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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rédigée par Patrick Le Moal, donnant à voir ce que fut la Commune au jour le jour

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L’essentiel de la journée

Situation militaire

A l’ouest

Du côté de Neuilly et d’Asnières, toujours un duel d’artillerie, accompagné de temps en temps de fusillades. Les lignes Versaillaises se rapprochent peu à peu des forts et de l’enceinte.

 

Au sud

Toute la nuit il y a eu échange de tirs sur l’ensemble de la ligne de bataille. Le Moulin-Saquet, au sud-est de Paris, a été attaqué violemment.

Vers Issy la situation est critique, les Versaillais occupent la gare de Clamart et le château d’Issy faisant des prisonniers. Le fort d’Issy, ou du moins ce qu’il en reste, est presque entièrement cerné.

Témoignage

Traduction d’une lettre d’un Anglais, adressée au citoyen délégué à la guerre, sur les traitements infligés aux fédérés par les Versaillais.

Général,

Je crois de mon devoir de porter les faits suivants à votre connaissance.

J’ai un ami qui se trouvait dans la garde nationale et qui donna sa démission il y a quelque temps. La semaine dernière, il alla à Versailles dans le but d’obtenir sa solde du mois de janvier, et l’officier payeur du bataillon désirait qu’il fût rentré au bout de quelques jours.

Mardi matin il se mit en route, et je l’accompagnai.

Sortis par la porte de Montrouge, nous prîmes par Issy ; mais la grande quantité de bombes qui tombaient autour de nous, nous obligea bientôt à prendre par Sceaux. Arrivés au Plessis-Piquet, nous fûmes accostés par un agent de police qui nous demanda nos laissez-passer.

Mon ami exhiba ses papiers et cet agent nous conduisit dans une ferme à côté, où un lieutenant de gendarmerie nous donna un laissez-passer.

Mon ami obtint 200 francs à Versailles, et nous quittâmes cette ville le même soir ; mais en arrivant à Bourg-la-Reine, on nous empêcha de passer outre, en nous obligeant à coucher dans cette localité.

Le lendemain matin, nous nous mîmes en route, et à Sceaux un capitaine d’infanterie nous fit arrêter, sous le prétexte que nos laissez-passer pour Versailles ne suffisaient pas pour nous permettre de rentrer à Paris.

Conduits de poste en poste, nous arrivâmes enfin à Versailles à quatre heures de l’après-midi.

On nous dirigea sur une caserne de gendarmerie où nous trouvâmes un garçon de treize ans, une vieille femme de cinquante ans et deux ouvriers, arrêtés tous les quatre en retournant de leur ouvrage au collège de Sainte-Barbe, à Fontenay.

Je m’arrête sur ces détails pour que vous puissiez vous former une idée nette des faits, tels qu’ils se sont passés, et juger par vous-même si la façon de procéder du gouvernement de Versailles ne doit pas être condamnée par le monde civilisé.

Une demi-heure après notre arrivée, les gendarmes procédèrent à l’enchaînement des malheureux que je viens de vous mentionner et les lièrent ensemble.

Je déclare que je préférais être fusillé sur-le-champ que d’être pareillement traité, et à force de protestations, on consentit à ne pas nous attacher, mais on doubla notre escorte.

Nous arrivâmes au bout de quelques instants au palais de justice, où on nous poussa dans des caves souterraines dans lesquelles grouillaient environ deux cent cinquante ou trois cents personnes.

Il serait impossible de décrire la scène. Gardes nationaux et civils, parmi lesquels plusieurs professionnels étaient entassés pêle-mêle dans ce hideux local. (Professional man signifie un docteur, un avocat, un magistrat, ou un officier.)

Ces malheureux attendaient leur jugement depuis dix ou quinze jours, sans qu’ils aient eu autre chose à manger que du pain, très mauvais, et de l’eau.

L’infection produite par les baquets d’urine était intolérable. Un vieillard de soixante à soixante-dix ans était littéralement mangé par des insectes.

Le même soir, on amena un gamin de quinze ans environ dont la joue était couverte de sang. Après avoir été fait prisonnier, un officier de la ligne lui avait déchargé son revolver en peine figure et n’avait heureusement réussi qu’à le blesser.

Cette nuit fut pour moi une véritable nuit d’horreur.

