©ClaireJacquin
Depuis l’apparition de La France insoumise et d’En Marche! en 2016, l’échiquier politique français connaît une transformation qui est rarement analysée par la presse généraliste : l’apparition de formations politiques qui se présentent aux élections mais refusent le nom de parti, dont le mode d’organisation diffère largement des partis existants, construits autour d’un site internet sans les habituels échelons de structures élues ni frontière juridique entre adhérents et non-adhérents.
Ces organisations qui se qualifient souvent de « mouvements » ou de « mouvements transpartisans » sont apparues à la suite d’un long déclin du nombre d’adhérents des partis politiques traditionnels, phénomène analysé en science politique par le travail des chercheurs américains Richard S. Katz et Peter Mair, aboutissant selon eux à un nouveau type de partis politiques qui prend le pas sur les partis de masse, les « partis-cartels ».
C’est en réaction à cette évolution des partis traditionnels qu’apparaissent les formes d’organisation politique que leurs fondateurs appellent des « mouvements » : ils les présentent comme un moyen de mobiliser à nouveau un soutien populaire contre des partis politiques traditionnels décrits comme dépassés. À ce titre, les transformations de la forme d’organisation que sont les partis politiques constituent un problème incontournable, pour nous, à gauche, car elles posent la question de savoir si nous avons encore des structures viables pour nous organiser en vue de prendre le pouvoir dans un but de transformation sociale.
Notre point de vue, en effet, est que nous avons besoin d’organisations qui rassemblent les catégories sociales exploitées pour arracher le pouvoir aux classes dominantes afin de changer la société en profondeur, dans un mouvement d’émancipation que nous pouvons appeler écosocialisme ou communisme. Nous prenons ici le parti de considérer que ces « mouvements » sont bien une sorte de parti politique, d’une espèce nouvelle que nous pouvons appeler des partis-plateformes. Dans quelle mesure cette nouvelle forme de parti émergente peut-elle être un remède au phénomène que l’on a décrit comme la cartellisation des partis politiques ?
Dans ce qui suit, nous allons d’abord voir pourquoi l’analyse de Katz et Mair sur la cartellisation des partis politiques est toujours valable aujourd’hui pour l’essentiel et même plus qu’elle ne l’était quand les deux chercheurs l’ont formulée en 1995 ; nous verrons ensuite quelles sont les caractéristiques des partis-plateformes qui font d’eux une alternative aux partis-cartels ; enfin, nous étudierons ce qui peut faire obstacle à leur capacité à transformer la société dans une direction écosocialiste dans leur fonctionnement.
La cartellisation des partis politiques, jusqu’au tombeau de la démocratie
Ce qu’expliquait l’analyse de Katz et Mair¹, c’est qu’en dépit de l’effondrement de leurs effectifs militants, les partis politiques dans les démocraties occidentales n’étaient pas en train de disparaître. Au contraire, ils conservaient leur place dans la sélection des dirigeants politiques. Ce qui se produisait réellement était qu’ils étaient en train de perdre leur ancrage dans la société civile pour devenir des extensions de l’État lui servant de courtiers vers la société civile.
Du parti de masse au parti-cartel
La raison pour laquelle la réduction du nombre d’adhérents des partis politiques peut donner l’impression que la forme parti elle-même est en déclin, c’est qu’on se réfère toujours au modèle que le politiste français Maurice Duverger a baptisé dans les années 1950 le parti de masse². Contrairement au parti de cadres, développé à l’époque du suffrage censitaire autour d’un réseau de notables ayant chacun leur clientèle et leurs ressources, le parti de masse s’est développé autour d’organisations de la société civile (syndicats, groupes religieux, associations d’anciens combattants, etc.) pour défendre ce qu’elles estimaient être leurs intérêts dans la sphère politique ; ses adhérents ayant peu de pouvoir pris individuellement, c’est leur quantité qui fait la force du parti de masse par les cotisations qu’ils versent pour financer le parti et leur travail de propagande. En conséquence, ses dirigeants doivent montrer une fidélité aux idées qui les ont réunis (le socialisme, la doctrine sociale de l’Église catholique, le nationalisme pour ne citer que cela). Enfin, l’organisation est centralisée puisque les dirigeants n’ont pas la même indépendance vis-à-vis du parti que des notables, elle se fait avec des structures intermédiaires locales ou professionnelles et une direction au-dessus d’elles.
L’analyse de Maurice Duverger différenciant partis de cadres et partis de masse a fait l’objet de plusieurs nuances et actualisations depuis³, en particulier celle d’Otto Kirchheimer décrivant leur stratégie comme devenant davantage « attrape-tout » que liée à un secteur précis de la société, toutefois elle est restée d’une efficacité redoutable pour comprendre les partis politiques tels qu’ils ont longtemps fonctionné, en particulier ceux issus du mouvement ouvrier.
