Les jouets indiscrets : de quoi parlent les sex-toys ?

Les jouets indiscrets : de quoi parlent les sex-toys ?

Lors d'un atelier sur le thème des sorcières proposé par une des auteur·es de cet article[1], le débat s'était engagé sur les sex-toys. Cette digression tout à fait imprévue, probablement engagée à partir d'une réflexion sur le balai comme objet de la sorcière et symbole phallique évident, nous a convaincu de l'intérêt de traiter le sujet pour lui-même. La problématique qui était apparue dans la discussion et qui avait fait débat était l'opposition entre, d'une part, les sex-toys considérés comme phénomène émergent autour de la légitimation du plaisir féminin, de la jouissance pour soi et de l'autonomie, donc porteurs d'une dynamique émancipatrice et, d'autre part, une critique de la marchandisation du désir et du plaisir, une récupération par le capitalisme génératrice d’artifices et de fausses pistes, d'une émancipation en trompe-l'œil.

Cette problématique a été notre point de départ mais, après quelques lectures et en plongeant dans l’univers des sex-toys, nous nous sommes aperçus que cet axe était beaucoup trop restrictif tant ces petits objets ouvrent une grande diversité de questionnements, de portes et de domaines de réflexions.

Dans ce texte, c’est donc bien au-delà que nous nous proposons d’aller.

Dans les sociétés occidentales, les sex-toys sont un phénomène social émergent à une échelle de masse. Mais d'où viennent-ils ? Quelle est leur origine ? Dans quels espaces de sexualités transgressives ont-ils été utilisés avant, avec quelles significations, quelles évolutions et pourquoi ? La nouveauté, c’est que le phénomène de masse en cours s’adresse particulièrement aux femmes. Si de nouveaux développements et de nouvelles pratiques semblent émerger aujourd'hui qui pourraient porter des modifications importantes de la sexualité des hommes hétérosexuels, le manque de recul et de données ne permet pas encore une analyse très précise de ces changements et le décalage de temporalité lui-même nous semble signaler que les sex-toys nous disent d'abord quelque chose du plaisir féminin. Mais ce n’est pas tout : nouveaux marqueurs des normes de genre et de sexualités, ils permettent aussi d’ouvrir la réflexion sur le rapport entre les corps et les technologies et la place de ces dernières dans les sexualités et leur construction.

Au final, au moins autant que parler des sex-toys, nous allons nous demander de quoi parlent les sex-toys et de ce qu'ils nous disent des sexualités dans les sociétés occidentales des deux derniers siècles, de ce qu'ils nous disent de la manière dont nos sociétés construisent les sexualités et les normes de comportements sexuels, les hiérarchies dans ces comportements, une idée de ce qui est sain ou malsain, légitime ou illégitime. Pour cela, nous allons commencer avec un petit détour par l’histoire médicale du vibromasseur au XIXe siècle. Nous verrons ensuite les différentes réappropriations politiques des objets de la sexualité au XXe siècle et, enfin, nous nous intéresserons à l'apparition du phénomène de masse des sex-toys à l'aube du XXIe et à ses aspects contradictoires.

 

Orgasme médical et construction des sexualités

L’existence des olisbos (« imitation du membre viril en bois ou en cuir rembourré qu'il fallait généreusement oindre d'huile d'olive avant usage ») est avérée dès le IIIe siècle avant JC en Asie Mineure[2] et le mot godemiché apparaît dans les dictionnaires dès l'époque moderne. Nous pourrions donc remonter très loin et discuter de ce que les objets des sexualités nous disent des pratiques et des représentations à ces moments, mais cela nous entraînerait bien au-delà des limites de cet article. Nous nous contenterons donc pour l'essentiel de remonter au XIXe siècle, période charnière dans la constitution des sexualités modernes mais aussi – ce n'est pas un hasard – moment de l'invention du vibromasseur électromécanique tel que nous le connaissons encore aujourd'hui.

 

Le vibromasseur, du cabinet médical au panier de la ménagère

Concernant l'histoire du vibromasseur et du traitement de l'hystérie, nous suivrons Rachel P. Maines, une historienne américaine des techniques et en particulier son ouvrage Technologies de l'orgasme, le vibromasseur, l'hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes[3]. Selon elle, l'histoire de l'invention du vibromasseur se confond avec celle de l'hystérie et de son traitement. Dès l'Antiquité, l'hystérie est construite comme une maladie paradigmatique des femmes, conséquence présumée de l'engorgement d'un utérus qui se déplace dans le corps sous l'effet d'humeurs qu'il n'arrive pas à évacuer. Il s’agit donc non seulement d’une pathologisation du corps des femmes conçu comme un corps malsain et incomplet, mais aussi – plus précisément – une pathologisation du désir sexuel féminin.