Le lendemain, je fis un tel tapage, que nous fûmes conduits, mon ami et moi, devant le commissaire de police, un homme fort honorable du reste, du nom de Nace. Sa manière de procéder était très conciliante, mais malheureusement il ne décida rien sur notre sort ; il ne fit que passer le procès-verbal au grand prévôt de la gendarmerie, qui est le premier magistrat, paraît-il.

Je fus libéré le même jour.

Ce qui précède n’est qu’un aperçu simple et court de la façon dont l’on traite les prisonniers à Versailles. Il serait bien que le public en fût informé. Je vous eusse écrit hier, mais je craignais que l’état de surexcitation dans lequel j’étais ne me portât à exagérer. J’ai l’intention d’écrire aujourd’hui à M. Thiers, non pas que j’espère avoir une réponse, mais je crois de mon devoir de protester contre une façon d’agir que répudierait la nation la plus sauvage du globe.

Excusez, je vous prie, toutes ces longueurs, malgré lesquelles je ne vous dis pas la moitié de ce que j’ai vu.

Dans l’espoir que vous voudrez bien prendre en considération les souffrances de nos pauvres parisiens à Versailles,

J’ai l’honneur, etc., etc.

O’LEARY O’BRIEN.

Professeur d’anglais, journaliste, à l’institution,

88, rue de Fontenay

 

Premières décisions de Rossel

Dans la réunion de la Commune, Courbet relaie des plaintes qu’il reçoit selon lesquelles il n’y aurait que 6.000 hommes sur toute la ligne des fortifications, que Dombrowski n’aurait que 1.200 hommes face aux 40.000 Versaillais. Ces affirmations sont fermement démenties.

Le nouveau délégué à la guerre, Rossel, interdit tout contact des fédérés avec l’armée versaillaise, comme si la guerre en cours n’était pas une guerre civile, dans laquelle la démoralisation de l’ennemi joue un rôle.

Il est formellement interdit à tout commandant militaire, officier ou autre fonctionnaire au service de la Commune, d’avoir aucune communication avec l’ennemi.

Le délégué à la guerre rappelle à ce sujet les prescriptions du règlement sur le service en campagne ; il les fera exécuter dans toute leur teneur :

Les trompettes et les parlementaires de l’ennemi ne dépassent jamais les premières sentinelles ; ils sont tournés du côté opposé au poste ou à l’armée. On leur bande les yeux, s’il en est besoin. Un sous-officier reste avec eux pour exiger que ces dispositions soient observées.

Le commandant de la grand’garde donne reçu des dépêches et les expédie sur-le-champ au général. Il congédie sur-le-champ le parlementaire.

L’envoi de parlementaires sert parfois à couvrir une ruse de guerre. On ne doit donc pas interrompre le feu pour le recevoir, quand même l’ennemi aurait interrompu le sien. […]

Le délégué à la guerre,

ROSSEL.

Paris le 2 mai 1871.

 

La marine est sortie de la garde nationale

Le comité de salut public prend un arrêté plaçant la marine sous la direction du ministère de la marine, lui-même sous la direction du ministère de la guerre. Il est demandé aux chefs de bataillon de rayer des cadres de leurs compagnies tous les marins, fusiliers et matelots qui y sont incorporés qui devront se présenter dans les vingt-quatre heures à la marine. Les marins fusiliers seront immédiatement organisés en compagnies de débarquement, dans lesquelles seront recrutés les marins utiles pour les canonnières de la flottille de la Seine.

 

Sur l’action des municipalités

Il présente à la Commune un projet de décret pour organiser dans chaque arrondissement des sous-délégations ayant pour mission de faire le recensement des habitants, distribuer des cartes d’identité, signaler et « poursuivre les réfractaires, dresser l’état des chevaux existants et celui des appartements vacants ; présider à la recherche des armes et des munitions. »

Les municipalités sont déjà actives dans la rentrée des armes des bataillons dissous, des émigrés, des réfractaires jugés comme tels par les conseils de discipline, par des perquisitions méthodiques par rues et par maisons.  Le projet de décret de Rossel ajoute notamment le recensement des logements vacants, des habitant-es, et la distribution de cartes d’identité.

Cette dernière idée est une innovation importante, les français-es ont diverses possibilités pour prouver leur identité, un passeport, un livret ouvrier, un livret militaire mais pas de document officiel : pour toute démarche administrative, il faut se présenter avec deux personnes qui attestent de l’identité. Un membre de la Commune, Rastoul, va même dans la discussion proposer que toutes les mairies délivrent des cartes d’identité dont chacun sera porteur, et que tout citoyen qui n’aura pas cette carte sera incorporé dans un bataillon du quartier qu’il habite.

