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Écologie de guerre. Le grand alignement militariste de l’écologie libérale
29 septembre 2025

Écologie de guerre. Le grand alignement militariste de l’écologie libérale


Dans cet article, Vincent Rissier développe une analyse critique du courant écologiste qui – en lien avec ce terme proposé récemment par le philosophe Pierre Charbonnier – considère la guerre comme un instrument de l’écologie, contribuant ainsi à légitimer la relance actuelle de la course aux armements.

***

« La préservation de la biodiversité est aujourd’hui une préoccupation majeure pour l’académie militaire Saint Cyr Coëtquidan. A travers son espace d’entrainement, elle s’efforce depuis de nombreuses années d’intensifier son implication en matière de protection de l’environnement. »

Les plans aériens de forêts alternent avec un plan de tank. Un split screen met côte à côte des soldats en entrainement et un zoom sur un papillon. Un blockhaus est filmé avec la légende « cache pour les chauves-souris ». « L’accès réglementé du terrain loin de toute urbanisation et sans utilisation de produits phytosanitaires a permis de développer une richesse faunistique et floristique exceptionnelle. Par cette coexistence l’académie militaire de Saint Cyr Coëtquidan démontre que les activités militaires opérationnelles et la préservation de la biodiversité peuvent totalement se compléter », conclut la voie off. Ceux qui ont regardé le tour de France sont peut-être tombés sur ce spot[1], réalisé par le Museum d’histoire naturelle et diffusé en direct le 12 juillet 2025, lors de la huitième étape.

L’effort de communication témoigne de l’enjeu pour l’armée de se doter d’un visage vert. « Les officiers me disent : “si on n’en parle pas, on n’arrivera pas à recruter” », témoigne Aurélien Saintoul, député LFI spécialiste des questions militaires[2]. Au fond, que l’armée fasse sa com’ n’a rien de surprenant. Différents corps armés, à commencer par ceux des États-Unis, ont par ailleurs développé depuis les années 1970 un corpus stratégique visant à mettre à jour leur doctrine à l’aune de la crise écologique[3].

Ce qui est plus surprenant, c’est quand des secteurs de l’écologie se joignent au mouvement. Une convergence à laquelle on assiste depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine, et le saut militariste historique engagé en Europe, qui s’est accompagné de la naissance d’une doctrine de l’écologie de guerre, qui entend faire converger la défense des intérêts géopolitiques et militaires de l’Europe avec celle de la planète. 

Fruit dans un premier temps des bureaucrates de l’Agence Internationale de l’Energie[4] et de la Commission européenne avec le plan REPowerEU[5], le paradigme a ensuite été encodé dans le langage de l’écologie politique par le philosophe Pierre Charbonnier, dans un article publié sur Le Grand Continent un mois après le déclenchement de l’invasion[6], puis dans un numéro de la revue Green qu’il a coordonné[7], et enfin dans son livre paru en 2024[8], Vers l’écologie de guerre.

Cet effort d’encodage, de systématisation et d’approfondissement de la doctrine fait de la critique du travail de Pierre Charbonnier un passage indispensable pour riposter face à la militarisation de l’écologie. En effet, la notion a depuis pu être reprise par un arc large d’acteurs parfois politiquement opposés, à l’image de la dirigeante des Écologistes Marine Tondelier ou de membres du PS et de la Macronie, de think tank issus de la droite dure, ou encore d’ONG écologistes. Marche à la guerre et écologie pourraient être conciliés, prétendent les défenseurs de l’écologie de guerre. Mieux, la militarisation serait notre planche de salut pour mener à bien la « transition écologique ».

En réaction à l’approfondissement des tensions internationales que la crise écologique participe à attiser, la dernière trouvaille du capitalisme vert est la défense d’une marche – écolo –  à la guerre. Les Cop ont échoué ? Les marchés carbone nous ont trahi ? Faites confiance à une bonne vieille guerre. L’entrelacement de l’abime écologique et guerrier appelle au contraire la réactivation d’une écologie antimilitariste et anti-impérialiste. Un phénomène en germe dans différents phénomènes politiques comme l’émergence de la coalition « Guerre à la guerre »[9]. Ce rapide tour d’horizon critique de l’écologie de guerre aspire à y participer.

Le prolongement de la « transition énergétique »  

« L’écologie de guerre consiste, dans le contexte d’une agression militaire conduite par un État pétrolier contre l’un de ses voisins à des fins de consolidation impériale, à voir dans le tournant vers la sobriété énergétique “une arme pacifique de résilience et d’autonomie”[10] », écrit Pierre Charbonnier.

Dans sa phase initiale, juste après l’invasion de l’Ukraine, l’écologie de guerre émerge en effet comme un discours visant à justifier et à encourager les sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Selon le paradigme, la Russie étant un exportateur massif d’énergies fossiles, les sanctions économiques visant à la priver des revenus du pétrole et du gaz, et à se débarrasser du même coup d’une « dépendance toxique » européenne en termes d’énergies fossiles pourrait être appréhendées comme des mesures écologiques.

Réciproquement, les mesures de sobriété énergétiques peuvent être ancrées dans un continuum de rapport de force face à la Russie, avec l’apparition de slogans comme « Isolons Poutine. Isolons nos maisons [11]» chez les Verts européens. A ce stade, l’idée de mettre à sec les finances de Poutine tout en opérant la transition énergétique peut paraitre séduisante et on comprend sans mal son succès.

Dans la réalité, les sanctions ont surtout accompagné l’explosion des factures d’énergie et des profits des géants du secteur.

« Il serait incontournable de solliciter les Français pour qu’ils réduisent leur chauffage l’hiver prochain. […] Je suis convaincu que nos compatriotes, conscients de la menace que la Russie fait peser sur la paix et soucieux d’adresser un geste d’amitié au peuple ukrainien dont la souffrance est un crève-cœur, seraient prêts à ce sacrifice[12] », affirmait Hollande en mars 2022.

Dans la lignée de la taxe carbone, l’écologie de guerre apparaît ainsi comme une nouvelle variation de l’écologie punitive que les classes dominantes déploient pour faire payer à la population les conséquences de leurs crises, et maintenant, de leurs guerres. A ce titre, l’écologie de guerre est hantée par le spectre des Gilets jaunes, et les propositions se multiplient pour tenter de rendre acceptable socialement le poids des sanctions[13].

Le bilan écologique des sanctions est également peu reluisant. La dépendance fossile russe a été partiellement troquée pour une dépendance au gaz naturel liquéfié américain illustrée par le récent accord Von der Leyen-Trump, qui comprend plusieurs centaines de milliards de dollars d’achats énergétiques en provenance des États-Unis. Pierre Charbonnier lui-même est forcé d’ouvrir son livre Vers l’écologie de guerre sur un constat d’échec écologique de l’écologie de guerre :

« les sanctions prises contre le pétrole et le gaz russe ont créé une opportunité pour les pays du Sud, l’Inde en particulier, qui a pu acheter à bas prix cette énergie bradée sur les marchés internationaux, au grand dam des puissances occidentales »[14].

Mais là où l’écologie de guerre a eu un réel impact, c’est dans le champ théorique et politique de l’écologie. De la même manière que les sanctions économiques représentent des outils transitoires, de surenchère vers des conflits militaires ouverts[15], leur verdissement est à comprendre comme un point de bascule vers une redéfinition plus profonde de l’écologie politique. De même, le paradigme sort du seul cadre de la guerre en Ukraine pour acquérir une portée générale. Pierre Charbonnier est à ce sujet assez explicite.

« Dans ce second moment, les principes de l’écologie politique ne sont pas simplement ajustés au temps de la guerre, ils sont redéfinis et subordonnés à l’impératif de conduite de la guerre, intégrés dans une logique de confrontation[16] ». 