Les symptômes de l'hystérie tels qu'ils sont décris dans d'innombrables et très sérieux manuels médicaux tout au long de l'époque moderne en particulier sont sans équivoques. Rachel P. Maines évoque « la nature floue mais décidément sexuelle de l'hystérie au sens préfreudien, telle qu'ont pu la concevoir les autorités médicales de l'Antiquité, du Moyen Âge, de la Renaissance et des temps modernes. Nombre de ses symptômes classiques caractérisent également l'excitation sexuelle chronique : l'angoisse, le manque de sommeil, l'irritabilité, la nervosité, les fantasmes érotiques, une sensation de lourdeur dans l’abdomen, l'oedème pelvien, la lubrification vaginale. »[4] L'hystérie est d'ailleurs explicitement d'abord la maladie des femmes sans hommes : jeunes femmes pas encore mariées, veuves, religieuses, etc. Elle peut aussi frapper les femmes mariées mais la médecine estime alors que la meilleure médication tient dans le « commerce charnel » avec le mari. Elle conseille aussi le galop à cheval et, au XIXe siècle, les voyages en train, à une époque où les vibrations des locomotives à vapeur étaient bien loin du confort très aseptisé des TGV modernes.

Si ces solutions ne suffisent pas, le médecin pratiquera des massages de la zone pelvienne jusqu'à obtention d'un « paroxysme de la crise hystérique ». Au IIe siècle après JC, Galien décrit le traitement dans un texte qui restera un classique de la médecine jusqu'à la fin du XIXe siècle : « il arriva que, partie par suite de la chaleur de ces remèdes, et partie par les attouchements que la médication nécessitait aux organes génitaux, il survint des tiraillements accompagnés à la fois de douleur et de plaisir, semblables aux sensations qu'on éprouve pendant le coït, et à la suite desquels elle rendit un sperme épais et abondant ; elle fut dès lors délivrée des maux qu'elle ressentait. »[5] Pour dire les choses plus clairement, pour répondre à la pathologisation du désir sexuel des femmes, la médecine provoque, assez logiquement, des orgasmes médicaux.

Le XIXe siècle est le grand siècle de l'hystérie. D'abord probablement parce que le développement de l'urbanisation et de la société industrielle facilite l'accès à la technique médicale pour de nombreuses femmes urbaines. Mais aussi parce que se construit dans cette période-charnière un discours qui, plus fortement encore que dans les périodes précédentes, encadre la sexualité. La médecine remplace progressivement l'Église dans la définition des pratiques licites et illicites mais ces deux puissances sont d'accord sur l'essentiel : la seule bonne sexualité – particulièrement pour les femmes – est conjugale et à visée reproductive, vaginale et la masturbation (on y reviendra) doit être sévèrement réprimée. Autant dire que les désirs féminins qui s'expriment dans les symptômes hystériques ne sont pas près d'être satisfaits sans le secours de la médecine.

Tout au long du XIXe siècle, le traitement de l’hystérie féminine est donc une des grandes affaires de la médecine, un médecin français estimant par exemple que le mal touche le quart de la population féminine[6]. Pour améliorer mais aussi surtout simplifier les traitements, de nombreuses solutions sont successivement envisagées. Hydrothérapie avec l'utilisation de jets d'eau puissants en parallèle du développement du thermalisme et même vibromasseurs activés par des machines à vapeur qui équipent certains cabinets de médecin. Mais c'est l'invention du vibromasseur électromécanique qui va révolutionner le traitement de l'hystérie. Alors qu'il fallait de trente minutes à une heure de massages attentifs du médecin pour déclencher le « paroxysme de la crise hystérique », le même résultat est maintenant obtenu en quelques minutes, entre cinq et dix, avec un appareil électrique d'un coût modéré. Avec le vibromasseur électrique, l'hystérie – qui était déjà une très bonne affaire pour la médecine – devient une poule aux oeufs d'or : une maladie dont on ne guérit jamais mais dont on ne meurt pas non plus et dont les traitements sont suffisamment agréables pour que les malades aient envie de revenir souvent…

Très rapidement pourtant, le vibromasseur quitte le cabinet médical pour devenir un objet de consommation courante. Alors que l'électrification des ménages américains progresse à une vitesse fulgurante, le vibromasseur figure en bonne place dans les catalogues d’objets électroménagers dès les toutes premières années du XXe siècle. Entre le robot mixeur et l'aspirateur, il affiche des promesses qui euphémisent à peine sa destination réelle. Une publicité parue en 1913 dans l’American Magazine pour le vibromasseur White Cross annonce par exemple : « La vibration est la vie. Elle chassera vos années comme par magie. Chaque nerf, chaque fibre de votre corps frissonnera du réveil de votre énergie. Vous sentirez les vifs plaisirs et toutes les joies de la jeunesse pulser en vous. Un sang rouge et riche courra dans vos veines et vous comprendrez pleinement ce qu'est la joie de vivre. Votre respect de vous-mêmes s'en trouvera centuplé. »[7] Pendant une courte période, de 1905 à 1925 environ, le vibromasseur entre dans les foyers comme un des objets normaux de la ménagère américaine. Dès 1920, il fait son apparition dans le cinéma pornographique et rapidement disparaît des catalogues. Peut-être parce que le prétexte médical devient un paravent bien transparent devant un usage maintenant clairement sexuel ? Peut-être parce que le vibromasseur électromécanique, d'outil médical, commence à devenir ce qu'il est aujourd'hui complètement : un sex-toy.

