Malgré le peu de place accordées aux études marxistes au Brésil (comme partout dans le monde) on peut encore en trouver dans certaines universités publiques (1), la plupart des recherches gravitant autour d’auteurs comme Marx, Lénine, Gramsci, Lukacs et les philosophes de l’Ecole de Frankfort. En revanche, il y a peu de recherches académiques sur Rosa Luxemburg du fait, à mon avis, que la plupart de ses écrits n’ont pas encore été traduits en portugais. Par conséquent la réception de Rosa Luxemburg au Brésil n’a pas été académique, mais politique.

En 1995, Michael Löwy a bien résumé ce qui s’est passé chez nous : « Il y a toujours eu dans la culture de gauche brésilienne un courant « luxemburgiste » mais jusqu’à quelques années auparavant il était assez marginal. Cela a commencé à changer avec la fondation du Parti des Travailleurs (PT), dont le premier membre a été symboliquement Mário Pedrosa, le représentant le plus connu de ce courant depuis les années 1940. Beaucoup d’intellectuels et de dirigeants du nouveau parti se réclament de l’héritage de Rosa Luxemburg tandis qu’on observe la présence de quelques aspects essentiels de cet héritage – la démocratie socialiste, l’élan antibureaucratique et libertaire, la recherche d’une alternative à la social-démocratie et aux formes autoritaires de communisme – dans la nouvelle culture socialiste du Brésil (2). »

Cet article (3) comporte deux parties. La première a pour but d’éclairer cette citation qui résume de façon particulièrement heureuse la Weltanschauung socialiste et démocratique de Rosa Luxemburg. Elle a été dès le début comme une sorte de courant souterrain dans la culture de gauche au Brésil ayant été repris plus tard par beaucoup de membres du PT à ses débuts, bien qu’il n’aient pas fait de référence explicite à Rosa Luxemburg. Dans la deuxième partie de cet article j’aimerais montrer qu’à côté de cette dimension assez connue de la pensée politique de Rosa Luxemburg selon laquelle le socialisme démocratique ne peut être réalisé que par l’action autonome des masses populaires, il y a une autre dimension moins connue dans L’Accumulation du capital et dans l’Introduction à l’économie politique qui peut aussi contribuer à la rénovation de la pensée marxiste.

 

Socialisme démocratique, révolution et formation politique

Depuis le début de sa réception au Brésil Rosa Luxemburg a été vue comme le symbole du socialisme démocratique. Mário Pedrosa (4), notre plus important théoricien socialiste et notre plus important critique d’art a été le père du « trotskisme » et plus tard du « luxemburgisme » brésilien. Pendant son séjour à Berlin et Paris à la fin des années 1920, il a pris connaissance pour la première fois des idées économiques de Rosa Luxemburg, bien qu’il n’ait pas encore lu ses œuvres à cette époque-là. Dans une lettre du 14 mai 1928 à son ami Lívio Xavier il écrit : « La thèse de Rosa Luxemburg sur l’accumulation du capital explique mieux aujourd’hui la situation du capitalisme mondial que celle de Hilferding, Lénine ou Boukharine – qui l’a déformée, comme toujours. Etc. La question de l’impérialisme. La question coloniale. Etc. Le bolchevisme est en crise (5). » Mário Pedrosa connaissait très bien l’histoire de la Révolution russe et dès la fin des années 1920 il a été un critique acide de la dégénérescence bureaucratique du parti, des syndicats et des soviets en URSS.

Après 1945 il a diffusé les idées politiques de Rosa Luxemburg dans son journal Vanguarda Socialista (1945-1948), qui a eu une certaine influence dans un petit cercle de gauche en dehors du Parti communiste. Cet hebdomadaire a rempli son rôle en publiant des textes inconnus des classiques du marxisme (Marx, Engels, Trotsky, Kautsky, Rosa Luxemburg) et aussi d’auteurs contemporains qui discutaient les problèmes du socialisme (Anton Ciliga, Andrés Nin, Karl Korsch) dans un pays provincial et éloigné du débat au sein de la gauche. Vanguarda Socialista se distinguait d’autres petits journaux de gauche par son niveau intellectuel élevé et l’ampleur des thèmes qui allaient de l’économie à la culture. Dans un pays périphérique comme le Brésil où la traduction systématique des textes marxistes n’a commencé que dans les années 1960, le journal de Mário Pedrosa pariait sur l’avenir. L’un des textes publiés par Vanguarda Socialista a été La Révolution russe de Rosa Luxemburg (6), une vraie hérésie à l’époque où l’URSS était au sommet de sa gloire et la majorité de la gauche brésilienne vivait sous l’hégémonie du PCB (7). Il va de soi que Vanguarda Socialista a été mis à l’index par le PCB.