La Commune, sans voter le décret lui-même, décide qu’une circulaire dans ce sens sera envoyée aux municipalités par ses secrétaires.

 

Les tensions politiques entre la Commune et le Comité central de la garde nationale s’aggravent

La question revient régulièrement, le Comité central cherche-t-il à supplanter la Commune ?

Plusieurs élus rapportent des difficultés avec des groupes de la garde nationale. Ici un chef de légion dit à un élu : « Je ne connais que mon Conseil de légion, et s’il m’ordonne d’arrêter des membres de la Commune, je le ferai » ; là deux individus arrêtés pour avoir tiré des coups de revolvers sont relâchés par « une puissance occulte ». Chalain lit une communication dans laquelle le Comité central est accusé d’organiser contre la Commune une sorte de Comité de salut public, d’autres disent que c’est complètement faux, qu’il ne faut pas confondre les Conseils de légion dans lesquels il y a beaucoup d’insubordination et d’indépendance et le Comité central auquel ils ne se sont pas tous ralliés.

Le Comité central de la garde nationale a rencontré le Comité de salut public etprésenté un projet qui changerait toute l’organisation de la Guerre, et demande qu’il soit immédiatement discuté.

Jourde réagit vivement : « Je remercie le Comité de salut public d’avoir voulu nous présenter les deux articles que le Comité central lui a présentés. Mais il manque un troisième article, c’est celui-ci : La Commune de Paris se retirera devant le Comité central. »  D’autres plus mesurés pensent que si le Comité central a le droit de critiquer les actes de la Commune ; de faire des propositions en contradiction avec les actes de la Commune, il n’y a pas à accepter cet ultimatum du Comité central, il faut prendre acte de leur projet de décret, à l’envoyer à la Commission de la Guerre avant de l’étudier le moment opportun.

 

Bilan financier de la Commune

Jourde, 28 ans, employé, puis manœuvre, élu dans le Vème arrondissement.

Jourde présente le bilan financier de l’activité de la Commune[1], qui détaille l’ensemble des mouvements de fonds du 20 mars au 30 avril inclus. Aux 4, 6 millions trouvés en caisse lors de leur arrivée à la gestion, s’ajoutent les recettes. Les principales sont l’octroi, qui a fourni près de 8,5 millions, la Manufacture des tabacs, plus de 1,7 millions auxquelles s’ajoutent les diverses remises de fonds de la banque de France, 7,75 millions. La Commune dépense environ 800 000 francs par jour et la guerre, qui inclut la solde des gardes nationaux représente près de 80 % des dépenses.

Ce rapport est un rapport comptable, qui montre le sérieux et l’honnêteté des gestionnaires de la Commune. Il n’aborde pas la question directement politique, et du rapport entre la Commune et la Banque de France. En matière de finances, la Commune affiche et applique des principes d’ordre et d’économie, avec une volonté d’anéantir tous les tripotages de bourse et les honteuses spéculations proposées par un membre de la commission révoquée pour ces raisons (Régère).

Charles Beslay, délégué de la Commune à la Banque de France

C’est le doyen de la Commune, 76 ans, franc-maçon, membre de l’Internationale, proudhonien convaincu, industriel. Comme patron progressiste il a tenté des expériences associatives avec les ouvriers de ses usines. Élu dans le VI ème arrondissement.

Lorsqu’il arrive à la Banque de France, il ne reste sur place que le sous-gouverneur, le marquis de Ploeuc. La Banque de France résume la puissance financière du pays. Elle est, avec ses billets, pour le gouvernement et pour le pays, une ressource capitale, et son crédit est absolument intact.

La conviction de Beslay est qu’il faut « conserver la Banque, avec tout son crédit, avec son intégrité parfaite, de manière à pouvoir demander à la circulation fiduciaire ce que la circulation monétaire ne [peut] plus donner. Il n’y [a] sur ce point aucune contestation possible »

Il s’efforce donc de protéger la Banque, convaincu que la confiscation de l’argent qu’elle a en caisse conduirait à une dévaluation, entraînant l’impression de nouveaux billets à Versailles. Pour lui il faut respecter la Banque avec ses privilèges et ses attributions, comme pivot de l’existence financière de la Commune, la maintenir debout, vivante, avec son crédit intact et ses billets au pair.

