En 2025, les Démocrates ont découvert que la plupart de leurs électeurs et électrices avaient le sentiment de ne plus pouvoir vivre de leurs revenus. Selon plusieurs instituts de sondage, il ne s’agissait pas seulement des pauvres, qui ont toujours été confrontés à une crise du coût de la vie, mais aussi de ce que l’on appelle les « classes moyennes ». Doutant que l’inflation soit une manière convaincante de décrire la crise vécue par la plupart des gens ordinaires, les sondeuses démocrates Celinda Lake et Anat Shanker-Osorio ont exhorté les candidat·es démocrates à parler plutôt d’affordability — un terme que l’on pourrait traduire, selon les contextes, par « pouvoir d’achat », « coût de la vie » ou « accessibilité financière »[1].
Suivant ce conseil, les démocrates modérées Abigail Spanberger et Mikie Sherrill ont largement remporté leurs élections au poste de gouverneure. Hakeem Jeffries, démocrate centriste assumé et chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, a déclaré que l’affordability avait été « à l’évidence la question décisive », tandis que la progressiste Elizabeth Warren en faisait « la raison centrale d’être démocrate »[2]. Zohran Mamdani, socialiste démocrate, a lui aussi fait campagne sur ce thème, même si ses propositions pour y répondre étaient bien plus concrètes que celles de la plupart des autres candidat·es.
Ce terme anodin a été adopté aussi bien par les républicains — Trump compris — que par les démocrates. Il est moins lourd et moins inquiétant que « crise du coût de la vie », moins insultant que « c’est l’économie, idiot », et plus parlant que le dernier chiffre de l’indice des prix à la consommation. Mais que signifie-t-il exactement ? Et surtout, que signifie-t-il pour tous ces électeurs et électrices qui y répondent favorablement ? Selon une enquête du New York Times et du Siena College, 60 % des personnes interrogées déclarent s’inquiéter de leur capacité à payer les biens et services les plus élémentaires : le loyer, l’essence, les factures courantes et les courses alimentaires[3].
La même enquête montre toutefois que plusieurs grands postes de dépense essentiels à la vie dans cette société sont également perçus comme devenus inabordables : l’éducation pour 58 % des personnes interrogées, le logement pour 54 %, la santé pour 44 % et le fait de fonder une famille pour 44 %[4].
Ces quatre « postes » renvoient à bien davantage qu’à la simple inflation. Ils sont au cœur de la reproduction sociale pour une majorité de personnes appartenant à la classe travailleuse. Ils dépendent du niveau de développement de la société et, pour reprendre les mots de Marx, des « habitudes et exigences de vie dans lesquelles s’est formée la classe des travailleurs libres »[5]. Autrement dit, du moins dans l’esprit des gens ordinaires interrogés, nous sommes face à une crise de la reproduction sociale. Et cela, bien sûr, n’est peut-être pas un « message » très vendeur pour les fractions les plus aisées de l’électorat dont les démocrates dépendent aujourd’hui.
Un détour par la théorie marxiste s’impose ici. Comme l’écrit Marx :
« Le temps de travail nécessaire à la production de la force de travail se résout donc dans le temps de travail nécessaire à la production de ces moyens de subsistance ; autrement dit, la valeur de la force de travail est la valeur des moyens de subsistance nécessaires à l’entretien de son possesseur »[6].
Le « possesseur » en question est le travailleur ou la travailleuse, ainsi que les personnes à sa charge, dont certaines fournissent un travail nécessaire mais non rémunéré, offert comme un « don gratuit » au capital, en abaissant le coût de la reproduction sociale : c’est-à-dire le temps et l’énergie que les travailleurs et travailleuses consacrent à entretenir leur propre vie et à élever la future génération de travailleurs et travailleuses[7].
La baisse du coût de la force de travail, et donc du coût de sa subsistance dans une société donnée, constitue l’une des contre-tendances à la baisse du taux de profit, qui représente un véritable problème pour le capital. Cette baisse du coût du travail — ou, plus précisément, du temps de la journée de travail nécessaire à produire cette subsistance socialement déterminée — peut être obtenue par des gains de productivité, soit par l’intensification du travail, soit par l’introduction de nouvelles technologies. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit depuis plus d’une décennie dans la plupart des secteurs de production de biens et de services. Comme nous le verrons plus loin, de plus en plus de capitalistes ont préféré s’approprier les profits plutôt que d’investir dans la technologie.
Le capital a donc tenté de contenir autant que possible les hausses de salaires. Autrement dit, pour une large fraction de la classe travailleuse, les salaires sont désormais inférieurs au niveau de subsistance socialement déterminé : les gens ne gagnent plus assez pour se nourrir et se loger eux-mêmes — et encore moins pour faire vivre leur famille et les personnes à leur charge — parce que les capitalistes conservent une part plus importante du surplus sous forme de profits. Et cela dépasse de loin la simple question du « pouvoir d’achat ». C’est, répétons-le, une crise de la reproduction sociale de la classe travailleuse. C’est une question de classe.
Même si l’on s’en tient au critère plus étroit de la course entre les prix et les salaires, les travailleurs et travailleuses ont été perdants — alors même que le taux officiel d’inflation ralentit. La raison principale tient à la forte hausse, en 2022, de l’indice des prix à la consommation utilisé aux États-Unis pour mesurer l’inflation subie par les salarié·es urbain·es. Cette année-là, il a atteint 8,5 %. L’inflation a ensuite ralenti, tandis que les hausses de salaires dépassaient légèrement les prix. Mais ces gains salariaux ont été trop faibles pour effacer les coûts accumulés ; et si cet indice se maintient autour de son niveau actuel de 2,5 %, il faudrait au moins cinq ans — jusqu’en 2027, voire 2028 — pour effacer l’impact de 2022.[8]
Dans Labor Notes, Richard de Vries, ancien représentant syndical des Teamsters, a soutenu que la « principale erreur » du mouvement syndical en 2025 avait été de ne pas tenir compte de l’inflation passée dans la formulation des revendications salariales. Selon lui, les syndicats se sont trop souvent contentés de comparer les salaires et l’inflation du moment, sans intégrer la perte de pouvoir d’achat accumulée les années précédentes[9].