En 1946 Mário Pedrosa était convaincu que Rosa Luxemburg était la seule socialiste dans le monde occidental qui, quoique enthousiasmée par la prise du pouvoir par les bolcheviques, pouvait leur faire face de façon indépendante : « Elle avait pour cela assez de valeur morale et intellectuelle, d’autorité et d’esprit révolutionnaire (8). » Selon lui, la voix de la révolutionnaire polonaise, avec sa défense des libertés démocratiques, de l’action spontanée et de l’expérience des masses était à nouveau entendue par tous ceux qui voulaient reconstruire le mouvement socialiste international sur de nouvelles bases qui dépassent aussi bien le réformisme social-démocrate « chargé de crimes et de sénilité » que le bolchevisme « aussi chargé de crimes et dégénéré jusqu’à l’horrible caricature de ce qui n’est plus aujourd’hui que le masque totalitaire d’une nouvelle barbarie » (9).

Contre une conception autoritaire de la politique d’après laquelle la conscience est introduite « du dehors » dans la classe ouvrière par un parti d’avant-garde « éclairé », les socialistes brésiliens – dont Mário Pedrosa a été le précurseur – pensaient que le socialisme ne peut être qu’une création autonome des masses organisées, soit dans un (ou dans des) parti démocratique soit dans les mouvements sociaux, les conseils et les différentes formes d’organisation à la base. Très éloignés de tout dogmatisme organisationnel ils jugeaient comme Rosa Luxemburg que : « L’heure historique exige à chaque moment les formes correspondantes de mouvement populaire et elle crée elle-même des moyens de combat nouveaux et improvisés, inconnus auparavant, elle choisit et enrichit l’arsenal du peuple, indifférente à toutes les prescriptions des partis (10). » En outre le parti politique idéalisé par les socialistes brésiliens juste après la Deuxième Guerre mondiale n’était pas une organisation centralisée et hiérarchisée de révolutionnaires professionnels, mais l’expression des expériences historiques des couches inférieures de la société. Sur ce point ils étaient aussi d’accord avec la conception de Rosa Luxemburg selon laquelle le parti embrasse « l’ensemble des intérêts progressistes de la société et de toutes les victimes opprimées par l’ordre social bourgeois (11) ».

En d’autres termes, il s’agissait de mettre en pratique le mot de l’Association internationale des travailleurs : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Par conséquent il fallait que tous les groupes subalternes de la société s’organisent (et pas seulement les ouvriers industriels) pour défendre leurs droits : les Noirs, les employés, les travailleurs agricoles, les étudiants, les employées de maison, les mères, « tous ceux qui travaillent et n’exploitent pas le travail d’autrui » (12). Cette idée des mouvements sociaux et de la lutte pour créer des embryons de socialisme déjà dans la société capitaliste – ce qu’ont entend aujourd’hui par contre-hégémonie – était quelque chose d’étonnamment original dans la gauche brésilienne de cette époque. Pour Mário Pedrosa le pouvoir n’était pas un lieu destiné à être conquis (pour être réformé comme le voulait la social-démocratie, ou pour être détruit comme le voulaient les bolcheviques) mais une dimension qu’il fallait construire. Dans ce sens, il écrit dans Vanguarda Socialista : « Le socialisme ne consiste pas seulement dans la conquête du pouvoir par le prolétariat et dans la réalisation de réformes structurelles avec la socialisation des moyens de production. Le socialisme c’est l’action consciente, quotidienne et constante des masses par elles-mêmes et non pas par une « procuration » donnée à un parti d’avant-garde plus conscient (13) ».

Mário Pedrosa, tout comme Rosa Luxemburg, était convaincu que la prise du pouvoir d’Etat, quoiqu’importante, ne suffisait pas à changer la société. Cette idée, elle l’expose clairement dans son discours à l’assemblée de fondation du Parti communiste d’Allemagne (KPD) en parlant de la révolution socialiste : « L’histoire ne nous rend pas la tâche aussi facile que dans les révolutions bourgeoises où il suffisait de renverser le pouvoir officiel dans le centre et de le remplacer par un petit nombre d’hommes nouveaux. Il nous faut travailler par le bas, ce qui correspond précisément au caractère de masse de notre révolution […] nous ne devons pas conquérir le pouvoir politique par le haut, mais par le bas (14). » En d’autres termes, Rosa Luxemburg parle de la formation d’une hégémonie des classes subalternes déjà au sein de la société capitaliste, ce qu’Oskar Negt appelle « espace public prolétaire » (15). Une expérience dans ce sens, malgré sa brève durée, a eu lieu avec les conseils d’ouvriers et de soldats dans la révolution de novembre 1918 en Allemagne.

