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Quand le capitalisme guerrier se verdit. À propos de « La Coalition climat », de Pierre Charbonnier
27 février 2026

Quand le capitalisme guerrier se verdit. À propos de « La Coalition climat », de Pierre Charbonnier


Étudiant en philosophie, Tristan Borel discute ici des thèses élaborées par Pierre Charbonnier dans un livre qui se propose de « ne pas en rester à des débats généraux », mais de « partir des acteurs concrets, de leurs intérêts et de leurs contradictions pour surmonter les blocages économiques et sociaux auxquels nous faisons face ». Après avoir résumé les thèses principales du livre, il propose une critique de l’ambiguïté de son réalisme écologique et de sa défense de l’idée de progrès.
Pierre Charbonnier, La Coalition climat. Travail, planète et politique au XXIe siècle, Seuil, coll. « Le compte à rebours », 2025.

Avons-nous les bons concepts en science politique et plus largement dans les sciences sociales pour saisir les nouveaux enjeux qui émergent à l’aune de la catastrophe climatique ? Et si des notions comme la lutte des classes ou la simple croissance étaient surannées pour comprendre le problème (géo)politique que pose la réalité climatique aujourd’hui ? Ne faut-il pas, au regard d’un problème absolument nouveau et unique, comme le dérèglement climatique, renouveler notre manière de rendre intelligible les phénomènes politiques et sociaux qu’il fait apparaître ?

Tel est le point de départ du dernier livre de Pierre Charbonnier, La Coalition climat. Travail, planète et politique au XXIe siècle (2025). Il faut dire avant tout que cette œuvre est la continuation et même l’implication théorique d’un travail précédent, celui de Vers l’écologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix (2024). Dans ce livre, l’auteur retraçait la manière dont historiquement nous avons fondé la paix internationale, que ce soit dans les discours ou matériellement, sur les énergies fossiles.

Dans cette démarche, il pensait les rapports politiques à travers le prisme de la sécurité et du conflit, même en matière de souveraineté économique, en se plaçant dans le sillage d’une méthode dite « réaliste »[1]. Désormais, P. Charbonnier cherche à tirer le fil des nouveaux rapports politiques et sociaux eu égard à l’enjeu climatique afin d’en dégager les nouvelles lignes de force, c’est-à-dire les nouveaux clivages qu’il produit et, de là, d’établir les décisions qu’il faudrait prendre conformément à ce que la situation exige.

Partant, le dessein de l’ouvrage est triple. D’abord, proposer un travail conceptuel nouveau pour saisir la réalité de la situation climatique en profondeur. Ensuite, établir l’ensemble des forces sociopolitiques et leurs rapports, en lien avec leurs intérêts propres dans cette situation climatique inédite. Enfin, faire l’état des différentes stratégies employées par ces mêmes forces dans les faits, au regard d’une nouvelle compréhension descriptive et prescriptive de la situation mondiale dont l’enjeu climatique est devenu la nouvelle ligne de clivage.

Essayons de déployer les thèses principales du livre et les arguments qui les soutiennent, avant de procéder à une critique en deux temps du travail de l’auteur, d’abord au sujet de l’ambiguïté de son réalisme écologique, puis de sa défense de l’idée de progrès.

Un mauvais référentiel : le climat au profit de l’environnement

Afin de repenser les nouveaux clivages sociaux, il faut, selon l’auteur, repenser notre manière de concevoir le problème environnemental à la racine, c’est-à-dire renouveler notre « référentiel[2] » hérité. Là où nous remettons en question nos actions, à l’échelle locale, vis-à-vis de l’environnement immédiat, il faut désormais les interroger à travers le prisme du climat, autrement dit à l’échelle mondiale. En d’autres termes, il faut passer du référentiel environnemental, qui a été et qui est toujours le nôtre, au nouveau référentiel climatique, qui est celui que la situation exige.

Cela signifie que la pensée climatique doit supplanter la pensée environnementale. Il ne faut plus, par exemple, empêcher de nouvelles industries et de nouvelles exploitations si elles sont adéquates à la transition climatique, mais nocives à l’environnement immédiat[3]. Autrement dit, selon P. Charbonnier, il faut sortir d’un environnementalisme candide qui serait profondément lié à un privilège écologique propre aux pays les plus riches du monde. Cette analyse possède à la fois une dimension prescriptive (il faut changer de référentiel) et une dimension descriptive (ce changement a effectivement lieu).

L’auteur soutient que le monde politique se climatise[4], autrement dit que le référentiel climatique prend le pas sur celui vieillissant de l’environnementalisme, au moins dans les discours. Ce nouveau paradigme, plus idéel que matériel, dessine à nouveaux frais le monde social, politique et géopolitique, car c’est dorénavant dans la course à la transition que les nations se font compétition et mettent en jeu leur sécurité, leur souveraineté et ainsi leurs intérêts existentiels. C’est pourquoi il nous faut à la fois constater et penser une nouvelle ligne de clivage sociopolitique.

Une nouvelle ligne de clivage : l’émergence des coalitions

C’est dans cette démarche que l’auteur fait réapparaître le plus manifestement le réalisme écologique dont il se réclamait dans son ouvrage précédent, qui faisait naître la notion d’« écologie de guerre » et proposait déjà, pour terminer, une esquisse des coalitions. Cette méthode lui permet d’établir, à l’aide de son nouveau référentiel comme prisme d’analyse, l’existence d’une binarité de coalition : l’une dite fossile et l’autre dite climat.

La première est constituée de tous les groupes sociaux et politiques qui ont des intérêts dans les énergies fossiles ou dont la souveraineté, voire l’existence, est fondée sur ces mêmes énergies, de manière contrainte ou non. Il prend lui-même l’image d’une grande « mâchoire » (p. 77-78) représentant cette coalition, dont la partie supérieure serait l’élite économique et technocratique fondée sur le fossile, et la partie inférieure des groupes sociaux émetteurs malgré eux, c’est-à-dire employés dans des secteurs fossiles ou émetteurs contraints de gaz à effet de serre (GES).

L’auteur d’Abondance et liberté justifie l’hétérogénéité entre les différents acteurs de cette nouvelle catégorie sociale et géopolitique par plusieurs aspects : leur intérêt commun autour du fossile, leur opposition à la coalition opposée et leur absence de conscience de coalition. Selon lui, c’est seulement une coalition en soi qu’il faut délimiter pour saisir le nouveau clivage qui s’opère aujourd’hui sur le socle du climat, pour désigner un ennemi commun à la coalition la plus importante, celle à forger et à défendre : la coalition climat.

Celle-ci désigne tous les individus, groupes sociaux et forces politiques qui ont un intérêt à suivre la voie de la transition écologique, c’est-à-dire à allier sobriété, efficacité et substitution dans leurs choix politiques. Elle est composée de ceux qui construisent leur souveraineté, qui défendent leur existence dans l’arène géopolitique, sur le fondement d’un nouveau consensus technologique conforme à la soutenabilité, autrement dit toutes les politiques industrielles centrées sur les énergies renouvelables, comme la mobilité électrique. Cette notion est centrale pour saisir la réalité de la coalition climat et la possibilité d’une transition écologique collective fondée économiquement et socialement.