C’était, à tout le moins, l’une de ses principales erreurs. L’inflation pourrait d’ailleurs repartir à la hausse sous l’effet de plusieurs facteurs : les droits de douane imposés par Trump — y compris après la décision de la Cour suprême —, la guerre contre l’Iran, mais aussi une croissance plus faible et une répartition très inégale des profits entre capitaux. Dans ce contexte, les entreprises dont les rendements sont les plus faibles sont poussées à augmenter leurs prix[10].
Les chiffres moyens du Bureau of Labor Statistics — le BLS, l’agence fédérale étatsunienne des statistiques du travail — sur les hausses de salaires masquent toutefois de profondes inégalités. La Federal Reserve Bank d’Atlanta publie un indicateur, le Wage Growth Tracker, qui suit l’évolution du salaire horaire de 2 000 personnes sur douze mois, à partir des données de la Current Population Survey. Cet indicateur permet notamment de comparer les salarié·es dont les salaires progressent le moins avec celles et ceux dont les salaires progressent le plus.
Ce qu’il montre est saisissant : la part des travailleurs et travailleuses n’ayant connu pratiquement aucune hausse de salaire, voire une baisse réelle — de -2,2 % par an en décembre 2025 —, avait diminué pendant quelques années, mais elle est ensuite repartie à la hausse, passant de 10 % en mai 2023 à 13,4 % en février 2026. Dans le même temps, les salarié·es situé·es dans le haut de la distribution des hausses de salaire ont enregistré des gains d’environ 14 % par an[11].
Ce fait remarquable souligne la profondeur des inégalités de revenus et de patrimoine qui alimentent la crise de la reproduction sociale de la classe travailleuse. Il n’est pas difficile de deviner quels groupes racisés sont surreprésentés dans ces 13 % du bas de l’échelle. Même si ces données ne détaillent pas la situation des groupes intermédiaires — entre les salarié·es dont les rémunérations progressent le moins et celles et ceux dont elles progressent le plus —, il est évident qu’une part importante de la classe travailleuse ne gagne pas le salaire moyen, et encore moins un salaire permettant réellement de vivre. Beaucoup continuent donc de décrocher.
Un autre indice va dans le même sens : même les hausses salariales annuelles négociées par les syndicats sont passées de 7 ou 8 % en 2022 à environ 5 % l’an dernier, soit à peine de quoi suivre l’inflation accumulée[12]. Manifestement, trop de responsables syndicaux commettent la « principale erreur » pointée par de Vries. Beaucoup vivent en dessous du niveau de subsistance alors même qu’ils et elles ont un emploi. Les plus aisé·es, à l’inverse, voient leurs revenus progresser bien au-delà de l’inflation[13].
Ce n’est pas seulement la hausse des prix des dépenses indispensables à la reproduction sociale qui compte, mais aussi leur coût absolu et leur poids dans le revenu des ménages. La garde d’enfants, indispensable pour les jeunes familles de travailleurs et travailleuses où deux adultes perçoivent un salaire, peut coûter de 7 696 dollars par an dans le Mississippi — soit 10,5 % du revenu médian — à 22 628 dollars par an en Californie, soit 20 % du revenu familial médian. Elle représente environ 19 % du revenu dans l’Illinois et dans l’État de New York.
Il faut souligner que ces pourcentages sont calculés par rapport au revenu familial médian. Autrement dit, pour la moitié des ménages qui gagnent moins que ce revenu médian, le coût élevé des dépenses nécessaires à la reproduction sociale pèse encore plus lourd.
Le logement, lui aussi, est devenu « inabordable » pour de nombreux ménages de la classe travailleuse. On considère généralement qu’il ne devrait pas représenter plus de 30 % du revenu. Or, selon un reportage de CBS consacré au coût du logement, il fallait en 2025 gagner 124 000 dollars par an pour rester à ce seuil ou en dessous. Le revenu médian était alors de 84 000 dollars par an — et, rappelons-le, la moitié du pays gagne moins que cela.[14]
Prenons aussi l’exemple des habitant·es des grandes villes. Selon citycost.org, un site qui estime le coût de la vie dans différentes villes à partir de dépenses courantes — logement, alimentation, transport, charges et autres frais du quotidien —, le coût mensuel de la vie, loyer compris, pour une famille de trois personnes est estimé à 5 405 dollars. Un appartement de trois pièces en ville coûte à lui seul 2 827 dollars par mois. Ce loyer représente donc plus de la moitié du coût total de la vie, et près des deux tiers d’un revenu mensuel moyen de 4 326 dollars après impôts. Les loyers sont légèrement plus bas en dehors des centres urbains, mais le constat reste le même. Quant à celles et ceux qui voudraient échapper au loyer en devenant propriétaires, l’achat d’un tel appartement représenterait 3 391 dollars par mois, ce qui reste hors de portée pour une famille moyenne de trois personnes[15].
Il n’est donc pas étonnant que la gratuité de la garde d’enfants et le gel des loyers aient joué un rôle important dans la campagne victorieuse de Mamdani à la mairie de New York.