Or la plupart des principaux partis politiques dans les pays occidentaux ne fonctionnent plus ainsi : leur nombre d’adhérents s’est considérablement réduit depuis les années 1980 au fil de transformations sociologiques que nous ne détaillerons pas ici. Dans le même temps, selon l’analyse de Katz et Mair, les partis dominants voient s’offrir à eux de nouvelles ressources avec un financement public abondant, de sorte qu’ils peuvent se passer de l’argent apporté par une grande masse d’adhérents tout en continuant à fonctionner. Les partis ne sont donc plus dépendants d’un réseau de notables dominant à la fois la société civile et l’État, comme les partis de cadres, ni d’une masse de gens organisés dans la société civile pour défendre une vision politique, mais de l’État lui-même, dont ils deviennent des extensions servant de courtiers vers la société civile.
Cela transforme le fonctionnement interne de ces partis et la façon dont ils interagissent les uns avec les autres car ils ont dorénavant un intérêt commun à se partager la manne du financement public : ils cherchent moins à se démarquer par des programmes et des doctrines différentes, font plus facilement alliance les uns avec les autres pour obtenir ensemble des positions d’élus, s’entendent entre partis suffisamment représentés au parlement pour fixer les seuils d’accès aux subventions d’une manière qui exclut les partis plus petits qu’eux ; ils forment ainsi ensemble des cartels. Dans cette situation, ils n’ont plus besoin de rester connectés aux masses populaires et leur sociographie évolue pour devenir dominée par les élites administratives. Selon Katz et Mair, cette situation a favorisé la montée de partis d’extrême droite, perçus comme extérieurs à des cartels de partis coupés du peuple.
Différentes critiques et nuances ont été apportées par la recherche en science politique au modèle du parti-cartel⁴ : des chercheurs ont notamment critiqué sa coupure nette entre État et société civile, alors que les deux s’interpénètrent dans de mêmes réseaux, et relevé que le financement public des partis a parfois eu au contraire l’effet d’une fragmentation de l’échiquier politique lorsque plus de partis pouvaient se créer en y ayant accès. On peut aussi se demander si c’est l’effondrement militant qui a conduit les partis à adopter des politiques de plus en plus proches ou le contraire, le rapprochement de leurs politiques faisant suite à un changement du rapport de forces entre classes, même si les deux phénomènes se nourrissent réciproquement.
Cartellisation des partis politiques et démocratie en 2026
En dépit de toutes ces réserves, lorsqu’on relit l’analyse de Katz et Mair dans la France de 2026, le cœur de leur analyse paraît plus justifié que jamais : le nombre d’adhérents revendiqués par les principaux partis (en tout cas d’adhérents cotisants) s’est rabougri encore bien davantage, la majeure partie de leur financement vient des subventions publiques⁵ ; les politiques publiques menées par les différents partis au pouvoir ont convergé dans une volonté de réduire les dépenses de l’État dans les services publics et la protection sociale tout en diminuant l’imposition des plus riches, de renforcer les fonctions de répression de l’État et d’aligner davantage la politique étrangère sur celle des États-Unis.
Le rapprochement est devenu flagrant lorsque le Parti Socialiste est revenu au pouvoir sous le quinquennat de François Hollande ; plus que tout, on voit se former, depuis la dissolution ratée de l’Assemblée nationale en 2024 par Emmanuel Macron, une alliance de partis politiques qui s’étend de manière intermittente jusqu’au Rassemblement National sur sa droite (dont la part de subventions publiques dans le financement montre qu’il est pleinement cartellisé lui aussi contrairement à l’analyse que faisaient Katz et Mair en 1995, il en dépend même à tel point qu’il a détourné massivement des fonds publics de manière illégale) et jusqu’au PS sur sa gauche pour maintenir au pouvoir les différents premiers ministres nommés par Emmanuel Macron, et faire passer leurs budgets austéritaires.
Cette tendance est également à l’œuvre dans d’autres pays européens comme le montrent les « grandes coalitions » allemandes de la CDU-CSU jusqu’au SPD, les politiques menées par le Labour au pouvoir au Royaume-Uni depuis Tony Blair (bien que le tripartisme britannique limite la possibilité de former un cartel) et, surtout, la coalition géante de tous les principaux partis politiques dans le gouvernement Draghi en Italie en 2021-2022, ne laissant de côté que des formations marginales sur sa gauche et sur sa droite (dont Fratelli di Italia qui est arrivé au pouvoir ensuite).
Contrairement aux conclusions prudentes de Katz et Mair en 1995, lorsque la cartellisation atteint ce stade, on n’est plus en présence d’un simple « menu fixe de partis politiques » comme ils l’ont écrit ou d’un « service public de démocratie »⁶ : lorsque peu importe ce que votent les électeurs parmi les partis politiques déjà influents, ce sont les mêmes politiques qui se poursuivent globalement, le choix du peuple n’a presque plus aucune incidence. Cela signifie aussi que contrairement à ce qui se passait avec les partis de masse, les partis politiques ne peuvent pratiquement plus produire de dirigeants politiques issus des classes populaires puisqu’ils sont coupés d’elles, encore moins pour défendre leurs intérêts.
On cite souvent les catégories de partis de masse et de partis de cadres de Maurice Duverger dans Les partis politiques mais on oublie ses conclusions sur la démocratie dans le même ouvrage : il considérait que le parti de masse était l’instrument qui donnait vie à la démocratie en permettant un contact réel entre dirigeants et dirigés sur l’élaboration des programmes et la sélection du personnel politique ; que sans lui, le suffrage universel ne permettait qu’une démocratie purement formelle, comme c’était le cas en France à la fin du XIXᵉ siècle. Vu sous cet angle, la cartellisation est le tombeau de la démocratie.