Le consensus technologique, soubassement de la coalition climat

La coalition climat, qu’elle soit réelle ou à faire, doit en effet se forger sur la base d’une infrastructure technique et économique cohérente, à opposer à celle présente et bien ancrée de la coalition fossile. D’où le concept de « consensus technologique » évoqué précédemment, défini comme « la formation d’une représentation partagée et politiquement motrice de la contribution des techniques à la vie sociale et au développement » (p. 55).

En d’autres termes, cette notion désigne à la fois l’horizon technique et économique que la société se donne, en cohérence avec ses propres enjeux, et sa manière de produire effectivement. Elle constitue ce qui rend possible la transition écologique, parce qu’elle est la condition de la cohérence et de la puissance de la coalition climat qui compte porter cette même transition.

Partant, selon l’auteur, c’est en remaniant l’ensemble de l’industrie, et donc le monde du travail, dans le sens de la soutenabilité que la coalition climat peut émerger comme force opposée à la coalition fossile. Il faut que les États entreprennent des politiques industrielles alignées avec le référentiel climatique, et non environnemental, et portées par le consensus technologique, ce qui permettrait de forger des centres d’intérêt économiques pour la transition. Néanmoins, le changement proposé par l’auteur n’est pas une restructuration fondamentale du système de production ; seul son objet est changé.

Le système de production doit en effet demeurer capitaliste et l’industrie doit continuer de chercher la croissance, mais pas sur le socle du fossile : plutôt sur celui des nouvelles technologies dites « vertes », c’est-à-dire électriques. P. Charbonnier soutient même que « c’est seulement à partir de ce consensus que les idées de progrès et de développement pourront reprendre sens » (p. 55).

En résumé, si une société souhaite intégrer la coalition climat, elle doit se construire en miroir de celles composant la coalition fossile, autrement dit de façon identique mais inverse. Il lui faut des politiques industrielles fortes, pour avoir une industrie dynamique, et un imaginaire animé par l’idée de progrès afin d’être compétitive sur le plan international. L’unique différence, entre la coalition climat et la coalition fossile, est l’énergie sur laquelle sont fondés leurs intérêts économiques et donc leurs « politiques existentielles ».

Il est donc nécessaire que ces deux coalitions soient opposées, et même ennemies, car l’une est forcément une menace pour l’autre au niveau international et commercial. Maintenant que le nouveau cadre conceptuel a été établi pour saisir la nouvelle ligne de clivage politique, il faut l’appliquer aux faits pour saisir qui, dans la réalité géopolitique et sociale, fait réellement partie de la coalition climat ou fossile.

Les deux pôles Est-Ouest de la guerre climatisée

Dans la réalité géopolitique actuelle, P. Charbonnier dégage deux pôles déployant chacun sa propre stratégie face au nouvel enjeu climatique, que ce soit verbalement ou matériellement. D’un côté les États-Unis, dont la stratégie est un retour à la « Destinée Manifeste » de l’expansion de territoire et de l’exploitation sans limites de toutes les ressources ; de l’autre côté la Chine et son avant-gardisme technologique permis par son taux record d’émissions mondiales de GES, lui-même causé par son énorme consommation de charbon.

L’Europe, dans ce rapport de force climatique, n’a pas réussi à déployer une stratégie claire et à s’imposer, même avec le Clean Industrial Deal, ou auparavant le Green New Deal, qui traduisait selon l’auteur une réelle politique industrielle, forte et conforme au dessein de la coalition climat. Or, le seul pôle qui semble s’en rapprocher est celui de l’Est, bien qu’il reste le premier émetteur mondial de GES, alors que la politique trumpienne forme pour l’instant la plus grande force de la coalition fossile, la plus grande menace dans la guerre climatisée.

La cause de cet échec est selon P. Charbonnier l’absence de processus de prise de décision efficaces au sein de l’Union Européenne, ce qui l’empêche de défendre sa souveraineté et sa sécurité, à l’inverse des deux autres pôles ayant de grandes tendances autoritaires. N’oublions pas que P. Charbonnier propose une conception de la géopolitique climatique dont le soubassement idéologique est la sécurité, les politiques existentielles et donc la guerre.

C’est pourquoi il soutient la remilitarisation de l’Europe dans l’optique d’une défense existentielle face à la coalition fossile et à la menace russe. Il défend l’existence de l’écologie de guerre et le fait que « l’investissement militaire stricto sensu [est] nécessaire mais non suffisant pour garantir la sécurité communautaire, qui inclut un volet technologique et plus particulièrement énergétique, donc climatique » (p. 134).

La vision guerrière de l’écologie proposée par l’auteur dépasse même la thèse selon laquelle la militarisation participe de la transition écologique ; elle va jusqu’à identifier la transition et la guerre sur un plan formel. Autrement dit, investir dans l’armement ne sert pas uniquement à défendre la coalition climat et les sociétés qui la composeraient : « dépense militaire et dépense de transition ont la même signification formelle même si elles s’expriment dans des secteurs différents – l’une ne peut être conduite sans ou contre l’autre, chacune soulage l’autre en permettant d’atténuer le risque encouru et, en cas d’irruption de l’événement catastrophique, de s’en protéger » (p. 134).

Selon l’auteur, il est donc impossible de penser la transition écologique sans une nouvelle course à l’armement menée par ceux qui composent la coalition climat, tandis qu’inversement la guerre doit s’adapter au nouveau clivage sociopolitique. Ainsi, ce n’est pas seulement l’écologie qui se transforme en écologie de guerre, c’est-à-dire en politique existentielle, mais bien la guerre qui se climatise également.

Bilan d’un travail incertain : un « réalisme » ambigu

Les travaux de P. Charbonnier ont déjà fait l’objet de beaucoup de critiques, que ce soit à propos de son approche historique des idées, que certains auteurs considèrent sélective[5], ou de sa manière de penser les rapports politiques et climatiques à travers le prisme du territoire, de la sécurité et donc de la guerre, comme il le fait depuis Vers l’écologie de guerre[6]. Or, La Coalition climat étant moins un approfondissement théorique qu’un effort d’application concrète des livres qui ont précédé, ces problèmes n’ont en aucun cas disparu.

Ces critiques ayant déjà été émises, il est sans doute plus intéressant d’ouvrir la discussion sur d’autres problèmes du livre, le plus central étant celui de la réalité empirique des coalitions comme catégories socio-économiques. En effet, la thèse désignant la transition climatique comme la nouvelle ligne de clivage n’apparaît pas entièrement cohérente. Au commencement du livre, l’auteur soutient qu’elle joue « le rôle de matrice, d’infrastructure — au sens que lui donne la pensée marxiste — historique déterminante » (p. 14). Ainsi, elle supplanterait les anciens clivages socio-économiques comme les anciennes classes sociales.

Cependant, plus loin, P. Charbonnier modifie sa thèse en défendant qu’il « serait aujourd’hui hasardeux d’affirmer que la question climatique est devenue, sur un plan strictement empirique, la ligne de clivage qui subordonne toutes les autres, le terrain d’affrontement ultime qui détermine le développement historique » (p. 36).

