la social-démocratie : elles peuvent donc sembler raisonnables. Les conditions d’existence d’un mouvement criminalisé nécessitent des bases institutionnelles qui garantissent la massification de l’activité, c’est juste.

Mais cette stratégie, qui est aussi la nôtre, glisse ici de la reconnaissance des nécessités de l’articulation du jeu institutionnel avec ce qui doit la « déborder » (comme elle le rappelle) vers la subordination aux objectifs de la social-démocratie. En somme, c’est ce que rappelait Trotski dans ses thèses de 1922 sur le Front unique ouvrier : « Aucun accord politique avec les réformistes qui limiterait notre liberté d'agitation et de critique n'est admissible ».

Le basculement est criant lorsqu’Houria Bouteldja écrit : « La leçon à retenir donc c’est que le journalisme de meute et sa puissance de feu, conscient de cette faiblesse [la priorité électorale de LFI, quoiqu’elle ne serait pas hypocrite sur l’antiracisme politique, serait l’électorat blanc indécis pour lequel l’antiracisme et l’antiracisme seraient des motifs de suspicion], n’aura de cesse de provoquer des paniques identitaires/raciales en faisant passer LFI pour le « parti des Arabes » et pas de tous les Français » : les revendications « des Arabes » devraient d’abord être celles de « tous les Français », incarnés par l’électorat blanc indécis, pour pouvoir être audibles, et ce qui paraîtrait ne concerner que les Arabes devrait être remisé.

La focalisation d’Houria Bouteldja, autrement dit, le point de vue stratégique qu’elle adopte, est la centralité blanche et la fragilité blanche : il s’agit de construire un positionnement des racisé·es qui penseraient leur stratégie en fonction de la blanchité. Autrement dit, la « stratégie », c’est la priorisation – en l'occurrence, celle du programme « social » sur le programme « racial », en supposant que le programme racial serait accompli par les revendications « sociales ».

Qu’il s’agisse d’avancer masqués en faisant semblant d’y croire pour convaincre les blanc·hes, ou qu’il s’agisse de le soutenir en toute crédulité, il n’y a pas de différence si la réalité concrète de cette « avancée masquée » est la silenciation. Or, les logiques de cooptation à gauche comme dans le champ antiraciste ont déjà ces effets, il ne s’agirait pas d’aggraver la maladie.

De fait, on s’étrangle ensuite quand une telle subordination, qui ressemble à s’y méprendre aux délégitimations de l’antiracisme dans les organisations de gauche du siècle dernier, est présentée comme une stratégie d’autonomie politique. Où est l’autonomie politique des racisé·es quand non seulement leur stratégie se déduit de la position d’une organisation blanche à l’antiracisme « non-hypocrite » mais également d’un « électorat blanc suspicieux » ?

Une nouvelle fois, Houria Bouteldja pense ici depuis la blanchité pour définir sa stratégie. Or, là encore, il s’agit bien d’une tactique contraire à toute forme d’autonomie politique : littéralement, la « loi » et les règles sont définies de l’extérieur, par les blanc·hes. L’hétéronomie, la priorité donnée aux blancs indécis justifie la dépendance des racisé·es et du mouvement social à une sociale-démocratie blanche. C’est pourquoi la formule selon laquelle la FI serait le butin du QG décolonial, qui nous a toujours semblé illusoire (mais peut-être mobilisatrice) pourrait tout aussi bien se retourner en son contraire.

Pour le redire dans le langage stratégique de l’Internationale communiste (établi lors de ses 3e et 4e congrès), un front unique où les révolutionnaires abdiqueraient même leurs revendications transitoires pour masquer la trahison des chefs sociaux-démocrates serait une simple dissolution politique. Depuis le champ antiraciste, affirmons-le sans ambages, une telle « autonomie » a toutes les caractéristiques d’une abdication et d’une dépendance.

Le QG décolonial est-il le butin de la FI ?