L’émergence du parti-plateforme : comment le modèle de la France Insoumise répond à la cartellisation des partis politiques
Apparus en réaction au déclin des partis de masse, les partis-cartels sont eux-mêmes susceptibles de susciter de nouvelles formes partisanes en réaction à leurs limites, comme Katz et Mair l’ont souligné eux-mêmes. C’est ainsi qu’en France, le paysage électoral a été bouleversé par le succès de deux nouvelles formations politiques d’un type inédit à l’élection présidentielle de 2017 : La France insoumise et En Marche!. Ces deux organisations ont elles aussi été étudiées par la recherche ces dernières années, en particulier par le travail de Manuel Cervera-Marzal pour LFI⁷, qui analyse les nouveautés de son positionnement politique, de son fonctionnement et de sa communication, et par celui de Rémi Lefebvre, qui compare le fonctionnement des deux organisations⁸.
Un fonctionnement novateur
Ce que ces deux nouvelles formations politiques avaient de totalement nouveau à leur création en 2016, c’était de ne pas avoir d’adhérents juridiquement parlant. C’est la FI qui s’est créée la première, en s’inspirant de la plateforme créée par le sénateur socialiste américain Bernie Sanders pour organiser ses soutiens à la primaire du Parti Démocrate en 2015. LFI a été fondée par une personnalité déjà ancrée dans le paysage politique français, Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle 2012, en invitant ses soutiens pour l’élection présidentielle 2017 à s’inscrire gratuitement sur un site internet qui s’appelait alors jlm2017.fr (« La France Insoumise » était d’abord le slogan apparaissant en tête du site), le site leur permettant ensuite de s’organiser en « groupes d’appui » à l’échelle locale (rebaptisés par la suite « groupes d’action ») sur des frontières qu’ils pouvaient choisir mais en les incitant à rester de taille modeste ; aucune structure intermédiaire n’existait entre ces groupes d’appui et l’équipe nationale de Jean-Luc Mélenchon gérant le site, le programme puis les candidatures aux élections législatives. L’inscription ne nécessitant qu’une adresse mail, il n’y avait pas de véritable frontière entre membres et non-membres de l’organisation.
En Marche! s’est ensuite créé sur le même modèle lorsque Emmanuel Macron, ancien ministre de l’économie de François Hollande, a lui aussi créé un site internet pour permettre à ses soutiens de participer à sa campagne gratuitement en se contentant d’une inscription en ligne.
Cette nouvelle forme d’organisation politique repose donc sur la rencontre entre une unique personnalité politique déjà connue et une demande sociale à laquelle cette personnalité se propose comme réponse ; le fondateur propose de mettre son ancrage politique et médiatique au service d’aspirations collectives en échange d’un travail de propagande mené par celles et ceux qui souhaitent voir ces aspirations se réaliser. L’organisation dépend alors du charisme de son chef, c’est-à-dire sa capacité à se faire reconnaître des qualités exceptionnelles⁹, et de sa fidélité à la ligne politique qu’il prétend défendre ; en effet, rien n’empêche des forces militantes qui ne versent aucune cotisation de purement et simplement cesser de le soutenir du jour au lendemain.
En ce sens, le parti-plateforme diffère tout à la fois du parti de cadres (puisqu’il se crée autour d’une personnalité unique, pas d’un réseau de personnalités), du parti de masse (puisqu’il n’a pas d’adhérents stables) et du parti-cartel (puisqu’il ne dépend que très peu de positions déjà acquises dans l’État). Il a cependant en commun avec le parti de masse sa nécessité d’une ligne politique précise différant de celles de ses concurrents (sans quoi il perdrait sa masse de soutiens qui ne sont liés par rien d’autre qu’une inscription sur internet) et il a malgré tout en commun avec le parti-cartel d’avoir besoin d’argent public via des subventions et la réversion d’indemnités d’élus puisque faute de cotisations d’adhérents, sa seule autre source de financement consiste en des dons ponctuels¹⁰, il ne dispose donc que de moyens financiers faibles lorsqu’il a peu d’élus.
Ce problème du financement crée une ambiguïté dans le devenir du parti-plateforme puisqu’une fois une quantité suffisante de financement public et d’élus obtenus, le parti-plateforme ne dépend plus que très peu du lien entre un chef et une base militante : il a alors la possibilité d’évoluer pour se rapprocher d’un parti-cartel. Cela présente cependant un risque de sanction électorale à long terme. Le même problème pourrait se poser à un parti de masse obtenant suffisamment de positions dans l’État de nos jours ; le risque d’une « capture » par la logique étatique qui transformerait le fonctionnement d’un parti est omniprésent.