Ce flottement manifeste, qui fragilise sensiblement le propos général de l’œuvre, trahit l’ambiguïté fondamentale d’un prétendu réalisme écologique dont on ne sait pas exactement s’il s’arrête à l’analyse des discours, comme P. Charbonnier l’exprimait au début de son livre précédent[7], ou bien s’il est l’unique méthode pouvant rendre compte de ce qui est, dorénavant, historiquement et empiriquement déterminant.

Sachant que les coalitions sont extrêmement hétérogènes en leur sein, et que l’auteur considère lui-même que la « coalition climat » est « étroite démographiquement, privée de pouvoir politique et réduite à une fonction expressive » (p. 100), comment adhérer à l’idée qu’elles sont réellement des catégories sociopolitiques déterminantes, et non pas des constructions idéalistes fondées principalement sinon uniquement sur des discours, un simple « angle de lecture de la vie sociale » (p. 36) ?

La difficulté se situe dans la prétention de l’auteur à dépasser la division, d’origine marxiste, de la société en classes par l’introduction du concept de coalition. Outre l’ambiguïté quant à la réalité empirique des coalitions, c’est le caractère théoriquement heuristique de ce nouveau clivage sociopolitique qui peut être questionné. Là où P. Charbonnier perçoit l’« intérêt du concept de coalition » dans sa capacité à « assumer le caractère composite du groupe social transformateur » (p. 99), il est possible d’y voir plutôt l’évacuation des inégalités sociales face à l’enjeu climatique ; des inégalités que la pensée marxienne ou la sociologie bourdieusienne mettent en évidence. La coalition fossile ayant une composition volontairement hétérogène, les ruraux se déplaçant en voiture autant que les technocrates constituent, selon l’auteur, l’ « ennemi plus radical contre lequel se battre » (p. 100).

Un tel prisme d’analyse des rapports sociaux met alors sur un pied d’égalité une minorité d’ultrariches extrêmement pollueuse et des groupes sociaux ayant des émissions contraintes, c’est-à-dire dues à des nécessités socio-économiques[8]. Bref, le concept de coalition, ou du moins la façon dont il est manié, semble occulter une part importante de ce que nous enseignent les grilles de lecture sociologiques existantes[9].

Une autre raison qui, dans le texte lui-même, pousse à douter de la réalité sociale et politique des coalitions est l’usage à première vue contradictoire d’une des références mobilisées. Au début du deuxième chapitre, dans la perspective de construire la binarité de coalition comme perspective de lecture cohérente ou comme nouvelle réalité empirique, P. Charbonnier évoque le travail de Jean-Yves Dormagen pour soutenir son argumentation. Or, la citation qu’il utilise tend à infirmer plutôt qu’à confirmer l’idée que l’enjeu climatique forme un nouveau clivage économique, politique ou sociale :

« [l]’écologie ne constitue donc pas un clivage en soi, au sens où elle imposerait sa propre logique clivante indépendamment des autres clivages existants »[10].

Pour nuancer le propos de J-Y. Dormagen, qui ne semble pas aller dans son sens, P. Charbonnier écrit que « cela ne retire rien au fait que les divergences d’opinions font l’objet d’une « climatisation » » (p. 72). Il n’empêche que cela ne fait pas pour autant de l’enjeu climatique la nouvelle ligne de clivage sociopolitique réelle et exclusive.

Certes, l’écologie semble apparaître dans les discours contemporains à tous les niveaux, mais peu de choses conduisent à croire qu’elle s’inscrit autrement dans les rapports sociaux et politiques. L’argumentation de La coalition climat est fragilisée par une ambiguïté constante qui empêche de savoir si l’auteur fait des coalitions une réalité empirique ou bien une nouvelle manière de penser conceptuellement les rapports sociopolitiques. De plus, la nature disparate des coalitions tend davantage à brouiller notre compréhension des rapports sociopolitiques à l’origine de la catastrophe climatique qu’à les éclaircir.

Le retour verdi du fordisme : le progrès… toujours le progrès

Une autre thèse du livre, quelque peu inquiétante, est l’idée d’un consensus technologique comme unique voie possible de la transition écologique. En réalité, P. Charbonnier n’invente pas cette solution à l’enjeu climatique ; il s’inspire de l’histoire, et pas de la meilleure. Quand il fait apparaître cette notion, il évoque rapidement le modèle « fordiste » du début du XXe siècle et le présente comme un « consensus très large, qui fournit son socle à la négociation entre le capital et le travail, entre l’industrie et l’État, entre les villes et les campagnes, entre les individus comme travailleurs et consommateurs » (p. 56). Il admet cependant que « [ce] consensus n’a évidemment rien de naturel, [qu’il] est le produit de choix conscients, sans être nécessairement démocratiques » (p. 56). Mais cela ne l’empêche pas d’en faire le modèle de la transition écologique, l’unique solution collective face à la catastrophe climatique.

Le problème est double. Premièrement, l’auteur soutient que le fordisme a été consensuel, qu’il constituait une « très large adhésion à un futur commun – l’écologie radicale et la critique de la société de consommation étant des voies intellectuelles critiques importantes, mais socialement marginales » (p. 57). Par-là, il occulte, de même que pour la lutte écologique contemporaine, les insurrections locales et même l’ensemble conséquent des revendications ouvrières et citoyennes, comme y invitait une « autre histoire des « Trente Glorieuses »[11] ». Il balaye l’avènement du travail à la chaîne, et toutes les aliénations qui en sont le produit, en les résumant comme des « souffrances […] consenties au nom des promesses de l’avenir ». Le problème principal n’est pas tant qu’il fait souvent une lecture à son avantage de l’histoire politique ou des idées politiques[12], que le positionnement impliqué par une telle lecture.

Deuxièmement, P. Charbonnier fait de ce moment historique un modèle constituant l’unique voie menant à la transition[13]. Autrement dit, la solution sociopolitique à la catastrophe climatique, telle que l’auteur la conçoit, peut être antidémocratique et peut se fonder sur une souffrance généralisée de l’ensemble des travailleurs. Elle peut aussi être la subordination de toute une société à l’idée de progrès et peut se caractériser par la conservation du mode de production capitaliste. En résumé, la solution de P. Charbonnier consiste à demeurer dans la même société qui a produit le dérèglement climatique. L’unique changement nécessaire à la transition, selon lui, est l’énergie qui fonde le système actuel : les énergies fossiles[14].

Or, outre le fait que l’opposition binaire entre deux coalitions adverses semble triviale, ou simpliste, la difficulté centrale de la thèse de l’auteur est qu’il réduit la catastrophe environnementale au climat, c’est-à-dire aux émissions de GES. Il néglige totalement les autres problèmes écologiques, comme l’effondrement de la biodiversité et les pollutions diverses qui, elles, ne sont pas prises en compte par son nouveau référentiel climatique. Un capitalisme effréné, même supporté par un consensus technologique fondé sur les énergies renouvelables, serait une catastrophe écologique.

