Dimanche 11 septembre 2011. 18h. Paris. Il pleut. Je suis rentrée de Corée du Sud hier. Je me suis rendue à Busan le mois dernier pour participer au congrès sur le sida dans la région Asie-Pacifique (ICAAP10[1]). La dernière conférence régionale avait eu lieu à Bali en Indonésie, il y a trois ans. Ces conférences peuvent souvent se révéler utiles, dans la mesure où elles permettent à des activistes de se regrouper et d’élaborer des stratégies, sur des enjeux qui peuvent être plus pertinents et efficaces à traiter au niveau régional. Pour prendre un exemple concret : de nombreux pays de la région négocient actuellement avec les États-Unis et l’Union Européenne des accords commerciaux bilatéraux qui risquent de renforcer les monopoles de l’industrie du médicament des pays occidentaux, aux dépens des intérêts des populations de ces pays. Ces accords auront d’autres effets extrêmement néfastes dans d’autres domaines (agriculture, etc.). Pour les activistes sud-coréens, et ceux de Thaïlande, de Malaisie ou d’Inde, il était donc plus que pertinent de réfléchir à réaliser des actions communes, et de mettre en avant le fait que les objectifs d’accès universel aux traitements contre le sida ne seront réalisables que si ces accords sont stoppés, en plus de revenir également sur la législation internationale actuelle qui limite la production et l’exportation de génériques. Un autre exemple : la question de l’hépatite C sur le continent. L’absence de disponibilité de son test de dépistage, sous le coup d’un monopole du laboratoire Roche, associé à une stigmatisation des populations les plus touchées par le virus (usager·ères de drogue, etc.) empêche la production de chiffres, qui eux-mêmes permettraient de montrer clairement les besoins urgents de financer la lutte contre ce VHC, qui devient la première cause de mortalité chez les personnes vivant avec le VIH dans de nombreux pays. Le traitement de l’hépatite C tombe également sous le coup de brevets et des monopoles de Roche et de Merck (Shering Plough) qui imposent des prix très élevés, rendant le médicament accessible à une infime minorité de personnes[2].

Une telle conférence devait également permettre de faire ressortir des enjeux nationaux, comme la question de la stigmatisation des migrants et des minorités dans le pays, de son impact sur la prévention et la prise en charge.

Cette conférence devait être une occasion pour les activistes de la région de poser des problématiques aujourd’hui essentielles telles que la question du besoin d’une prévention mieux ciblée à destination des homosexuels sur le continent asiatique. Au lieu de cela, ICAAP s’est révélé être une conférence extrêmement instructive pour les nombreux activistes régionaux qui avaient fait le déplacement, sur l’identification de nos réels alliés, et de nos ennemis. Instructive sur la question de la lutte contre le sida, des enjeux de santé publique, et de ce que valent les conférences mondiales ou régionales, instructive sur ce qu’à l’avenir nous ne pourrons plus tolérer d’organisateurs et des agences onusiennes. La Corée du Sud, jeune démocratie ultra-dynamique à l’industrie très développée versus la Corée du Nord, pays ultra-totalitaire, fermé et dangereux pour le monde civilisé. Sans oublier la Chine, dictature féroce. La Corée ne serait rien de tout cela. En deux semaines, j’ai pu avoir une illustration de la façon dont on peut constamment être manipulés par nos gouvernements et les médias dans la représentation que l’on se fait d’un pays quand on y a jamais mis les pieds. À la fois une chance de pouvoir le palper, et en même temps une réelle violence.

 