Il est bien sûr difficile de savoir ce que les succès remportés par La France insoumise et En Marche! doivent ou non à leur forme organisationnelle plutôt qu’à d’autres facteurs. L’un et l’autre ont en tout cas pu se prévaloir de plusieurs centaines de milliers de soutiens et de scores importants à l’élection présidentielle, remportée par En Marche!. Ce qui fait la force de cette forme d’organisation, c’est sa combinaison entre une extrême ouverture à la base, qui leur permet d’être facilement rejoints par des gens qui ne souhaiteraient pas s’engager davantage par exemple en étant reconnus comme membres d’un parti et en versant une cotisation, et sa fermeture au sommet puisque les militants n’ont aucun pouvoir décisionnaire reconnu par le droit, n’étant pas adhérents à l’organisation sur le plan juridique, ce qui restreint considérablement les possibilités de division¹¹.
L’interaction entre la base et le sommet se limite alors à des consultations plébiscitaires organisées sur le site internet ainsi qu’à des assemblées représentatives tirées au sort plutôt qu’élues puisqu’il serait dangereux de voter pour des postes de pouvoir sans qu’il n’y ait de barrière séparant l’organisation de l’extérieur. Le reste du temps, chaque échelon est autonome. C’est pour décrire ce contraste que Manuel Cervera-Marzal a forgé la formule paradoxale d’« anarcho-césarisme »¹², dont il détaille les effets, favorisant créativité et rapidité aux deux niveaux puisqu’ils ne s’entravent plus l’un l’autre mais créant une coupure entre la base et le sommet. Cette forme permet enfin d’agréger des soutiens de types hétérogènes autour d’elle, c’est en cela qu’elle est avant tout une plateforme : La France insoumise agrège ainsi à la fois des militantes et militants n’ayant pas d’autre engagement, d’autres partis politiques qui s’investissent dans ses rangs (Parti de Gauche, Parti Ouvrier Indépendant, REV, Gauche Révolutionnaire…) mais aussi des personnalités publiques telles que des artistes, des vidéastes ou encore des chercheurs, qui se voient donner la parole à ses événements publics.
Un nouveau type de parti politique
On peut se demander si les plateformes, que leurs fondateurs appellent « mouvements », correspondent à une nouvelle forme de parti politique ou si elles ne sont plus des partis. La définition qui nous semble la plus pertinente pour saisir le phénomène qu’est le parti politique, parce que large et pointant le type de relation qui est à son principe, est celle de Max Weber :
« On doit entendre par partis des sociations reposant sur un engagement (formellement) libre ayant pour but de procurer à leurs chefs le pouvoir au sein d’un groupement et à leurs militants actifs des chances – idéales ou matérielles – de poursuivre des buts objectifs, d’obtenir des avantages personnels, ou de réaliser les deux ensemble. »¹³
De ce point de vue, La France insoumise est bien un parti. Ce qui peut paraître étrange est le fait qu’elle compte en son sein des organisations qui se donnent le nom de partis politiques. De ce point de vue, elle est donc un parti abritant d’autres partis. Cette situation n’est toutefois pas différente dans la pratique de celle d’un parti qui possède des tendances structurées qui communiquent publiquement en leur propre nom comme c’était le cas du Nouveau Parti Anticapitaliste jusqu’à sa scission en 2023.
Pourquoi parler de parti-plateforme ? Il est vrai que les chercheurs ont jusque-là qualifié différemment ces partis. Manuel Cervera-Marzal parle à propos de LFI de « parti-mouvement », catégorie qu’il reprend à plusieurs travaux anglophones et qui a déjà été utilisée pour décrire le parti de gauche espagnol Podemos¹⁴. L’appellation a le mérite de traduire le fréquent multipositionnement de la base militante insoumise entre LFI et les organisations du mouvement social, sa propension à importer des modes d’action de l’espace des mouvements sociaux ainsi que son partage de références communes avec Podemos. Elle risque toutefois de faire passer à côté du fait que la structure de La France insoumise ne ressemble pas à celle de Podemos et qu’elle présente en revanche des similarités importantes avec des partis qui n’entretiennent pas le même rapport aux mouvements sociaux, en particulier En Marche!.
Rémi Lefebvre rapproche quant à lui aussi bien LFI que EM! de la catégorie de « parti personnel », forgée à l’origine pour décrire le parti de Silvio Berlusconi¹⁵, dédié uniquement à conférer le pouvoir à un chef unique. Si cela décrit bien la centralité absolue du fondateur dans ces deux partis (dont l’absence d’adhésion reconnue juridiquement peut être vue comme un développement) et leurs faibles structures locales, caractériser ainsi La France insoumise et En Marche! risque en revanche d’occulter à quel point une fois ces initiatives lancées par leurs fondateurs, elles ont été saisies et construites par une multitude d’autres acteurs qui ont pu s’agglomérer autour d’elles – partis politiques préexistants, militantes et militants venus du mouvement social, personnalités publiques, soutiens patronaux dans le cas d’EM!…
Outre que dans le cas de la FI, comme le souligne Manuel Cervera-Marzal, on s’étonne de l’importance donnée au programme dans son travail et sa communication¹⁶, Jean-Luc Mélenchon se légitimant même dans ses interventions comme l’homme le plus à même de défendre un programme massivement soutenu. Nous considérons donc que ces partis sont bien une forme nouvelle, que nous appelons partis-plateformes.