Si nous passons sur ce qui nous semble être un complet retournement (non de Mao, mais de ce qu’a longtemps été l’autonomie politique dans les élaborations du PIR)3, venons-en à une deuxième erreur majeure, qui ressort de l’optimisme étonnant que semble nourrir depuis des mois le QG décolonial au sujet de la FI. L’affirmation tonitruante selon laquelle la FI serait « le butin de guerre » du QG décolonial nous semble complètement erronée, sur le plan militant comme sur le plan théorique.

De fait, le texte d’Houria le reconnaît à demi-mots : « la FI dirige sa stratégie indépendamment des regroupements autonomes, sans avoir à rendre de comptes sur les agissements des uns et des autres, assumant ce qui la renforce, mettant à distance ce qui nuit à l’élargissement ». Qu’est-ce sinon un aveu de ce que la FI ne tire pas son orientation des mouvements autonomes, passés et présents, et des militants auto-organisé·es ?

Sans entrer dans le détail des pressions locales diverses et variées exercées par la FI – sur différents types d’organisations (sociales et politiques), dont les mouvements antiracistes – l’organisation du « meeting de lancement » de la campagne antiraciste de la FI, à l’occasion des municipales et des 20 ans de la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-bois, a illustré la place de l’antiracisme à la FI. Aucune organisation antiraciste n’y a été conviée – pas même de celles qui s’associent à la FI. D’ailleurs, aucune référence à l’initiative « Faire Bloc, Faire peuple » n’a été faite lors du meeting du 16 octobre (soit la semaine précédant la date anniversaire), et rien ne s’est passé le 16 novembre 2025 pour l’anniversaire des « deux révoltes révolutionnaires ». Qu’est-il resté de visible de cette séquence ? La médiatisation de l’antiracisme de la FI, et l’affirmation de son hégémonie sur « le terrain ».

Sans nous étendre sur la multiplicité des configurations militantes réelles qui infirment la position d’une FI « subordonnée » au QG décolonial, l’affirmation est tout aussi fausse du point de vue des « mots d’ordre ». Le QG décolonial agit comme si l’orientation de la FI correspondait à ses objectifs. Or sur le plan théorique, le concept de « Nouvelle  »rance" tel que le défend la principale représentante politique de la commission antiraciste de la FI est en rupture franche avec ce qu’a pu défendre l’antiracisme politique depuis au moins les années 2000, en particulier dans les textes de Sadri Khiari et Houria Bouteldja. Les sujets post-coloniaux ne devraient pas être renvoyé·es à leur histoire, une histoire de domination raciale, de spoliation coloniale et de répression policière, mais à leur recherche de l’assimilation4.

En quoi cette conception reprendrait les mots d’ordre du QG décolonial ? Rappelons les titres de l’Appel des Indigènes de 2005 :

« La France a été un État colonial… La France reste un État colonial ! … Le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s’y réduire, la politique coloniale… La gangrène coloniale s’empare des esprits ».

Même depuis le virage initié par Beauf et Barbares, qui rompt avec une partie de l’héritage du PIR en insistant sur la construction d’une alliance idéologique à travers des lieux de mémoires communs plutôt que sur la mise en évidence des rapports de domination qu’induisent les logiques coloniales, la référence au fait colonial demeure centrale dans les prises de positions du QG décolonial ou sur la chaîne de Paroles d’Honneur pour construire une forme d’alliance qui puisse unifier les sensibilités blessées des blancs déclassés et des racisé·es (toujours déclassé·es et déclassables).

À l’inverse, c’est bien une rupture avec la mémoire et la conscience de la colonialité, sous l’étendard bleu-blanc-rouge de l’universalisme républicain, qui propose magiquement (tout marxisme foulé au pied) de faire de l’universalité de la loi la base de l’égalité réelle que soutient la FI.

Rappelons brièvement l’entretien, publié dès 2006 sur le site du PIR, de Ramon Grosfoguel :

« L’idée de laïcité à la française reflète cette même logique, elle se veut universelle mais constitue plutôt une forme de ”sécularisation de la cosmologie chrétienne”, loin d’être neutre. La République française est, à mon avis, la sécularisation de l’évangile de saint Paul. Par exemple, la loi sur les signes religieux n’évoque pas l’idée de respect des religions. Elle sous-entend plutôt l’idée que pour être totalement français, on ne doit pas montrer que l’on a une religion. De ce fait, on ne peut définir la laïcité comme un principe de respect des religions puisqu’elle nie une partie de l’identité de certains individus »5.