Récit

Tout d’abord, lors de l’arrivée à Incheon, l’aéroport international de Séoul, on ne peut que ressentir un certain malaise. Cet aéroport est immense, c’est presqu’une ville à part entière, avec des panneaux publicitaires qui vantent la Corée du Sud, ses collines, ses lotus, ses plages, et ses villes côtières comme Busan, le nouveau Miami. On nous propose même d’acheter une maison dans le « Los Angeles » local, une sorte de station balnéaire du sud du pays. Et puis on est rapidement perdus, car, contrairement à de nombreuses grandes villes chinoises, les indications routières sont uniquement inscrites en alphabet coréen (peu d’inscriptions en anglais). Dans le bus qui relie l’aéroport à Séoul, le paysage paraît, pour un étranger arrivé d’Europe de l’Ouest, complètement irréel, presque féerique, difficilement descriptible. Avec des ponts de cinq kilomètres de long, des usines immenses, le fleuve, des bateaux. Arrivé à l’hôtel, les surprises continuent avec un écran de télévision dans la chambre d’une taille d’un mètre sur deux, évidemment de la marque Samsung. Dans tous les lieux publiques où j’irai ensuite, je reverrai ce même modèle d’écran, omniprésent au pays de Samsung. Les toilettes sont également très élaborées avec de nombreux boutons (toutes les inscriptions dessus sont également écrites en coréen) permettant d’envoyer des jets d’eau de différentes intensités (il parait que c’est très courant au Japon). Et puis, on découvre des ordinateurs dans la chambre, évidemment avec un clavier en coréen, et lors de son démarrage, la musique de Windows envahit la chambre, grâce à des enceintes très puissantes disposées d’un bout à l’autre de la pièce. Dans un coin, un « kit de survie », autrement dit, une mallette contenant du matériel d’escalade pour descendre par la fenêtre en rappel en cas d’incendie, est soigneusement rangé (j’en verrai par la suite dans les autres hôtels où je séjournerai). Ensuite, après vingt minutes d’essai, et la télévision allumée, je zappe sur les différentes chaînes. Aucune anglophone, et principalement des chaînes de cuisine, avec des animatrices présentant différents morceaux de boeuf destinés à être mangés en barbecue, et expliquant les intérêts de telles ou telle partie de l’animal (évidemment, il ne s’agit que d’hypothèses faites à partir des images vues).

Au premier abord, ce pays est attirant, et le fait d’y être est assez excitant. Et on se sent un peu comme un des personnages du film Les Visiteurs, dans un autre temps, dans le futur, et soi-même complètement dépassé, maladroit, perdu. Dans les cafés et certains restaurants, on vous remet un objet électronique de la forme d’une soucoupe volante, qui se met à vibrer et à s’allumer pour vous indiquer que ce que vous avez commandé est prêt. On se dépêche alors d’aller chercher ce que l’on a commandé, de crainte que la mini-soucoupe volante ne s’envole réellement et d’être viré de l’endroit pour mauvaise conduite. Dans les gares, les lieux publiques, tout est automatisé. Dans le train pour Busan, les écrans de télévision disposés dans les wagons affichent souvent une vitesse de 300 km/h, mais on a, malgré tout, le temps de voir défiler le paysage, ses collines, ses champs, ou d’apercevoir sur les routes des camions transportant des marchandises. Une fois à Busan, on ressent encore autre chose. Cette ville est immense, elle est la ville coréenne la plus proche du Japon et une sorte de capitale économique. Des ponts futuristes permettent de relier la gare et l’aéroport au « centre-ville ». Et cette ville ne dort jamais. Des groupes de gens jouent et boivent sur la plage à partir de 18h et jusque dans la matinée. Lorsque vous allez acheter une bière au 7eleven ou FamilyMart (chaînes de supermarchés de proximité américains qui font fureur en Asie), les gérants vous offrent des vitamines C et essuient soigneusement l’emballage de votre canette. À n’importe quelle heure de la nuit, vous pouvez également acheter des feux d’artifice et les faire exploser dans la nuit sur la plage.

Au premier abord, vous vous sentez perdu, Lost in translation mais emballé par ce pays, même si quelque chose sonne faux.

 

Le lendemain de mon arrivée à Busan, je rencontre les activistes coréens pour la première fois physiquement, bien que nous ayons travaillé ensemble en 2008, lorsqu’ils se battaient pour l’accessibilité de l’inhibiteur de fusion Fuzeon[3]. Mais la réunion n’est pas évidente ; je pose des questions en anglais, qui sont traduites en japonais, par une activiste japonaise, puis qui sont traduites du japonais au coréen par une Coréenne vivant au Japon. Et là les activistes sud-coréens répondent. Le tout prend un temps fou. Heureusement, pour les réunions qui suivront, des traducteurs seront présents.

En cérémonie d’ouverture de la conférence, le lendemain, les activistes empêcheront la ministre de la Santé de lire son discours pendant plus d’une vingtaine de minutes, et réussiront sans problème, car l’attention des gardes a été détournée par la présence du président des îles Fidji[4].