 

La masturbation et la discipline des corps

Dans la même période où le traitement de l'hystérie se développe dans les cabinets médicaux, une autre pratique sexuelle fait l'objet d'une campagne de répression importante. La masturbation apparaît au XIXe siècle comme un des grands maux que la médecine ne saurait tolérer. Plusieurs traités médicaux décrivent ainsi les risques qui guettent les amateurs et les amatrices de plaisirs solitaires. À cause d'eux, les hommes perdent leur virilité pendant que les femmes deviennent « hommasses ». La masturbation est donc accusée de produire des variations dans les normes de genre et de corrompre ainsi la bonne marche de la reproduction[8]. Mais ce qui pose problème dans l'onanisme, plus encore que le plaisir lui-même, les pratiques ou même le caractère non-procréatif de l'acte, c'est le rapport à l'objet du plaisir, à soi et à son propre imaginaire. « Une jouissance est dite contre-nature quand l'homme n'y est pas excité par l'objet réel, mais par la représentation imaginaire de celui-ci, c'est-à-dire de façon inappropriée, en créant lui même l'objet » dit Kant dès 1797[9].

Le traitement des masturbateurs et masturbatrices mobilise les techniques les plus modernes : des industriels comme Kellogs ou Grahams deviennent à la fois producteurs d'appareillages (ceintures de chasteté, etc.) pour tenter d'empêcher la masturbation, de vibromasseur médicaux utilisés dans le traitement de l'hystérie et bien sûr, de céréales pour le petit déjeuner[10].

Mais rien ne semble empêcher le développement de l'épidémie : « Pour l’onaniste, il y a toujours une faille à exploiter, un interstice dans lequel se glisser, toujours un espace, aussi mince soit-il, à faire jouer pour pouvoir se frotter et jouir. […] L’art de la masturbation est un art de l’appropriation et du détournement. Tous les objets environnants sont susceptibles d’être extraits du contexte de leur usage normal et insérés dans une nouvelle relation. »[11] Par conséquent, les médecins se trouvent incapable de réprimer/empêcher la masturbation bien que certains aillent jusqu’à la promotion de l’ablation du clitoris.

Alors que la médecine produit des orgasmes clitoridiens pour soulager ses patientes réputées hystériques et médicalise la gestion du désir et du plaisir féminin, elle organise la répression de la masturbation. Ce qui est sain et légitime dans le cabinet du médecin devient malsain, déviant et pervers dans la solitude du boudoir ou de la chambre à coucher. C'est bien la construction d'une discipline des corps et des désirs, d'un savoir créateur de vérité sur le sexe, qui mobilise toutes les ressources de la technologie pour s'ancrer dans la vérité des corps.

Cette nouvelle vérité sur le sexe construit à la fois des comportements et des catégories, une délimitation de ce qui est vécu dans et hors de la sexualité, de ce qui est légitime ou pas, ainsi qu’une hiérarchie de ces légitimités. Plus que des interdits, il s'agit ici de l’intériorisation de normes sociales et de contrôles sociaux qui définissent le naturel et le sain, le malsain et le contre-nature. Au sommet de cette hiérarchie : la pratique du coït vaginal dans le cadre de la sexualité conjugale hétérosexuelle et monogame. Rejetés dans les bas-fonds et l'illégitimité : les homosexualités, les pratiques solitaires ou en groupe, l'utilisation des objets – tout au moins hors du cadre médical. Alors que le poids des discours et des interdits religieux recule dans des sociétés occidentales fortement laïcisées, c'est toute une nouvelle logique de production des sexualités qui se met en place dont tout le XXe siècle est l'héritier direct et qui marque encore fortement notre époque. Les technologies deviennent centrales dans la production des normes et des sexualités et, en retour, l'accès à ces technologies de production de la sexualité est strictement réglementé par l’intériorisation des normes. Il n'est probablement pas anodin de constater que nombre de ces technologies réapparaîtront resignifiées et réappropriées comme vibromasseur ou objets de diverses sexualités.

 

Technologies du genre, contestations, inversions, resignifications

Le discours sur les pratiques sexuelles construit non seulement leur légitimité ou leur illégitimité et dans une large mesure les pratiques elles-mêmes, il construit aussi à travers elles la définition de ce qu'est un homme et une femme. Ce n'est pas un hasard si la principale menace qui pèse sur les masturbateurs·trices revient à perdre les caractéristiques assignées à leur genre. Au centre de la normalisation des pratiques sexuelles, il y a bien aussi la construction et la reproduction d'un système sexe/genre qui fait des hommes et des femmes, et incarne la domination de genre dans un strict partage des rôles sexuels.

Aux hommes l'actif et l'extériorité, aux femmes le passif et l'intériorité. Le corps des femmes est approprié, ouvert et pénétré, le corps des hommes pénétrant, fermé et aux orifices inviolables. Ce qui donne force à cette construction, c'est l'illusion du naturel qui résulte du discours médical et essentialisant. Les objets du sexe – vibromasseurs, godemichés, harnais ou godes ceintures, fouets, cravaches ou menottes – sont particulièrement prohibés parce qu'ils révéleraient cette supercherie fondatrice. Si le vibromasseur est plus efficace que le coït vaginal hétérosexuel pour produire l'orgasme féminin, si le gode fait mieux que le pénis et permet d'échanger rôles et positions, que reste-t-il de la sacro-sainte complémentarité des rôles hétérosexuels ? Que reste-t-il de la masculinité fondamentale, pilier de l'ordre naturel et social ?