Ou encore l’argumentaire de Sadri Khiari dans Sainte Caroline contre Tariq Ramadan, publié en 2011, qui fait la part belle à la place de l’universalité dans l’argumentaire raciste de Caroline Fourest. Dans quelle mesure les mêmes mots d’ordre, défendus cette fois par la France insoumise, pourraient-ils produire des effets radicalement différents ? Les arguments, longtemps portés par l’avant-garde antiraciste qu’a pu, par de nombreux aspects, incarner le PIR, semblent tout bonnement avoir disparu de l’analyse politique proposée ici par Houria Bouteldja. On serait donc tenté de lui demander où se trouve son trésor, si la FI fait partie du butin, vu qu’on n’y trouve plus guère de trace des décoloniaux.

La loi de 2004 peut-elle être mise de côté ?

Cela fait longtemps que le QG décolonial insiste sur sa stratégie d’alignement derrière la FI, prétendant négocier l’élargissement, à ses conditions, de l’antiracisme de la FI, pour la « déborder » - sans jamais en faire véritablement partie. Un élargissement ne se constitue pas au corps défendant d’une organisation qui revendique pour elle-même une hégémonie complète.

De fait, lorsque Houria Bouteldja affirme qu’il faudrait abandonner la revendication d’abrogation de la loi du 15 mars 2004, on glisse du compromis vers la compromission. Maintenir le diagnostic des « insuffisances » de la FI tout en affirmant sa « sincérité » (qui en est juge ?) est d’une ambiguïté conciliatrice qui ne résiste pas au tamis léniniste quand on y adjoint l’abandon de ses revendications. Dans la Maladie infantile du communisme, Lénine distingue entre un compromis nécessaire et un compromis opportuniste. Le critère en est l’augmentation de la conscience de classe.

Qu’on ne repousse pas trop vite ce jugement en invoquant un désir de « pureté militante ». Je ne parle pas sans lieu. Les scissions successives du NPA, qui se voulait un parti large, et a comporté en son sein des organisations qui étaient en désaccord avec ce projet organisationnel, sont des preuves vivantes de la difficulté à construire l’élargissement. L’émergence en propre de Révolution Permanente et du NPA-R montrent la difficulté qu’il y a à s’associer à des courants ou organisations recherchant l’hégémonie. Notre expérience décevante, cela étant, ne nous a pas amené·es à liquider notre héritage ou à perdre notre ligne de vue (et de mire).

Il ne s’agit pas seulement d’opposer des principes à l’abandon de la lutte contre la loi de 2004. Houria Bouteldja affirme que les musulman·es ont pris l’habitude de « contourner » la loi, si bien que la lutte contre celle-ci ne serait pas urgente, celle-ci n’étant plus vraiment à l’agenda des concerné·es. Une loi installée depuis vingt-deux ans pourrait difficilement être questionnée, voire ne serait pas une nécessité parce que les musulman·es auraient le « cuir épais » ou devraient « faire preuve d’abnégation ». Et de là, pour sceller notre sacrifice, de mobiliser l’autorité des générations qui nous ont précédé·es et auraient affirmé « n’être pas chez elles »... alors que c’est précisément autour de l’islam, de la construction des mosquées et du fait religieux que l’ensemble des générations musulmanes ont tenu à rendre habitable la République islamophobe6.

Sur le diagnostic comme sur la dynamique en cours, il nous semble qu’Houria Bouteldja se fourvoie. Les musulman·es ne contournent pas la loi, mais la défient dans son esprit et ses virtualités. Cette lutte pour que la loi de 2004 ne grignote pas davantage de terrain est une lutte continue qui blesse quotidiennement et épuise une partie des forces de la communauté musulmane. C’est vrai, les musulmanes se dévoilent dans les établissements scolaires publics. Mais qu’impliquerait une résistance directe ? Subir un signalement et être empêchée d’entrer en classe ? Faire de sa pratique un scandale et subir le renversement des responsabilités qui fait des musulmanes discriminées le « problème musulman » ?