 

 

Le deuxième jour de la conférence, une marche contre les accords de libre-échange a lieu, dans la joie et la bonne humeur, au début en tout cas[5]. Mais en prenant des photos à différents endroits de la marche, je réalise que des gardes (pas l’équipe de sécurité de la conférence – totalement inexistante, mais plutôt des gardes spéciaux, en costume et sans insigne) provoquent les activistes sud-coréens et les prennent en photos de manière relativement provocatrice. Plus tard, on m’expliquera que ces gardes sont l’équivalent de renseignements généraux ayant (ou s’octroyant) le droit d’user de la force pour casser des mouvements sociaux. Lors d’occupations d’usines par leurs salariés, par exemple, une des techniques de ces gardes et de la police est d’encercler l’usine et d’empêcher que toute nourriture, eau ou équipe médicale ne puisse y pénétrer. À la fin de la marche, les gardes en viennent aux mains, de manière isolée entre les stands du « village » de la conférence, et menacent d’arrêter les activistes. Leur technique est efficace ; ils s’attaquent à des activistes qu’ils ont isolés ce qui ne permet pas de filmer l’ensemble des violences[6]. Des manifestants sont presque piétinés, et rien ni personne ne parvient à faire revenir à la raison les gardes, qui appellent la police anti-émeutes. Ensuite, les activistes bloqueront la voiture de police dans laquelle une des activistes sud-coréenne, une avocate travaillant pour le droit des LGBT se trouve pour l’empêcher de partir pour le poste de police. Deux personnes seront hospitalisées à cause des coups des gardes et des policiers, et de nombreux autres seront marqués physiquement par la violence de la police coréenne. Une des personnes hospitalisée, recevra la visite de la police à l’hôpital, venue la menacer de l’arrêter. Les policiers refuseront également qu’une autre personne puisse être secourue, déclarant que « vu ses yeux, cette personne prend forcément des drogues ». Des activistes indiens expliqueront même que c’est la première fois qu’ils assistent à une telle violence, et que pas même à Delhi ou à Manipour, ils n’avaient assisté à une telle brutalité de la police qui les arrêtait ou leur tapait dessus.

 

 

Dans la soirée, et jusqu’à la fin de la conférence, nous avons essayé d’obtenir une communication des agences internationales et notamment d’ONUSIDA, dont le directeur, Michel Sidibé, avait fait un discours dénué de toute nuance en cérémonie d’ouverture : Sidibé avait parlé d’un pays « exemplaire », qui faisait « preuve de solidarité en accueillant cette conférence, qui plus est dans ce contexte d’austérité », alors « que la Corée a pourtant réussi à contrôler, contrairement à d’autres pays de la région, sa pandémie de VIH ». Même si les conseillers d’ONUSIDA et du Fonds Mondial ont vu de leur propres yeux ce qu’il s’est passé à la fin de cette marche, ONUSIDA ne communiquera pas sur ces événements, les médias coréens non plus. Aucun média ne parlera de ce qui s’est passé. On m’expliquera plus tard, que les médias coréens ne parlent de toute façon jamais de ce qui se passe vraiment dans le pays, notamment des mouvements sociaux. Les activistes communiqueront, eux, seuls, pour dénoncer ces violences[7]. Et les chambres d’hôtel de deux d’entre eux, un Australien et un Indonésien, seront fouillées dans les jours qui suivront. Un jour après la fin de la conférence, ONUSIDA publiera sur son site un communiqué de presse félicitant la Corée du Sud pour la gestion de l’épidémie de VIH et pour avoir accueilli la conférence régionale[8].

 

 