Une forme qui réussit à peu d’organisations
Le modèle du parti-plateforme, dont La France insoumise à sa création était le représentant le plus pur, a été repris à plusieurs reprises après l’élection présidentielle 2017 : récemment encore, on a pu voir de nombreuses personnalités politiques dont Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot et Boris Vallaud créer un « mouvement transpartisan » nommé Construire 2027 en vue de la prochaine élection présidentielle, le même Yannick Jadot en créer un à lui seul quelques mois plus tard sous le nom « Rassembler la Social-Écologie ». Le leader néofasciste Vincent Vauclin s’y est essayé lui aussi en transformant son ancien groupuscule Dissidence Française en un « Mouvement National-Démocrate » ne nécessitant là encore qu’une inscription sur un site internet en vue de se présenter à l’élection présidentielle 2022…
Toutes ces tentatives ont cependant été frappées d’une totale marginalité. Le fait qu’elles se soient pour la plupart inscrites en périphérie des partis politiques où leurs créateurs font principalement carrière peut les faire confondre avec le phénomène des micro-partis, toutefois l’objectif de ceux-ci est différent : ils visent uniquement à capter des financements, notamment en contournant les plafonds pour des dons défiscalisés.
En Marche! lui-même a cessé d’être un parti-plateforme. Après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, il a d’abord changé de nom pour devenir La République En Marche et s’est structuré avec un délégué général, un conseil national et des référents départementaux désignés par la direction nationale, tout en n’ayant toujours pas d’adhérents cotisants et donc pas d’élections. En 2022, en revanche, Emmanuel Macron ayant été réélu mais ne possédant plus qu’une majorité relative à l’Assemblée nationale, le parti change à nouveau de nom pour se rebaptiser Renaissance et surtout, change de fonctionnement : l’adhésion est dorénavant payante et les référents départementaux sont élus. Cela n’a pas empêché une dévitalisation militante du parti¹⁷. Combiné aux alliances du parti, à sa professionnalisation et à la place de la haute administration en son sein, Renaissance est aujourd’hui un parti-cartel.
On a en revanche pu voir deux imitations de ce modèle en Allemagne, toutes deux dues à Sahra Wagenknecht, initialement figure du parti de gauche Die Linke. En 2017, en froid avec la direction de son parti, la tribunesse est-allemande crée à son tour une organisation sur le modèle de LFI nommée Aufstehen! mais sans lui assigner d’objectif précis ; cette initiative reste marginale. Elle récidive en 2024 en créant un second parti-plateforme nommé Bündnis Sahra Wagenknecht, mais cette fois en scissionnant de Die Linke pour adopter un discours plus libéral sur le plan économique et conservateur sur de nombreuses questions culturelles ; si sa nouvelle formation échoue de peu à entrer au Bundestag, elle parvient en revanche cette fois à se constituer une base militante suffisante pour se présenter largement aux élections.
La France insoumise reste pour l’heure la seule formation à avoir duré dans le temps comme parti-plateforme, même si ce sera peut-être le cas à l’avenir du BSW en Allemagne. Cette forme est cependant critiquée même dans les rangs de la FI. Il nous faut donc à présent examiner quelles sont les limites de ces partis-plateformes.
Les limites du parti-plateforme comme modèle de mobilisation populaire
Lorsque l’on parle des limites de l’organisation de la FI, la seule critique émise est généralement celle de l’absence de démocratie interne. Ce n’est pourtant pas l’angle le plus intéressant si on le prend tel quel : d’abord parce qu’il est démontré que tous les partis politiques tendent à reproduire une oligarchie interne¹⁸, y compris quand cette oligarchie est coupée en fractions rivales, mais surtout parce qu’un parti politique est un instrument au service de buts qui passent par la prise du pouvoir ; la démocratie interne ne peut donc être une fin en soi. En conséquence, la question qu’il faut se poser est plutôt de savoir si le modèle du parti-plateforme est efficace pour servir les buts que se donnent ses participants.
Des limites dans le jeu institutionnel partiellement jugulées
Que le modèle de La France insoumise tel qu’il s’est institué en 2017 présente des faiblesses, la direction de LFI elle-même a pu s’en apercevoir : après avoir rencontré des résultats décevants aux élections intermédiaires ainsi que des difficultés de mobilisation durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron¹⁹, LFI a révisé en partie la forme organisationnelle que Jean-Luc Mélenchon aime à qualifier de « gazeuse ». D’après l’expérience militante de l’auteur de ces lignes, les difficultés rencontrées par LFI tenaient à cela même qui fait sa force : son caractère peu engageant, le fait que les militants ne soient présents que par une inscription sur internet pour agir dans le cadre d’une campagne électorale.
Dès lors que le moment de forte politisation que sont les élections présidentielle et législatives s’achève, les militantes et militants trouvent moins d’intérêt à rester dans l’organisation que s’ils devaient élire des représentants locaux, discuter du prochain programme, se former ou tout simplement décider à quoi seront employés les moyens financiers du parti formés par leurs cotisations – à l’exception de ceux qui sont membres d’un des partis structurés présents dans LFI. C’est probablement la raison pour laquelle tant d’autres partis-plateformes fondés sur des bases plus fragiles n’ont pu persister.