La tradition des conseils comme exemple de démocratie participative reste un point de repère important pour Mário Pedrosa pour qui le concept de démocratie représentative doit « être archivé dans un musée d’antiquités » (16). La victoire d’une révolution socialiste-démocratique, aussi bien dans la métropole que dans la périphérie, exige qu’elle soit faite et contrôlée par le pouvoir populaire. Il faut des « nouveaux centres démocratiques de pouvoir » (entreprises, écoles, communes, régions, etc.) ce qui veut dire décentralisation du pouvoir de prise de décision, limitation des pouvoirs de l’Etat et du capital, « un élargissement du pouvoir populaire, c’est-à-dire une victoire de la démocratie sur la dictature du profit » (17). Mário Pedrosa pensait déjà en 1946 que le contrôle des travailleurs sur toute la vie sociale est le chemin vers le socialisme démocratique et que celui-ci commence tout de suite, « avant la prise du pouvoir » (18). Autrement dit, il ne s’agit pas d’attendre le « coup de marteau de la révolution » (19), mais d’essayer de construire, ici et maintenant, le pouvoir populaire, une idée mise en œuvre aujourd’hui par le Mouvement des travailleurs sans terre (MST) au Brésil et par les zapatistes au Mexique (20). Sous ce point de vue la révolution est un long processus, c’est la construction d’une contre-hégémonie inséparable de l’auto-organisation et de l’autogestion. Bref, pour les socialistes brésiliens après la Deuxième Guerre mondiale, et en cela ils étaient tout à fait d’accord avec Rosa Luxemburg, une société socialiste et démocratique débute par le contrôle de la vie publique par le peuple, qui doit exercer l’autogestion à tous les niveaux, en commençant par la production (21).

Mário Pedrosa se considérait surtout comme un révolutionnaire. Dans un entretien peu avant sa mort il déclarait : « Les hommes de mon âge qui ne se sont pas enthousiasmés pour la Révolution russe … il leur manque quelque chose. Et je continue à penser qu’une nation qui ne passe pas par une révolution n’est pas encore une vraie nation. J’ai toujours rêvé d’une révolution pour le Brésil (22). » Mais comme il refusait toute conception doctrinaire de la révolution et s’inspirait de la critique faite par Rosa Luxemburg aux bolcheviques (contre l’imitation servile de la Révolution russe par la gauche orthodoxe) il n’a jamais abandonné l’idée que chaque pays doit suivre son propre chemin révolutionnaire qui dépend des conditions objectives du développement local et ne peut être déterminé d’avance par aucun parti d’avant-garde (23).

On peut tracer un parallèle entre le refus du parti d’avant-garde par les socialistes brésiliens et l’héritage de Rosa Luxemburg dans le KPD après son assassinat. C’est ce que fait l’historienne Angela Mendes de Almeida quand elle rappelle que les idées de Luxemburg n’ont été à l’ordre du jour que pendant la brève période où l’Internationale communiste (IC) de façon bien suspecte a adopté la tactique de « front unique ouvrier » sans pour autant reconnaître la paternité allemande de l’idée (24). Elle considère que ce comportement opportuniste de l’IC allait peser lourdement par la suite sur la gauche dans le monde entier. « Une succession de couches de mensonges qui, à l’époque stalinienne, ont produit une politique inexplicable, avec des airs de fausseté machiavélique. » En se rapportant à la célèbre phrase de Rosa Luxemburg sur la « liberté de celui qui pense autrement », l’historienne croit que, bien que le stalinisme soit « une énorme dégénérescence du léninisme, certains éléments, surtout l’intolérance vis-à-vis de celui qui pense autrement, étaient déjà présents dans le bolchevisme, ou dans le léninisme » (25).

Au terme de ce bref exposé nous pouvons résumer les idées que les socialistes brésiliens ont héritées de Rosa Luxemburg : 1. la défense d’une conception démocratique de parti de masses contre la conception léniniste d’un parti d’avant-garde qui selon eux implique la coupure antidémocratique entre l’avant-garde et les masses et, comme l’a montré le développement des partis communistes au XXe siècle, la coupure entre la direction du parti et la base ; 2. la défense du socialisme démocratique comme création autonome des masses populaires qui s’organisent sous de multiples formes et se politisent dans la lutte quotidienne ayant pour but de transformer le monde capitaliste des intérêts privés en une société juste et égalitaire ; 3. l’idée que la révolution n’a aucun modèle, que la gauche de chaque pays doit trouver son propre chemin à partir de sa propre expérience et de sa situation concrète ; 4. la critique de la démocratie représentative et l’orientation vers l’autogestion et l’auto-organisation.

Comme nous l’avons déjà dit, cette position socialiste-démocratique était manifeste dans les origines du PT. Mais avec le temps il a abandonné cette perspective socialiste et l’a remplacée par la Realpolitik tout court avec le seul intérêt de gagner les élections et de renforcer la machine du parti. En outre, avec Lula au pouvoir, le PT est devenu un parti d’ordre, bureaucratisé et corrompu (26). La perspective socialiste-démocratique-révolutionnaire de Rosa Luxemburg n’a plus aucun sens pour la gauche gouvernementale au Brésil.