Quelques jours après, je rentre à Séoul, pressée de quitter le pays. Avant mon départ, je décide de me rendre à la DMZ, la zone démilitarisée à la frontière entre les deux Corées. Je monte dans un premier bus : une guide nous apporte quelques éléments historiques sur la séparation entre les deux Corées et sur pourquoi la zone démilitarisée a été créée. Elle raconte en prenant quand même quelques précautions oratoires une histoire qui n’est, précise-t-elle donc, « peut-être pas vraie » : des soldats nord-coréens auraient abattus des touristes américains qui se promenaient près de la frontière parce qu’ils avait pointé leur doigt vers le nord. Évidemment, personne n’en aurait parlé, et ça n’aurait créé aucun incident diplomatique. Elle explique que les soldats sud-coréens que nous verrons sont beaux, et qu’il faudrait les saluer. Puis elle se lance dans un discours, qui semble quelque peu officiel, sur l’intérêt d’une réunification ; cela permettrait les exportations, car elles seraient à nouveau possibles par voie terrestre, et un train pourrait même relier Séoul à Londres. « Oui, c’est le futur de la Corée qui est en jeu ». Une fois arrivé à la frontière, nous (les passagers du bus) sommes amenés dans un musée, puis dans une salle où est projeté un film. Ce film présente la DMZ comme une petite zone paradisiaque, où l’on peut observer des oiseaux. Dans le bus, la guide nous avait même dit que les habitants de la DMZ (il y a quelques villages dans cette zone) sont chanceux car ils sont exonérés de taxe et n’ont pas à faire le service militaire… Le film démarre et une voix off hollywoodienne nous explique que Pyongyang prépare des attaques visant Séoul, en creusant des tunnels, dont seulement quatre ont été découverts jusqu’ici. C’est un film de propagande, une sorte d’appel à l’effort national pour protéger la nation qui lutte, elle, pour la démocratie, et qui croit fermement en la réunification. Pour preuve, quelques minutes plus tard, à quelques kilomètres de là, on nous fait visiter une gare, opérationnelle, indiquant que le prochain train pour Pyongyang partira sur le quai 2. Évidemment, aucun train n’a jamais traversé cette gare. Cette gare n’a été construite « que dans l’attente de la réunification ». Il y a quelques années, George W. Bush était même venu célébrer l’inauguration de cette gare et saluer la démocratie sud-coréenne, « exemplaire ».

 

Pourtant, quand on interroge les activistes sud-coréens sur leur pays, une des première chose qu’ils répondent est leur lassitude de voir des Occidentaux passer quelques jours en Corée et trouver leur pays merveilleux, alors que dans ce pays, à 5h de l’après midi, les rues sont pleines de personnes qui errent, saoules. Le pays est d’ailleurs le deuxième en terme de consommation d’alcool au monde après la Russie. Le taux de suicide est le plus important au monde, devant le Japon. Le logement est inaccessible pour la majorité et les travailleurs ne bénéficient que de 5 jours de vacances par an. Tous les hommes doivent faire deux ans et demi de service militaire après leurs études, puis plusieurs fois au cours de leur vie. Dans le questionnaire d’entrée à l’armée, on leur demande s’ils ont déjà eu des relations homosexuelles. Souvent, ils se sentent suffisamment en confiance pour répondre oui. S’ils disent que c’est le cas, ils subissent le pire pendant toute la durée de leur service. Quant aux droits des LGBT, c’est simple : il y a une gay pride chaque année. Mais tout le monde défile masqué et les photos sont interdites. D’une manière générale, les personnes fichées une fois pour avoir pris part à des actions politiques le sont à vie, et si leur famille l’apprend, elles peuvent décider de les déshériter. Autre détail instructif : la langue coréenne permet de faire une distinction de classe en fonction de la personne à qui on s’adresse. Cette société fait réellement penser à une société castée, avec une hiérarchie entre les différentes classes, et où les droits des femmes n’existent que très relativement.

Busan n’est qu’à 200 km de Fukushima et personne ne parle des risques nucléaires suite au tremblement de terre et de ce qui continue de s’échapper de la centrale. Personne ne parle de l’alimentation ou du taux de radioactivité contenu dans l’eau lorsqu’il pleut sur Séoul.

 

Samedi 10 septembre, je quitte l’aéroport de Séoul, Incheon, écœurée. Cet aéroport a été classé « meilleur aéroport au monde ». En effet, vous pouvez tout y faire : profiter des spectacles vous présentant la culture coréenne. Acheter, évidemment, comme dans les plus grands aéroports, des sacs Louis Vuitton (ou Louis XIV – nouvelle marque en Asie). Vous pouvez également vous connecter gratuitement au wifi, partout. Car, oui en Corée, il y a du wifi, gratuit, partout. Un autre moyen de contrôler en plus des caméras de CCTV omniprésentes ? L’avion décolle, vers le sud, car il doit éviter de survoler la Corée du Nord, ce qui lui fait faire un certain détour.