Prenons un autre grand poste essentiel : la santé. Elle représente, elle aussi, un coût majeur. Les dépenses restant à la charge des patient·es — tickets modérateurs, franchises et autres frais non couverts par l’assurance — s’élevaient en moyenne à 1 514 dollars par an en 2025, contre 1 318 dollars par an en 2020. Les primes d’assurance atteignaient en moyenne 888 dollars par an en 2025, et le Congrès n’a toujours pas rétabli les subventions prévues par l’Affordable Care Act, la réforme de l’assurance santé adoptée sous Obama, pour les familles à faibles revenus. Même les travailleurs et travailleuses bénéficiant d’une assurance santé fournie par leur employeur devraient voir leurs paiements augmenter de 7 %[16]. Selon un sondage réalisé en 2025, un tiers des personnes interrogées déclaraient devoir faire des sacrifices pour payer leurs soins, y compris renoncer à certains repas.[17]
L’écart entre les dépenses et les revenus explique aussi l’explosion de l’endettement des ménages au cours des deux dernières décennies. Selon la Federal Reserve Bank de New York, celui-ci est passé de 8 290 milliards de dollars en 2004 à 18 800 milliards de dollars en 2025. La majeure partie de cette dette est liée au logement — prêts hypothécaires et lignes de crédit adossées à la valeur du logement — pour un montant de 13 600 milliards de dollars. À la fin de 2025, l’endettement lié aux cartes de crédit, très répandu aux États-Unis, atteignait 1 280 milliards de dollars, tandis que les prêts étudiants représentaient 1 660 milliards de dollars[18].
Depuis la Grande Récession, le poids du remboursement de la dette des ménages avait diminué par rapport à leur revenu disponible. Mais cette tendance s’est inversée récemment : ce poids est passé de 9 % du revenu disponible en 2022 à 11 % au troisième trimestre 2025[19]. Si la garde d’enfants absorbe déjà de 10 à 20 % du revenu, le logement jusqu’à 66 %, et le remboursement de la dette encore 11 %, il ne reste presque plus rien pour couvrir les besoins élémentaires.
Les ménages déménagent alors dans des logements moins chers, laissent parfois leurs enfants seuls pendant un moment, repoussent leurs remboursements de carte de crédit, prennent un colocataire, retournent vivre chez leurs parents ou cherchent un emploi supplémentaire. Le nombre de personnes cumulant plusieurs emplois a légèrement diminué vers la fin de 2025, à mesure que les créations d’emplois ralentissaient, mais il avait augmenté de plus d’un million depuis la fin de 2022, pour atteindre 8,7 millions à la fin de 2025. Sans surprise, sur cette période, le nombre de femmes mariées vivant avec leur conjoint et occupant un emploi a progressé deux fois plus vite que celui des hommes mariés vivant avec leur conjointe, avec une hausse de 1,5 million[20].
Sous les statistiques du coût de la vie : la montée des inégalités économiques
Les tendances des salaires et des prix ne suffisent pas à expliquer ce qui alimente l’aggravation de la crise de la reproduction sociale pour la majorité. Plus déterminante encore est la redistribution des revenus et de la richesse vers le sommet, c’est-à-dire vers les 10 % les plus riches de la population.
Ainsi, aux États-Unis, la part du revenu national revenant au travail est passée de 55,6 % sur la décennie à 53,8 % au troisième trimestre 2025. C’est son niveau le plus bas depuis que le Bureau of Labor Statistics — l’agence fédérale étatsunienne des statistiques du travail — a commencé à publier ces données, en 1947, époque où la part du travail atteignait 70 %[21]. La part revenant aux investisseurs — autrement dit, aux capitalistes — a donc augmenté au fil des décennies. Sans surprise, les 10 % des ménages les plus riches représentent aujourd’hui 45 % des dépenses de consommation, contre 38 % avant la pandémie[22].
La source la plus profonde de la crise de la reproduction sociale réside toutefois dans une inégalité de patrimoine encore plus radicale. Selon la Federal Reserve Bank, les 10 % des ménages les plus riches détenaient 68 % de l’ensemble du patrimoine au troisième trimestre 2025, tandis que la moitié la moins riche de la population n’en détenait que 2,5 %, contre 2,7 % en 2022[23].
La richesse des 10 % les plus aisés et celle de la moitié la moins riche des ménages sont de nature très différente. Contrairement à cette moitié de la population, les plus riches tirent l’essentiel de leurs revenus de leurs actifs : actions, obligations et autres investissements composent la plus grande partie de leur patrimoine, bien au-delà de leurs salaires déjà exorbitants.
La moitié la moins riche, elle, dépend presque exclusivement de ses salaires, ou de la valeur potentielle de son logement lorsqu’elle en est propriétaire — ce qui représente aussi un coût, sous la forme des mensualités de crédit immobilier. Si l’on ne prend en compte que les actions d’entreprises et les parts de fonds communs génératrices de revenus, les 10 % les plus riches en possèdent 87,2 %, tandis que la moitié la moins riche de la population n’en détient que 1,1 %[24].
La faiblesse du mouvement syndical organisé aux États-Unis, ainsi que sa dépendance à l’égard d’un Parti démocrate profondément capitaliste, expliquent en partie pourquoi la classe travailleuse n’a pas été en mesure de préserver sa part du revenu national. Mais, plus profondément, c’est l’échec de l’impérialisme étatsunien — même sous sa forme trumpienne extrême — à contrecarrer la tendance de long terme à la baisse du taux de profit qui a conduit des secteurs importants de la classe capitaliste à chercher d’autres moyens d’accroître leur propre richesse : à la fois par la spéculation financière et par l’appropriation directe de parts croissantes de la plus-value sociale, c’est-à-dire des profits qui permettent aux entreprises et à l’économie de croître dans un système capitaliste.
La baisse tendancielle du taux de profit — qui continue d’accroître la masse des profits, mais à un rythme plus lent — est le moteur de ces « stratégies » d’enrichissement personnel. Il y a davantage d’argent en circulation, mais, du fait de la tendance générale à la baisse des taux de profit, l’investir dans l’industrie productive rapporte moins. Les détenteurs et dirigeants du capital se tournent donc à la fois vers l’appropriation personnelle des profits et vers la spéculation. Le processus d’accumulation, central dans le capitalisme, était déjà en difficulté ; il a été déformé par l’appropriation croissante des profits par des individus immensément riches, principalement à travers la hausse des dividendes et la survalorisation des actions.