Un communiqué de son collectif Construire l’écologie illustre les incidences de cette redéfinition :

« Chaque véhicule électrique, chaque vélo, chaque rame de train remplaçant une voiture essence ou diesel, chaque pompe à chaleur ou réseau de chaleur substituant une chaudière au gaz ou au fioul, chaque conversion industrielle à l’électricité ou au biogaz, chaque plat de lentilles remplaçant un plat de bœuf, chaque logement isolé, chaque rail posé, chaque éolienne, panneau solaire, barrage ou centrale nucléaire contribue directement à la sécurité militaire et écologique de la France et de l’Europe.[17] »

D’un projet « pacifique de résilience et d’autonomie », on débouche sur la mobilisation de l’écologie au service de l’impérialisme et de la surenchère militariste. On a pu constater cette redéfinition opérée dans la pratique par le discours des Écologistes (anciennement EELV), passés d’une défense des sanctions économiques à un discours erratique articulant arme atomique, plan vélo, hausse des financements militaires et armée européenne[18].

Une mise au pas de l’écologie derrière les intérêts de la France et de l’Europe, qui cherche à dresser le tableau d’une destinée démocratique et verte de l’Europe, face aux « impérialismes fossiles ».

« Dans cette compétition, l’Union européenne est aujourd’hui le seul grand acteur qui est à la fois démocratique, doté d’une politique de protection sociale digne de ce nom, et engagé de long terme et de manière crédible en matière de climat.[19] », écrivent Stefan C. Ayuk et Amy Dahan dans Le Grand Continent.

Dans ce tableau, la poursuite de la guerre en Ukraine et le réarmement de l’Europe sont légitimés par l’identification de l’ennemi extérieur aux émissions de CO2. L’unité nationale et européenne sont scellées par la « démocratie » et la « transition écologique ». Un simple coup d’œil au génocide à Gaza, perpétré avec le soutien actif des impérialistes européens, suffit à faire voler en l’air ce récit.

On pourrait ainsi définir l’écologie de guerre comme la fusion entre la défense de l’intérêt national des États et le paradigme de la « transition écologique », conception technocratique qui envisage la résolution de la crise grâce à l’implémentation massive de solutions techniques sous la houlette de l’Etat et des entreprises, sans redéfinition des rapports sociaux à l’origine de cette crise.

« L’écologie de guerre émerge ainsi comme l’héritière historique et le relais idéologique de l’économie de guerre.[20] », résume Pierre Charbonnier. Dans Sans transition, le chercheur Jean Baptiste Fressoz décrit pourtant la transition énergétique comme une chimère, une idéologie du capitalisme au XXIème siècle[21]. L’écologie de guerre apparaît comme son prolongement[22] dans une période marquée par la crise de l’hégémonie états-unienne, l’incertitude la plus profonde pour l’Europe, les crises et les guerres.

L’armée, avec nous ?

Assez logiquement, cette écologie de guerre confère à l’institution militaire une place privilégiée dans la transition écologique. Cette dernière est ainsi invoquée pour résoudre les contradictions internes du paradigme de la transition énergétique, à savoir « la compétition pour les ressources critiques de la transition[23] » et « la course au « net zéro », [dans laquelle] chaque puissance politique tente de capter pour elle-même les bénéfices des technologies vertes[24] ». Au-delà, c’est le retour des conflits militaires entre États qui pourrait faire advenir la transition tant attendue, donnant à l’écologie de guerre une teinte quasi millénariste.

« L’orientation vers un socle énergétique décarboné […] aurait pu se faire par la seule force des arguments socioécologiques, mais l’histoire est pleine d’ironie et peut-être qu’une guerre sera finalement l’accoucheuse de cette transition[25] ».

« Comment pouvons-nous imaginer une transition énergétique et écologique sans l’institution militaire ? », écrit EELV dans son Livre Vert de la Défense. « Cherchez à nouer des liens avec les personnes qui travaillent au quai d’Orsay, au ministère de la défense[26] », encourage Pierre Charbonnier. Au-delà des tenants de l’écologie de guerre qui soutiennent une collaboration étroite avec l’armée, certains défendent qu’il faudrait à minima composer avec cette dernière.

« Même l’armée est un service public, la manière dont on finance les services publics peut avoir des impératifs de croissance plus ou moins violents donc les services publics dont l’armée et la sécurité nationale peuvent être plus ou moins dépendants des activités marchandes[27] », note l’économiste décroissant Timothée Parrique.

La France Insoumise défend l’urgence de « Poser les bases intellectuelles indispensables à l’organisation d’une armée de l’après-pétrole[28] », et Mélenchon disserte sur la conception de chars propulsé aux renouvelables[29]. Même l’approche très critique de la militarisation de l’écologie du journaliste, militant et chercheur sur la sécurité environnementale Ben Cramer, dans un livre[30] qui entend alerter sur les « risques de la militarisation durable », défend que « Enrayer ce phénomène dépendra de la façon dont agiront ensemble et en bonne intelligence le militaire, l’écologiste et le pacifiste sans qu’aucun ne tire la couverture à soi ».

A quelques exceptions près[31], on pourrait ainsi avancer l’idée que l’armée bénéficie aujourd’hui d’une sorte de totem d’immunité dans le champ de l’écologie politique. Un comble, pour un courant né en Occident dans le prolongement, notamment, des mouvements contre la guerre du Vietnam, l’arme nucléaire ou la lutte antimilitariste du Larzac. N’importe quel écologiste conviendra qu’on n’avancera pas main dans la main avec les patrons du pétrole. Une loi sur l’agriculture dictée par la FNSEA prend l’ampleur d’un scandale d’État. Mais il est toujours possible d’affirmer sans trop de risques que l’armée pourrait être avec nous, ou, à minima, qu’un projet écologiste pourrait s’en accommoder.

Pourtant, tout concourt à placer les armées et le complexe militaro-industriel dans le camp des ennemis mortels d’une planète habitable. Au-delà des destructions causées directement par les conflits, et de l’écocide comme arme de guerre impérialiste, qui font payer au long cours des conséquences terribles aux populations (voir l’article de Tom du Collectif Vietnam Dioxine dans cette série d’articles), le complexe militaro-industriel en lui-même est une aberration écologique.

D’après des estimations partielles – et ne prenant pas en compte notamment l’impact des combats  –  du Conflict and environment observatory[32], le complexe militaro-industriel émettrait à lui seul 5,5% des émissions mondiales, ce qui le classerait comme le quatrième plus gros pollueur mondial s’il était un pays. D’après un récent rapport du Transnational institute,

« le nouvel objectif de dépenses militaires de 3,5 % de l’OTAN entraînerait 2 330 MtCO2e d’émissions totales de carbone d’ici 2030, soit presque autant que les émissions annuelles combinées du Brésil et du Japon […] Cela annulerait également la réduction annuelle de 134 MtCO2e nécessaire pour atteindre l’objectif de l’UE de réduire les émissions de GES d’au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990.[33] »

Au-delà de ses pollutions directes, et des séquelles environnementales des guerres, le complexe militaro-industriel revêt un rôle structurant dans la production et dans le rapport des sociétés à l’environnement. C’est le sens de l’hypothèse du « Thanatocène », développée par Christophe Bonneuil et Jean Baptiste Fressoz dans L’évènement Anthropocène. Ils y opèrent une relecture originale de la Grande Accélération, en soulignant comment cette dernière apparaît comme le produit de la pénétration de technologies militaires et la réorientation de capacités industrielles hypertrophiées par l’effort de guerre vers les marchés civils. Ils identifient dans ce sens la pêche industrielle, l’industrie de l’aluminium, ou encore l’aviation civile comme des héritiers directs de l’industrie de guerre de la seconde guerre mondiale. Une hypothèse qui converge avec l’analyse post-marxiste de Maurizio Lazzarato et Eric Alliez :

« il revient aux deux guerres mondiales d’avoir pour la première fois réalisé la subordination « totale » (ou subsomption « réelle ») de la société et de ses forces productives à l’économie de guerre à travers l’organisation et la planification de la production, du travail et de la technique, de la science et de la consommation, à une échelle jusque-là inconnue […] De la mise en place de programmes de recherche sans précédent, finalisés vers la « destruction », sortiront les découvertes scientifiques et technologiques qui, transférées vers la production de « biens », vont constituer les nouvelles générations du capital constant [34]».