Il arrive bien que des jeunes femmes, quoique pubères et pratiquantes, donc sujettes à la reconnaissance de la prescription du port du hijab, fassent le choix de ne le porter que lorsqu’elles ne devront plus le retirer7. C’est peut-être là le seul « report » qu’implique la loi, car malgré cette pression, les musulmanes dont je suis, sont aussi nombreuses à se re-voiler à l’extérieur des établissements scolaires, à ne découvrir que leurs cheveux, à lutter pour porter un bandeau et se découvrir un peu moins... Surtout, les données statistiques qui concernent la pratique des musulmanes mettent en évidence la progression globale du port du hijab, et en particulier chez les musulmanes de 25 à 34 ans - or ces données indiquent la « continuité » avec des pratiques adolescentes.

De manière générale, la progression de l’orthopraxie musulmane en contexte libéral a participé à resignifier le port du hijab, qui n’apparaît plus comme dans les années 1990 comme le « couronnement » de la piété des femmes, mais, à l’instar de ce qui se fait dans l’ensemble du monde arabo-musulman, comme une pratique élémentaire et évidente dès la puberté – et qui véhicule, de surcroît, un sens fortement investi subjectivement8. Le port du voile n’a tout simplement pas reculé, la loi est mise en échec.

La visibilité musulmane progresse dans de nombreux espaces – là où elle n’est pas interdite, et notamment sur les lieux de travail. La loi de 2004 est la mère de tous les vices islamophobes institutionnels, et elle est combattue sur le terrain par la multiplication des espaces de port du voile. Le baromètre réalisé par l’institut Montaigne indique ainsi une visibilité religieuse croissante depuis 2016, et indique qu’elle serait principalement associée à des signes religieux islamiques – il enregistre également une hostilité croissante à la visibilité religieuse et aux pratiques religieuses, les pratiques islamiques et juives en tête. En clair, la visibilité religieuse est le lieu de luttes quotidiennes et concrètes, et la manière de renforcer ces luttes dans le cadre des institutions est de s’attaquer politiquement dès maintenant à la loi de 2004.

C’est un des points sur lesquels Houria Bouteldja fait tout bonnement l’impasse : 2027 n’est pas seulement l’année de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, c’est aussi l’année où le RN a de grandes chances de l’emporter. Or ce parti a fait sa rentrée politique sur l’interdiction du port du hijab dans ce qui est nommé l’ « espace public » (et dont la définition même ne va nullement de soi), prévoyant la pénalisation des musulmanes dans un paquet législatif encore plus large.

D’importantes figures des Républicains se sont positionnées pour interdire le hijab à l’université, ou pour pénaliser les familles dont les enfants pratiqueraient l’islam à travers la proposition de loi Wauquiez. Face à une telle offensive, serait-il raisonnable de rester silencieux ? De continuer à soutenir une logique compassionnelle, souvent paternaliste, et encore franchement coloniale, telle qu’elle est portée par Jean-Luc Mélenchon sur la question de l’islam9 ?

On ne saurait nier un certain nombre de constats justes faits par Houria Bouteldja. En particulier la difficulté à construire des mobilisations de masse des musulman·es est une réalité. Le différentiel entre la mobilisation de novembre 2019 (où la présence inopinée de la FI, quoique abondamment soulignée, n’a en rien impliqué qu’elle ait participé à l’organiser et à la légitimer, faut-il le rappeler) et la marche contre l’islamophobie du 21 mai 2025 est évident, alors même qu’elle s’est organisée à la suite de l’assassinat d’un musulman dans une mosquée et que l’indignation avait « dépassé » à gauche les « indécisions ». On peut se questionner sur la transférabilité de l’analyse de mobilisations aux mots d’ordre larges – ou articulées à un hommage – à celles qui viseraient l’abolition d’une loi. La mobilisation pour les retraites par exemple a réuni bien plus largement que les manifestations habituelles, entre autres par le caractère restreint de ses revendications.