Deux indicateurs permettent d’étayer cette tendance : d’une part, la part des profits des entreprises non financières distribuée sous forme de dividendes plutôt que conservée sous forme de bénéfices non distribués ou réinvestie ; d’autre part, le rapport entre la valeur « de marché » d’une entreprise et le coût de remplacement de l’ensemble de ses actifs — autrement dit sa valeur réelle. Ce second indicateur, connu sous le nom de Q de Tobin, mesure si une entreprise est valorisée en Bourse au-dessus ou en dessous de la valeur réelle de ses actifs.
Dans les années 1950, le rapport entre dividendes et bénéfices non distribués des entreprises non financières était d’environ un tiers. En 2010, il était monté à 45 % des profits et, en 2025, à environ 60 %[25]. Les actionnaires — qu’il s’agisse d’individus ou d’institutions qu’ils contrôlent — prélevaient donc une part croissante des profits sous forme de dividendes, laissant moins de ressources disponibles pour l’investissement productif et l’accumulation. Résultat : une croissance plus lente et une productivité plus faible. En réalité, alors que la masse totale des salaires versés à l’ensemble des travailleurs et travailleuses a doublé entre 2010 et 2025, les dividendes — versés pour l’essentiel aux 10 % les plus riches de la population — ont, eux, triplé en valeur[26].
Le Q de Tobin permet de comparer la valeur boursière d’une entreprise à la valeur réelle de ses actifs. Lorsqu’il est supérieur à 1, cela signifie que l’entreprise est valorisée en Bourse au-dessus de la valeur de ses actifs ; lorsqu’il est inférieur à 1, elle est sous-évaluée, comme cela peut arriver en période de récession. Entre septembre 2015 et septembre 2025, ce rapport est passé de 1,198 à 2,026 : autrement dit, les entreprises étaient d’abord valorisées environ 20 % au-dessus de la valeur réelle de leurs actifs, puis plus de deux fois cette valeur. Les actions des entreprises étatsuniennes étaient donc manifestement très au-dessus de leur valeur réelle[27].
En réalité, les entreprises étatsuniennes se répartissent entre plusieurs groupes : celles qui se portent extrêmement bien — les « Sept magnifiques » de la tech, c’est-à-dire les grands géants technologiques dominants en Bourse, généralement Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta et Tesla, ainsi que certaines start-up et les entreprises qui gravitent autour d’elles — ; les 20 à 30 % d’entreprises dites « zombies », qui survivent à peine grâce à l’endettement sans dégager de profits suffisants ; et toutes celles qui se situent entre ces deux pôles[28].
Les super-riches comme Jeff Bezos et Elon Musk détiennent des actions dans les entreprises les plus performantes. Les propriétaires de ces actions sont ainsi devenus multimilliardaires, y compris dans une période de faible croissance économique, alors même que de nombreuses entreprises se portent moins bien et que les gains salariaux sont plus difficiles à obtenir. Puisque les dividendes reviennent aux détenteurs d’actions, ceux-ci se sont enrichis toujours davantage, tandis que les autres stagnaient ou s’appauvrissaient.
Dans le même temps, la survalorisation des actions, combinée à d’autres formes de spéculation comme les cryptomonnaies, a accru la richesse accumulée des super-riches. Une grande partie de cette richesse est fictive, mais elle peut néanmoins être transformée en argent si les actifs sont vendus. Elle annonce aussi une possible « correction » du marché — autrement dit, une chute boursière si trop d’actifs sont vendus trop rapidement. Mais lorsque cette richesse se chiffre en centaines de millions, voire en milliards, même une baisse importante laisse la plupart de ces ploutocrates immensément riches.
Récemment, pour maintenir à un niveau élevé cette valeur boursière gonflée, les grandes entreprises de la tech se sont mises à acheter les actions les unes des autres. Rien de cette richesse gonflée ne revient évidemment à la classe travailleuse, qui ne possède pratiquement pas ce type d’actions et dont la crise du coût de la vie ne fait que s’aggraver.
Le réformisme marginal et le problème de la richesse
Les niveaux extrêmes de richesse ne sont pas passés inaperçus, et une large partie du public soutient l’idée de taxer à la fois les hauts revenus et les grandes fortunes. Harold Meyerson, de The American Prospect, a ainsi soutenu que les démocrates commençaient « massivement » à revoir la fiscalité pour tenir compte de l’énorme redistribution vers le haut de la richesse et des revenus que le pays connaît depuis 1980.[29] Il cite quatre exemples de réformes fiscales : des initiatives portées par des Démocrates en Californie, dans l’État de New York, dans l’État de Washington, ainsi qu’au Congrès, sous forme de propositions de loi ou de référendums visant à augmenter les impôts sur les revenus, voire sur la fortune.
Ces propositions sont toutefois encore loin d’être adoptées. Si davantage de Démocrates osent désormais prononcer les mots « taxer les riches », la plupart de ces mesures se limiteraient à des hausses modérées des impôts sur les hauts revenus ou, plus spécifiquement, sur la fortune des milliardaires. Loin du changement « massif » décrit par Meyerson, elles restent modestes si on les compare aux taux d’imposition effectivement supportés par la plupart des personnes appartenant à la classe travailleuse, au fait que de nombreux multimillionnaires et milliardaires paient peu ou pas d’impôts, et surtout à ce qu’il faudrait pour corriger réellement ce déséquilibre[30].
Comme l’écrit Meyerson lui-même, en soulignant l’ampleur de la montée des inégalités, « les efforts actuels des démocrates en matière de réforme fiscale ne cherchent rien de plus qu’à actualiser notre fiscalité pour tenir compte de l’énorme redistribution vers le haut de la richesse et des revenus que le pays a connue au cours du dernier demi-siècle ». Ils reviennent, en somme, à une forme de retour au statu quo ante.
C’est précisément là que réside le problème d’une grande partie de la pensée actuelle du Parti démocrate et du centre gauche sur la manière de répondre à l’affordability — ou au « pouvoir d’achat » — et à l’incroyable croissance des inégalités économiques qui la sous-tend. Le milieu des années 1970 n’a pas été un âge d’or pour la classe travailleuse : il a été le point de départ à la fois de la « mondialisation » et du néolibéralisme. Il faudrait en réalité remonter bien au-delà de ces cinquante années pour retrouver une fiscalité qui ait réellement pesé — jusqu’à Eisenhower et aux années 1950, lorsque le taux marginal supérieur d’imposition atteignait 91 %.
