Depuis la révolution castriste de 1959, Cuba a suscité les espoirs des mouvements populaires, socialistes et anti-impérialistes : en raison de sa résistance obstinée à l’ogre impérialiste US, mais aussi de ses tentatives d’inventer un chemin vers le socialisme dans des conditions particulièrement difficiles et de son soutien actif, y compris militaire, aux luttes de libération anticoloniales. Pour toutes ces raisons, la Révolution cubaine doit continuer à être soutenue inconditionnellement par les révolutionnaires et les anticapitalistes du monde entier ; ce qui n’interdit nullement des discussions critiques sur le bilan de cette expérience.
Les États-Unis aspirent à briser la Révolution cubaine depuis le début des années 1960. Ils ont cherché à envahir militairement l’île en 1961, ont tenté d’assassiner ses dirigeants (notamment Fidel Castro, qui a échappé à des centaines de tentatives d’assassinats), et imposent depuis plus d’un demi-siècle un blocus criminel. Celui-ci a récemment été renforcé par Donald Trump qui, après le succès de son agression contre le Venezuela et le kidnapping de Maduro, espère faire tomber ce qui reste pour eux l’une des grandes humiliations du 20e siècle : avoir perdu le contrôle d’une île qu’ils considéraient comme une colonie et avoir vu l’émergence à leurs portes d’une expérience de rupture avec le capitalisme. Les États-Unis ont-ils les moyens de leurs ambitions ? Pourraient-ils trouver des relais internes à leurs tentatives de déstabilisation ? Dans quelle mesure et sous quelles conditions Cuba peut-elle résister à cette nouvelle offensive ?
Par ailleurs, en 2016, la mort de Fidel Castro – qui incarna plus que tout autre la révolution cubaine et la résistance du peuple cubain à l’impérialisme états-unien – et les réformes des 15 dernières années, doivent amener les anticapitalistes à proposer un bilan de l’héritage de la Révolution cubaine, du castrisme et du guévarisme, mais également à poser la question de ce qui se joue actuellement à Cuba : assiste-t-on à une restauration rampante du capitalisme (suivant la pente d’un « modèle » chinois ou vietnamien) ou la transition cubaine prend-elle d’autres formes ? Sous quelles conditions pourrait s’inventer à Cuba un socialisme du 21e siècle, nouant fermement l’opposition au capitalisme et l’aspiration à une démocratie radicale, et quel rôle pourrait jouer la gauche cubaine ?