Après les changements opérés à partir de 2022, la FI n’a toujours pas d’adhérents et les groupes d’action peuvent toujours se constituer librement, il s’agit donc toujours d’un parti-plateforme. Elle a en revanche mis en place une forme de structure locale intermédiaire que sont les « boucles départementales ». Elle a également créé l’Institut La Boétie pour procurer une formation à une sélection de militantes et militants appelés à devenir des cadres du mouvement ainsi que publier une production théorique. Enfin, là où ses instances nationales ont toujours été floues et dominées par le groupe parlementaire, elle possède maintenant une direction distincte, la Coordination des espaces.
De la sorte, les militantes et militants trouvent des enjeux à s’inscrire durablement dans l’organisation pour bénéficier d’une formation, défendre une position politique dans la boucle départementale ou y assurer une tâche. Le parti-plateforme ainsi amendé durant le second quinquennat Macron semble avoir effectivement gagné en performance électorale et en capacité de mobilisation militante, même s’il est difficile de le mesurer en l’absence d’adhérents.
On peut toutefois s’interroger sur la durabilité du parti-plateforme.
La question se pose d’abord en raison du fait que le parti-plateforme se crée sur le charisme d’une personnalité politique unique et sa capacité à se construire un lien avec les masses. On n’a pas encore d’exemple de ce que peut devenir un parti-plateforme une fois que son fondateur n’est plus présent, il n’est donc pas possible de dire dans quelle mesure LFI perdra en capacité de mobilisation ou non si un jour elle doit continuer à fonctionner sans Jean-Luc Mélenchon, bien que plusieurs personnes autour de lui apparaissent comme des successeurs possibles.
Plus immédiatement, la question se pose également en raison des décalages qui se produisent entre la base militante et le sommet en l’absence presque totale d’interaction entre eux : comme l’expliquait Maurice Duverger²⁰ et comme l’a concrètement démontré le travail du politiste français Denis Lacorne dans son étude de la mise en œuvre de l’union de la gauche²¹, ce qui faisait la force sur le plan organisationnel du parti de masse le plus abouti qu’ait connu la France, le Parti Communiste Français du milieu des années 1930 jusqu’aux années 1970, c’était le rôle joué par des cadres intermédiaires sans cesse en contact avec la base et la direction pour s’assurer qu’elles ne se déconnectent jamais totalement l’une de l’autre, faisant un travail d’explication des positions nationales à la base et de remontée du ressenti de la base à la direction pour une adaptation mutuelle et un encadrement des conflits.
Le fait que cette médiation n’existe pas de manière permanente au sein de LFI explique que les conflits entre la base militante et des organes dirigeants nationaux puissent survenir de manière plus explosive que dans les partis dotés de structures classiques, ce qui à la longue peut susciter le découragement. C’est d’autant plus le cas en l’absence d’instances internes décisionnaires où les désaccords puissent s’exprimer, ce qui accroît les chances pour qu’ils éclatent sur la place publique lorsque les taire par loyauté n’est plus supporté²².
Le parti-plateforme au-delà des élections
Dans le cas de LFI, il n’est en outre pas possible de se contenter de la question de sa capacité à persister dans le jeu institutionnel pour évaluer son efficacité. La formation se revendique en effet comme anticapitaliste et souhaite faire advenir une « révolution citoyenne » ; elle se situe par ces objectifs dans la continuité du Parti de Gauche, même si celui-ci se revendique positivement comme écosocialiste. Cela implique une transformation des structures de la société, qui remette en cause le mode de production dominant dans l’économie et la forme actuelle de l’État.
Or l’ensemble que forme l’État, du fait de sa complexité, des habitudes de fonctionnement et des intérêts de la haute administration, ne peut pas être manié sans difficulté par un gouvernement si déterminé soit-il. L’État ne peut pas non plus conduire à lui seul tout le reste de la société vers un fonctionnement de l’économie différent. Cela nécessiterait une mobilisation populaire importante, en particulier au sein du salariat d’exécution, les ouvriers et les employés, sans lesquels presque rien ne fonctionne. C’est de plus le seul moyen de s’assurer que cet anticapitalisme débouche bien sur une société plus libre et égalitaire. Comme l’écrivait Rosa Luxemburg : « Autrement, le socialisme est décrété, octroyé, par une douzaine d’intellectuels réunis autour d’un tapis vert »²³.
En dépit des accusations d’électoralisme et d’avant-gardisme qui sont régulièrement portées contre eux à gauche, les dirigeantes et dirigeants de la France insoumise n’ignorent pas cela. Jean-Luc Mélenchon a plusieurs fois dit qu’il ne fallait pas « lui faire confiance », que le rôle de la FI n’était pas du tout de guider le peuple vers la « Révolution citoyenne », il a également dit lors de son débat avec l’économiste Frédéric Lordon qu’il avait bien conscience que la FI n’investissait pas en tant que telle la lutte dans la sphère de la production et qu’elle était pourtant nécessaire.