La baisse des impôts sur les riches et les entreprises a commencé avec John F. Kennedy, avant d’être inscrite dans le Revenue Act de 1964. Depuis, les impôts des riches n’ont cessé de diminuer ; et, de toute façon, les plus fortuné·es ont rarement payé des montants proches du taux maximal affiché. L’idée selon laquelle de modestes hausses d’impôts sur la richesse concentrée, combinées à des politiques « antitrust » visant à démanteler les géants de la tech — l’autre grand remède miracle des libéraux et des progressistes — pourraient défaire l’état actuel du capitalisme et le pouvoir des techno-ploutocrates est tout simplement utopique.
D’abord, nombre des industries et des emplois qui, sous la pression d’un mouvement ouvrier relativement fort, procuraient des revenus de « classe moyenne » à de nombreux travailleurs et travailleuses ont vu leur poids diminuer dans l’économie et dans la main-d’œuvre. Les nouvelles industries qui jouent désormais un rôle central dans l’économie — la tech, la santé, le commerce en ligne, etc. — reposent sur de bas salaires pour la plupart des travailleurs et des travailleuses. La fiscalité ne changera pas cela. L’organisation et la lutte de classe, si.
La distribution de la plus-value, et donc des revenus, trouve son origine dans le rapport capital-travail au sein de la production de biens et de services. La baisse des taux de profit incite le capital, dans tous les secteurs, à résister aux syndicats ainsi qu’à toute hausse de salaires ou d’avantages sociaux suffisamment importante pour modifier cette distribution. Il faudra un soulèvement majeur des travailleurs et travailleuses pour changer cela de manière significative — et plus encore pour revenir aux 70 % du revenu national que le travail captait en 1947.
De plus, si des hausses modérées d’impôts peuvent contribuer à financer des programmes sociaux, comme la gratuité de la garde d’enfants proposée par Mamdani, elles ne réduiront pas significativement les inégalités tant que des individus ou des familles posséderont plusieurs milliards de dollars. L’impôt de 5 % sur la fortune proposé par Bernie Sanders peut financer des programmes nécessaires et aider les familles, mais il ne modifiera pas sensiblement la part de la majorité dans le revenu ou la richesse, ni les dynamiques profondes de l’inégalité.
Il ne réduira pas non plus le pouvoir que détient aujourd’hui le grand argent en politique, lequel constitue un obstacle majeur à toute véritable solution — et même à certaines des propositions listées par Meyerson. Ce pouvoir explique pourquoi le projet de loi de Bernie Sanders n’a pratiquement aucune chance d’être adopté par le Congrès tant que l’on comptera sur les démocrates pour faire le travail.
Ensuite, les lois « antitrust » ne répondront pas au problème, car ni l’inflation, ni la tendance sous-jacente à la baisse des taux de profit, ni la course entre grands capitalistes pour s’approprier la plus-value ne sont des fonctions du « monopole » ou de la concentration. Ces pressions sur la part du surplus revenant au travail résultent plutôt de leur contraire : la concurrence capitaliste réelle, comme on le voit aujourd’hui avec les grandes entreprises technologiques qui se battent pour des parts de marché et pour la position dominante dans la course à l’intelligence artificielle[31].
Il y a un autre problème : même les Démocrates élus sur la question du pouvoir d’achat, comme Abigail Spanberger, gouverneure de Virginie, accordent en parallèle des allègements fiscaux aux centres de données, devenus l’une des principales armes concurrentielles des plus grandes fortunes milliardaires de la tech. Autrement dit, des responsables politiques qui promettent de réduire les factures d’énergie accordent aux entreprises des concessions qui font augmenter les coûts de l’électricité et de l’eau, tout en asséchant les recettes publiques[32]. De fait, les allègements fiscaux restent l’un des principaux instruments de la « politique industrielle » démocrate, à l’échelle des États comme à l’échelle fédérale. On ne peut tout simplement pas avoir les deux à la fois.
Ces propositions modestes du centre gauche s’accompagnent parfois d’une approche dite de l’ « abondance » appliquée aux grands postes de dépense — en particulier au logement —, qui consiste à augmenter l’offre en déréglementant la production. Cela vous dit quelque chose ? C’est la vieille économie néoclassique de l’offre : il suffirait de supprimer les réglementations, les permis et les règles de zonage qui ralentissent la construction de logements.
Ainsi, une proposition bipartisane sur le logement portée par Elizabeth Warren a obtenu le soutien des républicains précisément parce qu’elle reposait sur de tels principes de marché[33]. Elle contient sans doute quelques dispositions positives, mais, comme beaucoup de propositions libérales visant à produire du logement « abordable », elle s’appuie sur l’idée néoclassique selon laquelle il suffirait de construire davantage de logements — c’est-à-dire d’accroître l’offre sur le marché — pour faire baisser les prix.
Tant que les 10 % les plus riches dominent le marché et que l’ « accessibilité financière » est définie en pourcentage des revenus médians, les promoteurs construiront pour cette clientèle aisée. Une production accrue, guidée par le marché, ne résoudra pas le problème, même si un petit pourcentage des logements est réservé aux familles à bas revenus.
Ben Rosenfield, militant du logement à New York, et Holden Taylor, militant du mouvement des locataires et chercheur, critiquent un courant pro-construction très influent aux États-Unis, qui affirme que la crise du logement pourrait être résolue en construisant davantage et en supprimant les règles d’urbanisme jugées trop contraignantes.
Ce courant, appelé YIMBY — Yes in my backyard, « oui dans mon jardin » —, se présente comme l’inverse du NIMBY — Not in my backyard, « pas dans mon jardin » —, expression qui désigne l’opposition locale à de nouveaux logements ou équipements. Mais, comme ils le montrent dans le cas de New York, cette logique produit surtout de la gentrification, bien plus que des logements réellement abordables[34].