Les héritiers de Rosa Luxemburg sont aujourd’hui dans le MST et chez les zapatistes, des mouvements qui voulant aller au-delà de la démocratie représentative et des limites que le capital lui impose luttent pour une démocratie centrée sur l’autonomie des masses populaires. Ces mouvements sociaux opposent à la gauche électorale, institutionnalisée et bureaucratique la construction du pouvoir par le bas et insistent sur la participation des masses populaires dans les affaires qui les regardent comme une condition indispensable à leur formation politique. Mais au Brésil il se passe précisément le contraire comme le relève Gilmar Mauro, l’un des plus importants leaders du MST, en constatant que sous le gouvernement Lula (2003-2010) les mouvements sociaux se sont affaiblis. Selon lui la formation politique est la seule possibilité d’empêcher, ou au moins de rendre plus difficile la bureaucratisation interne des organisations et la cooptation des activistes par l’Etat (27). Je pense que l’observation de Rosa Luxemburg sur Marx et Lassalle résume bien le dilemme où se trouvent le MST et ses dirigeants : « Et finalement, quand au lieu de la crise et de la révolution a commencé la lourde saison morte de la réaction politique, Marx et Lassalle partagent à nouveau la même idée – la résignation momentanée et les plans d’un travail de taupe d’éclaircissement révolutionnaire, temporaire et silencieux (28). » C’est dans ce lent et patient travail de taupe de formation politique, ayant pour but la transformation structurelle de l’ordre capitaliste, que le MST mise tous ses atouts, surtout à une époque où la possibilité d’une réforme agraire selon l’exemple classique devient chaque fois plus improbable.

Gilmar Mauro croit que si la gauche au Brésil veut être à la hauteur du défi qui lui est imposé – autrement dit, si elle veut bâtir le cycle « post-PT » – elle est confrontée à l’immense tâche d’organiser les travailleurs en général (et pas seulement les ouvriers industriels). Selon lui il faut aujourd’hui « un mouvement politique d’un type nouveau qui parte de l’idée de construction d’espaces de pouvoir populaire, de conseils, qui s’inspire des expériences historiques de la Ligue Spartacus, de l’expérience de la Commune de Paris, des conseils de Turin (qui étaient des conseils d’usine), il faut s’inspirer de notre propre expérience en Amérique latine – au Mexique il y a plusieurs expériences des communautés indigènes (29). » Dit autrement, il s’agit d’organiser les travailleurs à partir des communautés locales, en dialogue permanent avec leurs problèmes (par exemple, en utilisant la culture comme un canal de participation) avec l’espoir de bâtir un vaste réseau d’organisations dans tout le pays ayant pour but de former « une puissante contre-hégémonie ». « Je suis convaincu, dit-il, qu’il faut suivre ce chemin : ou bien nous construisons des conseils populaires, des organisations populaires, avec un clair projet politique de remplacement de la société capitaliste et la construction d’une sociabilité différente – le socialisme – ou bien la gauche aura de dures années à supporter (30). » Comme nous venons de le voir à propos du socialisme démocratique bâti de bas en haut, Rosa Luxemburg est une référence théorique fondamentale pour les militants des mouvements sociaux.

 

L’accumulation du capital et la critique de la croyance dans le progrès

Dans sa réception au Brésil, Rosa Luxemburg est considérée en outre comme une marxiste « tiers-mondiste » avant la lettre par ses œuvres d’économie politique, L’Accumulation du capital et l’Introduction à l’économie politique (31).

Du point de vue de Rosa Luxemburg le capital a besoin de régions non capitalistes – « quelque chose en dehors de lui-même » – pour son accumulation. Cette idée a été reprise et actualisée par David Harvey qui appelle ce procès « accumulation through dispossession » (32), une explication théorique très convaincante pour l’exploitation du tiers-monde. Comme le montre Harvey, de nos jours l’expansion capitaliste n’est plus géographique mais économique, la stratégie du capital étant fondée sur la transformation d’anciens droits en marchandise (services publics, culture, santé, éducation, agriculture, eau, etc.). Rosa Luxemburg donne plusieurs exemples de la façon dont l’expansion capitaliste provoque la destruction des formes de vie traditionnelles, c’est-à-dire des communautés indigènes et paysannes (ce qu’elle appelait communisme primitif). Aujourd’hui nous pouvons constater ce processus en Amérique latine, provoqué par la prétendue « modernisation » de la vie rurale, introduite de force par l’agrobusiness et par toutes les politiques d’intégration de l’espace en Amérique du Sud financées par le BID.