 

Je reste très choquée par ce qui s’est passé à Busan, comme beaucoup d’autres activistes. Un tel décalage entre ce que l’on croit savoir en se basant sur les apparences et ce qu’un pays est vraiment, est extrêmement violent. C’est comme si la grille de lecture changeait complètement d’un instant à l’autre, et que plus jamais on ne pouvait voir les choses de la même manière à nouveau. Pendant des années, on vous fait croire que ce pays est une démocratie et vous le croyez. Pendant des années, on fait croire que les modèles japonais et coréens sont les bons pays d’Asie. Et en fait, vous comprenez qu’on vous fait croire cela car des intérêts politiques et commerciaux en jeu. On vous fait également croire cela, parce que « votre démocratie » utilise, à quelques nuances près évidemment, des moyens de contrôle qui sont les mêmes, et parce que « votre démocratie » défend des industries qui ont les mêmes intérêts que celles de ces pays. Vous comprenez alors que l’hypocrisie de nos dirigeants est sans limite. Que ce serait-il passé si ces violences avaient eu lieu en Chine ? Car la Chine est vue en Occident comme l’une des pires dictatures au monde. La menace de la Chine est utilisée chaque fois que l’on veut faire accepter quelque chose à une population, et notamment à l’heure actuelle, des plans d’austérité. La Chine est en train de devenir une sorte de nouveau point Godwin, le point Godwin du XXIe siècle. La référence ultime quand on veut faire voter n’importe quelle réforme, n’importe quel plan, pour expliquer que ces mesures sont toujours mieux que cette menace. Pourtant, ce jeu auquel sont en train de perdre l’Europe et les États-Unis, c’est eux qui l’ont créé, pour mieux exploiter, mieux piller les pays pauvres pendant des décennies. Quelle est la différence profonde entre la Corée du Sud et la Chine en terme de pouvoir autoritaire et de respect des droits humains ? Mise en part le fait que le capitalisme atteint des sommets en Corée, et que Séoul aurait bien sa place dans un livre de Mike Davis, en particulier Paradis infernaux. Les villes hallucinées du néo-capitalisme[9], décrivant quelques villes où tout est au service des plus riches et où l’exploitation des travailleurs sous leur pire forme est de rigueur ? Au moins, la Chine ne prétend pas être ce qu’elle n’est pas. La Corée du Sud, elle, prétend être une démocratie exemplaire, et tout le monde y croit, la Corée organise Coupe du Monde de football ou Mondiaux d’athlétisme, les organisateurs de la conférence proposent que ICAAP ait lieu en Corée, le directeur d’ONUSIDA s’écrase lâchement face au gouvernement coréen.

 

30 ans de sida, toujours 6 000 morts par jour, et un pays organisateur d’une conférence sur la question qui piétine, arrête, fiche et traque des militants venus défendre LEUR accès à des traitements VITAUX, menacé par le manque de financement et des accords ne protégeant que les intérêts des industries pharmaceutiques des pays du nord. Une liberté de la presse relative, une police et une armée contrôlant plutôt que le contraire le gouvernement, un directeur d’ONUSIDA qui cautionne le tout. Cette fin août 2011 fut très instructive. Espérons que les évènements qui ont eu lieu à Busan permettent aux activistes de redoubler d’efforts pour faire barrage aux politiques agressives des pays occidentaux, qui préfèrent voir privés de traitements des populations entières, afin de soigner les bénéfices, toujours en pleine croissance, de leurs industries du médicament, le secteur le moins touché au monde par la crise.



[1] 10th International Congress on AIDS in Asia and the Pacific [NdR].

[2] Pour aller plus loin sur les enjeux autour de l’accès aux traitements de l’hépatite C, voir le texte sur la situation de la Thaïlande « Guerre contre les usagers de drogue » paru dans la revue Vacarme n° 55, par Jérôme Martin et Pauline Londeix : http://www.vacarme.org/article2019.html.

[3] Voir les photos de la campagne menée contre Roche sur le site actupparis.org : http://www.actupparis.org/spip.php?article3544.

[5] Voir les photos de la marche contre les accords de libre-échange, avant qu’elle ne dégénère : http://www.actupparis.org/spip.php?article4632.

[7] Voir le communiqué d’Act Up-Paris, APN+, APNSW, ITPC http://www.actupparis.org/spip.php?article4630.

[9] Mike Davis et Daniel B. Monk (dirs), Paradis infernaux. Les villes hallucinées du néo-capitalisme, Les Prairies ordinaires, 2008.

 

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