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Journée d’étude « Déprovincialiser l’histoire, réorienter la philosophie »
18 novembre 2016

Journée d’étude « Déprovincialiser l’histoire, réorienter la philosophie »


par

Journée d’étude organisée par Paul Guillibert et Matthieu Renault.

Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Bâtiment W – Salle de séminaire 2.

Comment venir ? en voiture, par le train ou le RER.
Plan du campus de l’Université Paris Ouest (site de Nanterre)

 

Contacts :

Paul Guillibert (paulguillibert@gmail.com), Matthieu Renault (matthieu.renault@gmail.com)

 

Programme

Accueil : 10h

Session 1 – 10h30-12h30 : Le peuple absent : histoire sociale, histoires subalternes
Orazio Irrera (Université Paris 8) –  Écrire l’histoire des « peuples sans histoire ». Archives coloniales et violence épistémique
Sarah Fila-Bakabadio (Université de Cergy-Pontoise) – Africa on my mind. Histoire sociale de l’afrocentrisme aux Etats-Unis

Session 2 – 14h-16h – Circulation et colonisation : la philosophie à l’épreuve des paradigmes historiques
Yves Cohen (EHESS) Considérations quasiment philosophiques d’un historien sur la portée possible de l’histoire des circulations (20e siècle)
Thaïs Gendry (EHESS) : Le procès et l’ordre, réflexion sur la colonisation française en Afrique de l’Ouest

Session 3 – 16h30-18h30 – De l’à-présent à l’imaginaire : réflexions autour la temporalité de l’histoire
Kristin Ross (New York University) – Le Vécu et le conçu. Autour de L’Imaginaire de la Commune
Michael Löwy (CNRS, CEIFR) – Walter Benjamin dans une perspective latino-américaine

 

Argumentaire

Depuis plusieurs décennies, la notion même de philosophie de l’histoire a donné lieu à des critiques radicales élaborées tant dans les centres du système-monde que dans le Sud global. Définies comme « détachements théoriques d’idéologies pratiques […] dont la fonction essentielle consiste à reproduire les rapports de production des sociétés de classe » (Althusser, Éléments d’auto-critique) ou comme vecteurs d’une idéologie historiciste et eurocentrique gommant les différences historiques entre l’Occident et le reste du monde (Chakrabarty, Provincialiser l’Europe), les philosophies de l’histoire semblent avoir perdu toute légitimité.

La formulation d’une histoire globale rompant avec l’universalisme (abstrait) de l’ « histoire du monde » (world history, Weltgeschichte), le déploiement d’une critique postcoloniale insistant sur l’irréductible hétérogénéité des histoires et contestant le « grand récit européen de la modernité », ou encore l’élaboration d’une histoire environnementale dépassant le « grand partage » de l’histoire humaine et de l’histoire naturelle, sont autant d’exemples récents qui prolongent le geste de déconstruction des philosophies de l’histoire et de l’unité du temps historique. Soucieuses de penser des temporalités fragmentées échappant au temps homogène et vide des chronologies ordinaires, ces « nouvelles » historiographies ont conduit à l’élaboration de pratiques inédites de l’histoire dont l’épistémologie reste encore à faire. C’est à cette tâche qu’entend contribuer en premier lieu ce séminaire.

Mais il s’agira également d’aller plus loin en formulant l’hypothèse que, loin de signer l’inéluctable fin des philosophies de l’histoire, ces historiographies sont en mesure de participer à leur refonte dans une perspective non-téléologique et non-eurocentrique. Elles ne le pourront néanmoins qu’à condition d’entrer en dialogue, et peut-être en conflit, avec des courants critiques qui, avant elles, se sont attachés à formuler des théories hétérodoxes de l’histoire, au premier rang desquels la tradition de pensée non-historiciste du temps historique forgée au sein du « marxisme critique » (Walter Benjamin, Ernst Bloch, Theodor Adorno, etc.) et l’historiographie anti-impérialiste et anti-raciste qui s’est efforcée non seulement de (ré)écrire l’histoire occultée des marges coloniales-raciales mais aussi de repenser l’histoire du monde depuis ces mêmes marges (W.E.B. Du Bois, C.L.R. James, Eric Williams, etc.). Ce qui est en jeu dans ce dialogue, c’est en définitive la possibilité d’une philosophie de l’histoire qui soit, enfin, à la mesure du monde.