En conséquence, l’auteur ne propose que des vieilles solutions au problème nouveau que pose la réalité climatique[15]. Ses thèses ne tendent à modifier ni le système de production, ni les rapports sociopolitiques actuels, alors que c’est en eux que la catastrophe climatique trouve son origine. Finalement, P. Charbonnier ne semble être qu’un promoteur de plus du capitalisme vert en évinçant, par principe, l’éventualité que ce soit le système de production lui-même qui soit impossible à sauvegarder en même temps que la biodiversité[16].

C’est pourquoi sa disqualification des défenseurs de la décroissance est hâtive et superficielle. Il les évoque sur quelques pages seulement et résume grossièrement l’ensemble de leurs travaux ainsi : « [à] la panacée de la croissance répond une panacée de la décroissance […] » (p. 124), comme s’il était possible de les subsumer sous cette seule idée. Sa propre thèse, en revanche, paraît réductible en une unique pensée : à la panacée de la croissance fossile répond une panacée de la croissance électrique. Les industries électriques et numériques, pour Charbonnier, n’entraînent vraisemblablement aucune conséquence néfaste sur l’environnement et n’ont pas toute une infrastructure physique conséquente[17].

C’est la raison pour laquelle l’idée de transition qu’il soutient dans ce livre ne se fonde en réalité que sur un aspect du problème, qui est certes très grave et qu’il faut résoudre, mais qui n’est pas suffisant pour saisir pleinement l’enjeu écologique.

***

Le travail de Pierre Charbonnier a le mérite de vouloir donner toute sa force historique à l’enjeu climatique et de saisir l’ensemble des rapports sociaux et politiques que ce nouveau « référentiel » implique. Son travail donne même déjà naissance à d’autres réflexions qui utilisent son nouveau paradigme écologique guerrier comme point de départ, car le livre s’achève sur quatre articles de différents auteurs regroupés sous le titre « Rebonds et explorations »[18].

Néanmoins, les aspects discutables de la méthode, les contradictions manifestes dans le propos, mais aussi le fait qu’il n’évoque à aucun moment les mouvements écologistes populaires et les courants d’écologie radicale, ou qu’il balaye sommairement ses contradicteurs prônant la décroissance ou critiquant l’idée même de progrès, tous ces éléments constituent les limites d’un discours qui paraît verser trop facilement dans une conception conflictuelle et violente de l’écologie politique.

Ce même discours, qui en dernière analyse prône une idée triviale de la transition, ne fait en réalité qu’« enfoncer un bon nombre de portes ouvertes »[19] que les technocrates et les gouvernements avaient déjà traversées sans lui.


Notes

[1] Voir P. Charbonnier, Vers l’écologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix, La Découverte, Paris, 2024, chap. 7 : « Climat et puissance au XXIe siècle : Pour un réalisme écologique », p. 265-275.

[2] Concept qu’il emprunte à Bruno Jobert et Pierre Muller dans L’État en action. Politiques publiques et corporatismes, PUF, 1987.

[3] Il prend lui-même l’exemple du projet de construction d’une mine de lithium dans l’Allier qu’il défend comme une nouvelle industrie allant dans le sens de la transition climatique, bien qu’elle ait nécessairement un impact négatif sur l’environnement local.

[4] Concept qu’il emprunte, cette fois-ci, à Stefan C. Aykut et Lucile Maertens dans « The Climatization of Global Politics : Introduction to the Special Issue », International Politics, vol. 58, n° 4, 2021, p. 501-518.

[5] Pour une critique approfondie d’Abondance et liberté, voir A. Berlan, « Réécrire l’histoire, neutraliser l’écologie politique », Terrestres, 2 novembre 2020. Cet article a fait l’objet d’une réponse de l’intéressé dans la même revue : P. Charbonnier, « Faire la guerre ou faire la paix », Terrestres, 12 novembre 2020. Lire également la critique de Daniel Tanuro : « La liberté, l’abondance et leur forme historique », Contretemps, 27 juillet 2020.

[6] Pour une critique exhaustive de ce problème, voir V. Rissier, « Écologie de guerre. Le grand alignement militariste de l’écologie libérale », Contretemps, 29 septembre 2025.

[7] Il écrit en effet : « Il faut insister ici qu’il s’agit là de discours, d’une stratégie dont, pour l’instant, on ne voit pas les conséquences sur les courbes d’émissions de gaz à effet de serre » (P. Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, op. cit., p. 8.)

[8] Sur les inégalités climatiques, voir le rapport d’Oxfam, « Carbon Inequality Kills », octobre 2024.

[9] Voir par ex. Jean-Baptiste Comby, Écolos, mais pas trop… Les classes sociales face à l’enjeu environnemental, Raisons d’agir, 2024.

[10] J-Y. Dormagen, « Comprendre le nouveau clivage écologique : données inédites », Le Grand continent, novembre 2023. Cité en note de bas de page (n° 9) par P. Charbonnier à la page 72.

[11] Voir Céline Pessis, Sezin Topçu, Christophe Bonneuil (dir.), Une autre histoire des « Trente Glorieuses ». Modernisation, contestations et pollutions dans la France d’après-guerre, La Découverte, 2013.

[12] Pour ce problème, voir à nouveau A. Berlan, « Réécrire l’histoire, neutraliser l’écologie politique », Terrestres, 2 novembre 2020.

[13] Pierre Charbonnier aurait pu observer que le fordisme a d’abord été le modèle d’une dystopie qui a marqué le début du XXe siècle : Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. S’il est nostalgique de cette époque, on ne peut que l’enjoindre à (re)découvrir cette lecture qui ne manquera pas de l’émerveiller.

[14] Comme nous l’avons évoqué plus tôt, même la guerre et la militarisation des rapports géopolitiques sont intégrées dans la transition écologique.

[15] Face à la lecture historique que propose P. Charbonnier et à son idée de la transition écologique, il est intéressant d’y opposer la pensée d’Andreas Malm qui montre l’impossibilité du capitalisme à concourir à la résolution de la crise climatique en raison de son origine historique et de sa manière de fonctionner. Pour cette comparaison, voir A. Malm, Fossil Capital. The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Verso, 2016, et en français L’Anthropocène contre l’histoire, La Fabrique, 2017.

[16] Il existe pourtant une littérature conséquente et critique du capitalisme vert, dont l’un des courants principaux est la pensée écosocialiste. Pour une exposition de ses fondements et de ses principaux arguments, voir M. Löwy, Étincelles écosocialistes, Amsterdam, 2024.

[17] Sur ce problème, voir par exemple E. Manac’h, « Data centers, un immense gâchis de chaleur », Reporterre, 5 mai 2025. Et pour une analyse plus approfondie de l’infrastructure électrique et numérique : F. Lopez, À bout de flux, Divergences, 2022 ; Gérard Dubey, Alain Gras, La servitude électrique. Du rêve de liberté à la prison numérique, Seuil, 2021.

[18] Dont l’un écrit par Léa Falco avec qui P. Charbonnier, et d’autres, ont co-fondé le collectif « Construire l’écologie ».

[19] N. Celnik, « Comment créer une « coalition climat » face aux intérêts fossiles », Reporterre, 21 novembre 2025.