Dans le même sens, François Jarrige et Thomas Roux soulignent quant à eux dans La contamination du monde :

« En initiant de nouvelles trajectoires industrielles et la dissémination de nouveaux produits toxiques, tout comme la mise en place de situations d’exception propices à l’aggravation des pollutions, la guerre modèle de multiples manières les environnements […] Les industries chimiques, automobiles et aéronautiques sont les principales bénéficiaires des conflits meurtriers. Sans eux, les énormes moyens en hommes, en matières premières et en énergie n’auraient pas été rassemblés. Des groupes comme BASF, Monsanto ou DuPont Nemours n’auraient pas été les empires industriels qui inondent le monde de leurs produits [35]».

Dans Vers l’écologie de guerre, Charbonnier prend soin de masquer cette continuité entre guerres mondiales et « paix » des Trente glorieuses, en théorisant une « paix carbone » qui aurait dissout les conflits internationaux grâce à une débauche d’énergies carbonées. Ainsi, « la crise climatique est une conséquence de la paix, plus que de la guerre elle-même[36] ». Une dichotomie entre guerre et paix, entre capitalisme et géopolitique, que Rosa Luxembourg balayait déjà en 1911 :

« le militarisme dans ses deux formes – la guerre tout comme la paix armée – est un enfant légitime, une conséquence logique du capitalisme, qui ne peut être défait qu’avec le capitalisme lui-même […]  La politique mondiale – et le militarisme qui la sert sur terre et sur mer, dans les temps de guerre et dans les temps de paix – n’est pourtant rien d’autre que la méthode spécifiquement capitaliste pour à la fois développer les conflits internationaux et pour les résoudre.[37] »

Les leçons de l’écologie de guerre

On l’a compris, cette écologie de guerre est avant tout une tentative de résoudre dans le discours la contradiction idéologique immense que représentent les investissements militaires massifs à l’âge de la crise écologique. Devant les contradictions béantes de l’écologie de guerre, Pierre Charbonnier précise :

« Il faut insister ici qu’il s’agit là de discours, d’une stratégie dont, pour l’instant, on ne voit pas les conséquences sur les courbes de gaz à effet de serre[38] ».

Une nouvelle version de ce qu’Edouard Morena désigne de « gouvernance climatique incantatoire » :

« désormais, la priorité est à la production de récits enchanteurs, de « signaux » et de « momentum », censés inciter les politiques, les entreprises et les consommateurs à s’engager sur la voie de la transition bas carbone [39]».

Mais cette, fois, les récits enchanteurs sont au service du réarmement de la France et de l’Europe, de la course à l’abîme en Ukraine et de la préparation idéologique de la société à des affrontements de grande ampleur. C’est une tentative également d’enrôler divers acteurs de l’écologie dans cette militarisation, à laquelle une majeure partie de l’écologie libérale a logiquement déjà succombé. Cette écologie de guerre doit être prise au sérieux, et ceux qui refusent la militarisation du monde et aspirent à protéger l’habitabilité de la planète, pourraient en tirer des leçons précieuses.

Première leçon. Charbonnier pointe à raison la faiblesse de l’analyse géopolitique dans le champ de l’écologie politique contemporaine. Il y répond par une realpolitik cynique, alignée sur les gouvernements néolibéraux et les États-majors. Ces dernières années, des stratèges révolutionnaires comme Lénine[40] ou Rosa Luxembourg[41] ont été remobilisés, souvent de manière partielle, dans l’écologie politique en raison du parallèle entre l’horreur de la première guerre mondiale à laquelle ils faisaient face et celle des destructions causées par la crise écologique. Ces deux risques existentiels (la guerre mondiale et la catastrophe écologique) tendent aujourd’hui à converger, ce qui rend d’autant plus précieux leur héritage théorique, et urgent de le réactiver dans toute son amplitude, à commencer par les théories critiques de l’impérialisme, qui pourraient constituer une boussole solide pour une écologie antimilitariste dans une situation internationale toujours plus complexe et convulsive.

Une deuxième leçon, qui découle de la première, est celle de l’importance d’une défiance totale vis-à-vis des discours enchanteurs sur les guerres. C’est par le récit mielleux de sanctions économiques « pacifistes » et vertes à l’encontre de la Russie que l’écologie de guerre a mis le pied dans la porte du champ de l’écologie politique. Une politique –  indépendante de Poutine mais également des gouvernements européens et de l’OTAN – de refus catégorique de l’envoi d’armes et des sanctions économiques, articulant leurs conséquences économiques pour les classes populaires à un discours contre la guerre, aurait au contraire pu agréger un bloc contre la guerre dans les pays occidentaux, et participer à affaiblir sur le front intérieur Poutine et son discours délirant et grand-russe. Le retour des conflits de grande ampleur implique dans tous les cas de renouer avec une politique indépendante face à la guerre, qui refuse les chantages et les logiques d’alignements derrière un bloc ou l’autre.

Troisième leçon, l’écologie de guerre se base sur le constat de la difficulté de l’écologie à trouver des leviers de puissance. Là où elle répond à cet enjeu en s’alignant avec la puissance du militarisme et de l’impérialisme, un levier de puissance à notre disposition est celui du monde du travail. Les raffineurs qui ont pu mettre à sec en carburant tout le pays par la grève à l’automne 2022 devraient être considérés comme réalisant le rêve de tout écolo. Certains secteurs du monde du travail ont fait la démonstration de leur capacité à lutter face au génocide en Palestine comme les dockers de Fos-Sur-Mer, ou plus récemment, les dockers de Gênes. La mobilisation des travailleurs de l’armement, des transports et de l’énergie pourrait mettre un sérieux coup à la militarisation en cours, et poser la question de la reconversion écologique de l’industrie de l’armement. Libérer ce levier de puissance implique de lier l’écologie au monde du travail, comme cela a été expérimenté lors des luttes de Géodis[42] ou de la raffinerie de Grandpuits[43]. Cela implique également une lutte dans le monde du travail contre les logiques d’unité nationale, y compris les logiques de « protectionnisme vert » défendues par différentes forces de gauche et syndicales, logiques qui sont par ailleurs également plébiscitées par l’écologie de guerre[44].

Si l’écologie de guerre a pu trouver un espace politique, c’est grâce à un vide, dans le sens où la critique du militarisme a été réduite à peau de chagrin dans l’écologie politique ces dernières années.

« L’impuissance politique actuelle est la conséquence directe de l’exclusion des guerres de la théorie politique, qui est le résultat d’une autre exclusion, celle de la lutte des classes[45] », synthétise Maurizio Lazzarato.

Dans ce sens, le mouvement de politisation de la jeunesse et du monde du travail face au génocide en Palestine, l’émergence de la Coalition Guerre à la guerre, qui réunit des militants écolos, syndicaux, antifascistes ou pro-palestiniens sont les meilleures réponses possibles à l’écologie de guerre. Plutôt que de s’aligner servilement sur le réarmement en cours, l’écologie pourrait devenir un ferment essentiel d’un renouveau du mouvement anti-guerre.