En réalité, la mobilisation révolutionnaire est pensée par eux comme ne relevant pas de la compétence de La France Insoumise : la lutte dans les entreprises au quotidien est laissée aux syndicats ; le surgissement d’un mouvement révolutionnaire général est pensé comme un phénomène totalement spontané, sur lequel la FI n’aurait aucune prise autre qu’en pouvant servir de déclencheur par sa victoire à une élection. C’est probablement même précisément pour cela que la FI ne se revendique pas comme un parti politique. LFI apparaît ainsi comme une combinaison étonnante entre un fonctionnement descendant aux élections et une conception spontanéiste de la révolution, les deux ne relevant pas de la même sphère selon son fondateur.
Si la conception du parti-guide découlant d’une lecture biaisée de Lénine²⁴ a sans aucun doute vieilli, cette nouvelle vision n’est cependant pas sans poser problème car la sociologie tend à confirmer que les partis politiques de masse, à l’instar des syndicats qui rencontrent leurs propres difficultés de nos jours, jouent un rôle important dans la politisation des classes populaires.
Dans son livre Le cens caché²⁵, le politiste Daniel Gaxie montrait ainsi de fortes inégalités entre les classes sociales dans leur capacité à se repérer dans le champ politique – les classes ayant le plus de capital culturel hérité ont bien plus de facilités à le faire que les classes populaires –, mais que ses enquêtés issus des classes populaires avaient bien plus de facilités à le faire et de confiance en leur compétence lorsqu’ils avaient l’expérience d’un engagement dans un parti de masse ou un syndicat. Or il semble difficile d’imaginer une mobilisation révolutionnaire sans que ne soit partagée par suffisamment de gens au sein des classes populaires une vision assurée des enjeux de lutte concernant l’État.
Un parti-plateforme de gauche peut-il jouer le même rôle à cet égard que les partis de masse autrefois ? Cela n’est pas sûr car la formation au sein de LFI se limite principalement, pour l’heure, à une sélection de futurs cadres. Mais ce n’est peut-être pas la formation théorique la plus importante dans le travail que faisaient les partis de masse à cet égard : ce qu’ils permettaient, c’était aussi d’apprendre à exercer le pouvoir collectivement à des gens qui n’en avaient pas l’habitude.
Débattre de textes fixant une ligne politique, les amender, élire des représentants, négocier, sont autant de choses qui permettent aux membres d’une organisation politique d’apprendre collectivement pour ne pas s’en remettre entièrement à une poignée de leaders, et de prendre confiance en leur capacité à se diriger eux-mêmes. Or cela n’existe pas en l’absence de structures dirigeantes élues et de travail sur des textes politiques. Dès lors, et sachant que de leur côté les syndicats n’ont plus les mêmes capacités de mobilisation non plus, on peut se demander si le terrain est réellement préparé pour une mobilisation populaire révolutionnaire quand bien même celle-ci, cela va sans dire, ne se produit pas sur commande d’un parti.
Conclusion
Ce qui précède ne doit pas faire oublier que la forme du parti politique ne peut pas suffire à elle seule à expliquer le succès ou l’échec d’une formation politique et surtout, qu’elle n’est pas indépendante des transformations sociales. Pour autant, elle a son autonomie relative et produit des effets, il est donc nécessaire de l’étudier pour comprendre l’état de la lutte des classes en France.
On constate donc que la cartellisation des partis politiques a été plus loin que Katz et Mair ne l’envisageaient en 1995, au point qu’elle risque de vider de leur substance les institutions démocratiques quand bien même celles-ci ont toujours été limitées dans nos sociétés où le capitalisme est le mode de production dominant.
Le modèle du parti-plateforme est apparu en réponse à cette évolution en France, s’inspirant du modèle américain où la plateforme servait d’appui à une personnalité au sein d’un parti politique. La France insoumise est toutefois la seule formation à ce jour à avoir réussi à fonctionner durablement sous cette forme, moyennant plusieurs aménagements destinés à maintenir l’investissement militant. Ce modèle paraît toutefois présenter des limites importantes dans sa capacité à durer et à faire aboutir le projet révolutionnaire qu’elle revendique.
Faut-il déduire de ces limites apparentes qu’il serait préférable de tenter de reconstruire un parti de masse ? Cela serait-il encore possible dans une société en grande partie désindustrialisée comme l’est la France du XXIᵉ siècle ? S’il n’est pas possible de répondre à ces questions dans le cadre de cet article, il semble en revanche clair qu’un parti de masse en France aujourd’hui ne pourrait dans tous les cas pas fonctionner comme le PCF du XXᵉ siècle, le contexte social ayant changé. D’une façon ou d’une autre, il fallait inventer autre chose.
Il est en revanche significatif que le modèle du parti-plateforme ne soit apparu nulle part hors de France à l’exception de l’Allemagne, par mimétisme : les partis de gauche du reste de l’Europe persistent à tenter de se construire comme des partis de masse malgré des effectifs plus faibles qu’autrefois, parfois avec un relatif succès comme dans le cas de Die Linke en Allemagne sous la nouvelle direction Schwerdtner-Van Aken qui a stoppé la cartellisation progressive du parti sous les directions précédentes.
