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Désirée et Alain Frappier, Le Temps des humbles, éditions Steinkis 2020, 25€.

Le Temps des humbles, roman graphique et récit incarné des mille jours de l’Unité Populaire d’Allende (1970-1973) à travers le regard d’une jeune Chilienne qui, au sortir de l’enfance, découvre l’amour et la lutte politique d’un même souffle. Nous publions ici quelques-unes des magnifiques planches qui composent cette œuvre.

A lire également à propos de l’expérience chilienne du début des années 1970 : « À 50 ans de l’élection de Salvador Allende, retour sur la « voie chilienne au socialisme »« 

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Fidèle à leur méthode narrative de raconter la grande histoire à travers les souvenirs et la subjectivité d’un témoin ordinaire, d’une anonyme engagée presque malgré elle, Désirée Frappier et Alain Frappier font le récit détaillé des mille jours de l’Unité Populaire par la voix de Soledad. La narratrice a quinze ans quand elle se retrouve seule sous une tente d’un campamento de Santiago. Il se dit qu’en cas de victoire socialiste, les habitants des campements auront une maison.

Le temps des humbles est porté par l’énergie d’une jeunesse chilienne qui veut le renversement de l’ordre ancien fondé sur les inégalités, sur les mensonges d’une fausse démocratie confisquée par les puissants. On ne rêve plus, pour les enfants qui viennent au monde dans un Chili nouveau, de longues études et d’un avenir plein de promesses et de liberté : on y croit fermement.

Désirée et Alain Frappier décrivent avec une minutie qui ne brise pas l’élan de la narration, les manœuvres antidémocratiques de l’ancienne classe dirigeante qui n’est pas prête à laisser le pouvoir ni à renoncer à ses intérêts en respectant le verdict des urnes. La violente répression des militants de gauche n’empêche par l’accession au pouvoir d’Allende, ni une victoire plus large aux élections législatives. Mais l’illégalisme de la réaction conservatrice est sans limite et va jusqu’au crime politique, aux attentats, à l’étouffement économique du pays, jusqu’à créer le chaos. On suit, sur un rythme haletant, les efforts de la gauche – militantEs, étudiantEs, travailleurs et travailleuses – pour tenir bon dans le combat contre la sape du gouvernement Allende organisée par les partis de droite soutenu à l’extérieur par Nixon et les USA, jusqu’au coup d’État.

Si les mille jours de l’Unité Populaire se terminent, comme on le sait, dans le sang et la souffrance, si Ricardo (l’amoureux de Soledad) ne survivra pas à la torture, ce beau roman graphique inscrit au présent et pour l’avenir la mémoire de Soledad et de toute une génération portée par la volonté d’instaurer la justice et l’égalité. « L’espoir, lui, ne meurt pas ».

Texte issu du blog de Juliette Keating (avec l’accord de l’autrice).

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