Mais outre la prise en compte de facteurs nouveaux, qui nous renvoient à des hypothèses discutables, revenons aux faits sur lesquels s’appuie le QG décolonial. D’abord, renvoyer le militantisme contre la loi de 2004 à la pétition de l’UDMF est un acte de cécité volontaire.passons l’invisibilisation des revendications d’une partie de la gauche révolutionnaire en faveur de l’abolition de la loi de 2004, c’est-à-dire du NPA-L’Anticapitaliste depuis une dizaine d’années, et plus timidement et récemment de Révolution Permanente10. Passons aussi les mobilisations syndicales, notamment portées par Sud Éducation – alors que dans les deux cas, ces revendications sont souvent le fruit des luttes des militant·es racisées desdites organisations. On concédera que ces organisations sont blanches, et n’incarnent pas l’autonomie politique des musulman·es.

La place donnée à la pétition de l’UDMF, dont la surface reste modeste (autour de mille signatures après un mois d’existence)11, occulte la construction plus large du militantisme musulman contre l’islamophobie, et notamment de la construction de la campagne du 15 mars par le collectif marseillais UMMA, qui n’entend pas mettre de côté la loi de 2004, ou encore la mobilisation active de Perspectives musulmanes et du PIR contre cette loi12.

À la mesure des difficultés que pose la construction d’un mouvement social face à la répression et en l’absence de projet positif en faveur de l’acquisition de nouveaux droits, malgré l’accumulation de causes politiques urgentes, il est indéniable que des dynamiques existent13. Quoi qu’il soit encore balbutiant, nous sommes parvenu·es à constituer un cadre unitaire, stable depuis un an environ, qui articule diverses organisations antiracistes et musulmanes en vue de construire des mobilisations communes contre l’islamophobie et qui n’en fait pas un objectif subordonné à d’autres, dont l’une des lignes rouges et l’opposition à la loi de 2004.

Du reste, en les nommant à tort « contournement », Houria Bouteldja cite des dispositifs d’auto-organisation qui illustrent la combativité de la communauté musulmane, plutôt qu’une forme d’indifférence ou de passivité. S’il serait excessif de réduire l’apport et la singularité des établissements musulmans à la non-application de l’islamophobie d’État, il faut rappeler la répression par l’État des écoles musulmanes14.

Cela étant, ces « contournements » de l’islamophobie instituée coûtent cher aux musulman·es : et il n’est pas seulement question d’emporter ou non des élections, mais d’envisager une sortie de cet état de fait. Le silence relatif des mosquées correspond à la priorité qui reste donnée, et en tant que musulmane je les soutiens dans cet effort, au maintien du culte en France et notamment de la possibilité de pratiquer salat al jumu’a, les prières des deux Aïd et de disposer de lieux d’apprentissage de la religion.

Le « compromis » que représente l’accommodement avec les gages à donner et la multiplication des contrôles exercés sur les mosquées, lui, n’est pas de l’ordre de la compromission : il vise la pérennité d’acquis concrets pour la communauté musulmane, ceux que les générations musulmanes qui nous précèdent ont bâtis. Si nous avons l’habitude dans nos milieux d’héroïser nos luttes, ces luttes représentent des sacrifices. Dans les établissements scolaires alternatifs, d’importantes batailles juridiques et judiciaires sont associées à la création et au maintien des établissements, et sont le plus souvent associées également à la précarisation des enseignant·es musulman·es, qui reçoivent des traitements très inférieurs à ceux d’enseignant·es du public en échange du maintien de leurs choix orthopraxiques, consécutifs de la précarité des petites écoles.

Notre tâche politique est d’attaquer frontalement la loi de 2004, et par là d’articuler aux brèches ouvertes ici et là une mobilisation d’envergure pour ouvrir la voie à la contestation des dispositions de la loi El Khomri qui ont permis la multiplication des réglementations islamophobes qui contraignent de plus en plus de musulman·es à risquer de vivre sur leur lieu de travail la même violence que dans les écoles de la République.