27 février 2026

Quand le capitalisme guerrier se verdit. À propos de « La Coalition climat », de Pierre Charbonnier

Étudiant en philosophie, Tristan Borel discute ici des thèses élaborées par Pierre Charbonnier dans un livre qui se propose de « ne pas en rester à des débats généraux », mais de « partir des acteurs concrets, de leurs intérêts et de leurs contradictions pour surmonter les blocages économiques et sociaux auxquels nous faisons face ». Après avoir résumé les thèses principales du livre, il propose une critique de l’ambiguïté de son réalisme écologique et de sa défense de l’idée de progrès.
Pierre Charbonnier, La Coalition climat. Travail, planète et politique au XXIe siècle, Seuil, coll. « Le compte à rebours », 2025.

Avons-nous les bons concepts en science politique et plus largement dans les sciences sociales pour saisir les nouveaux enjeux qui émergent à l’aune de la catastrophe climatique ? Et si des notions comme la lutte des classes ou la simple croissance étaient surannées pour comprendre le problème (géo)politique que pose la réalité climatique aujourd’hui ? Ne faut-il pas, au regard d’un problème absolument nouveau et unique, comme le dérèglement climatique, renouveler notre manière de rendre intelligible les phénomènes politiques et sociaux qu’il fait apparaître ?

Tel est le point de départ du dernier livre de Pierre Charbonnier, La Coalition climat. Travail, planète et politique au XXIe siècle (2025). Il faut dire avant tout que cette œuvre est la continuation et même l’implication théorique d’un travail précédent, celui de Vers l’écologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix (2024). Dans ce livre, l’auteur retraçait la manière dont historiquement nous avons fondé la paix internationale, que ce soit dans les discours ou matériellement, sur les énergies fossiles.

Dans cette démarche, il pensait les rapports politiques à travers le prisme de la sécurité et du conflit, même en matière de souveraineté économique, en se plaçant dans le sillage d’une méthode dite « réaliste »[1]. Désormais, P. Charbonnier cherche à tirer le fil des nouveaux rapports politiques et sociaux eu égard à l’enjeu climatique afin d’en dégager les nouvelles lignes de force, c’est-à-dire les nouveaux clivages qu’il produit et, de là, d’établir les décisions qu’il faudrait prendre conformément à ce que la situation exige.

Partant, le dessein de l’ouvrage est triple. D’abord, proposer un travail conceptuel nouveau pour saisir la réalité de la situation climatique en profondeur. Ensuite, établir l’ensemble des forces sociopolitiques et leurs rapports, en lien avec leurs intérêts propres dans cette situation climatique inédite. Enfin, faire l’état des différentes stratégies employées par ces mêmes forces dans les faits, au regard d’une nouvelle compréhension descriptive et prescriptive de la situation mondiale dont l’enjeu climatique est devenu la nouvelle ligne de clivage.

Essayons de déployer les thèses principales du livre et les arguments qui les soutiennent, avant de procéder à une critique en deux temps du travail de l’auteur, d’abord au sujet de l’ambiguïté de son réalisme écologique, puis de sa défense de l’idée de progrès.

Un mauvais référentiel : le climat au profit de l’environnement

Afin de repenser les nouveaux clivages sociaux, il faut, selon l’auteur, repenser notre manière de concevoir le problème environnemental à la racine, c’est-à-dire renouveler notre « référentiel[2] » hérité. Là où nous remettons en question nos actions, à l’échelle locale, vis-à-vis de l’environnement immédiat, il faut désormais les interroger à travers le prisme du climat, autrement dit à l’échelle mondiale. En d’autres termes, il faut passer du référentiel environnemental, qui a été et qui est toujours le nôtre, au nouveau référentiel climatique, qui est celui que la situation exige.

Cela signifie que la pensée climatique doit supplanter la pensée environnementale. Il ne faut plus, par exemple, empêcher de nouvelles industries et de nouvelles exploitations si elles sont adéquates à la transition climatique, mais nocives à l’environnement immédiat[3]. Autrement dit, selon P. Charbonnier, il faut sortir d’un environnementalisme candide qui serait profondément lié à un privilège écologique propre aux pays les plus riches du monde. Cette analyse possède à la fois une dimension prescriptive (il faut changer de référentiel) et une dimension descriptive (ce changement a effectivement lieu).

L’auteur soutient que le monde politique se climatise[4], autrement dit que le référentiel climatique prend le pas sur celui vieillissant de l’environnementalisme, au moins dans les discours. Ce nouveau paradigme, plus idéel que matériel, dessine à nouveaux frais le monde social, politique et géopolitique, car c’est dorénavant dans la course à la transition que les nations se font compétition et mettent en jeu leur sécurité, leur souveraineté et ainsi leurs intérêts existentiels. C’est pourquoi il nous faut à la fois constater et penser une nouvelle ligne de clivage sociopolitique.

Une nouvelle ligne de clivage : l’émergence des coalitions

C’est dans cette démarche que l’auteur fait réapparaître le plus manifestement le réalisme écologique dont il se réclamait dans son ouvrage précédent, qui faisait naître la notion d’« écologie de guerre » et proposait déjà, pour terminer, une esquisse des coalitions. Cette méthode lui permet d’établir, à l’aide de son nouveau référentiel comme prisme d’analyse, l’existence d’une binarité de coalition : l’une dite fossile et l’autre dite climat.

La première est constituée de tous les groupes sociaux et politiques qui ont des intérêts dans les énergies fossiles ou dont la souveraineté, voire l’existence, est fondée sur ces mêmes énergies, de manière contrainte ou non. Il prend lui-même l’image d’une grande « mâchoire » (p. 77-78) représentant cette coalition, dont la partie supérieure serait l’élite économique et technocratique fondée sur le fossile, et la partie inférieure des groupes sociaux émetteurs malgré eux, c’est-à-dire employés dans des secteurs fossiles ou émetteurs contraints de gaz à effet de serre (GES).

L’auteur d’Abondance et liberté justifie l’hétérogénéité entre les différents acteurs de cette nouvelle catégorie sociale et géopolitique par plusieurs aspects : leur intérêt commun autour du fossile, leur opposition à la coalition opposée et leur absence de conscience de coalition. Selon lui, c’est seulement une coalition en soi qu’il faut délimiter pour saisir le nouveau clivage qui s’opère aujourd’hui sur le socle du climat, pour désigner un ennemi commun à la coalition la plus importante, celle à forger et à défendre : la coalition climat.

Celle-ci désigne tous les individus, groupes sociaux et forces politiques qui ont un intérêt à suivre la voie de la transition écologique, c’est-à-dire à allier sobriété, efficacité et substitution dans leurs choix politiques. Elle est composée de ceux qui construisent leur souveraineté, qui défendent leur existence dans l’arène géopolitique, sur le fondement d’un nouveau consensus technologique conforme à la soutenabilité, autrement dit toutes les politiques industrielles centrées sur les énergies renouvelables, comme la mobilité électrique. Cette notion est centrale pour saisir la réalité de la coalition climat et la possibilité d’une transition écologique collective fondée économiquement et socialement.