L’actualité de L’Accumulation du capital d’une perspective latino-américaine est très bien expliquée par l’économiste Paul Singer. Pour lui la grande contribution de cette œuvre est de « montrer qu’il n’y a jamais eu un seul mode de production au monde. Il y a toujours eu différents modes de production en interaction », soit dans le passé, soit dans le présent. « En réalité la paysannerie, l’artisanat, la petite production de marchandises précède le capitalisme et vit avec lui jusqu’à aujourd’hui. Je m’en suis aperçu grâce à Rosa. Tout mon travail théorique à partir de là présuppose de multiples modes de production. Cela a évidemment à voir avec l’économie solidaire. Autrement dit, je comprends l’économie solidaire comme un mode de production parmi d’autres, qui existe dans le capitalisme depuis déjà deux cents ans avec plus ou moins de force, et qui peut, face aux contradictions du capitalisme, se développer (33). »

La critique adressée par Rosa Luxemburg à l’écrasement des peuples primitifs par le capitalisme européen est incroyablement proche de nous, surtout si on la compare avec les commentaires de Kautsky où ne figurent ni le tiers-monde ni les peuples qui ne sont pas blancs. Rosa Luxemburg signale de façon insistante que le capitalisme, pour son accumulation, a besoin de ces peuples pour exploiter des régions où les Blancs ne peuvent ou ne veulent pas travailler, sur quoi Mário Pedrosa attirait aussi l’attention (34). Rappelons-nous que dans son œuvre Introduction à l’économie politique Rosa Luxemburg prend position pour les victimes de la modernisation capitaliste : « Pour tous les peuples primitifs dans les pays coloniaux, le passage de leur état communiste primitif au capitalisme moderne est intervenu comme une catastrophe soudaine, comme un malheur indicible plein des plus effroyables souffrances (35). » Et elle voit dans la résistance de ces peuples contre les métropoles impérialistes une lutte digne d’admiration.

Michael Löwy a été le premier (pour autant que je sache) à proposer une interprétation très originale et féconde de ce livre (36) presque ignoré des commentateurs (37), peut-être parce que c’est un livre inachevé. Mais c’est plus probable que l’exposé de Rosa Luxemburg, non conventionnel d’un point de vue marxiste, en est la raison. Les chapitres sur le communisme primitif et sa destruction y prennent beaucoup plus de place que ceux sur la production de marchandises et le mode de production capitaliste. L’ère capitaliste de l’histoire de l’humanité y apparaît comme une époque brève, condamnée à disparaître. En décrivant les communautés paysannes Rosa Luxemburg montre que ces vieilles formes sociales « communistes » possédaient des qualités que les sociétés modernes ont perdues et qu’elles peuvent servir d’inspiration à des perspectives alternatives. Autrement dit, les peuples premiers peuvent apprendre aux « civilisés » une manière de vivre où les intérêts de la communauté déterminent de façon harmonieuse et démocratique la vie de ses membres.

Dans cette perspective, Rosa Luxemburg refuserait une conception téléologique de l’histoire selon laquelle il y aurait déjà dans le passé « barbare » de l’humanité des tendances inéluctables vers la civilisation capitaliste. Son admiration pour le passé non capitaliste de l’humanité donnerait des éléments pour une conception ouverte de l’histoire, qui s’opposerait de façon critique à l’idée de progrès linéaire adoptée par la social-démocratie allemande. Michael Löwy écrit : « En confrontant la civilisation industrielle capitaliste avec le passé communautaire de l’humanité, Rosa Luxemburg rompt avec l’évolutionnisme linéaire, le « progressisme » positiviste, le darwinisme social et toutes les interprétations du marxisme qui le réduisent à une version plus avancée de la philosophie de Monsieur Homais. L’enjeu de ces textes est, en dernière analyse, la signification même de la conception marxiste de l’histoire (38). »

Aujourd’hui on peut voir clairement que la civilisation capitaliste occidentale avec son gigantesque développement des forces productives et la destruction de l’équilibre écologique de la planète n’est pas un modèle pour le reste du monde. Ce progrès est à la fois une retour en arrière, comme le constatent Rosa Luxemburg dans plusieurs passages de son œuvre (39) et les philosophes de l’Ecole de Francfort. L’un des grands défis de la gauche marxiste aujourd’hui c’est de faire la révision critique du concept de forces productives (40) et de rompre avec l’« idéologie du progrès et le paradigme technologique et économique de la société industrielle moderne » (41). De nos jours, un projet socialiste a besoin d’avoir une dimension écologique et de montrer que le développement des forces productives n’est pas un bien en soi et que la « modernisation » du tiers-monde (qui entre autres choses réduit la diversité culturelle et écologique) ne sert qu’à valoriser le capital (42). Déjà dans les années 1970 Mário Pedrosa soutenait l’idée que chaque pays doit suivre son propre chemin et rejetait très vigoureusement l’imitation des pays centraux : « La civilisation bourgeoise impérialiste se trouve dans une impasse. Nous ne devons pas y entrer – nous les Indiens des basses latitudes et de leurs environs (43). »

Les héritiers de cette critique de la modernisation, dont on peut voir en Rosa Luxemburg l’un des précurseurs, sont aujourd’hui les mouvements sociaux mis en marche par ceux qui ne trouvent pas de place dans le monde capitaliste. Les Indiens, les quilombolas (44), les peuples de la forêt, les travailleurs sans terre – tous ceux condamnés être anéantis par le processus de modernisation parce qu’ils sont supposés personnifier le retard – font d’énormes efforts pour résister et construire une nouvelle culture politique, en alliance avec des petits groupes de la gauche radicale, ayant pour but d’ériger une société plus humaine, pas gaspilleuse de la nature, fondée sur l’autonomie des forces sociales.