Au XXe siècle, les objets du sexe réapparaissent donc dans les marges et zones d'ombre de la sexualité. Certes, les années 70 voient l'apparition des sex-shops et le retour des vibromasseurs dans les catalogues des grands circuits de vente par correspondance et les publicités de la presse populaire française. Mais c'est sous l’appellation timide d'appareils à masser et « aucun ne promet l’orgasme immédiat : au contraire, revenant aux origines médicales, ils promettent – en ne trompant personne – bonne santé et amélioration de la circulation sanguine »[12]. Ce retour ne suscite guère d'oppositions sinon celles des sexologues qui craignent que les vibrations, trop efficaces, ne déséquilibrent « la merveilleuse balance des orgasmes conjugaux »[13], mais les pratiques restent discrètes sinon carrément inavouables.

Quant aux sex-shops, s'ils se généralisent très vite à la faveur de la libéralisation du tout début de la décennie 70, ils sont immédiatement rejetés par un encadrement législatif très strict dans un ghetto sexuel qui crée plutôt une image de frustration et de malsain que de libération et, au final, tend à renforcer la hiérarchisation des légitimités sexuelles.

Mais comme tout ordre social, l'ordre sexuel hérité du XIXe siècle crée sa propre contradiction en même temps que lui-même, comme condition même de son existence. Les objets du sexe resurgissent donc mais au sein des cultures sexuelles les plus stigmatisées, particulièrement lesbiennes et BDSM[14], comme technologies réappropriées, resignifiées, créatrices de savoirs autonomes sur le sexe.

Avec le féminisme pro-sexe des années 80/90 qui émerge en particulier autour de groupes politiques de lesbiennes S/M comme Samois à San Francisco, avec Gayle Rubin et Pat Califat puis les mouvements et les théories queer, les pratiques se politisent, devenant autant de positions d'énonciation qui révèlent le caractère construit, parodique et performatif du genre, du sexe et des sexualités. Dans les pratiques BDSM, ce sont les objets de la répression, du pouvoir et de la douleur qui sont réinvestis et revisités. Si liens, fouets, menottes et ceintures de chasteté deviennent des objets de plaisirs dans le cadre d'une pratique contractualisée et consensuelle, alors c'est le regard sur le pouvoir lui-même qui peut changer de nature. Si un jeu de rôles et de pouvoir peut être un lieu d'érotisation et une source de plaisir sexuel, c'est la place du pouvoir au coeur du rapport sexuel, y compris hétérosexuel traditionnel, qui apparaît mise en lumière. On peut suivre Marie-Hélène Bourcier quand elle se demande « avec Judith Butler en quoi la répétition et l'exhibition des structures de pouvoir peuvent avoir une force performative qui n'est pas forcément conservatrice. Une force qui viendrait du caractère contractuel et langagier, pas seulement vestimentaire, des pratiques S/M. Le S/M ne met-il pas en évidence le caractère performatif du pouvoir ? Un pouvoir compris comme performance, c'est-à-dire comme "un processus de répétition régulé" qu'il est possible de dénaturaliser. »[15]

Le gode illustre qu'être pénétré, pénétrant et pénétrable est une position et pas un fait de nature et que les rôles de sexe peuvent être aussi fluides et changeants, échangés et réinventés. Dans les sexualités lesbiennes d'abord, mais aussi gay et hétéro, il permet d'élargir les palettes des possibles et des outils du plaisir et de subvertir les figures obligées de la sexualité hétérosexuelle classique. Quand un corps de femme équipé d'un pénis l'utilise sur un corps d'homme devenu ouvert et pénétrable, les pistes du système de sexe/genre se brouillent et les expériences vécues s'étendent. Les marques de la masculinité apparaissent subitement pour ce qu'elles sont : des constructions politiques donc contestables. Se révèle alors que, comme le dit Judith Halberstram reprise par Beatriz Preciado, « les vrais pénis ne sont que des godes à cette différence près que l'on ne peut pas les acheter. »[16]

Le gode illustre comment les normes sexuelles et de genre peuvent varier avec la réappropriation des technologies qui les produisent. Mais le gode est aussi une prothèse qui, comme l’assistance chimique (Viagra) ou hormonale (testostérone, pilule), permet aux corps de s’affranchir de leurs limites. Cet affranchissement s’accompagne d’une technologisation du plaisir[17], dénaturalisant complètement les sexualités. Selon Donna Haraway, auteure du Manifeste Cyborg, « la notion de "technologie" est une catégorie clé autour de laquelle se structurent les espèces, le genre, la race et la culture. »[18] Le recours aux objets comme outils puis leurs transformations sont une des caractéristiques des australopithèques puis des homo habilis, erectus et sapiens. Au XXe siècle, de nombreux développements technologiques ont conduit à la création de prothèses qui étaient pensées comme une substitution artificielle en cas de mutilation, une copie mécanique imparfaite d’un organe vivant. À travers les prothèses, c’est le rapport de nos corps aux technologies diverses qui est questionné puisqu’elles deviennent des parties du corps qui ne sont plus seulement extérieures (broches ou pacemaker).

En fin de compte, le besoin que nous en avons soulève la question de la naturalité de nos corps. Et si l’on va plus loin encore, la technologie a modifié le vivant. On peut considérer qu’à présent chacun de nous est constitué d’éléments technologiques divers telles que les lunettes, le chapeau, la cuillère, tant d’objets qui sont nos yeux, têtes ou doigts. Chacun de nous est, d'ores et déjà, un Cyborg comme dirait Donna Haraway. Le recours à la fourchette pour manger le prouve : les technologies ne sont pas seulement des remplacements d’une partie du corps défaillante mais elles deviennent un prolongement indispensable à notre vie quotidienne. En outre, il est nécessaire de se l’approprier, ce que révèle notre première difficulté à manger avec des baguettes.