Le consensus technologique, soubassement de la coalition climat

La coalition climat, qu’elle soit réelle ou à faire, doit en effet se forger sur la base d’une infrastructure technique et économique cohérente, à opposer à celle présente et bien ancrée de la coalition fossile. D’où le concept de « consensus technologique » évoqué précédemment, défini comme « la formation d’une représentation partagée et politiquement motrice de la contribution des techniques à la vie sociale et au développement » (p. 55).

En d’autres termes, cette notion désigne à la fois l’horizon technique et économique que la société se donne, en cohérence avec ses propres enjeux, et sa manière de produire effectivement. Elle constitue ce qui rend possible la transition écologique, parce qu’elle est la condition de la cohérence et de la puissance de la coalition climat qui compte porter cette même transition.

Partant, selon l’auteur, c’est en remaniant l’ensemble de l’industrie, et donc le monde du travail, dans le sens de la soutenabilité que la coalition climat peut émerger comme force opposée à la coalition fossile. Il faut que les États entreprennent des politiques industrielles alignées avec le référentiel climatique, et non environnemental, et portées par le consensus technologique, ce qui permettrait de forger des centres d’intérêt économiques pour la transition. Néanmoins, le changement proposé par l’auteur n’est pas une restructuration fondamentale du système de production ; seul son objet est changé.

Le système de production doit en effet demeurer capitaliste et l’industrie doit continuer de chercher la croissance, mais pas sur le socle du fossile : plutôt sur celui des nouvelles technologies dites « vertes », c’est-à-dire électriques. P. Charbonnier soutient même que « c’est seulement à partir de ce consensus que les idées de progrès et de développement pourront reprendre sens » (p. 55).

En résumé, si une société souhaite intégrer la coalition climat, elle doit se construire en miroir de celles composant la coalition fossile, autrement dit de façon identique mais inverse. Il lui faut des politiques industrielles fortes, pour avoir une industrie dynamique, et un imaginaire animé par l’idée de progrès afin d’être compétitive sur le plan international. L’unique différence, entre la coalition climat et la coalition fossile, est l’énergie sur laquelle sont fondés leurs intérêts économiques et donc leurs « politiques existentielles ».

Il est donc nécessaire que ces deux coalitions soient opposées, et même ennemies, car l’une est forcément une menace pour l’autre au niveau international et commercial. Maintenant que le nouveau cadre conceptuel a été établi pour saisir la nouvelle ligne de clivage politique, il faut l’appliquer aux faits pour saisir qui, dans la réalité géopolitique et sociale, fait réellement partie de la coalition climat ou fossile.

Les deux pôles Est-Ouest de la guerre climatisée

Dans la réalité géopolitique actuelle, P. Charbonnier dégage deux pôles déployant chacun sa propre stratégie face au nouvel enjeu climatique, que ce soit verbalement ou matériellement. D’un côté les États-Unis, dont la stratégie est un retour à la « Destinée Manifeste » de l’expansion de territoire et de l’exploitation sans limites de toutes les ressources ; de l’autre côté la Chine et son avant-gardisme technologique permis par son taux record d’émissions mondiales de GES, lui-même causé par son énorme consommation de charbon.

L’Europe, dans ce rapport de force climatique, n’a pas réussi à déployer une stratégie claire et à s’imposer, même avec le Clean Industrial Deal, ou auparavant le Green New Deal, qui traduisait selon l’auteur une réelle politique industrielle, forte et conforme au dessein de la coalition climat. Or, le seul pôle qui semble s’en rapprocher est celui de l’Est, bien qu’il reste le premier émetteur mondial de GES, alors que la politique trumpienne forme pour l’instant la plus grande force de la coalition fossile, la plus grande menace dans la guerre climatisée.

La cause de cet échec est selon P. Charbonnier l’absence de processus de prise de décision efficaces au sein de l’Union Européenne, ce qui l’empêche de défendre sa souveraineté et sa sécurité, à l’inverse des deux autres pôles ayant de grandes tendances autoritaires. N’oublions pas que P. Charbonnier propose une conception de la géopolitique climatique dont le soubassement idéologique est la sécurité, les politiques existentielles et donc la guerre.

C’est pourquoi il soutient la remilitarisation de l’Europe dans l’optique d’une défense existentielle face à la coalition fossile et à la menace russe. Il défend l’existence de l’écologie de guerre et le fait que « l’investissement militaire stricto sensu [est] nécessaire mais non suffisant pour garantir la sécurité communautaire, qui inclut un volet technologique et plus particulièrement énergétique, donc climatique » (p. 134).

La vision guerrière de l’écologie proposée par l’auteur dépasse même la thèse selon laquelle la militarisation participe de la transition écologique ; elle va jusqu’à identifier la transition et la guerre sur un plan formel. Autrement dit, investir dans l’armement ne sert pas uniquement à défendre la coalition climat et les sociétés qui la composeraient : « dépense militaire et dépense de transition ont la même signification formelle même si elles s’expriment dans des secteurs différents – l’une ne peut être conduite sans ou contre l’autre, chacune soulage l’autre en permettant d’atténuer le risque encouru et, en cas d’irruption de l’événement catastrophique, de s’en protéger » (p. 134).

Selon l’auteur, il est donc impossible de penser la transition écologique sans une nouvelle course à l’armement menée par ceux qui composent la coalition climat, tandis qu’inversement la guerre doit s’adapter au nouveau clivage sociopolitique. Ainsi, ce n’est pas seulement l’écologie qui se transforme en écologie de guerre, c’est-à-dire en politique existentielle, mais bien la guerre qui se climatise également.

Bilan d’un travail incertain : un « réalisme » ambigu

Les travaux de P. Charbonnier ont déjà fait l’objet de beaucoup de critiques, que ce soit à propos de son approche historique des idées, que certains auteurs considèrent sélective[5], ou de sa manière de penser les rapports politiques et climatiques à travers le prisme du territoire, de la sécurité et donc de la guerre, comme il le fait depuis Vers l’écologie de guerre[6]. Or, La Coalition climat étant moins un approfondissement théorique qu’un effort d’application concrète des livres qui ont précédé, ces problèmes n’ont en aucun cas disparu.

Ces critiques ayant déjà été émises, il est sans doute plus intéressant d’ouvrir la discussion sur d’autres problèmes du livre, le plus central étant celui de la réalité empirique des coalitions comme catégories socio-économiques. En effet, la thèse désignant la transition climatique comme la nouvelle ligne de clivage n’apparaît pas entièrement cohérente. Au commencement du livre, l’auteur soutient qu’elle joue « le rôle de matrice, d’infrastructure — au sens que lui donne la pensée marxiste — historique déterminante » (p. 14). Ainsi, elle supplanterait les anciens clivages socio-économiques comme les anciennes classes sociales.

Cependant, plus loin, P. Charbonnier modifie sa thèse en défendant qu’il « serait aujourd’hui hasardeux d’affirmer que la question climatique est devenue, sur un plan strictement empirique, la ligne de clivage qui subordonne toutes les autres, le terrain d’affrontement ultime qui détermine le développement historique » (p. 36).