La lutte des classes n’est pas un jihad. Nous n’entendons pas faire des musulman·es des martyr·es silencié·es de la lutte contre la fascisation. De fait, ça n’est pas seulement la patience qu’impliquerait une telle silenciation, mais l’intensification – la fascisation avançant – de la précarisation symbolique et économique des musulman·es, et, dans le même temps, le développement continu des solutions individuelles et petites-bourgeoises, par la mise en place de commerces indépendants opposés à l’inamovibilité de la république laïque15.

Ces solutions n’en sont pas : pour les musulman·es comme pour nombre de prolétaires, l’auto-entreprenariat représente la plupart du temps un statut précaire et une paupérisation. D’un point de vue intra-communautaire, il défait les solidarités et introduit partout les logiques néo-libérales, du marketing des produits utiles à nos pratiques religieuses à l’interprétation en développement personnel de nos spiritualités pour aboutir à la concurrence entre musulman·es.

Si nous reculons aujourd’hui sur la loi de 2004, alors que le consensus est présent, nous démoraliserons durablement les musulman·es. Cette « démoralisation » ne concernerait pas tant la pratique de l’islam, qui, il est vrai, résistera à tous les vents mauvais. Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un16. En revanche, elle toucherait d’autant plus l’affirmation politique de l’islamité et l’articulation de la lutte contre l’islamophobie à la lutte des classes que l’espoir de voir une victoire de la FI accroître l’agentivité politique des musulman·es est massif dans notre classe.

Aussi notre responsabilité est de ne pas l’abandonner : non en nous conformant aux choix de la FI, mais en réaffirmant ce qu’implique véritablement la rupture avec l’invisibilisation des musulmanes – c’est-à-dire, pour commencer, la clarté sur 2004. En somme, il faut « dire la vérité aux masses » suivant le mot de Lénine, sans quoi, elles n’auront plus lieu de s’engager pour que le politique fasse évoluer les conditions matérielles d’existence des musulman·es, économie et pratiques religieuses mêlées.

En conclusion, pas de front unique au prix de la lutte contre l’islamophobie

En un mot comme en cent, la lutte contre la loi de 2004 est mûre et ne doit pas être abandonnée : voilà ce que disent les données, si l’on décolle la focale des potentiels actuels dans la FI, qui est seule à remiser la lutte contre cette loi. Le « besoin » de revenir sur la législation sur le port du voile est croissant, et les données abondent désormais pour mettre à bas l’argumentaire bâti par la commission Stasi en 2003-2004.

D’autre part, les forces existent – nous avons fait un inventaire des résistances des musulmanEs elleux-mêmes, mais des forces supplémentaires s’y adjoignent – et renforcent une véritable stratégie de front unique large, impérative dans la conjoncture. Le consensus scientifique est établi autour de l’islamophobie – ce qui n’était pas le cas en 2004. Les sociologues qui documentent et s’engagent contre l’islamophobie sont désormais nombreux, et leurs travaux ont acquis une importante notoriété17.

Le consensus militant va croissant, malgré des difficultés importantes. La prise en charge syndicale émergente des problématiques islamophobes et l’instabilité des acquis antiracistes dans ces organisations de masse est une des contradictions qu’il nous appartient d’œuvrer à résoudre en exerçant une pression forte à la clarté des positions antiracistes18.

La réalisation du front unique ne va pas de soi, pour autant. Je m’exprime depuis une organisation dont l’évolution sur l’islamophobie, aujourd’hui stabilisée, a été le résultat de nombreux efforts internes et de luttes difficiles mais également de l’avancée des mouvements décoloniaux autonomes19. Aussi suis-je, avec tout le paradoxe que cela peut représenter, particulièrement bien placée pour alerter des risques que la posture du QG décolonial fait courir au mouvement antiraciste, et à notre camp social.

Le racisme est le véhicule idéologique et politique de la fascisation, il établit des positions contradictoires, et donc des intérêts réels divergents, dans notre classe20 en défaveur des racisé·es, et représente un danger existentiel pour elleux. Prétendre convaincre l’électorat blanc en mettant en sourdine l’agenda antiraciste, alors que la fascisation s’appuie sur le racisme structurel, est une tactique perdante. Si des maillons de notre propre camp justifient l’invisibilisation de nos luttes, nous ne pouvons espérer combattre les blocages qui nuisent à la massification de la lutte contre la loi de 2004 et, en général, des luttes contre l’islamophobie.