Envisager ce qu’on pourrait appeler notre hybridité, c’est une façon de dénaturaliser le corps et, dans le cas des sex-toys, le sexe et les sexualités. Lorsqu’une femme jouit alors qu’elle pénètre avec un gode ceinture, c’est parce qu’il devient un prolongement de son corps, c’est alors comme si elle avait réellement un pénis.

Avec l’exemple des sex-toys, il s’agit de montrer l’hybridité qui existe et comment les interactions entre corps et technologies peuvent produire du plaisir. Cela ne tend pas forcément vers les idéologies du tout-technologique ou vers ce que certains appellent la post-humanisation, mais cela interdit de fétichiser la nature dans la mesure où le corps naturel n’existe pas.

Le XIXe siècle avait mobilisé diverses technologies dans la construction et la naturalisation d'un nouvel ordre sexuel et des sexualités. La réappropriation de ces technologies, leur mobilisation dans le cadre de pratiques sexuelles radicales et en rupture avec cet ordre sexuel permet non seulement de révéler les constructions qui le sous-tendent, mais aussi de dénaturaliser le genre, le sexe et le corps lui-même, tout en envisageant la possibilité d'une infinité des constructions possibles.

 

Entre légitimation du plaisir féminin, marchandisation, injonctions et nouvelles normes

Nous allons maintenant quitter les pratiques radicales et contestataires de l'ordre sexuel et nous intéresser au récent développement des sex-toys comme phénomène de masse. S'agit-il simplement d'un élargissement des mêmes dynamiques et des mêmes fonctions, d'une récupération par le marché ou peut-être d'autre chose encore ?

 

Le sexe dans la logique du marché

Si la conquête de l'autonomie, y compris sexuelle, la légitimation du plaisir et de l’orgasme féminin ainsi que la conquête du clitoris trouvent indiscutablement leurs origines dans les revendications féministes des années 70, ces mouvements de fond n'ont pas échappé non plus aux experts en marketing. Les militantes et les femmes ne sont pas les seules à y avoir trouvé un intérêt bien compris : les sex-toys sont aujourd'hui une bonne affaire, et indiscutablement le sexe fait vendre. De nombreux magasins ouvrent leurs portes, tel que 1969 – Curiosités désirables, à deux pas du Centre Pompidou, dont l'installation a conduit des organisations catholiques à monter au créneau en avril 2011[19]. S’intéressant à ce nouveau marché du plaisir, des marques comme Philips développent une nouvelle ligne « Bien-être et épanouissement personnel » et le magasine Stratégies titre, le 30 avril 2009 : « Le marché des sex-toys semble profiter de la crise », évoquant même des sites de vente par internet cotés en bourse telle que Beate Uhse. Certains proposent des huiles de massage sexy sans paraben et des sex-toys à piles rechargeables pour les écolos/bio.

Les voies du marché sont parfois bien étonnantes. Ainsi des chaînes de boutiques de charme ont réinventé le concept de réunions Tupperware, recrutant des armées d'ambassadrices payées à la commission dans un système très rodé pour mobiliser leurs réseaux de connaissances dans des réunions privées de présentation à domicile. S'il semble connaître un certain succès, le concept laisse songeur, surtout quand on sait le cortège de moqueries et de stéréotypes sexistes que l'original a pu véhiculer. On peut l’entendre comme une ironie du sort, la subversion de réunions faites pour maintenir les femmes dans les tâches domestiques, mais il est certain que cette comparaison laisse un goût amer et fait planer un doute sur les objectifs de ces nouveaux gadgets. C'est d'autant plus vrai quand le responsable de la boutique 1969 – Curiosités désirables parle « d’instruments de libération de la femme ». Un autre avant lui l’avait bien compris, Jean Mantelet, patron de Moulinex quand, en 1960, il lançait une gigantesque campagne de pub avec le même slogan…

Alors, récupération ? Marchandisation de nos désirs et de nos plaisirs ? Il est certain en tout cas que le capitalisme n'est pas philanthrope et que les objectifs marchands de quelques patrons n'ont rien à voir avec ceux de l'émancipation. Il nous semble néanmoins que la question doit être formulée différemment. Que le marché trouve son compte et tous les moyens possibles de faire du profit sur des évolutions sociales est une évidence qui ne nous dit rien sur la signification et le caractère de ces évolutions. On peut même aller plus loin et suivre Gayle Rubin qui cite Le Capital pour affirmer – dans un autre contexte – que « dans certaines limites, Marx lui même considérait le marché comme une force révolutionnaire. Pour lui, le capitalisme détruisait peu à peu la superstition, les préjugés et les organisations sociales précapitalistes : "D'où l'importante influence civilisatrice du capital qui permet un état de la société nettement supérieur à celui des formations sociales antérieures, tout juste capables de produire de simples progrès locaux et l’idolâtrie de la nature". Empêcher le sexe de bénéficier des effets positifs de l'économie de marché n'est gère une position socialiste. »[20].