Ce flottement manifeste, qui fragilise sensiblement le propos général de l’œuvre, trahit l’ambiguïté fondamentale d’un prétendu réalisme écologique dont on ne sait pas exactement s’il s’arrête à l’analyse des discours, comme P. Charbonnier l’exprimait au début de son livre précédent[7], ou bien s’il est l’unique méthode pouvant rendre compte de ce qui est, dorénavant, historiquement et empiriquement déterminant.

Sachant que les coalitions sont extrêmement hétérogènes en leur sein, et que l’auteur considère lui-même que la « coalition climat » est « étroite démographiquement, privée de pouvoir politique et réduite à une fonction expressive » (p. 100), comment adhérer à l’idée qu’elles sont réellement des catégories sociopolitiques déterminantes, et non pas des constructions idéalistes fondées principalement sinon uniquement sur des discours, un simple « angle de lecture de la vie sociale » (p. 36) ?

La difficulté se situe dans la prétention de l’auteur à dépasser la division, d’origine marxiste, de la société en classes par l’introduction du concept de coalition. Outre l’ambiguïté quant à la réalité empirique des coalitions, c’est le caractère théoriquement heuristique de ce nouveau clivage sociopolitique qui peut être questionné. Là où P. Charbonnier perçoit l’« intérêt du concept de coalition » dans sa capacité à « assumer le caractère composite du groupe social transformateur » (p. 99), il est possible d’y voir plutôt l’évacuation des inégalités sociales face à l’enjeu climatique ; des inégalités que la pensée marxienne ou la sociologie bourdieusienne mettent en évidence. La coalition fossile ayant une composition volontairement hétérogène, les ruraux se déplaçant en voiture autant que les technocrates constituent, selon l’auteur, l’ « ennemi plus radical contre lequel se battre » (p. 100).

Un tel prisme d’analyse des rapports sociaux met alors sur un pied d’égalité une minorité d’ultrariches extrêmement pollueuse et des groupes sociaux ayant des émissions contraintes, c’est-à-dire dues à des nécessités socio-économiques[8]. Bref, le concept de coalition, ou du moins la façon dont il est manié, semble occulter une part importante de ce que nous enseignent les grilles de lecture sociologiques existantes[9].

Une autre raison qui, dans le texte lui-même, pousse à douter de la réalité sociale et politique des coalitions est l’usage à première vue contradictoire d’une des références mobilisées. Au début du deuxième chapitre, dans la perspective de construire la binarité de coalition comme perspective de lecture cohérente ou comme nouvelle réalité empirique, P. Charbonnier évoque le travail de Jean-Yves Dormagen pour soutenir son argumentation. Or, la citation qu’il utilise tend à infirmer plutôt qu’à confirmer l’idée que l’enjeu climatique forme un nouveau clivage économique, politique ou sociale :

« [l]’écologie ne constitue donc pas un clivage en soi, au sens où elle imposerait sa propre logique clivante indépendamment des autres clivages existants »[10].

Pour nuancer le propos de J-Y. Dormagen, qui ne semble pas aller dans son sens, P. Charbonnier écrit que « cela ne retire rien au fait que les divergences d’opinions font l’objet d’une "climatisation" » (p. 72). Il n’empêche que cela ne fait pas pour autant de l’enjeu climatique la nouvelle ligne de clivage sociopolitique réelle et exclusive.

Certes, l’écologie semble apparaître dans les discours contemporains à tous les niveaux, mais peu de choses conduisent à croire qu’elle s’inscrit autrement dans les rapports sociaux et politiques. L’argumentation de La coalition climat est fragilisée par une ambiguïté constante qui empêche de savoir si l’auteur fait des coalitions une réalité empirique ou bien une nouvelle manière de penser conceptuellement les rapports sociopolitiques. De plus, la nature disparate des coalitions tend davantage à brouiller notre compréhension des rapports sociopolitiques à l’origine de la catastrophe climatique qu’à les éclaircir.

Le retour verdi du fordisme : le progrès… toujours le progrès

Une autre thèse du livre, quelque peu inquiétante, est l’idée d’un consensus technologique comme unique voie possible de la transition écologique. En réalité, P. Charbonnier n’invente pas cette solution à l’enjeu climatique ; il s’inspire de l’histoire, et pas de la meilleure. Quand il fait apparaître cette notion, il évoque rapidement le modèle « fordiste » du début du XXe siècle et le présente comme un « consensus très large, qui fournit son socle à la négociation entre le capital et le travail, entre l’industrie et l’État, entre les villes et les campagnes, entre les individus comme travailleurs et consommateurs » (p. 56). Il admet cependant que « [ce] consensus n’a évidemment rien de naturel, [qu’il] est le produit de choix conscients, sans être nécessairement démocratiques » (p. 56). Mais cela ne l’empêche pas d’en faire le modèle de la transition écologique, l’unique solution collective face à la catastrophe climatique.

Le problème est double. Premièrement, l’auteur soutient que le fordisme a été consensuel, qu’il constituait une « très large adhésion à un futur commun – l’écologie radicale et la critique de la société de consommation étant des voies intellectuelles critiques importantes, mais socialement marginales » (p. 57). Par-là, il occulte, de même que pour la lutte écologique contemporaine, les insurrections locales et même l’ensemble conséquent des revendications ouvrières et citoyennes, comme y invitait une « autre histoire des "Trente Glorieuses"[11] ». Il balaye l’avènement du travail à la chaîne, et toutes les aliénations qui en sont le produit, en les résumant comme des « souffrances […] consenties au nom des promesses de l’avenir ». Le problème principal n’est pas tant qu’il fait souvent une lecture à son avantage de l’histoire politique ou des idées politiques[12], que le positionnement impliqué par une telle lecture.

Deuxièmement, P. Charbonnier fait de ce moment historique un modèle constituant l’unique voie menant à la transition[13]. Autrement dit, la solution sociopolitique à la catastrophe climatique, telle que l’auteur la conçoit, peut être antidémocratique et peut se fonder sur une souffrance généralisée de l’ensemble des travailleurs. Elle peut aussi être la subordination de toute une société à l’idée de progrès et peut se caractériser par la conservation du mode de production capitaliste. En résumé, la solution de P. Charbonnier consiste à demeurer dans la même société qui a produit le dérèglement climatique. L’unique changement nécessaire à la transition, selon lui, est l’énergie qui fonde le système actuel : les énergies fossiles[14].

Or, outre le fait que l’opposition binaire entre deux coalitions adverses semble triviale, ou simpliste, la difficulté centrale de la thèse de l’auteur est qu’il réduit la catastrophe environnementale au climat, c’est-à-dire aux émissions de GES. Il néglige totalement les autres problèmes écologiques, comme l’effondrement de la biodiversité et les pollutions diverses qui, elles, ne sont pas prises en compte par son nouveau référentiel climatique. Un capitalisme effréné, même supporté par un consensus technologique fondé sur les énergies renouvelables, serait une catastrophe écologique.