*

Ce texte est issu d’une intervention dans le cadre du panel « Guerre, impérialisme et écologie » qui s’est tenu le samedi 28 juin 2025 dans le cadre de la conférence internationale Historical Materialism Paris.

Vincent Rissier est militant à Révolution Permanente. Il est l’auteur de plusieurs articles sur les rapports entre guerre et écologie (voir notamment « Le devenir guerre de la transition écologique ») et d’un livre à paraître aux éditions La Dispute sur la question de « l’écologie de guerre ».

Notes

[1] Armée Saint Cyr Coëtquidan  – Tour de France 2025, réalisé par Tour de France, 2025, 01:55.

[2] L’armée dans un monde en décroissance, réalisé par Alter Kapitae, 2025, 01:50:28,.

[3] Voir par exemple Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille: essai d’écologie politique (Paris, La Découverte, 2014) ; ou, pour une version plus « armées friendly », Adrien Estève, Guerre et écologie: l’environnement et le climat dans les politiques de défense en France et aux États-Unis (Paris, PUF, 2022).

[4] « Plan en 10 points pour réduire la dépendance de l’Union européenne à l’égard du gaz naturel russe – Analysis », IEA, 3 mars 2022,

[5] « REPowerEU: la politique énergétique dans le cadre des plans pour la reprise et la résilience des pays de l’UE », Consilium, consulté le 9 août 2025, https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/repowereu/.

[6] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre », Le Grand Continent, 18 mars 2022.

[7] GREEN. Géopolitique, réseaux, énergie, environnement, nature, no 2, 2022.

[8] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre : une histoire environnementale de la paix, Paris, La Découverte, 2024.

[9] Guerre à la guerre est une coalition impulsée début 2025 regroupant une vingtaine d’organisations pro-palestiniennes, antifascistes, féministes, écologiste, de sans papiers, et « visant à désarmer la machine de guerre et relancer un anti-militarisme populaire ». Elle a notamment organisé en juin un weekend de mobilisation contre le salon du Bourget, lors duquel 4000 personnes ont affirmé leur soutien au peuple Palestinien et leur opposition aux marchands de morts.

[10] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre »., art. cit.

[11] « Soyons solidaires avec l’Ukraine : cessons d’alimenter la guerre », consulté le 11 juin 2025.

[12] François Hollande : « Pour arrêter Vladimir Poutine, arrêtons de lui acheter du gaz », Le Monde, 7 mars 2022.

[13] « GREEN 2 | Écologie de guerre : un nouveau paradigme | Groupe d’études géopolitiques », Groupe d’Etudes Géopolitiques, s. d., consulté le 10 août 2025.

[14] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre: une histoire environnementale de la paix, op. cit., p. 6.

[15] On se réfère ici à la compréhension par Trotsky de « la guerre des tarifs douaniers, la guerre économique ou le blocus » comme la guerre sous « une forme affaiblie ». « Leon Trotsky: Oeuvres – Février 1921 », consulté le 9 août 2025.  Les sanctions économiques n’ont par ailleurs jamais eu une quelconque teneur « pacifiste ». C’est Bruno Le Maire qui l’exprimait le mieux en 2022 : « Les sanctions infligées à la Russie sont d’une efficacité redoutable. Nous livrons une guerre économique et financière totale à la Russie. Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ».

[16] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre »., art. cit.

[17] Construire l’écologie, « Chaque euro dépensé pour la transformation écologique est un euro investi pour la stabilité, pour la paix », Construire l’écologie, 17 mars 2025,

[18] Vincent Rissier, « EELV, de l’écologie de la douceur au militarisme décomplexé », Révolution Permanente, consulté le 9 août 2025.

[19] « Boomerang géopolitique : peut-on encore relever le défi climatique global ? », Groupe d’Etudes Géopolitiques, s. d., consulté le 10 août 2025.

[20] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre »., art. cit.

[21] Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition: une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Écocène », 2024).

[22] Pour un développement sur cette idée, voir Vincent Rissier, « Le devenir guerrier de la transition écologique », Révolution Permanente, 19 avril 2025.

[23] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, op. cit., p. 293.

[24] Ibid., p. 122.

[25] Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre ».

[26] « (2081) Vers une écologie « réaliste » de la puissance avec Pierre Charbonnier – YouTube », consulté le 28 juillet 2025.

[27] « (2081) PEUT-ON IMAGINER UN FUTUR SANS CAPITALISME ? – YouTube », consulté le 28 juillet 2025,

[28] « Défense : une défense au service de la souveraineté populaire – Le programme », 2 février 2024.

[29] Conférence sur le moment politique avec Jean-Luc Mélenchon, réalisé par JEAN-LUC MÉLENCHON, 2025, 02:03:07.

[30] Ben Cramer, Guerres et paix…et écologie. Les risques de militarisation durable, Paris, Éditions Yves Michel, 2014.

[31] L’analyse fine des systèmes industriels et normatifs a conduit les courants de la « nouvelle histoire environnementale » à détailler les liens profonds entre le complexe militaro-industriel, les guerres, et  la crise environnementale. Voir notamment François Jarrige et Thomas Le Roux, La contamination du monde: une histoire des pollutions à l’âge industriel, L’univers historique (Paris, Éditions du Seuil, 2017); Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène la Terre, l’histoire et nous, Nouv. éd. rév. et augm (Paris, Points, 2016). Andreas Malm place quant à lui au coeur de l’expansion du capitalisme fossile le rôle de l’impérialisme britannique, et de sa marine de guerre propulsée au charbon dans Andreas Malm, Avis de tempête: nature et culture dans un monde qui se réchauffe (Paris, La Fabrique, 2023). L’analyse de la répression, et de l’extractivisme qui avance systématiquement armé, a conduit différents courants de l’écologie radicale à faire face à la question de l’armée. Voir par exemple Peter Gelderloos, Stratégies pour une révolution écologique et populaire, Paris, Éditions Libre, 2023.

[32] « Estimating the Military’s Global Greenhouse Gas Emissions », Scientists for Global Responsibility, consulté le 10 août 2025.

[33] « NATO’S 3.5% Spending Goal | Transnational Institute », 10 juillet 2025.

[34] Éric Alliez et Maurizio Lazzarato, Guerres et capital, Paris, Éditions Amsterdam, 2016, p. 22.

[35] François Jarrige et Thomas Le Roux, La contamination du monde, op. cit., p. 374.

[36] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, op. cit., p. 26.

[37] « Rosa Luxembourg: Utopies pacifistes (1911) », consulté le 10 août 2025.

[38] Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, 8.

[39] Édouard Morena, Fin du monde et petits fours : les ultra-riches face à la crise climatique (la Découverte, 2023). Ajouter la page

[40] Andreas Malm et Étienne Dobenesque, La chauve-souris et le capital : stratégie pour l’urgence chronique (la Fabrique éditions, 2020).

[41] Jason W. Moore et al., L’écologie-monde du capitalisme : comprendre et combattre la crise environnementale (Éditions Amsterdam, 2024).

[42] Voir par exemple « Soulèvements des salaires », consulté le 10 août 2025.

[43] Adrien Cornet, « Adrien Cornet, CGT Grandpuits : « Notre combat a posé des bases pour l’ensemble de la classe ouvrière » », Révolution Permanente, consulté le 10 août 2025.

[44] Construire l’écologie, « Chaque euro dépensé pour la transformation écologique est un euro investi pour la stabilité, pour la paix. Construire l’écologie », 18 mars 2025.

[45] ON VIOLENCE #3 Maurizio Lazzarato / Online lecture, réalisé par Akademie der Künste der Welt, 2022, 44:07.