Dans une période d’accélération, en raison des dangers qui nous guettent, nous devons être disposés à la lutte sans jamais reculer. Nos besoins et la lutte pour leur satisfaction réelle, sans ajournement, constituent le fondement de la lutte antifasciste parce qu’elle organise concrètement la rupture avec le consensus blanc. La priorité est à l’antiracisme politique. Le « soupçon » que fait peser la blanchité sur notre agenda doit être combattu : non pas en « rassurant », c’est désormais impossible, et les consolations sont à l’extrême droite, mais en maintenant notre cap, en ne cessant de soutenir et d’organiser le caractère indissociable d’un antifascisme et d’un antiracisme de combat, partout où nous sommes.

D’ailleurs, malgré des vues contestables, tapage médiatique ou pas, la FI ne s’y trompe pas quand elle affirme son étendard, son antiracisme avec ses mots d’ordre et le paradigme de la Nouvelle France, Bally Bagayoko en tête21. À nous de ne pas baisser la tête. porter fièrement nôtre.

Notes

1 La distinction est notamment établie dans la Maladie infantile du communisme de Lénine dans sa controverse avec les communistes de gauche, et constitue une catégorie d’analyse fondamentale reprise par Gramsci, Trotski ou encore Lukács. Elle trouve ses premières formulations dans les textes de Rosa Luxemburg, qui établit à la suite du congrès de Stuttgart en 1898 une ligne de crête entre des tendances anarchistes qui voudraient mettre de côté les luttes institutionnelles et de l’autre côté des tendances gradualistes d’un Bernstein, dites « révisionnistes ». Cette situation serait la plus proche des problématiques stratégiques qui nous concernent, depuis le point de vue de Bouteldja qui situe l’intervention de l’antiracisme politique « à l’intérieur » des mouvements de gauche.

2 Je propose ici de reconstruire, depuis cette considération tactique qui nous est apparue au NPA-l’Anticapitaliste de même qu’à l’ensemble du champ antiraciste, comme le véritable objet du texte et sa véritable originalité, le débat tel qu’il semble réellement structuré. La structure du texte original déduit du scandale Barbara Butch et de l’apparition d’une mobilisation de l’UDMF contre la loi de 2004 deux conclusions stratégiques - la première étant de « désapprendre à prioriser l’urgent sur l’important », c’est-à-dire à sécuriser les acquis indépendamment des urgences réelles pour continuer à progresser politiquement ; la seconde, de contester le slogan de Mao selon laquelle « la lutte précède la victoire » et de s’appuyer sur une victoire électorale pour poursuivre des luttes radicales, c’est-à-dire globalement s’organiser en marge. Cette conclusion est à son tour divisée en deux « points » qui correspondent aux conséquences de ce retournement stratégique : d’abord, il faut organiser l’autonomie politique indépendamment de LFI et sans lui demander de compte, et deuxièmement, cette autonomie devra exiger des indigènes les plus importantes concessions.

3 Le PIR, d’ailleurs, continue à exister malgré le départ de certains de ses principaux·les animateur·irces, et à soutenir des mots d’ordre d’autonomie politique radicale, notamment et entre autres autour de la « centralité musulmane » qui sont distincts à la fois de la stratégie aujourd’hui soutenue par Houria et le QG, et de celle que le NPA-L’Anticapitaliste défend sur la question.

4 Voir l’article d’Imane El Hamzaoui, L’empire, la République et la Nouvelle France - Contretemps

5 A relire, sur le site du PIR : Ramon Grosfoguel : « Le communautarisme en France est surtout un communautarisme blanc » | Indigènes de la République

6 Voir à ce sujet Hamza Esmili, L’islam après l’exil, Paris, Éditions du seuil, 2026.

7 Neuf femmes sur dix qui portent le voile déclarent le porter toujours : la pression que représente la loi de 2004, et en général les interdictions croissantes dans les établissements publics, sont donc des pressions à un dévoilement inquantifiable, au-delà du respect de la loi.