Mais il faut avouer que malgré l’actualité de Rosa Luxemburg, elle ne peut pas répondre à toutes les questions posées par le présent. Il est évident qu’il faut à la gauche, en particulier au Brésil, une nouvelle théorie critique qui tienne compte des changements du capitalisme pendant les dernières décennies et de leurs effets dans les pays du sud. Cette nouvelle théorie critique, c’est au moins ce que pense Paulo Arantes, professeur universitaire et militant de la gauche radicale, ne viendra – si elle vient – que d’un nouveau type d’intellectuel de gauche, ayant une bonne formation universitaire, ayant assimilé la tradition radicale brésilienne, ayant des liens avec les mouvements sociaux, de sans emploi ou emploi précaire, c’est-à-dire relativement marginal par rapport à la société de consommation. Ce nouveau type d’intellectuel connaît la misère brésilienne des deux côtés, celui de l’Etat et celui des mouvements sociaux et ne nourrit d’illusions vis-à-vis d’aucun d’eux. Mais Paulo Arantes le reconnaît, malgré tous les problèmes des mouvements sociaux c’est en eux et à partir d’eux que « quelque chose de révélateur et de frappant du point de vue politique » peut naître (45). Il se peut que cette nouvelle génération d’intellectuels de gauche produise finalement ce que Rosa Luxemburg caractérisait comme le noyau dur du marxisme : le lien indissoluble entre la théorie et la pratique.

Notes

1 L’Université de Campinas (UNICAMP) organise tous les deux ans un colloque Marx/Engels où près de 400 chercheurs présentent leurs travaux.

2 Michael Löwy, préface de Isabel Loureiro, Rosa Luxemburg – os dilemas da ação revolucionária [1995], São Paulo, Editora UNESP/Editora Fundação Perseu Abramo/RLS, 2004.

3 Version française de l’article publié dans Nahiriko Ito, Annelies Laschitza, Ottokar Luban (éd.), Rosa Luxemburg. Ökonomische und historisch-politische Aspekte ihres Werkes, Berlin, Dietz Verlag, 2010.

4 Mário Pedrosa adhère au parti communiste (PCB) en 1926. En 1927 il est envoyé à l’école du parti à Moscou, mais tombé malade, il doit interrompre le voyage à Berlin, où il entre en contact avec l’opposition trotskiste. Il quitte alors le PCB et prend part à la fondation du mouvement trotskiste en Allemagne et en France, dont il assume la direction au Brésil en 1929. En 1933 il commence son travail de critique d’art avec un article sur Käthe Kollwitz. En 1934 il participe à un front de gauche contre le fascisme brésilien (« integralismo ») et en octobre il est blessé dans un combat de rue à São Paulo sur la Praça da Sé [Place de la Cathédrale]. Pendant la dictature de Getúlio Vargas (1937-1945) il s’exile à Paris et New York. En 1941 il est arrêté en rentrant au Brésil et il est forcé à un nouvel exil. En mai 1940 il s’éloigne de la IVe Internationale, en désaccord avec la caractérisation de l’URSS par Trotsky comme « Etat ouvrier dégénéré » et l’idée de la « défense inconditionnelle de l’URSS ». En 1945 il rentre au Brésil et fonde le journal Vanguarda Socialista où il prend une position fort critique envers le PCB, influencée par Rosa Luxemburg. En 1947 il entre au Parti socialiste (PSB) d’où il est exclu en 1956. Pendant la dictature militaire (1964-1984), Pedrosa part en exil, d’abord au Chili (où Salvador Allende lui demande d’organiser le Musée de la Solidarité), ensuite à Paris. En 1977 il rentre à nouveau au Brésil. A partir de 1980 Mário Pedrosa s’engage dans la fondation du PT, dont il a été le premier à signer le manifeste de fondation le 10 février 1980. Il est mort le 5 décembre 1981.

5 Voir José Castilho Marques Neto, Solidão revolucionária. Mário Pedrosa e as origens do trotskismo no Brasil, São Paulo, Paz e Terra, 1993, p. 295, 296. C’est probablement Lucien Laurat (pseudonyme d’Otto Maschl), que Pedrosa a connu à Paris, qui lui a présenté les idées économiques de Rosa Luxemburg. En 1930 il a publié un livre sur le sujet, L’Accumulation du capital d’après Rosa Luxemburg. Beaucoup plus tard Pedrosa a lui aussi écrit un livre sur le même sujet en rapport avec l’Amérique latine, A crise mundial do imperialismo e Rosa Luxemburg, Rio de Janeiro, Civilização Brasileira, 1979.