29 septembre 2025

Écologie de guerre. Le grand alignement militariste de l’écologie libérale


Dans cet article, Vincent Rissier développe une analyse critique du courant écologiste qui – en lien avec ce terme proposé récemment par le philosophe Pierre Charbonnier – considère la guerre comme un instrument de l’écologie, contribuant ainsi à légitimer la relance actuelle de la course aux armements.

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« La préservation de la biodiversité est aujourd’hui une préoccupation majeure pour l’académie militaire Saint Cyr Coëtquidan. A travers son espace d’entrainement, elle s’efforce depuis de nombreuses années d’intensifier son implication en matière de protection de l’environnement. »

Les plans aériens de forêts alternent avec un plan de tank. Un split screen met côte à côte des soldats en entrainement et un zoom sur un papillon. Un blockhaus est filmé avec la légende « cache pour les chauves-souris ». « L’accès réglementé du terrain loin de toute urbanisation et sans utilisation de produits phytosanitaires a permis de développer une richesse faunistique et floristique exceptionnelle. Par cette coexistence l’académie militaire de Saint Cyr Coëtquidan démontre que les activités militaires opérationnelles et la préservation de la biodiversité peuvent totalement se compléter », conclut la voie off. Ceux qui ont regardé le tour de France sont peut-être tombés sur ce spot[1], réalisé par le Museum d’histoire naturelle et diffusé en direct le 12 juillet 2025, lors de la huitième étape.

L’effort de communication témoigne de l’enjeu pour l’armée de se doter d’un visage vert. « Les officiers me disent : “si on n’en parle pas, on n’arrivera pas à recruter” », témoigne Aurélien Saintoul, député LFI spécialiste des questions militaires[2]. Au fond, que l’armée fasse sa com’ n’a rien de surprenant. Différents corps armés, à commencer par ceux des États-Unis, ont par ailleurs développé depuis les années 1970 un corpus stratégique visant à mettre à jour leur doctrine à l’aune de la crise écologique[3].

Ce qui est plus surprenant, c’est quand des secteurs de l’écologie se joignent au mouvement. Une convergence à laquelle on assiste depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine, et le saut militariste historique engagé en Europe, qui s’est accompagné de la naissance d’une doctrine de l’écologie de guerre, qui entend faire converger la défense des intérêts géopolitiques et militaires de l’Europe avec celle de la planète. 

Fruit dans un premier temps des bureaucrates de l’Agence Internationale de l’Energie[4] et de la Commission européenne avec le plan REPowerEU[5], le paradigme a ensuite été encodé dans le langage de l’écologie politique par le philosophe Pierre Charbonnier, dans un article publié sur Le Grand Continent un mois après le déclenchement de l’invasion[6], puis dans un numéro de la revue Green qu’il a coordonné[7], et enfin dans son livre paru en 2024[8], Vers l’écologie de guerre.

Cet effort d’encodage, de systématisation et d’approfondissement de la doctrine fait de la critique du travail de Pierre Charbonnier un passage indispensable pour riposter face à la militarisation de l’écologie. En effet, la notion a depuis pu être reprise par un arc large d’acteurs parfois politiquement opposés, à l’image de la dirigeante des Écologistes Marine Tondelier ou de membres du PS et de la Macronie, de think tank issus de la droite dure, ou encore d’ONG écologistes. Marche à la guerre et écologie pourraient être conciliés, prétendent les défenseurs de l’écologie de guerre. Mieux, la militarisation serait notre planche de salut pour mener à bien la « transition écologique ».

En réaction à l’approfondissement des tensions internationales que la crise écologique participe à attiser, la dernière trouvaille du capitalisme vert est la défense d’une marche – écolo –  à la guerre. Les Cop ont échoué ? Les marchés carbone nous ont trahi ? Faites confiance à une bonne vieille guerre. L’entrelacement de l’abime écologique et guerrier appelle au contraire la réactivation d’une écologie antimilitariste et anti-impérialiste. Un phénomène en germe dans différents phénomènes politiques comme l’émergence de la coalition « Guerre à la guerre »[9]. Ce rapide tour d’horizon critique de l’écologie de guerre aspire à y participer.

Le prolongement de la « transition énergétique »  

« L’écologie de guerre consiste, dans le contexte d’une agression militaire conduite par un État pétrolier contre l’un de ses voisins à des fins de consolidation impériale, à voir dans le tournant vers la sobriété énergétique “une arme pacifique de résilience et d’autonomie”[10] », écrit Pierre Charbonnier.

Dans sa phase initiale, juste après l’invasion de l’Ukraine, l’écologie de guerre émerge en effet comme un discours visant à justifier et à encourager les sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Selon le paradigme, la Russie étant un exportateur massif d’énergies fossiles, les sanctions économiques visant à la priver des revenus du pétrole et du gaz, et à se débarrasser du même coup d’une « dépendance toxique » européenne en termes d’énergies fossiles pourrait être appréhendées comme des mesures écologiques.

Réciproquement, les mesures de sobriété énergétiques peuvent être ancrées dans un continuum de rapport de force face à la Russie, avec l’apparition de slogans comme « Isolons Poutine. Isolons nos maisons [11]» chez les Verts européens. A ce stade, l’idée de mettre à sec les finances de Poutine tout en opérant la transition énergétique peut paraitre séduisante et on comprend sans mal son succès.

Dans la réalité, les sanctions ont surtout accompagné l’explosion des factures d’énergie et des profits des géants du secteur.

« Il serait incontournable de solliciter les Français pour qu’ils réduisent leur chauffage l’hiver prochain. [...] Je suis convaincu que nos compatriotes, conscients de la menace que la Russie fait peser sur la paix et soucieux d’adresser un geste d’amitié au peuple ukrainien dont la souffrance est un crève-cœur, seraient prêts à ce sacrifice[12] », affirmait Hollande en mars 2022.

Dans la lignée de la taxe carbone, l’écologie de guerre apparaît ainsi comme une nouvelle variation de l’écologie punitive que les classes dominantes déploient pour faire payer à la population les conséquences de leurs crises, et maintenant, de leurs guerres. A ce titre, l’écologie de guerre est hantée par le spectre des Gilets jaunes, et les propositions se multiplient pour tenter de rendre acceptable socialement le poids des sanctions[13].

Le bilan écologique des sanctions est également peu reluisant. La dépendance fossile russe a été partiellement troquée pour une dépendance au gaz naturel liquéfié américain illustrée par le récent accord Von der Leyen-Trump, qui comprend plusieurs centaines de milliards de dollars d’achats énergétiques en provenance des États-Unis. Pierre Charbonnier lui-même est forcé d’ouvrir son livre Vers l’écologie de guerre sur un constat d’échec écologique de l’écologie de guerre :

« les sanctions prises contre le pétrole et le gaz russe ont créé une opportunité pour les pays du Sud, l’Inde en particulier, qui a pu acheter à bas prix cette énergie bradée sur les marchés internationaux, au grand dam des puissances occidentales »[14].

Mais là où l’écologie de guerre a eu un réel impact, c’est dans le champ théorique et politique de l’écologie. De la même manière que les sanctions économiques représentent des outils transitoires, de surenchère vers des conflits militaires ouverts[15], leur verdissement est à comprendre comme un point de bascule vers une redéfinition plus profonde de l’écologie politique. De même, le paradigme sort du seul cadre de la guerre en Ukraine pour acquérir une portée générale. Pierre Charbonnier est à ce sujet assez explicite.

« Dans ce second moment, les principes de l’écologie politique ne sont pas simplement ajustés au temps de la guerre, ils sont redéfinis et subordonnés à l’impératif de conduite de la guerre, intégrés dans une logique de confrontation[16] ». 