Cette logique a constitué le principe directeur de maires aussi différents que Bill de Blasio et Eric Adams, et demeure présente dans les propositions de Mamdani. Nulle part le terme « abordable » n’est plus galvaudé que dans le domaine du logement : la plupart des logements nouvellement construits sont en réalité inaccessibles à la majorité des travailleurs et travailleuses. Mais l’idée de supprimer les réglementations séduit les démocrates centristes — c’est-à-dire la plupart d’entre eux — aussi bien que les républicains. Trump lui-même a soutenu le plan de Warren en résumant cette approche par une formule : « build, baby, build », que l’on pourrait traduire par « construisez, construisez encore ». Autrement dit : déréguler pour produire davantage, en espérant que le marché fera baisser les prix.
Une autre étude récente, menée par les chercheurs Maximilian Buchholz, Tom Kemeny, Gregory Randolph et Michael Storper, va au-delà du cas new-yorkais. Elle montre que, dans un contexte d’inégalités de revenus, le simple accroissement de l’offre de logements par la déréglementation ne suffit pas à faire baisser les prix au point de bénéficier aux familles à bas revenus. Résumant leur argument à propos du logement, les signataires de l’étude écrivent que « l’écart entre les prix et des revenus stagnants est le moteur central de la crise de l’accessibilité financière »[35].
Leur étude sur l’impact relatif de la déréglementation et des revenus sur l’offre de logements mesure toutefois les inégalités de manière limitée : elle s’appuie uniquement sur les salaires et traitements des personnes salariées, selon qu’elles disposent ou non d’un diplôme universitaire. Or, comme les auteurs le soulignent eux-mêmes, « les revenus non salariaux pourraient jouer un rôle de plus en plus déterminant dans l’évolution des marchés du logement »[36].
C’est un euphémisme. Les revenus tirés de la richesse constituent un moteur majeur de l’inaccessibilité financière pour la majorité, parce qu’ils alimentent la demande de logements de luxe coûteux, au détriment de la construction de logements à bas coût. La déréglementation ne fait qu’encourager ce phénomène.
Il est difficile d’imaginer rendre « abordables » pour la majorité les grands postes du coût de la vie — logement, santé, éducation, garde d’enfants — sans les soustraire au marché, c’est-à-dire sans en faire des services publics accessibles à la majorité.
Il est encore plus difficile d’imaginer la grande majorité des responsables et élu·es du Parti démocrate se battre pour cela, ou pour quoi que ce soit qui ressemble au Revenue Act de 1935, cette réforme fiscale du New Deal surnommée la « Wealth Tax » — « impôt sur la richesse » — ou « Soak the Rich tax » — « impôt pour faire payer les riches » —, qui avait fortement augmenté l’imposition des plus hauts revenus, jusqu’à 75 % pour les revenus supérieurs à un million de dollars par an, afin de financer les services publics[37].
Autrement dit, il est difficile d’imaginer le Parti démocrate se battre pour quoi que ce soit qui puisse produire une différence substantielle. Comme je l’ai écrit ailleurs récemment, la structure, le fonctionnement et l’économie politique de ce parti rendent une telle perspective extrêmement irréaliste[38]. Le réformisme marginal demeure, au mieux, l’horizon des démocrates. L’espoir d’un changement significatif — ou même de la plupart des propositions plus modérées énumérées par Meyerson — repose entièrement sur une transformation des rapports de force organisés entre les classes, sur les fronts économique comme politique.
Cette tendance aux réformes limitées a été renforcée par la multiplication d’organisations militantes professionnalisées, dépendantes de grands donateurs. Fonctionnant de manière très verticale, souvent sans véritable base militante, elles se concurrencent pour obtenir des financements et accéder aux responsables politiques. Certaines sont les vestiges de mouvements sociaux, mais elles n’ont plus de base de masse et sont dépourvues de fonctionnement démocratique.
Cette approche a manifestement échoué, même à ralentir la croissance des inégalités, quel que soit l’occupant de la Maison-Blanche ou des gouvernorats. De fait, comme le montrent les chiffres de répartition des revenus évoqués plus haut, cette croissance s’est accélérée durant les années Biden et, bien sûr, sous Trump.
Que les militant·es et les organisations de la gauche socialiste soutiennent ou non certaines de ces réformes modérées, nous avons besoin d’une orientation commune, capable de distinguer les politiques socialistes des politiques libérales — et même de la plupart des politiques progressistes. Cela reste vrai même lorsque nous travaillons avec des forces libérales et progressistes sur certains sujets, comme c’est souvent nécessaire. Cette orientation doit dépasser la seule question du « pouvoir d’achat » pour s’attaquer directement à la crise de la reproduction sociale de la classe travailleuse.
Elle doit inclure les revendications immédiates mises en avant par Mamdani — gratuité de la garde d’enfants, contrôle des loyers, gratuité des transports locaux —, mais aussi aller plus loin, avec des revendications plus radicales et transformatrices : un système public d’assurance santé universelle, comme le revendique Medicare for All aux États-Unis ; de vastes programmes de logements publics à loyers modérés, aux niveaux local et national ; la gratuité de l’enseignement supérieur ; des emplois publics durables pour celles et ceux qui ne trouvent pas d’emploi dans le secteur privé ; un salaire minimum permettant réellement de vivre ; un Green New Deal bien plus ambitieux ; et une fiscalité réellement redistributive sur les hauts revenus et les grandes fortunes.
Ces revendications sont évidemment loin de constituer le socialisme, mais elles pointent vers des solutions collectives. Sans organisations de masse, ancrées à la base et composées de membres actifs, les revendications ne sont toutefois que de la propagande.