6 Ce texte, traduit par Miguel Macedo, a été publié en deux parties, en avril et en mai 1946. Dans la préface à la traduction brésilienne du livre de Jörn Schütrumpf, Rosa Luxemburg oder Der Preis der Freiheit, Berlin, Dietz, 2006, Michael Löwy écrit : « Je me souviens encore de l’enthousiasme, de la ferveur même avec laquelle nous lisions cet écrit précieux quand j’ai participé, aux alentours de 1956 à São Paulo à la fondation d’un petit groupe « luxemburgiste » avec des amis et des camarades d’une grande valeur comme Paul Singer, les frères Eder et Emir Sader, Mauricio Tragtenberg, Herminio Sachetta, les avocats Renato Caldas e Luis Carvalho Pinto. […] Je suis convaincu que cette brochure de 1918 est l’un des textes indispensables non seulement pour comprendre le passé, mais aussi et surtout pour une refondation du socialisme (ou du communisme) au XXIe siècle. »

7 Voir Paul Singer, « Mário Pedrosa e o Vanguarda Socialista », in José Castilho Marques Neto (éd.), Mário Pedrosa e o Brasil, São Paulo, Editora Fundação Perseu Abramo, 2001. Paul Singer, juif autrichien, a émigré en 1939 à São Paulo avec sa mère. Dans sa jeunesse il a commencé à lire l’œuvre de Rosa Luxemburg dans le journal Vanguarda Socialista. Il était militant du PSB (1950-1965) jusqu’à ce que la dictature militaire interdise le multipartisme et introduise le bipartisme. Paul Singer a été co-fondateur du PT et il est actuellement secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire du gouvernement Lula. Pour plus d’informations sur lui et sur l’influence de Rosa Luxemburg sur ses idées, voir son interview dans David Muhlmann, Réconcilier marxisme et démocratie, Paris, Seuil, 2010.

8 « Nota explicativa, A revolução russa », in A crise mundial do imperialismo e Rosa Luxemburgo, Rio de Janeiro, Paz e Terra, 1979, p. 119-20.

9 Ibid., p. 129.

10 Rosa Luxemburg, « Die Krise der Sozialdemokratie », Gesammelte Werke, t. IV, Berlin, Dietz Verlag, 1987, p. 149.

11 Rosa Luxemburg, « Organisationsfrage der russische Sozialdemokratie », Gesammelte Werke t. I/II, Berlin, Dietz Verlag, 1979, p. 441.

12 Mário Pedrosa, « Vanguardas, partido e socialismo », Vanguarda Socialista (9 août 1946).

13 Mario Pedrosa, « A luta quotidiana das massas e o Partido Comunista », Vanguarda Socialista (14 juin1946).

14 Rosa Luxemburg, « Gründungsparteitag der Kommunistischen Partei Deutschlands », Gesammelte Werke t. IV, p. 510.

15 Oskar Negt, « Rosa Luxemburg. Zur materialistischen Dialetktik von Spontaneität und Organisation » in Claudio Pozzoli (éd.), Rosa Luxemburg oder Die Bestimmung des Sozialismus, Suhrkamp, Frankfurt, 1974, p. 190.

16 Mário Pedrosa, A opção imperialista, Rio de Janeiro, Civilização Brasileira, 1966, p. 438.

17 Ibid., p. 324.

18 Mário Pedrosa, « Vanguardas, partido e socialismo », Vanguarda Socialista (9 août1946).

19 Rosa Luxemburg, « Sozialreform oder Revolution » [1899], Gesammelte Werke t. I/II, p. 400.

20 Voir Isabel Loureiro, « Rosa Luxemburg und die Bewegung der Landlosen in Brasilien », Utopiekreativ 185 (mars 2006) ; Gilberto López y Rivas, « Democracia tutelada versus democracia autonomista », Rebelión (28 mars 2006).

21 Voir Rosa Luxemburg, « Was will der Spartakusbund ? » [1918], Gesammelte Werke t. IV, p. 442 et seq.

22 Pasquim (18 novembre1981).

23 « […] On n’apprend pas à faire la révolution dans les livres […] pour sacrés qu’ils soient, de Marx ou de Lénine. Elle est dictée par les choses de notre terre, par la qualification des hommes qui la font, par les classes en mouvement, par la réalité historique d’où elle vient et où elle agit. L’interprétation des textes sacrés ne remplace pas l’expérience vécue ni la pratique […] » (Mário Pedrosa, Folha de São Paulo, 21 novembre 1982).

24 C’était un ancien mot d’ordre du dirigeant spartakiste Paul Levi, ami de Rosa Luxemburg (qui à ce moment-là avait déjà été exclu du KPD) contre la politique putschiste et aventurière de l’Internationale Communiste en Allemagne.