Après tout, les principaux vecteurs de la culture aujourd'hui sont des industries et bien peu échappent aux logiques du marché, qu'il s'agisse de l'édition ou bien sûr du cinéma. Cela ne veut pas dire que cela ne pose aucun problème et ne doit pas nous interroger. Mais sans doute notre critique sera-t-elle mieux informée en s'intéressant précisément au contenu que dans un rejet en bloc.

 

Resignification et émergence de nouvelles normes : les sex-toys au secours du couple hétéromonogame ?

C'est donc sur le contenu, le discours et le sens porté par et autour de ces nouveaux sex-toys que nous allons nous pencher.

La massification du phénomène sex-toys s'accompagne en effet de modifications de l'objet lui-même comme de ses circuits de distribution. Les nouvelles boutiques du sexe, principalement adressées à une clientèle féminine ne s'intitulent plus sex-shop mais plutôt « love store » ou mettent en avant une image « sexy » plutôt que sexuelle.

Le sociologue Baptiste Coulmont note sur ce point : « moins évidente, mais peut-être plus intéressante est la volonté, puissante, de séparer ces gadgets de la "pornographie", de rejeter le porno vers le sale, le malsain, l’atteinte à la dignité humaine… et d’élever l’objet "sexy" vers le sain, le beau l’éthique. "On refusait de vendre des représentations basiques du pénis. C’était hors de question", me déclare une ancienne responsable. "Je cherche des objets non figuratifs" propose une autre. "Pour les femmes, le sexe est vendu en tant qu’ensemble d’éléments de mode et de design beaucoup plus qu’en tant qu’ensemble de publications […] : la pornographie reste problématique", écrit la sociologue Feona Attwood »[21]. Ces magasins qui ouvrent sont donc des sex-shops relookés[22] conçus comme des « anti-sex-shops » dans lesquels les femmes doivent se sentir bien. C’est ainsi que le rose bonbon fait son apparition dans les sex-shops. Il s’agit de faire de lui une boutique « féminine » qui vend des objets « féminins ».

La sémantique des objets eux-mêmes évolue dans la même logique.[23] Les nouvelles générations de sex-toys utilisent le plus souvent des formes et des couleurs qui évoquent un petit animal de compagnie ou un gadget technologique et se placent dans un registre luxe ou ludique. Dans tous les cas, ils construisent un discours très dé-sexualisé, évitant toute représentation directe du sexe.

Une nouvelle tendance pourrait même marquer un retour aux origines médicales du vibromasseur puisque la marque Durex entame la commercialisation de sex-toys homologués par des gynécologues et sexologues qui seront vendus en parapharmacie et pharmacies.[24]

Les sex-toys doivent être appréhendés non seulement en eux-mêmes, mais aussi à travers le discours qui est produit autour d'eux. Qu'il soit porté par les publicités vantant les produits et explicitant leurs promesses, ou par le discours médiatique, en l’occurrence principalement celui des magazines féminin, ce discours nous semble toujours ambivalent, à la fois porteurs d'éléments de libération – on y reviendra – mais aussi largement injonctif et porteur de re-normalisations des questions sexuelles.

Par ailleurs, presque exclusivement adressé aux sexualités hétéros, ce discours positionne aussi très fortement l'usage des sex-toys dans le couple monogame et la conjugalité traditionnelle. Le love store Passage du désir présente par exemple comme un de ses produits phare un kit Un an de développement durable du couple qui propose des jeux 52 semaines de romance + 52 semaines de nuits coquines et est sous titré : « Kit spécial "Paix des ménages" ».

Dorénavant, les sex-toys s'insèrent dans un discours sur la sexualité conjugale obligatoire. Les 14 février, jours de la Saint Valentin ou encore lors des fêtes des mères, les ventes explosent.[25] Ils s'inscrivent dans un contexte où il s'agit d'être performant et où le « Jouissons sans entrave » est devenu un impératif, ce que de nombreux magazines féminins révèlent régulièrement. Les sex-toys ne sont pas seulement des outils éventuels pour l'orgasme possible, ils sont devenus des objets garantissant cet orgasme seule ou à deux.

En outre, le recours aux réunions Tupperware, majoritairement fréquentées par des femmes et éventuellement des couples, nous conduit à émettre l'hypothèse d'un renouvellement dans la continuité de gestion du couple hétéromonogame par les femmes, un peu comme si la gestion du foyer devait continuer de leur incomber par le prisme de la sexualité du couple. En effet, les sexshops étaient autrefois largement fréquentés par les hommes pour leurs plaisirs propres en dehors de la sexualité du couple. Aujourd'hui, les sex-toys sont adressés aux femmes pour elles individuellement d'une part, mais pour le couple aussi.

Tout se passe comme si la massification du phénomène sex-toys et le discours qu'elle porte se positionnait dans une dynamique de reconstruction d'un modèle de la bonne sexualité, c'est-à-dire conjugale, monogame, forcément épanouie et avec orgasmes simultanés obligatoires, avec sex-toys mais sans pornographie. Construction contradictoire, cette nouvelle norme sexuelle se construit sur un mode qui n'est ni moins injonctif ni moins oppressant pour celles et ceux qui ne s'y retrouvent pas mais en même temps sur la légitimation du désir et du plaisir féminin – ce qu'on ne saurait évidemment regretter.