Nous assistons aujourd’hui à une remontée de l’activité des mouvements de gauche et progressistes dans la lutte contre Trump, avec No Kings Day, May Day Strong et les mobilisations contre l’ICE, mais aussi avec une croissance significative de l’activité syndicale, des organisations de locataires et des collectifs internes aux syndicats qui cherchent à les démocratiser et à les rendre plus combatifs. Mais le danger existe que — comme lors des poussées de mobilisation de courte durée autour d’Occupy Wall Street, de Black Lives Matter et de la résistance au premier mandat de Trump — une grande partie de cette activité s’épuise faute d’organisations solides, ancrées à la base, pour ne laisser derrière elle qu’une nouvelle traînée d’organisations militantes professionnalisées et non démocratiques, ainsi qu’une poignée d’« élu·es » socialistes nageant à contre-courant dans le Parti démocrate.
La croissance rapide récente de DSA constitue elle aussi un signe positif, mais cette progression ne dépasse que légèrement les près de 30 000 membres que l’organisation avait perdus entre 2021 et 2024. L’absence de perspective commune, le tapis roulant de l’activité électorale au sein du Parti démocrate, la faiblesse de la direction, le grand nombre de membres inscrits mais peu actifs, les divisions autour de la priorité à accorder aux peuples opprimés, ainsi que d’éventuels revers sur le terrain électoral, pourraient de nouveau entraîner un reflux.
C’est pourquoi l’ensemble de la gauche doit placer au centre une orientation claire : construire une organisation démocratique de la classe travailleuse, ancrée à la base, et la lier à des programmes radicaux capables de répondre à la crise de la reproduction sociale. Des milliers de militant·es agissent déjà à différents niveaux, notamment dans le mouvement syndical, et beaucoup le font au sein de DSA. L’enjeu est désormais de transformer cette activité dispersée en un mouvement de masse capable d’imposer un véritable changement.
*
Article publié initialement dans Spectre, revue marxiste étatsunienne consacrée aux débats de la gauche radicale.
Traduit de l’anglais pour Contretemps par Christian Dubucq.
Appendice
Inflation accumulée et salaire horaire des travailleurs de production et non-cadres
| Année | Inflation annuelle moyenne — CPI-W | Évolution du salaire horaire moyen des travailleurs de production et non-cadres | Perte / gain |
| 2022 | 8,5 % | 4,9 % | -3,6 |
| 2023 | 3,8 % | 4,0 % | +0,2 |
| 2024 | 2,9 % | 3,5 % | +0,6 |
| 2025 | 2,5 % | 3,3 % | +0,8 |
Perte = -3,6
Gain = +1,6
Perte / gain net = -2,0
Source : Bureau of Labor Statistics — salaire horaire moyen des travailleurs de production et non-cadres du secteur privé ; indice des prix à la consommation pour les salariés urbains — CPI-W. Données consultées le 24 février 2026.
Notes
[1] Gregory Korte et Mark Niquette, “How Affordability Became the Year’s Defining Political Issue,” Bloomberg, 8 novembre 2025, https://www.bloomberg.com/news/articles/2025/11/08/why-affordability-was-a-top-voter-concern-in-the-2025-elections.
[2] Nitsuh Abebe, “People Can’t Stop Saying ‘Affordability.’ But It Wasn’t Always Popular,” New York Times, 18 décembre 2025, https://www.nytimes.com/2025/12/18/magazine/affordability-economy.html.
[3] Ruth Igielnik Lever et Camille Baker, “Voters See a Middle-Class Lifestyle as Drifting Out of Reach, Polls Find,” New York Times, 26 janvier 2026, https://www.nytimes.com/2026/01/26/us/poltics/affordability-poll.html, souligné par l’auteur.
[4] Lever et Baker, “Voters See a Middle-Class Lifestyle as Drifting Out of Reach.”
[5] Karl Marx, Le Capital. Livre I, trad. Jean-Pierre Lefebvre, Paris, PUF, coll. « Quadrige ». La référence de page donnée par l’auteur renvoie à l’édition anglaise : Capital, p. 275.
[6] Marx, Le Capital. Livre I. La référence de page donnée par l’auteur renvoie à l’édition anglaise : Capital, p. 274.
[7] Beverley Best, The Automatic Fetish: The Law of Value in Marx’s Capital, Londres, Verso, 2024, p. 112-113.
[8] Voir l’appendice.
[9] Richard de Vries, “The Biggest Mistake Unions Are Making in 2025,” Labor Notes, 6 octobre 2025, https://www.labornotes.org/2025/10/biggest-bargaining-mistake-unions-are-making-2025.
[10] Michael Roberts, “US Economy: Beneath the Bombast,” Michael Roberts Blog, 25 janvier 2026, https://thenextrecession.wordpress.com/2026/01/25/us-economy-beneath-the-bombast.
[11] “Wage Growth Tracker (12-month overall unweighted, December 2025),” Federal Reserve Bank of Atlanta, mis à jour le 18 janvier 2026, https://www.atlantafed.org/research-and-data/data/wage-growth-tracker#panel=3.
[12] Robert Combs, “Analysis: Union Workers’ Pay Raises Take a Downward Turn,” Bloomberg Law, 11 décembre 2025, https://news.bloomberglaw.com/bloomberg-law-analysis/analysis-union-workers-pay-raises-take-a-downward-turn.
[13] Asmaa Elkeurti et Claire Cain Miller, “Why Does Child Care Seem Less Affordable Than Ever?” New York Times, 5 mars 2026, https://www.nytimes.com/2026/03/05/upshot/child-care-expensive-prices.html.
[14] Aimee Picchi et Mary Cunningham, “America’s Deepening Affordability Crisis Summed up in 5 Charts,” CBS, 19 novembre 2025, https://www.cbsnews.com/news/affordabilty-2025-inflation-food-prices-housing-child-care-health-costs.
[15] “Cost of Living in the United States – Updated Prices and Insights,” CityCost, consulté le 24 mars 2026, https://citycost.org/united-states.
[16] Picchi et Cunningham, “America’s Deepening Affordability Crisis.”
[17] Reed Abelson, “A Third of Americans Have Cut Spending or Borrowed Money for Health Care,” New York Times, 12 mars 2026, https://www.nytimes.com/2026/03/12/health/health-costs-cutting-back.html.