25 Angela Mendes de Almeida, « Falar em Rosa Luxemburgo era quase que uma heresia » in Isabel Loureiro (éd.), Socialismo ou Barbárie – Rosa Luxemburgo no Brasil, São Paulo, Instituto Rosa Luxemburg Stiftung, 2008, p. 55.

26 Voir Francisco de Oliveira, « O momento Lênin », Novos Estudos 75, juillet 2006.

27 Gilmar Mauro, « É preciso investir no processo de formação » in Isabel Loureiro (éd.), Socialismo ou barbárie, op. cit.

28 Rosa Luxemburg, « Aus dem Nachlass unserer Meister » [1901] in Gesammelte Werke t. I/II, p. 151.

29 Gilmar Mauro, op. cit., p. 100.

30 Ibid., p. 101.

31 Voir Mario Pedrosa, A crise mundial do imperialismo e Rosa Luxemburgo, Paz e Terra, Rio de Janeiro, 1979 ; Paul Singer, « A teoria da acumulação do capital em Rosa Luxemburg » in Isabel Loureiro, Tullo Vigevani (éd.), Rosa Luxemburg, a recusa da alienação, São Paulo, Editora UNESP, 1991; préface de A acumulação do capital, São Paulo, 1988 ; Paul Singer, « Uma discípula de Marx que ousava criticar Marx » ; Michael Löwy, « A atualidade latino-americana de Rosa Luxemburgo » in Isabel Loureiro (éd.), Socialismo ou barbárie, op. cit.

32 O novo imperialismo, São Paulo, 2004, p. 121-26.

33 Paul Singer, « Uma discípula de Marx que ousava criticar Marx », op. cit., p.18.

34 Voir Rosa Luxemburg, « Die Akkumulation des Kapitals » [1912], Gesammelte Werke t. V, Berlin, Dietz Verlag, 1985, p. 311. Voir aussi Mário Pedrosa, A crise mundial do imperialismo e Rosa Luxemburgo, op. cit., p. 58-59.

35 Rosa Luxemburg, « Einführung in die Nationalökonomie », Gesammelte Werke t. V, p. 717.

36 Michael Löwy, « Le communisme primitif dans les écrits économiques de Rosa Luxemburg », in C. Weill, G. Badia (org.), Rosa Luxemburg aujourd’hui, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 1986.

37 Paul Frölich en est une exception, bien que nous ne soyons pas d’accord avec son interprétation économiste de l’œuvre de Rosa Luxemburg. Voir Rosa Luxemburg, sa vie et son œuvre, Paris, Maspero, 1965, p. 189-191. Voir aussi J.-P. Nettl, La Vie et l’œuvre de Rosa Luxemburg, Paris, Maspero, 1972, p. 818-822. En tout cas aucune de ces œuvres n’accorde d’importance à la perspective « tiers-mondiste » de Rosa Luxemburg. Annelies Laschitza par contre dans sa biographie de Rosa Luxemburg (Im Lebensrausch trotz alledem, Berlin, Aufbau Taschenbuch Verlag, 1996, p. 326) observe « que les développements de Rosa Luxemburg comprennent le Proche Orient, l’Asie du Sud, l’Afrique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Australie fait partie de la supériorité de sa recherche. Cette perspective externe à l’Europe a trouvé un intérêt toujours plus grand au XXe siècle. »

38 Michael Löwy, op. cit., p. 72.

39 « Pour les économistes et les politiciens bourgeois libéraux, chemins de fer, allumettes suédoises, égouts et magasins signifient le « progrès » et la « civilisation ». Ces œuvres en tant que telles, greffées dans des conditions primitives, ne signifient ni progrès ni civilisation, parce qu’elles sont achetées au prix de la rapide ruine économique et culturelle des peuples qui subissent à la fois toutes les calamités et toutes les horreurs de deux époques : celle des rapports de domination de l’économie naturelle traditionnelle et celle de l’exploitation capitaliste la plus moderne et la plus raffinée. » (« Die Krise der Sozialdemokratie », Gesammelte Werke t. IV, p. 160-161).

40 Il vaut mieux parler de forces destructrices, comme le propose Michael Löwy. Voir Ecologia e socialismo, São Paulo, Cortez, 2005, p. 54.

41 Michael Löwy, « Por um marxismo crítico » in Michael Löwy, Daniel Bensaïd, Marxismo, modernidade e utopia. São Paulo, Xamã, 2000, p. 64.

42 Voir International Ecosocialist Manifesto de Joel Kovel et Michael Löwy.

43 Mário Pedrosa, « Discurso aos tupiniquins ou nambás » [1975] in Otília Arantes (éd.), Política das artes, São Paulo, Edusp, 1995, p. 335.

44 Les descendants des anciens esclaves qui habitent les « quilombos », lieux où se réfugiaient auparavant les esclaves qui fuyaient les grandes propriétés foncières.

45 Paulo Arantes, « Precisamos de algo politicamente revelador e contundente » in Isabel Loureiro (éd.), Socialismo ou barbárie, op. cit., p. 124.

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