Mardi 16 février à 19h00 au CICP (21 ter rue Voltaire 75011 Paris). Débat organisé par « Pour l’émancipation ».

 

Que fait l’État ? Que faire de l’État ?

Avec :

– Frédéric Lordon, philosophe et économiste,auteur notamment de Imperium. Structures et affects des corps politiques (2015) et de Capitalisme, désir et servitude (2010). 

– Isabelle Garo, philosophe,auteure de Marx et l’invention politique (2012) et Foucault, Deleuze, Althusser & Marx. La politique dans la philosophie (2011). 

– François Sabado, militant anticapitaliste

Exactions policières, criminalisation des mouvements sociaux, « dettocratie », politiques d’austérité, flicage des chômeurs, racisme institutionnalisé, justice sexiste, impérialisme… Déployant sa violence sous des formes multiples, que les récentes évolutions sécuritaires ne font que renforcer, l’État se présente d’abord à nous sous sa forme la plus classique, comme détenteur d’un « monopole de la violence légitime » (pour parler comme le sociologue Max Weber), sinon comme une « bande d’hommes armés » (Engels). Dans le même temps, l’État est de plus en plus désinvesti par les gouvernements successifs de diverses missions de service public (transports, santé, éducation, etc.), ce qui semble entrainer sur ce terrain un affaiblissement de l’État.

Mais au-delà de sa forme « moderne bourgeoise », historique et donc périssable, comment analyser l’État ? Frédéric Lordon propose dans Imperium (La Fabrique, 2015) de poser cette question sur un plan philosophique, en se demandant non seulement pourquoi l’humanité semble vouée à la fragmentation en « ensembles finis distincts », mais aussi pourquoi s’opère inévitablement une captation, par ce que l’on peut nommer l’ « État » (dans un sens anthropologique), de la puissance manifestée par la « multitude ». Comment penser ce double mouvement de composition de collectivités humaines (à l’époque moderne sous la forme, là encore périssable, des « nations ») et de dépossession par des entités pouvant prendre des formes diverses mais rassemblées sous le terme d’État ?

Parmi le grand nombre de questions que pose cet ouvrage stimulant, il nous semble que deux méritent une attention particulière de la part de ceux et celles qui demeurent attaché•e•s aux idéaux d’émancipation politique et sociale. Au-delà de ses fonctions historiques particulières, que fait l’État ? Est-il partout et toujours un simple instrument aux mains des classes possédantes, ou peut-on mettre en évidence des fonctions de l’État communes à la quasi-totalité des sociétés humaines, qui en feraient une réalité transhistorique ? Et que faire de l’État ? Peut-on espérer le détruire ou favoriser son dépérissement, ou est-on condamné à voir l’État renaître sans cesse de ses cendres, il est vrai sous des formes plus ou moins oppressives, plus ou moins démocratiques ?

C’est notamment ces questions qu’Imperiuminvite la gauche radicale à poser ou à reposer. Questions d’autant plus cruciales que la mondialisation capitaliste et la formation de l’Union européenne semblent avoir privé la gauche de tout levier de transformation sociale au niveau national, sans pour autant que les États-nations – et les nationalismes ! – aient disparu de la scène. Comment, et à quel niveau, peut-on espérer mettre en œuvre un nouveau projet de rupture politique ? Quel internationalisme opposer au nationalisme régressif de l’extrême droite et au cosmopolitisme du capital incarné par l’Union européenne ? Si l’horizon d’une pure horizontalité doit être abandonné parce qu’impossible, comme y insiste Frédéric Lordon, quelles formes politiques et quelles institutions peut-on espérer substituer aux formes et aux institutions présentes ?

 

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