Cette quasi-exception française est vraisemblablement liée à l’ancrage plus faible du parti de masse en France : s’il serait exagéré de dire qu’ils auraient continué à fonctionner comme des partis de cadres au XXᵉ siècle, il est exact que les partis politiques français ont en revanche toujours eu un nombre d’adhérents nettement plus faible que leurs homologues européens, ce qui s’explique par une structuration concurrente avec les associations et les syndicats là où ces différentes formes se sont construites en lien les unes avec les autres ailleurs en Europe²⁶. C’est peut-être pour cette raison qu’il a été plus facile en France d’inventer le modèle du parti-plateforme que de chercher à reconstruire un parti de masse contre vents et marées une fois que le phénomène de la cartellisation avait fait son œuvre.
Quoi qu’il en soit, il y a urgence pour la gauche à réfléchir à une forme organisationnelle permettant la prise du pouvoir aux classes sociales dominées, et ce par l’apprentissage collectif dans un processus qui sera nécessairement fait de flux et de reflux jusqu’à parvenir à l’émancipation.
Notes
[1] Richard S. Katz et Peter Mair, « La transformation des modèles d’organisation et de démocratie dans les partis. L’émergence du parti-cartel », dans Yohann Aucante et Alexandre Dézé (dir.), Les systèmes de partis dans les démocraties occidentales. Le modèle du parti-cartel en question, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 2008.
[2] Maurice Duverger, Les Partis politiques, Paris, Éditions du Seuil, 1995.
[3] Otto Kirchheimer, « The Transformation of West European Party Systems », dans Joseph LaPalombara et Myron Weiner, Political parties and Political Development, Princeton, Princeton University Press, 1966.
[4] Yohann Aucante et Alexandre Dézé (dir.), Les systèmes de partis dans les démocraties occidentales. Le modèle du parti-cartel en question, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 2008.
[5] On peut s’en apercevoir en consultant leurs comptes financiers publiés par la Commission nationale des Comptes de Campagne, par exemple à cette adresse pour l’année 2024 : [Site internet] https://liste.cnccfp.fr/publications/comptes_partis_2024.html
[6] Paul Bacot, « Les partis cartellisés selon Katz et Mair. Partitocratie monopoliste d’État ou service public de démocratie ? », dans Yohann Aucante et Alexandre Dézé (dir.), op. cit.
[7] Manuel Cervera-Marzal, Le populisme de gauche. Sociologie de la France insoumise, Paris, La Découverte, 2021.
[8] Notamment : Rémi Lefebvre, « Vers une dé-démocratisation partisane ? Une approche comparée de la France insoumise et de la République en Marche », dans Politique et Sociétés, n° 41 (2), 2022, pp. 179-205, ainsi que Rémi Lefebvre, Faire parti autrement ? Insoumis et Marcheurs (2016-2026), Paris, Éditions Raisons d’agir, 2026 – ce livre n’était pas encore paru au moment où la rédaction du présent article a été commencée.
[9] Max Weber, Économie et société 1. Les catégories de la sociologie, Paris, Pocket, 1995, pp. 320-325.
[10] On s’en aperçoit dans le compte de La France Insoumise 2024 publié par la Commission Nationale des Comptes de Campagne à cette adresse : [Site internet] https://liste.cnccfp.fr/publications/comptes_partis_2024.html
[11] Cela n’a toutefois pas empêché une partie des élus de La France Insoumise de faire scission en 2024 pour créer l’Association Pour une République Écologique et Sociale.
[12] Manuel Cervera-Marzal, op. cit.
[13] Max Weber, op. cit., p. 371.
[14] Manuel Cervera-Marzal, op. cit., pp. 38-40.
[15] Rémi Lefebvre, op. cit., pp. 71-73.
[16] Manuel Cervera-Marzal, op. cit., pp. 106-107.
[17] Rémi Lefebvre, op. cit., voir en particulier le chapitre 7 « Vers une normalisation ? ».
[18] Robert Michels, Les Partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2009.
[19] Voir le témoignage de l’auteur de ces lignes : « Il était une fois… La France Insoumise. Les débuts d’un mouvement de gauche “populiste” et “gazeux” vus de l’intérieur (2016-2021) » disponible à cette adresse : https://mordraal.weebly.com/blog/il-etait-une-fois-la-france-insoumise-les-debuts-dun-mouvement-de-gauche-populiste-et-gazeux-2016-2021. Les éléments donnés par Manuel Cervera-Marzal, op. cit. pour tenter d’évaluer les fluctuations des effectifs militants vont dans le même sens.
[20] Maurice Duverger, op. cit.
[21] Denis Lacorne, Les Notables Rouges. La construction municipale de l’union de la gauche, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1980.
[22] On en trouve des exemples et des entretiens témoignant du ressenti des militantes et militants dans Rémi Lefebvre, op. cit., notamment dans le chapitre 4 « L’enjeu démocratique (2017-2022) ».
[23] Rosa Luxemburg, « La révolution russe », dans Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou Révolution ? Et autres textes politiques, Paris, 1997.
[24] Michael Löwy, « La théorie marxiste du parti », dans Actuel Marx, n° 46, 2009, pp. 27-51.
[25] Daniel Gaxie, Le cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique, Paris, Éditions du Seuil, 1978.
[26] Yves Poirmeur, Les partis politiques : du XIXᵉ au XXIᵉ siècle en France, Paris, Lextenso Éditions, 2014.