8 Voir à ce sujet les travaux fondamentaux de Nilüfer Göle, Musulmanes et modernes : voile et civilisation en Turquie, Paris, Éditions La découverte, 2003, ou de Saba Mahmood, Politics of Piety: The Islamic Revival and the Feminist Subject, Princeton, Princeton University Press, 2005. Pour le contexte européen, voir Jeanette S. Jouili, Pious Practice and Secular Constraints: Women in the Islamic Revival in Europe, Stanford, Stanford University Press, 2015.

9 Voir à ce sujet Hafiza b. Kreje, Diagnostic des dynamiques de l’islamophobie d’État | NPA

10 Dont la ligne politique reste divergente de celle du NPA-L’Anticapitaliste – Révolution permanente maintenant une analyse du racisme comme “diversion” et se contentant de défendre la “neutralité” plutôt que le caractère émancipateur de l’affirmation religieuse et insiste sur le caractère réactionnaire de la religion plutôt que sur sa plasticité comme fait social. Voir l’article récent sur le site de RP, Jean-Patrick Clech, Nos frères (et sœurs) les musulman·es et nos ami·es de LO.

11Plus récemment, après la publication du texte d’Houria Bouteldja, une pétition comparable à émergé depuis un collectif féminin qui s’est formé à cette occasion, « Touche pas à mon voile » et a recueilli sensiblement le même nombre de signatures. Cela montre à la fois l’importance des initiatives féminines d’auto-organisation contre la criminalisation de la visibilité musulmane, et la pénétration modérée de l’UDMF.

12 Le PIR, Perspectives musulmanes, Touche pas à ma Abaya et Urgence Palestine avaient ainsi co-organisé le 16 mars 2024, avec le soutien du NPA l’Anticapitaliste, une réunion publique avec plusieurs tables rondes sur les vingt ans de la loi de 2004.

13 Bader Lejmi, “Lutter aujourd’hui, c’est s’entraîner à vaincre demain”, Mizane info, Lutter aujourd'hui c'est s'entraîner à vaincre demain | Mizane Info

14 L’exemple de la lutte du lycée Averroès pour conserver son agrément en est représentative : alors que l’établissement s’affirme “animé par les valeurs de la République et de l’islam”, et qu’il affiche d’excellentes performances scolaires dans la continuité de sa défense de la méritocratie, ses fonds ont à nouveau été coupés.

15 Sur ce sujet, voir les travaux d’Hanane Karimi.

16 « Certes, nous sommes à Allah, et certes nous retournerons vers Lui », formule qu’il est prescrit de prononcer lors d’une épreuve. Et à Selma reconnaissante pour ses luttes et son rappel.

17 Citons, pour n’en rester qu’à quelques figures les travaux et engagements d’Hanane Karimi, d’Abdellali Hajjat, de Marwan Muhammad, de Houda Asal, de Julien Talpin, Alice Picard, Olivier Esteves ou d’Ugo Palheta.

18 Pour en rester à l’exemple le plus frappant, la répression syndicale qui a suivi l’accompagnement de Majdouline à la Salpétrière est frappant, et d’autant plus remarquable que la tactique syndicale de Sud Santé s’est appuyée sur le fait de ne pas mettre en évidence le caractère spécifiquement islamophobe de la répression de Majdouline.

19 Voir à ce sujet l’intervention d’une de nos militantes, qui témoigne de cette histoire et ces effets : Ezel Aslandag, « Retour sur les 20 ans de la loi de 2004 », NPA l’Anticapitaliste Retour sur les 20 ans de la loi de 2004 | NPA

20 Voir, à ce sujet, une exposition rapide de cet enjeux, Edouard Soulier, « Race, classe – conscience de classe et conscience de race », NPA l’Anticapitaliste Race, classe — conscience de classe et conscience de race | L’Anticapitaliste

21 De fait, l’argument de Houria Bouteldja selon lequel la FI représenterait “le parti des Arabes” et serait stigmatisé comme tel est aveugle à la réalité du harcèlement principalement négrophobe qui vise la FI. Depuis la victoire de Bally Bagayoko aux municipales de Saint-Denis, la FI est précisément accusée d’être le “parti des Noirs”.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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