En conséquence, l’auteur ne propose que des vieilles solutions au problème nouveau que pose la réalité climatique[15]. Ses thèses ne tendent à modifier ni le système de production, ni les rapports sociopolitiques actuels, alors que c’est en eux que la catastrophe climatique trouve son origine. Finalement, P. Charbonnier ne semble être qu’un promoteur de plus du capitalisme vert en évinçant, par principe, l’éventualité que ce soit le système de production lui-même qui soit impossible à sauvegarder en même temps que la biodiversité[16].

C’est pourquoi sa disqualification des défenseurs de la décroissance est hâtive et superficielle. Il les évoque sur quelques pages seulement et résume grossièrement l’ensemble de leurs travaux ainsi : « [à] la panacée de la croissance répond une panacée de la décroissance […] » (p. 124), comme s’il était possible de les subsumer sous cette seule idée. Sa propre thèse, en revanche, paraît réductible en une unique pensée : à la panacée de la croissance fossile répond une panacée de la croissance électrique. Les industries électriques et numériques, pour Charbonnier, n’entraînent vraisemblablement aucune conséquence néfaste sur l’environnement et n’ont pas toute une infrastructure physique conséquente[17].

C’est la raison pour laquelle l’idée de transition qu’il soutient dans ce livre ne se fonde en réalité que sur un aspect du problème, qui est certes très grave et qu’il faut résoudre, mais qui n’est pas suffisant pour saisir pleinement l’enjeu écologique.

***

Le travail de Pierre Charbonnier a le mérite de vouloir donner toute sa force historique à l’enjeu climatique et de saisir l’ensemble des rapports sociaux et politiques que ce nouveau « référentiel » implique. Son travail donne même déjà naissance à d’autres réflexions qui utilisent son nouveau paradigme écologique guerrier comme point de départ, car le livre s’achève sur quatre articles de différents auteurs regroupés sous le titre « Rebonds et explorations »[18].

Néanmoins, les aspects discutables de la méthode, les contradictions manifestes dans le propos, mais aussi le fait qu’il n’évoque à aucun moment les mouvements écologistes populaires et les courants d’écologie radicale, ou qu’il balaye sommairement ses contradicteurs prônant la décroissance ou critiquant l’idée même de progrès, tous ces éléments constituent les limites d’un discours qui paraît verser trop facilement dans une conception conflictuelle et violente de l’écologie politique.

Ce même discours, qui en dernière analyse prône une idée triviale de la transition, ne fait en réalité qu’« enfoncer un bon nombre de portes ouvertes »[19] que les technocrates et les gouvernements avaient déjà traversées sans lui.


Notes

[1] Voir P. Charbonnier, Vers l’écologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix, La Découverte, Paris, 2024, chap. 7 : « Climat et puissance au XXIe siècle : Pour un réalisme écologique », p. 265-275.

[2] Concept qu’il emprunte à Bruno Jobert et Pierre Muller dans L’État en action. Politiques publiques et corporatismes, PUF, 1987.

[3] Il prend lui-même l’exemple du projet de construction d’une mine de lithium dans l’Allier qu’il défend comme une nouvelle industrie allant dans le sens de la transition climatique, bien qu’elle ait nécessairement un impact négatif sur l’environnement local.

[4] Concept qu’il emprunte, cette fois-ci, à Stefan C. Aykut et Lucile Maertens dans « The Climatization of Global Politics : Introduction to the Special Issue », International Politics, vol. 58, n° 4, 2021, p. 501-518.

[5] Pour une critique approfondie d’Abondance et liberté, voir A. Berlan, « Réécrire l’histoire, neutraliser l’écologie politique », Terrestres, 2 novembre 2020. Cet article a fait l’objet d’une réponse de l’intéressé dans la même revue : P. Charbonnier, « Faire la guerre ou faire la paix », Terrestres, 12 novembre 2020. Lire également la critique de Daniel Tanuro : « La liberté, l’abondance et leur forme historique », Contretemps, 27 juillet 2020.

[6] Pour une critique exhaustive de ce problème, voir V. Rissier, « Écologie de guerre. Le grand alignement militariste de l’écologie libérale », Contretemps, 29 septembre 2025.

[7] Il écrit en effet : « Il faut insister ici qu’il s’agit là de discours, d’une stratégie dont, pour l’instant, on ne voit pas les conséquences sur les courbes d’émissions de gaz à effet de serre » (P. Charbonnier, Vers l’écologie de guerre, op. cit., p. 8.)

[8] Sur les inégalités climatiques, voir le rapport d’Oxfam, « Carbon Inequality Kills », octobre 2024.

[9] Voir par ex. Jean-Baptiste Comby, Écolos, mais pas trop… Les classes sociales face à l’enjeu environnemental, Raisons d’agir, 2024.

[10] J-Y. Dormagen, « Comprendre le nouveau clivage écologique : données inédites », Le Grand continent, novembre 2023. Cité en note de bas de page (n° 9) par P. Charbonnier à la page 72.

[11] Voir Céline Pessis, Sezin Topçu, Christophe Bonneuil (dir.), Une autre histoire des « Trente Glorieuses ». Modernisation, contestations et pollutions dans la France d'après-guerre, La Découverte, 2013.

[12] Pour ce problème, voir à nouveau A. Berlan, « Réécrire l’histoire, neutraliser l’écologie politique », Terrestres, 2 novembre 2020.

[13] Pierre Charbonnier aurait pu observer que le fordisme a d’abord été le modèle d’une dystopie qui a marqué le début du XXe siècle : Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. S’il est nostalgique de cette époque, on ne peut que l’enjoindre à (re)découvrir cette lecture qui ne manquera pas de l’émerveiller.

[14] Comme nous l’avons évoqué plus tôt, même la guerre et la militarisation des rapports géopolitiques sont intégrées dans la transition écologique.

[15] Face à la lecture historique que propose P. Charbonnier et à son idée de la transition écologique, il est intéressant d’y opposer la pensée d’Andreas Malm qui montre l’impossibilité du capitalisme à concourir à la résolution de la crise climatique en raison de son origine historique et de sa manière de fonctionner. Pour cette comparaison, voir A. Malm, Fossil Capital. The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Verso, 2016, et en français L’Anthropocène contre l’histoire, La Fabrique, 2017.

[16] Il existe pourtant une littérature conséquente et critique du capitalisme vert, dont l’un des courants principaux est la pensée écosocialiste. Pour une exposition de ses fondements et de ses principaux arguments, voir M. Löwy, Étincelles écosocialistes, Amsterdam, 2024.

[17] Sur ce problème, voir par exemple E. Manac’h, « Data centers, un immense gâchis de chaleur », Reporterre, 5 mai 2025. Et pour une analyse plus approfondie de l’infrastructure électrique et numérique : F. Lopez, À bout de flux, Divergences, 2022 ; Gérard Dubey, Alain Gras, La servitude électrique. Du rêve de liberté à la prison numérique, Seuil, 2021.

[18] Dont l’un écrit par Léa Falco avec qui P. Charbonnier, et d’autres, ont co-fondé le collectif « Construire l’écologie ».

[19] N. Celnik, « Comment créer une "coalition climat" face aux intérêts fossiles », Reporterre, 21 novembre 2025.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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