Un communiqué de son collectif Construire l’écologie illustre les incidences de cette redéfinition :

« Chaque véhicule électrique, chaque vélo, chaque rame de train remplaçant une voiture essence ou diesel, chaque pompe à chaleur ou réseau de chaleur substituant une chaudière au gaz ou au fioul, chaque conversion industrielle à l’électricité ou au biogaz, chaque plat de lentilles remplaçant un plat de bœuf, chaque logement isolé, chaque rail posé, chaque éolienne, panneau solaire, barrage ou centrale nucléaire contribue directement à la sécurité militaire et écologique de la France et de l’Europe.[17] »

D’un projet « pacifique de résilience et d’autonomie », on débouche sur la mobilisation de l’écologie au service de l’impérialisme et de la surenchère militariste. On a pu constater cette redéfinition opérée dans la pratique par le discours des Écologistes (anciennement EELV), passés d’une défense des sanctions économiques à un discours erratique articulant arme atomique, plan vélo, hausse des financements militaires et armée européenne[18].

Une mise au pas de l’écologie derrière les intérêts de la France et de l’Europe, qui cherche à dresser le tableau d’une destinée démocratique et verte de l’Europe, face aux « impérialismes fossiles ».

« Dans cette compétition, l’Union européenne est aujourd’hui le seul grand acteur qui est à la fois démocratique, doté d’une politique de protection sociale digne de ce nom, et engagé de long terme et de manière crédible en matière de climat.[19] », écrivent Stefan C. Ayuk et Amy Dahan dans Le Grand Continent.

Dans ce tableau, la poursuite de la guerre en Ukraine et le réarmement de l’Europe sont légitimés par l’identification de l’ennemi extérieur aux émissions de CO2. L’unité nationale et européenne sont scellées par la « démocratie » et la « transition écologique ». Un simple coup d’œil au génocide à Gaza, perpétré avec le soutien actif des impérialistes européens, suffit à faire voler en l’air ce récit.

On pourrait ainsi définir l’écologie de guerre comme la fusion entre la défense de l’intérêt national des États et le paradigme de la « transition écologique », conception technocratique qui envisage la résolution de la crise grâce à l’implémentation massive de solutions techniques sous la houlette de l’Etat et des entreprises, sans redéfinition des rapports sociaux à l’origine de cette crise.

« L’écologie de guerre émerge ainsi comme l’héritière historique et le relais idéologique de l’économie de guerre.[20] », résume Pierre Charbonnier. Dans Sans transition, le chercheur Jean Baptiste Fressoz décrit pourtant la transition énergétique comme une chimère, une idéologie du capitalisme au XXIème siècle[21]. L’écologie de guerre apparaît comme son prolongement[22] dans une période marquée par la crise de l’hégémonie états-unienne, l’incertitude la plus profonde pour l’Europe, les crises et les guerres.

L’armée, avec nous ?

Assez logiquement, cette écologie de guerre confère à l’institution militaire une place privilégiée dans la transition écologique. Cette dernière est ainsi invoquée pour résoudre les contradictions internes du paradigme de la transition énergétique, à savoir « la compétition pour les ressources critiques de la transition[23] » et « la course au « net zéro », [dans laquelle] chaque puissance politique tente de capter pour elle-même les bénéfices des technologies vertes[24] ». Au-delà, c’est le retour des conflits militaires entre États qui pourrait faire advenir la transition tant attendue, donnant à l’écologie de guerre une teinte quasi millénariste.

« L’orientation vers un socle énergétique décarboné […] aurait pu se faire par la seule force des arguments socioécologiques, mais l’histoire est pleine d’ironie et peut-être qu’une guerre sera finalement l’accoucheuse de cette transition[25] ».

« Comment pouvons-nous imaginer une transition énergétique et écologique sans l’institution militaire ? », écrit EELV dans son Livre Vert de la Défense. « Cherchez à nouer des liens avec les personnes qui travaillent au quai d’Orsay, au ministère de la défense[26] », encourage Pierre Charbonnier. Au-delà des tenants de l’écologie de guerre qui soutiennent une collaboration étroite avec l’armée, certains défendent qu’il faudrait à minima composer avec cette dernière.

« Même l’armée est un service public, la manière dont on finance les services publics peut avoir des impératifs de croissance plus ou moins violents donc les services publics dont l’armée et la sécurité nationale peuvent être plus ou moins dépendants des activités marchandes[27] », note l’économiste décroissant Timothée Parrique.

La France Insoumise défend l’urgence de « Poser les bases intellectuelles indispensables à l’organisation d’une armée de l’après-pétrole[28] », et Mélenchon disserte sur la conception de chars propulsé aux renouvelables[29]. Même l’approche très critique de la militarisation de l’écologie du journaliste, militant et chercheur sur la sécurité environnementale Ben Cramer, dans un livre[30] qui entend alerter sur les « risques de la militarisation durable », défend que « Enrayer ce phénomène dépendra de la façon dont agiront ensemble et en bonne intelligence le militaire, l’écologiste et le pacifiste sans qu’aucun ne tire la couverture à soi ».

A quelques exceptions près[31], on pourrait ainsi avancer l’idée que l’armée bénéficie aujourd’hui d’une sorte de totem d’immunité dans le champ de l’écologie politique. Un comble, pour un courant né en Occident dans le prolongement, notamment, des mouvements contre la guerre du Vietnam, l’arme nucléaire ou la lutte antimilitariste du Larzac. N’importe quel écologiste conviendra qu’on n’avancera pas main dans la main avec les patrons du pétrole. Une loi sur l’agriculture dictée par la FNSEA prend l’ampleur d’un scandale d’État. Mais il est toujours possible d’affirmer sans trop de risques que l’armée pourrait être avec nous, ou, à minima, qu’un projet écologiste pourrait s’en accommoder.

Pourtant, tout concourt à placer les armées et le complexe militaro-industriel dans le camp des ennemis mortels d’une planète habitable. Au-delà des destructions causées directement par les conflits, et de l’écocide comme arme de guerre impérialiste, qui font payer au long cours des conséquences terribles aux populations (voir l’article de Tom du Collectif Vietnam Dioxine dans cette série d’articles), le complexe militaro-industriel en lui-même est une aberration écologique.

D’après des estimations partielles – et ne prenant pas en compte notamment l’impact des combats  –  du Conflict and environment observatory[32], le complexe militaro-industriel émettrait à lui seul 5,5% des émissions mondiales, ce qui le classerait comme le quatrième plus gros pollueur mondial s’il était un pays. D’après un récent rapport du Transnational institute,

« le nouvel objectif de dépenses militaires de 3,5 % de l'OTAN entraînerait 2 330 MtCO2e d'émissions totales de carbone d'ici 2030, soit presque autant que les émissions annuelles combinées du Brésil et du Japon […] Cela annulerait également la réduction annuelle de 134 MtCO2e nécessaire pour atteindre l'objectif de l'UE de réduire les émissions de GES d'au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990.[33] »

Au-delà de ses pollutions directes, et des séquelles environnementales des guerres, le complexe militaro-industriel revêt un rôle structurant dans la production et dans le rapport des sociétés à l’environnement. C’est le sens de l’hypothèse du « Thanatocène », développée par Christophe Bonneuil et Jean Baptiste Fressoz dans L’évènement Anthropocène. Ils y opèrent une relecture originale de la Grande Accélération, en soulignant comment cette dernière apparaît comme le produit de la pénétration de technologies militaires et la réorientation de capacités industrielles hypertrophiées par l’effort de guerre vers les marchés civils. Ils identifient dans ce sens la pêche industrielle, l’industrie de l’aluminium, ou encore l’aviation civile comme des héritiers directs de l’industrie de guerre de la seconde guerre mondiale. Une hypothèse qui converge avec l’analyse post-marxiste de Maurizio Lazzarato et Eric Alliez :

« il revient aux deux guerres mondiales d’avoir pour la première fois réalisé la subordination « totale » (ou subsomption « réelle ») de la société et de ses forces productives à l’économie de guerre à travers l’organisation et la planification de la production, du travail et de la technique, de la science et de la consommation, à une échelle jusque-là inconnue […] De la mise en place de programmes de recherche sans précédent, finalisés vers la « destruction », sortiront les découvertes scientifiques et technologiques qui, transférées vers la production de « biens », vont constituer les nouvelles générations du capital constant [34]».