Beslay ajoute : « Tout ce que je dis à la commission sur la nécessité de respecter la Banque de France, comme propriété privée appartenant à des actionnaires, et comme établissement privilégié émettant au nom de l’État des billets de banque ayant le cours de la monnaie, et comme ressource financière pouvant venir en aide à la Commune pour le paiement régulier de ses bataillons, tout [est] accueilli, accepté et approuvé sans réserve aucune, et l’éloignement de toute force armée [est] également considéré comme une condition indispensable de mes fonctions, pour écarter toute pensée de violence et de pression au sujet d’une mission qui devait avant tout sauvegarder la confiance publique. »

Il est parvenu à convaincre la Commune de la justesse de son point de vue.

Pendant ce temps, Versailles opère des prélèvements massifs, 10 à 20 fois plus importants que ceux de la Commune.

Il est reproché au rapport des paroles d’un caissier modèle, mais non pas celles d’un ministre des Finances de la Commune, que les membres de la commission n’ont pas porté leurs vues assez haut et assez loin, et … qu’il y a des demandes militaires non acceptées.

Jourde explique qu’elles seront honorées et qu’il faut voir plus loin : les ressources de l’octroi doivent être diminuées, dans la mesure où c’est un impôt qui pèse plus spécialement sur les pauvres, dès que ce sera possible de le faire, tout en augmentant le budget de l’éducation, quand le travail aura repris et qu’il n’y aura plus ces dépenses de guerre. Et il pose sa démission, compte tenu des problèmes que posent les « pleins pouvoirs » du Comité de salut public face aux appréhensions du monde économique : « Je ne puis rien entreprendre, je ne puis rien faire ; car incontestablement, après votre décret d’hier, le délégué aux Finances n’est que le commis du Comité de salut public ». Malgré cela il est réélu par 38 voix sur les 44 votants.

Extrait Paris au Front d’insurgé

 

Suppression des serments pour les fonctionnaires

Voici un texte simple et clair qui libère tous les fonctionnaires de cette obligation.

La Commune de Paris,

Considérant qu’il est irrationnel et immoral de prendre à témoin de ses engagements une divinité, dont l’existence et conséquemment l’autorité sur les choses humaines sont formellement niées par la Science,

Décrète :

Article unique. Le serment politique et le serment professionnel sont abolis.

EUG. PROTOT. »

 

Les francs-maçons rejoignent le combat

Les francs-maçons se sont réunis au Cirque national, et appellent à défendre par les armes les franchises municipales, à rejoindre la garde nationale :

1° Tous les moyens de paix et de conciliation ayant été repoussés par le chef du pouvoir exécutif, et les hostilités ayant été reprises par les assaillants de Versailles, les francs-maçons et les compagnons s’engagent à défendre par les armes la revendication des franchises municipales ;

2° Aucun des leurs ne sera plus admis aux réunions qu’autant qu’il portera l’uniforme de la garde nationale ; ils marcheront avec leurs insignes, et ils ne mettront bas les armes qu’autant qu’ils auront assuré le succès de la cause républicaine de Paris ;

3° Tous les membres devront se faire inscrire dans les compagnies de leurs quartiers respectifs, et les bannières du Compagnonnage seront placées aux remparts, à côté de celles de la Franc-Maçonnerie.

Le Comité de la Ligue d’Union républicaine des droits de Paris organise une nouvelle démarche à Versailles pour demander une trêve, afin d’engager des négociations. En même temps, la Ligue faisait insérer dans les journaux une note appelant tous les citoyens qui désirent la fin de la lutte fratricide et veulent la République avec les franchises municipales complètes, à rejoindre … les listes d’adhésion.

 

En bref

■  A partir de ce jour, tous les services concernant les ventes en gros dans les halles et marchés, ainsi que le poids public, les abattoirs et les propriétés communales, font partie de la direction des perceptions communales, qui en demeure exclusivement chargée.

■  Tous les approvisionnements en viandes de boucherie et de porc seront admis dans la partie sud du pavillon n° 5, à partir du 6 du mois courant. Ainsi que pour les viandes de même espèce qui se vendent à la criée, le droit d’abri que chaque approvisionneur devra payer à l’entrée desdites marchandises, est et demeure fixé à 0,02 c. par kilogramme. La vente sera quotidienne et devra, excepté dans le cas de force majeure, être terminée à midi en toute saison.