 

Légitimation du plaisir féminin

Un des moments clés dans la légitimation sociale des sex-toys est leur apparition dans la série-culte américaine Sex and the city, au tout début des années 2000. Non seulement l'épisode a eu un retentissement médiatique colossal et a fait rentrer le « rabbit » – le modèle de vibromasseur utilisé par les héroïnes – dans la légende, mais le contexte même de la série est intéressant à décrypter. Sex and the city, ce sont des femmes de la « middle–class » américaine, de profils, d'âges, de professions mais surtout de rapports au couple et à la sexualité assez variés, qui discutent entre voisines et copines de mecs, d'amour, de sexe et… de sex-toys. Mais Sex and the city, c'est aussi une des séries-phare de la production américaine très grand public des dernières décennies et qui vise particulièrement un public féminin et qui propose in fine des modèles peu subversifs. Rien ici qui sente le souffre ou la contestation mais, au contraire, un modèle complètement intégré dans l'idéologie dominante.

L'apparition du « rabbit » dans la série ne dit rien sur les pratiques sociales réelles. Elle est en revanche très significative d'une évolution radicale des représentations : pour la première fois, un objet de la sexualité est représenté de manière positive à une échelle de masse, adressé aux femmes et représenté par des modèles avec lesquelles l'identification est possible pour toutes.

De nombreux autres éléments illustrent ce déplacement de la frontière des légitimités. Il nous semble que ce phénomène dépasse largement la seule question des objets du sexe mais participe d'une évolution plus globale des représentations et des pratiques, du plaisir et du désir pour les femmes. Ce que les personnages de Sex and the city disent, c'est aussi qu'il n'est plus illégitime ou marginal pour une femme de désirer, d'affirmer et d'assumer des désirs. Non seulement, elles ont recours aux sex-toys, mais elles en parlent. Et c'est ce phénomène de libération de la parole sans doute facilité par l'aspect « jeu » de l'objet qui est aussi à noter dans l'explosion des sex-toys.

En participant à la dissociation qui s’opère dans la société entre sexualité et reproduction, ils ouvrent des possibles en matière de sexualité. Le plaisir, l'orgasme comme fin en soi, deviennent légitimes pour les femmes comme ils l'étaient pour les hommes. Plus encore, ce que permettent les sex-toys, c'est la garantie d'accès à l'orgasme féminin pour soi, dans une logique d'autonomie et de réappropriation de son corps et de son plaisir.

Enfin, par sa forme même, le « rabbit » de Sex and the city nous dit autre chose d'important. Ce godemiché vibromasseur est constitué de deux parties, l'une destinée à la pénétration, l'autre – les oreilles du lapin – à l’excitation du clitoris. Alors que cet organe essentiel du plaisir féminin fait l'objet d'un black-out complet, les sex-toys participent là aussi à sa mise en lumière, à sa légitimation et à la meilleure connaissance de son rôle dans le plaisir féminin. De ce point de vue, le « rabbit » rejoint la campagne « Osez le clito » lancée par l'association « Osez le féminisme », non seulement pour combattre le fait que le clitoris est encore largement méconnu mais aussi en montrant que la sexualité et l'autonomie sexuelle des femmes est une question éminemment politique.

Il nous semble néanmoins prudent de ne pas faire preuve d'une confiance et d'un enthousiasme immodéré : ces évolutions sont loin de régler toutes les questions et de lever toutes les contraintes qui pèsent sur la sexualité des femmes, et il est difficile de mesurer précisément les implications qu’ont les sex-toys dans les pratiques sexuelles concrètes. L’enquête sur la sexualité de 2007 n'en faisait absolument pas état, ce qui est révélateur de la rapidité avec laquelle le phénomène s’est développé. Il serait intéressant de mesurer les évolutions récentes auxquelles les sex-toys ont pu, ou pas, conduire ou contribuer dans la réalité concrète des pratiques à une échelle de masse.

Reste que la diffusion des sex-toys représente indéniablement un changement non négligeable dans la manière dont se dessine la frontière de la légitimité sexuelle pour les femmes : l'ouverture d'un plus large éventail des possibles ne peut être qu'une bonne nouvelle pour les partisan·es de l'émancipation.

 

Conclusion

Au terme de ce voyage, nous avons vu comment les sex-toys apparaissent dans le paysage sexuel contemporain et les différentes significations qu'ils ont pu prendre au cours des deux siècles que nous avons traversés. D'abord objets du pouvoir, non pas sex-toys mais technologies médicales au service de la normalisation des désirs et des plaisirs. Ensuite réappropriés et resignifiés dans des sexualités radicales qui défient l'ordre sexuel, ils deviennent un phénomène de masse ambivalent qui permet la légitimation et l'autonomisation du plaisir féminin, en même temps qu'ils participent de la reconstruction et du renforcement d'un nouvel ordre sexuel.

Technologies du genre et du sexe, tour à tour objets du pouvoir ou des stratégies d'émancipation, ils nous ont permis de voir comment sexe, genre et sexualités sont des constructions qui mobilisent discours, actes et techniques pour s'ancrer dans les corps et les têtes, et assurer leur emprise en se donnant la force du naturel.

C'est ainsi que se construisent ce que Gayle Rubin décrit comme des hiérarchies sexuelles qui positionnent les pratiques sexuelles sur un axe de légitimité, du plus illégitime et réprouvé à la sexualité considérée comme bonne, saine et légitime, chaque pratique se plaçant de part et d'autre d'une frontière qui définit le sain et le malsain, le bon et le mauvais, le naturel et le contre-nature.