Dans le même sens, François Jarrige et Thomas Roux soulignent quant à eux dans La contamination du monde :

« En initiant de nouvelles trajectoires industrielles et la dissémination de nouveaux produits toxiques, tout comme la mise en place de situations d’exception propices à l’aggravation des pollutions, la guerre modèle de multiples manières les environnements […] Les industries chimiques, automobiles et aéronautiques sont les principales bénéficiaires des conflits meurtriers. Sans eux, les énormes moyens en hommes, en matières premières et en énergie n’auraient pas été rassemblés. Des groupes comme BASF, Monsanto ou DuPont Nemours n’auraient pas été les empires industriels qui inondent le monde de leurs produits [35]».

Dans Vers l’écologie de guerre, Charbonnier prend soin de masquer cette continuité entre guerres mondiales et « paix » des Trente glorieuses, en théorisant une « paix carbone » qui aurait dissout les conflits internationaux grâce à une débauche d’énergies carbonées. Ainsi, « la crise climatique est une conséquence de la paix, plus que de la guerre elle-même[36] ». Une dichotomie entre guerre et paix, entre capitalisme et géopolitique, que Rosa Luxembourg balayait déjà en 1911 :

« le militarisme dans ses deux formes – la guerre tout comme la paix armée – est un enfant légitime, une conséquence logique du capitalisme, qui ne peut être défait qu'avec le capitalisme lui-même […]  La politique mondiale – et le militarisme qui la sert sur terre et sur mer, dans les temps de guerre et dans les temps de paix – n'est pourtant rien d'autre que la méthode spécifiquement capitaliste pour à la fois développer les conflits internationaux et pour les résoudre.[37] »

Les leçons de l’écologie de guerre

On l’a compris, cette écologie de guerre est avant tout une tentative de résoudre dans le discours la contradiction idéologique immense que représentent les investissements militaires massifs à l’âge de la crise écologique. Devant les contradictions béantes de l’écologie de guerre, Pierre Charbonnier précise :

« Il faut insister ici qu’il s’agit là de discours, d’une stratégie dont, pour l’instant, on ne voit pas les conséquences sur les courbes de gaz à effet de serre[38] ».

Une nouvelle version de ce qu’Edouard Morena désigne de « gouvernance climatique incantatoire » :

« désormais, la priorité est à la production de récits enchanteurs, de « signaux » et de « momentum », censés inciter les politiques, les entreprises et les consommateurs à s’engager sur la voie de la transition bas carbone [39]».

Mais cette, fois, les récits enchanteurs sont au service du réarmement de la France et de l’Europe, de la course à l’abîme en Ukraine et de la préparation idéologique de la société à des affrontements de grande ampleur. C’est une tentative également d’enrôler divers acteurs de l’écologie dans cette militarisation, à laquelle une majeure partie de l’écologie libérale a logiquement déjà succombé. Cette écologie de guerre doit être prise au sérieux, et ceux qui refusent la militarisation du monde et aspirent à protéger l’habitabilité de la planète, pourraient en tirer des leçons précieuses.

Première leçon. Charbonnier pointe à raison la faiblesse de l’analyse géopolitique dans le champ de l’écologie politique contemporaine. Il y répond par une realpolitik cynique, alignée sur les gouvernements néolibéraux et les États-majors. Ces dernières années, des stratèges révolutionnaires comme Lénine[40] ou Rosa Luxembourg[41] ont été remobilisés, souvent de manière partielle, dans l’écologie politique en raison du parallèle entre l’horreur de la première guerre mondiale à laquelle ils faisaient face et celle des destructions causées par la crise écologique. Ces deux risques existentiels (la guerre mondiale et la catastrophe écologique) tendent aujourd’hui à converger, ce qui rend d’autant plus précieux leur héritage théorique, et urgent de le réactiver dans toute son amplitude, à commencer par les théories critiques de l’impérialisme, qui pourraient constituer une boussole solide pour une écologie antimilitariste dans une situation internationale toujours plus complexe et convulsive.

Une deuxième leçon, qui découle de la première, est celle de l’importance d’une défiance totale vis-à-vis des discours enchanteurs sur les guerres. C’est par le récit mielleux de sanctions économiques « pacifistes » et vertes à l’encontre de la Russie que l’écologie de guerre a mis le pied dans la porte du champ de l’écologie politique. Une politique –  indépendante de Poutine mais également des gouvernements européens et de l’OTAN – de refus catégorique de l’envoi d’armes et des sanctions économiques, articulant leurs conséquences économiques pour les classes populaires à un discours contre la guerre, aurait au contraire pu agréger un bloc contre la guerre dans les pays occidentaux, et participer à affaiblir sur le front intérieur Poutine et son discours délirant et grand-russe. Le retour des conflits de grande ampleur implique dans tous les cas de renouer avec une politique indépendante face à la guerre, qui refuse les chantages et les logiques d’alignements derrière un bloc ou l’autre.

Troisième leçon, l’écologie de guerre se base sur le constat de la difficulté de l’écologie à trouver des leviers de puissance. Là où elle répond à cet enjeu en s’alignant avec la puissance du militarisme et de l’impérialisme, un levier de puissance à notre disposition est celui du monde du travail. Les raffineurs qui ont pu mettre à sec en carburant tout le pays par la grève à l’automne 2022 devraient être considérés comme réalisant le rêve de tout écolo. Certains secteurs du monde du travail ont fait la démonstration de leur capacité à lutter face au génocide en Palestine comme les dockers de Fos-Sur-Mer, ou plus récemment, les dockers de Gênes. La mobilisation des travailleurs de l’armement, des transports et de l’énergie pourrait mettre un sérieux coup à la militarisation en cours, et poser la question de la reconversion écologique de l’industrie de l’armement. Libérer ce levier de puissance implique de lier l’écologie au monde du travail, comme cela a été expérimenté lors des luttes de Géodis[42] ou de la raffinerie de Grandpuits[43]. Cela implique également une lutte dans le monde du travail contre les logiques d’unité nationale, y compris les logiques de « protectionnisme vert » défendues par différentes forces de gauche et syndicales, logiques qui sont par ailleurs également plébiscitées par l’écologie de guerre[44].

Si l’écologie de guerre a pu trouver un espace politique, c’est grâce à un vide, dans le sens où la critique du militarisme a été réduite à peau de chagrin dans l’écologie politique ces dernières années.

« L’impuissance politique actuelle est la conséquence directe de l’exclusion des guerres de la théorie politique, qui est le résultat d’une autre exclusion, celle de la lutte des classes[45] », synthétise Maurizio Lazzarato.

Dans ce sens, le mouvement de politisation de la jeunesse et du monde du travail face au génocide en Palestine, l’émergence de la Coalition Guerre à la guerre, qui réunit des militants écolos, syndicaux, antifascistes ou pro-palestiniens sont les meilleures réponses possibles à l’écologie de guerre. Plutôt que de s’aligner servilement sur le réarmement en cours, l’écologie pourrait devenir un ferment essentiel d’un renouveau du mouvement anti-guerre.