[18] “Household Debt and Credit Report (Q4 2025),” Federal Reserve Bank of New York, https://www.newyorkfed.org/microeconomics/hhdc.html.
[19] Federal Reserve Bank of St. Louis, “Household Debt Service Payments as a Percent of Disposable Personal Income,” FRED, 13 janvier 2026, mis à jour le 20 mars 2026, https://fred.stlouisfed.org/series/TDSP.
[20] “Labor Force Statistics from the Current Population Survey,” U.S. Bureau of Labor Statistics, 3 avril 2026, https://www.bls.gov/web/empsit/cpsee_e06.htm.
[21] Harold Meyerson, “A New Low for American Workers,” American Prospect, 19 janvier 2026, https://prospect.org/2026/01/19/american-workers-labor-bureau-labor-statistics-gdp-redistribution-wealth. La part du travail inclut l’ensemble des salariés, y compris les cadres, superviseurs et administrateurs ; la part revenant réellement aux travailleurs et travailleuses de la classe travailleuse est donc inférieure.
[22] Abha Bhattarai, “The ‘One-Legged Stools’ Holding Up the Economy,” Washington Post, 27 janvier 2026, https://www.washingtonpost.com/business/2026/01/27/consumer-spending-us-economy.
[23] “Distribution of Household Wealth in the U.S. since 1989,” Board of Governors of the Federal Reserve Bank, 16 janvier 2026, mis à jour le 26 mars 2026, https://www.federalreserve.gov/releases/z1/dataviz/dfa/distribute/chart.
[24] Federal Reserve Bank of St. Louis, “Share of Corporate Equities and Mutual Fund Shares Held by the Top 1% (99th to 100th Wealth Percentiles),” FRED, 16 janvier 2026, https://fred.stlouisfed.org/series/WFRBST01134 ; Federal Reserve Bank of St. Louis, “Share of Corporate Equities and Mutual Fund Shares Held by the 90th to 99th Wealth Percentiles,” FRED, 16 janvier 2026, https://fred.stlouisfed.org/series/WFRBSN09149 ; Federal Reserve Bank of St. Louis, “Share of Corporate Equities and Mutual Fund Shares Held by the Bottom 50% (1st to 50th Wealth Percentiles),” FRED, 16 janvier 2026, https://fred.stlouisfed.org/series/WFRBSB50203
[25] Federal Reserve Bank of St. Louis, “Nonfinancial Corporate Business: Profits After Tax (without IVA and CCAdj) (NFCPATAX),” FRED, 22 janvier 2026, https://fred.stlouisfed.org/series/NFCPATAX ; Federal Reserve Bank of St. Louis, “Nonfinancial Corporate Business; Net Dividends Paid, Transactions (BOGZ1FA106121075Q),” FRED, 9 janvier 2026, https://fred.stlouisfed.org/series/BOGZ1FA106121075Q.
[26] “Table 2.1. Personal Income and Its Disposition,” Bureau of Economic Analysis, consulté le 24 mars 2026, https://apps.bea.gov/iTable/?reqid=19&step=2&isuri=1&categories=survey.
[27] “Tobin’s Q (I: TQ), 1.980 for Q4 2025,” YCharts, consulté le 24 mars 2026, https://ycharts.com/indicators/tobins_q.
[28] Michael Roberts, “From the Magnificent Seven to the Desperate Hundred,” Michael Roberts Blog, 7 avril 2024, https://thenextrecession.wordpress.com/2024/04/07/from-the-magnificent-seven-to-the-desperate-hundred ; Ascension Mejorado et Manuel Roman, Declining Profitability and the Evolution of the US Economy: A Classical Perspective, Londres, Routledge, 2024, p. 14, https://doi.org/10.4324/9781003413806.
[29] Harold Meyerson, “Democrats Get Serious About Taxing the Rich,” American Prospect, 12 mars 2026, https://americanprospect.bluelena.io/index.php?action=social&chash=aa36c88c27650af3b9868b723ae15dfc.4034&s=07add4d7886899c3f404c7a36e0f17cd.
[30] Jeff Sommer, “It’s Good to Be a Billionaire, Even at Tax Time,” New York Times, 15 mars 2026, https://www.nytimes.com/2026/03/15/business/billionaire-income-tax-loopholes.html.
[31] Voir Anwar Shaikh, Capitalism: Competition, Conflict, Crises, New York, Oxford University Press, 2016, p. 259-325.
[32] Adam Aton, “Data Center Tax Breaks Split Virginia Democrats,” Politico, 13 mars 2026, https://www.politico.com/newsletters/power-switch/2026/03/13/data-center-tax-breaks-split-virginia-democrats-00828380.
[33] Robert Kuttner, “Elizabeth Warren’s Amazingly Progressive Housing Bill,” American Prospect, 13 mars 2026, https://prospect.org/2026/03/13/elizabeth-warrens-amazingly-progressive-housing-bill.
[34] Ben Rosenfield et Holden Taylor, “Municipal Socialism’s ‘YIMBY’ Problem: The Housing Crisis and Zohran—Which Way Forward,” Spectre, 10 février 2026, https://doi.org/10.63478/SHTMZMYB.
[35] Maximilian Buchholz et al., “Inequality, Not Regulation, Drives America’s Housing Affordability Crisis,” prépublication, 16 janvier 2026, p. 2, https://doi.org/10.31235/osf.io/95trz_v1.
[36] Buchholz et al., “Inequality, Not Regulation,” p. 27.
[37] Steven A. Bank, “Taxing Bigness,” Tax Law Review: New York, vol. 66, no 4, 2013, p. 379-418, disponible en ligne : www.law.nyu.edu/sites/default/files/ECM_PRO_073856.pdf.
[38] Kim Moody, “Democrats: The Rise and Fall of the Conglomerate Party of the Center,” New Politics, vol. 20, no 4, hiver 2026, https://newpol.org/issue_post/democrats.