Les dynamiques politiques qui structurent les champs du sexe redessinent et repositionnent en permanence cette frontière. On a vu ainsi comment l'usage de sex-toys, ou plutôt d'un certain type de sex-toys dans le cadre d'une sexualité à deux, conjugale et monogame, est en train de passer de l'autre côté de la barrière. On pourrait le dire probablement aussi pour certaines façons de vivre l'homosexualité. Ces renégociations de la frontière des légitimités s'accompagnent couramment d'un renforcement de la norme, certes redessinée et remise à jour mais d'autant plus injonctive et brutale pour celles et ceux qui se retrouvent ou restent en dehors.

Au bout du compte, la véritable question que nous avons envie de poser n'est pas de savoir de quel côté de la frontière devrait se trouver l'usage des sex-toys. Elle consiste à poser la question de la légitimité de la frontière elle-même. Il n'est ni mieux ni pire, ni plus sain ni plus malsain d'avoir du sexe ou de ne pas en avoir, peu ou beaucoup, tout seul, à deux ou en groupe, dans un cadre conjugal ou pas, monogame ou non, avec ou sans sentiment, avec ou sans objet, etc.

Pour conclure, nous laissons la parole à Gayle Rubin qui écrivait dans « Le péril cuir » en 1981[26] : « ce qui est enthousiasmant, c'est que le sexe, pas simplement le genre, pas simplement les homosexualités – est enfin posé comme une question politique. Le fait de repenser les politiques du sexe a donné lieu à quelques-uns des discours politiques les plus inventifs depuis 1970 ». Elle concluait sur un appel à cesser de « craindre la diversité sexuelle » et à commencer à « apprendre d'elle ».

 

Cet article est le texte d'une intervention présentée dans le cadre de l'université d'été du Nouveau Parti Anticapitaliste, Port-Leucate, août 2011.




[1] Lisbeth Sal, « Le balai des sorcières : outil de la libération des femmes ? », intervention à l'Université d'été du Nouveau Parti Anticapitaliste, Port-Leucate, août 2010.

[2] Beatriz Preciado, Manifeste contra-sexuel, Balland, 2000, p. 145.

[3] Rachel P. Maines Technologies de l'orgasme. Le vibromasseur, l'« hystérie » et la satisfaction sexuelle des femmes, Payot, 2009.

[4] Ibid., p. 53.

[5] Ibid., p. 75.

[6] Ibid., p. 94.

[7] Ibid., p. 191.

[8] Elsa Dorlin et Grégoire Chamayou, « L'objet = X. Nymphomanes et masturbateurs XVIIIe-XIXe siècles », Nouvelles Questions féministes, n° 1, 2005, p. 53-66.

[9] E. Dorlin et G. Chamayou, art. cit.

[10] B. Preciado, op. cit., p. 78.

[11] E. Dorlin et G. Chamayou , art. cit.

[12] Baptiste Coulmont, « Le vibromasseur-godemiché : objet de plaisir » , EspacesTemps.net, Mensuelles, 23 décembre 2006.

[13] Ibid.

[14] BDSM : Bondage-Discipline, Domination-Soumission, Sado-Masochisme, appellation moderne qui regroupe toutes les sexualités fondées sur l'érotisation ou l'esthétisation de jeux de rôles autour du pouvoir, de la domination et de la douleur.

[15] Marie-Hélène Bourcier, Queer zones, politiques des identités sexuelles, des représentations et des savoirs, Balland, 2001, p. 87.

[16] B. Preciado, op. cit., p. 65.

[17] Philippe Liotard, « La chair appareillée : l’orgasme sous assistance », Robots, hybrides, cyborgs ; vers une approche de la trans-humanité, Nancy, jeudi 1er octobre 2009.

[18] B. Preciado, op. cit., p. 107.

[19] Prétextant la loi sur la protection de l’enfance de 1987 réformée en 2007 qui interdit « l’installation à moins de 200 mètres d’un établissement d’enseignement, d’un établissement dont l’activité est la vente ou la mise à disposition du public d’objets à caractère pornographique ».

[20] Gayle Rubin, « Penser le sexe », Surveiller et jouir, anthropologie politique du sexe, Epel, 2011, p. 173.

[21] B. Coulmont, art. cit.

[22] AFP Infos économiques, samedi 9 janvier 2010, « Les sex-toys investissent le télé-achat et inspirent une marque d’électroménager » par Jean-François Guyot.

[23] Claire Azéma, Stéphanie Cardoso et Marc Monjou, « Émergence du design et complexité sémantique des sextoys », La Revue du design, 2010 : http://www.larevuedudesign.com/2010/10/27/emergence-du-design-et-complexitesemantique-des-sextoys/.

[24] Sud Ouest, « Le sex-toy entre en ville », Isabelle Castéra, le 10 novembre 2006.

[25] Le Bien public, « Les cadeaux sexuels se vendent bien pour cette fête », propos recueillis par V. L., samedi 14 février 2009.

[26] Gayle Rubin, « Le péril cuir », op. cit., p. 133.

 

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date: 
26/10/2011 - 11:13
Lisbeth Sal et Pascal Levy