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Ce texte est issu d'une intervention dans le cadre du panel « Guerre, impérialisme et écologie » qui s’est tenu le samedi 28 juin 2025 dans le cadre de la conférence internationale Historical Materialism Paris.

Vincent Rissier est militant à Révolution Permanente. Il est l'auteur de plusieurs articles sur les rapports entre guerre et écologie (voir notamment « Le devenir guerre de la transition écologique ») et d’un livre à paraître aux éditions La Dispute sur la question de « l’écologie de guerre ».

Notes

[1] Armée Saint Cyr Coëtquidan  - Tour de France 2025, réalisé par Tour de France, 2025, 01:55.

[2] L’armée dans un monde en décroissance, réalisé par Alter Kapitae, 2025, 01:50:28,.

[3] Voir par exemple Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille: essai d’écologie politique (Paris, La Découverte, 2014) ; ou, pour une version plus "armées friendly", Adrien Estève, Guerre et écologie: l’environnement et le climat dans les politiques de défense en France et aux États-Unis (Paris, PUF, 2022).

[4] « Plan en 10 points pour réduire la dépendance de l’Union européenne à l’égard du gaz naturel russe – Analysis », IEA, 3 mars 2022,

[5] « REPowerEU: la politique énergétique dans le cadre des plans pour la reprise et la résilience des pays de l’UE », Consilium, consulté le 9 août 2025, https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/repowereu/.

[6] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre », Le Grand Continent, 18 mars 2022.

[7] GREEN. Géopolitique, réseaux, énergie, environnement, nature, no 2, 2022.

[8] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre : une histoire environnementale de la paix, Paris, La Découverte, 2024.

[9] Guerre à la guerre est une coalition impulsée début 2025 regroupant une vingtaine d’organisations pro-palestiniennes, antifascistes, féministes, écologiste, de sans papiers, et « visant à désarmer la machine de guerre et relancer un anti-militarisme populaire ». Elle a notamment organisé en juin un weekend de mobilisation contre le salon du Bourget, lors duquel 4000 personnes ont affirmé leur soutien au peuple Palestinien et leur opposition aux marchands de morts.

[10] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre »., art. cit.

[11] « Soyons solidaires avec l’Ukraine : cessons d’alimenter la guerre », consulté le 11 juin 2025.

[12] François Hollande : « Pour arrêter Vladimir Poutine, arrêtons de lui acheter du gaz », Le Monde, 7 mars 2022.

[13] « GREEN 2 | Écologie de guerre : un nouveau paradigme | Groupe d’études géopolitiques », Groupe d’Etudes Géopolitiques, s. d., consulté le 10 août 2025.

[14] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre: une histoire environnementale de la paix, op. cit., p. 6.

[15] On se réfère ici à la compréhension par Trotsky de « la guerre des tarifs douaniers, la guerre économique ou le blocus » comme la guerre sous « une forme affaiblie ». « Leon Trotsky: Oeuvres - Février 1921 », consulté le 9 août 2025.  Les sanctions économiques n’ont par ailleurs jamais eu une quelconque teneur « pacifiste ». C’est Bruno Le Maire qui l’exprimait le mieux en 2022 : « Les sanctions infligées à la Russie sont d’une efficacité redoutable. Nous livrons une guerre économique et financière totale à la Russie. Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ».

[16] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre »., art. cit.

[17] Construire l’écologie, « Chaque euro dépensé pour la transformation écologique est un euro investi pour la stabilité, pour la paix », Construire l'écologie, 17 mars 2025,

[18] Vincent Rissier, « EELV, de l’écologie de la douceur au militarisme décomplexé », Révolution Permanente, consulté le 9 août 2025.

[19] « Boomerang géopolitique : peut-on encore relever le défi climatique global ? », Groupe d’Etudes Géopolitiques, s. d., consulté le 10 août 2025.

[20] Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre »., art. cit.

[21] Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition: une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Écocène", 2024).

[22] Pour un développement sur cette idée, voir Vincent Rissier, « Le devenir guerrier de la transition écologique », Révolution Permanente, 19 avril 2025.

[23] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, op. cit., p. 293.

[24] Ibid., p. 122.

[25] Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre ».

[26] « (2081) Vers une écologie « réaliste » de la puissance avec Pierre Charbonnier - YouTube », consulté le 28 juillet 2025.

[27] « (2081) PEUT-ON IMAGINER UN FUTUR SANS CAPITALISME ? - YouTube », consulté le 28 juillet 2025,

[28] « Défense : une défense au service de la souveraineté populaire - Le programme », 2 février 2024.

[29] Conférence sur le moment politique avec Jean-Luc Mélenchon, réalisé par JEAN-LUC MÉLENCHON, 2025, 02:03:07.

[30] Ben Cramer, Guerres et paix…et écologie. Les risques de militarisation durable, Paris, Éditions Yves Michel, 2014.

[31] L’analyse fine des systèmes industriels et normatifs a conduit les courants de la « nouvelle histoire environnementale » à détailler les liens profonds entre le complexe militaro-industriel, les guerres, et  la crise environnementale. Voir notamment François Jarrige et Thomas Le Roux, La contamination du monde: une histoire des pollutions à l’âge industriel, L’univers historique (Paris, Éditions du Seuil, 2017); Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène la Terre, l’histoire et nous, Nouv. éd. rév. et augm (Paris, Points, 2016). Andreas Malm place quant à lui au coeur de l’expansion du capitalisme fossile le rôle de l’impérialisme britannique, et de sa marine de guerre propulsée au charbon dans Andreas Malm, Avis de tempête: nature et culture dans un monde qui se réchauffe (Paris, La Fabrique, 2023). L’analyse de la répression, et de l’extractivisme qui avance systématiquement armé, a conduit différents courants de l’écologie radicale à faire face à la question de l’armée. Voir par exemple Peter Gelderloos, Stratégies pour une révolution écologique et populaire, Paris, Éditions Libre, 2023.

[32] « Estimating the Military’s Global Greenhouse Gas Emissions », Scientists for Global Responsibility, consulté le 10 août 2025.

[33] « NATO’S 3.5% Spending Goal | Transnational Institute », 10 juillet 2025.

[34] Éric Alliez et Maurizio Lazzarato, Guerres et capital, Paris, Éditions Amsterdam, 2016, p. 22.

[35] François Jarrige et Thomas Le Roux, La contamination du monde, op. cit., p. 374.

[36] Pierre Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, op. cit., p. 26.

[37] « Rosa Luxembourg: Utopies pacifistes (1911) », consulté le 10 août 2025.

[38] Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, 8.

[39] Édouard Morena, Fin du monde et petits fours : les ultra-riches face à la crise climatique (la Découverte, 2023). Ajouter la page

[40] Andreas Malm et Étienne Dobenesque, La chauve-souris et le capital : stratégie pour l’urgence chronique (la Fabrique éditions, 2020).

[41] Jason W. Moore et al., L’écologie-monde du capitalisme : comprendre et combattre la crise environnementale (Éditions Amsterdam, 2024).

[42] Voir par exemple « Soulèvements des salaires », consulté le 10 août 2025.

[43] Adrien Cornet, « Adrien Cornet, CGT Grandpuits : « Notre combat a posé des bases pour l’ensemble de la classe ouvrière » », Révolution Permanente, consulté le 10 août 2025.

[44] Construire l’écologie, « Chaque euro dépensé pour la transformation écologique est un euro investi pour la stabilité, pour la paix. Construire l’écologie », 18 mars 2025.

[45] ON VIOLENCE #3 Maurizio Lazzarato / Online lecture, réalisé par Akademie der Künste der Welt, 2022, 44:07.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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