■  La commission exécutive nomme cinq juges de paix (Ier, II, III, VIII et IX ème arrondissements) et trois greffiers.

■  La Commune de Paris rappelle aux boulangers qu’ils sont tenus de recevoir, comme par le passé, les bons des réfugiés, attendu que l’arrêté du 7 octobre 1870 est et demeure en vigueur. Le même avis s’adresse également aux logeurs.

■  Une délégation des ouvriers et des ouvrières de la manufacture des tabacs, apportant à la Commune le produit d’une souscription faite à la manufacture en faveur des citoyens blessés en défendant les droits de Paris et de la République, a été reçue aujourd’hui, à midi, à l’hôtel de ville, par les membres du Comité de salut public.

Le citoyen Ranvier a pris la parole, et en termes à la fois énergiques et émus, a vivement remercié de leur dévouement ces citoyennes et ces citoyens qui, en ce temps si dur, s’imposent des privations pour venir en aide à leurs frères républicains combattant pour la Commune. Cette souscription monte à 683 francs.

 

Les amis de la Commune en Algérie et l’insurrection kabyle

Au rédacteur en chef de la Patrie.

Fidèle à votre rôle d’alarmiste et d’ennemi déclaré de la Commune, vous parlez de troubles survenus en Algérie et vous en exagérez la gravité pour en effrayer l’opinion publique.

Vous commettez une action plus mauvaise encore en insinuant que cette insurrection est l’œuvre des nombreux amis que la Commune possède en Algérie.

Délégué élu par la ville d’Alger, je vous affirme :

1° Que tous les colons algériens veulent pour eux et pour la France la Commune ;

2° Que tous les colons algériens sont intéressés à maintenir le calme et l’ordre chez les indigènes, et qu’ils en viendraient facilement à bout s’ils avaient la Commune et toutes les libertés qu’elle comporte ;

3° Que toutes les insurrections algériennes sont depuis longtemps l’œuvre préméditée des bureaux arabes. Ce fait est si vrai, que le gouvernement a rendu un décret ordonnant de poursuivre devant les conseils de guerre les officiers dans le commandement desquelles une insurrection éclaterait ; mais ce décret est demeuré inappliqué.

Salut et fraternité.

ALEXANDRE LAMBERT délégué d’Alger.

Paris, le 1er mai 1871.

 

En débat – Tribune Gustave Lefrançais

Sur l’action financière de la Commune et la Banque de France 

Quant à l’action financière de la Commune, elle [doit] seulement se borner à veiller à l’encaissement des diverses recettes municipales et à ordonnancer le paiement des dépenses communales. La commission ad hoc, nommée par la Commune, ainsi que le délégué responsable, [n’ont] à remplir qu’une mission d’ordre et de comptabilité.

Les transactions commerciales étant, sinon interrompues complètement, du moins réduites au minimum indispensable, toute combinaison financière nouvelle ayant pour but de changer la source des revenus municipaux en modifiant d’une façon plus équitable la répartition des charges qui jusqu’ici ont particulièrement pesé sur les travailleurs, était forcément ajournée à la fin de la lutte engagée entre Versailles et la Commune.

On se [contente] donc de s’assurer des sommes indispensables aux besoins urgents et journaliers de la Cité. On [a] recours pour cela à un emprunt nécessairement imposé à la Banque de France qui, (…) [fait] au Comité central et à la Commune une série d’avances quotidiennes qui [s’élèvent] à environ dix-sept millions, mais dont il faut déduire environ neuf millions dont la banque était dépositaire pour la ville de Paris.

Cet emprunt forcé fournit naturellement prétexte à toutes sortes d’imputations contre la Commune qui [est] accusée [d’organiser] le vol et le pillage.

Nous sommes de ceux qui prétendent que rien [n’est] plus légitime ni, disons le mot, plus réellement conservateur que cet emprunt.

Qu’on se reporte en effet à la situation économique de Paris au moment du 18 mars.