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18 novembre 2016

Journée d’étude « Déprovincialiser l’histoire, réorienter la philosophie »

Journée d’étude organisée par Paul Guillibert et Matthieu Renault. Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Bâtiment W – Salle de séminaire 2. Comment venir ? en voiture, par le train ou le RER. Plan du campus de l’Université Paris Ouest (site de Nanterre)
 

Contacts :

Paul Guillibert (paulguillibert@gmail.com), Matthieu Renault (matthieu.renault@gmail.com)
 

Programme

Accueil : 10h Session 1 – 10h30-12h30 : Le peuple absent : histoire sociale, histoires subalternes Orazio Irrera (Université Paris 8) –  Écrire l’histoire des « peuples sans histoire ». Archives coloniales et violence épistémique Sarah Fila-Bakabadio (Université de Cergy-Pontoise) – Africa on my mind. Histoire sociale de l’afrocentrisme aux Etats-Unis Session 2 – 14h-16h – Circulation et colonisation : la philosophie à l’épreuve des paradigmes historiques Yves Cohen (EHESS) Considérations quasiment philosophiques d’un historien sur la portée possible de l’histoire des circulations (20e siècle) Thaïs Gendry (EHESS) : Le procès et l’ordre, réflexion sur la colonisation française en Afrique de l’Ouest Session 3 – 16h30-18h30 – De l’à-présent à l’imaginaire : réflexions autour la temporalité de l’histoire Kristin Ross (New York University) – Le Vécu et le conçu. Autour de L’Imaginaire de la Commune Michael Löwy (CNRS, CEIFR) – Walter Benjamin dans une perspective latino-américaine

 

Argumentaire

Depuis plusieurs décennies, la notion même de philosophie de l’histoire a donné lieu à des critiques radicales élaborées tant dans les centres du système-monde que dans le Sud global. Définies comme « détachements théoriques d’idéologies pratiques […] dont la fonction essentielle consiste à reproduire les rapports de production des sociétés de classe » (Althusser, Éléments d’auto-critique) ou comme vecteurs d’une idéologie historiciste et eurocentrique gommant les différences historiques entre l’Occident et le reste du monde (Chakrabarty, Provincialiser l’Europe), les philosophies de l’histoire semblent avoir perdu toute légitimité.

La formulation d’une histoire globale rompant avec l’universalisme (abstrait) de l’ « histoire du monde » (world history, Weltgeschichte), le déploiement d’une critique postcoloniale insistant sur l’irréductible hétérogénéité des histoires et contestant le « grand récit européen de la modernité », ou encore l’élaboration d’une histoire environnementale dépassant le « grand partage » de l’histoire humaine et de l’histoire naturelle, sont autant d’exemples récents qui prolongent le geste de déconstruction des philosophies de l’histoire et de l’unité du temps historique. Soucieuses de penser des temporalités fragmentées échappant au temps homogène et vide des chronologies ordinaires, ces « nouvelles » historiographies ont conduit à l’élaboration de pratiques inédites de l’histoire dont l’épistémologie reste encore à faire. C’est à cette tâche qu’entend contribuer en premier lieu ce séminaire.

Mais il s’agira également d’aller plus loin en formulant l’hypothèse que, loin de signer l’inéluctable fin des philosophies de l’histoire, ces historiographies sont en mesure de participer à leur refonte dans une perspective non-téléologique et non-eurocentrique. Elles ne le pourront néanmoins qu’à condition d’entrer en dialogue, et peut-être en conflit, avec des courants critiques qui, avant elles, se sont attachés à formuler des théories hétérodoxes de l’histoire, au premier rang desquels la tradition de pensée non-historiciste du temps historique forgée au sein du « marxisme critique » (Walter Benjamin, Ernst Bloch, Theodor Adorno, etc.) et l’historiographie anti-impérialiste et anti-raciste qui s’est efforcée non seulement de (ré)écrire l’histoire occultée des marges coloniales-raciales mais aussi de repenser l’histoire du monde depuis ces mêmes marges (W.E.B. Du Bois, C.L.R. James, Eric Williams, etc.). Ce qui est en jeu dans ce dialogue, c’est en définitive la possibilité d’une philosophie de l’histoire qui soit, enfin, à la mesure du monde.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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