Depuis le mois d’août 1870, le travail était interrompu, la population laborieuse tout entière, employée à la défense de Paris contre les Prussiens, avait dû se défaire peu à peu de tous les objets de quelque valeur pour subvenir à l’insuffisance des subsides que le gouvernement du 4 septembre lui faisait distribuer et qui n’étaient certes point en rapport avec l’accroissement exorbitant et continu du prix des denrées alimentaires indispensables. Le caractère incertain et inquiétant de la politique intérieure du gouvernement de M. Thiers et de l’assemblée de Bordeaux, depuis les préliminaires de paix, n’avait encore pu rassurer les capitaux et faciliter par conséquent la reprise du travail.

A toutes ces causes de souffrances et de misères, le coup d’État tenté le 18 mars était venu apporter une aggravation nouvelle, en les prolongeant d’une façon indéfinie. Plus encore, le gouvernement, en fuyant de Paris, avait emporté jusqu’aux dernières ressources pécuniaires restées disponibles, de telle sorte que plus de deux cent mille familles, privées de travail et sans un sou, allaient être exposées à mourir littéralement de faim. Et ceux auxquels venait d’échoir sans qu’ils l’eussent recherché une semblable situation, avec mission d’y pourvoir, eussent regardé, pour parer à d’aussi atroces misères, à prendre des ressources là où il y en avait.

Ils eussent dû laisser périr de faim des centaines de mille d’enfants, de femmes et d’hommes, alors que près d’un milliard d’espèces seraient restées entassées dans les caves de la Banque, à l’ironique joie de leurs propriétaires, auteurs volontaires de tant de maux.

Là où un Bonaparte et ses bandits galonnés du 2 décembre n’avaient pas reculé à prendre cent millions pour corrompre la magistrature, le clergé et tous les hauts fonctionnaires de l’État, afin de pouvoir à son aise égorger les républicains et souiller de honte et de sang la France entière, les hommes du 18 mars et de la Commune eussent regardé à prendre quelques millions pour donner l’indispensable morceau de pain aux défenseurs des droits des travailleurs et de la République, contre la coalition des chenapans titrés qui grugent officiellement la nation depuis si longtemps !

C’eût été à la fois crime et folie, et le peuple de Paris eût été dans son droit en faisant justice immédiate de ceux qui s’en fussent rendus coupables.  Et d’ailleurs, est-ce que la Banque de France, d’institution quasi publique, puisque l’État garantit la circulation de ses billets, dont il peut aller jusqu’à imposer le cours forcé, [n’est] pas en somme garante des pilleries de toutes sortes dont Paris [a] été notamment victime durant l’empire, de par l’unique volonté de l’État ?

Est-ce que par ces prélèvements journaliers, correspondant strictement aux dépenses communales indispensables, la Commune n’a pas en réalité et sous toutes réserves d’ailleurs des répétitions qu’elle[a]à exercer ultérieurement contre les auteurs directs des malversations financières à son détriment, durant l’empire et le gouvernement du 4 septembre, est-ce que la Commune n’a pas fait acte de conservation, en sauvegardant ainsi des effets de l’exaspération légitime de la population affamée la réserve métallique nécessaire à la reprise des transactions industrielles et commerciales ?

Un seul reproche, fondé celui-là, mais que les amis de la Commune ont le droit de faire à la Commission des finances, un seul reproche peut être adressé à celle-ci et, quant à nous, qui [faisons] partie de cette commission, nous en acceptons la part qui nous revient.

Ce reproche, le voici :

La Commune devait avoir pour suprême objectif de faire mettre bas les armes à Versailles en répandant le moins de sang possible. Elle y pouvait arriver promptement en prenant ses adversaires par ce qui les touche le plus : leurs intérêts. Elle eût donc dû occuper dès le début la Banque de France et s’emparer du portefeuille qu’elle eût menacé de détruire si, dans un délai qu’elle eût fixé aussi court que possible, le gouvernement de Versailles n’avait pas consenti à traiter avec la Commune et à garantir à Paris l’exécution complète du programme communaliste de la Révolution du 18 mars.

Il n’est point besoin d’appuyer ici sur les résultats de cette sommation faite par Paris en état de légitime défense. Cela se comprend de reste.

Ni le Comité central, ni plus tard la Commune, ni enfin les diverses Commissions de finances qui se succédèrent….n’y songèrent sérieusement, et, nous le répétons, les partisans de cette dernière révolution auront le droit incessant de reprocher à tous ce manque d’audace réellement révolutionnaire.

 

Note

[1]Validé par les autres membres de la Commission Billioray, Clément, Lefrançais et Beslay

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