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Désastre des data centers : voyage au-delà du pire
8 juillet 2026

Désastre des data centers : voyage au-delà du pire


L’intelligence artificielle générative est présentée partout dans les médias dominants comme une « révolution ». Mais avec ce que son développement implique en termes de consommation d’eau et d’énergie, en particulier via les data centers, elle est avant tout un facteur d’accélération de la catastrophe environnementale et d’accentuation de ses effets sur les conditions d’existence des humains et non-humains. Dans cet article, septième d’une série thématique intitulée « Vampire Planet », Joshua Frank documente ce désastre en sillonnant la Californie.

Cette semaine dans l’Anthropocène

La route est poussiéreuse et jonchée de déchets. Mon ami et collaborateur Colby Groves est penché à la fenêtre de la voiture pendant que je suis au volant, contemplant des champs de panneaux solaires alignés derrière une clôture grillagée.

« Ça doit être ça », déclare Colby, calant un imposant appareil photo sur ses genoux, espérant éviter les secousses sur cette mauvaise route.

Nous sommes dans cette région de soleil brûlant et de chaleur, à la recherche d’une grande installation solaire Amazon dans la campagne du comté de San Bernardino, en Californie. On y rencontre la tortue du désert en voie de disparition et des arbres de Josué. Mais plus récemment, la voracité des entrepreneurs de la Silicon Valley en a fait leur joujou. 

En 2024, Amazon (Jeff Bezos) a connecté son projet solaire et de stockage Baldy Mesa, qui alimente les centres de données voisins de l’entreprise, au réseau électrique, ce qui lui a valu maints éloges pour son recours aux énergies renouvelables. C’est le premier du genre en Californie. Malgré son gigantisme, le projet a rencontré très peu d’opposition, comme c’est souvent le cas pour ce type de projets « verts ». 

En sortant de la voiture, nous entendons immédiatement le bourdonnement assourdissant de générateurs électriques occupant la surface d’un terrain de football, alimentés par des panneaux solaires qui nous entourent dans toutes les directions. L’ensemble de l’installation est relié au réseau par d’impressionnants câbles de transmission au-dessus de nos têtes. Au total, cet immense aménagement couvre plus de 6000 mètres carrés du biotope que forme le désert du Mojave, soit quasiment deux fois la taille du Central Park de New York.

Les conséquences de Baldy Mesa sur cet écosystème fragile sont brutales et tangibles. Les arbres de Josué ont été remplacés par des générateurs électriques de la taille de conteneurs maritimes, empilés comme des Lego, bourdonnant et dégageant leur chaleur. Là où autrefois les coyotes venaient gambader et où les tortues du désert s’enfouissaient pour se mettre à l’abri du soleil torride, les panneaux solaires recouvrent désormais le paysage. Amazon a évité la controverse en déplaçant 153 arbres de Josué condamnés, mais le fait demeure que pas un seul arbre de Josué n’est visible là où ces panneaux photovoltaïques se trouvent aujourd’hui.

Cette installation Amazon Web Services (AWS) est une opération d’apprentissage automatique pilotée par l’IA capable d’analyser 33 milliards de points de données chaque année, soit, plus de 90 millions de points de données par jour. Selon ces mêmes services, l’efficacité de leurs générateurs en sera renforcée, tout en améliorant les pratiques de consommation des clients des produits et services d’Amazon, désormais plus avisés.

Pour de la com’ d’entreprise, pas de doute, c’est plutôt réussi. Pourtant, alors que je me tiens au milieu de cette ferme solaire Amazon, je ne peux m’empêcher de me demander à quoi devait ressembler ce désert avant qu’on ne décide qu’il était mieux adapté à l’alimentation électrique des programmes d’IA. A quoi pouvait ressembler cet endroit quand le sol pouvait encore séquestrer le carbone ? Construire sur ces terres a éliminé sa capacité à absorber la pollution des combustibles fossiles. Ces panneaux solaires n’aident pas le climat, mais lui nuisent.

Même si ce mastodonte fonctionne avec des énergies renouvelables, rien ne semble éco-responsable. Une aura post-apocalyptique nimbe à peu près tout ce qui touche à cet emballement autour l’IA, assombrie plus encore par le fait que Jeff Bezos rafle la mise.

« Waouh, regarde ça. » Colby me montre une clôture de protection de l’installation des générateurs. La porte est grande ouverte.

Une personne plus tenter par le sabotage y accéderait sans peine. Mais nous ne sommes pas ici pour nous en prendre aux data centers. Colby installe son trépied pour filmer des images devant illustrer Bad Energy, mon prochain livre qui explore les travers de la soi-disant transition énergétique verte.

Peu de gens se rendront un jour dans cet endroit reculé du Mojave pour voir de leurs propres yeux les dégâts d’Amazon. Les photographies aériennes ne peuvent rendre compte de la réalité de l’expérience concrète du bouleversement de l’IA qui nous est imposé sans notre consentement.

Et, malgré mes nombreux doutes, cette monstruosité est censée faire partie de ce qui se fait encore de mieux. La plupart des nouveaux data centers ne fonctionnent pas aux énergies renouvelables mais aux combustibles fossiles.

À moins d’avoir vécu sous un rocher toutes ces dernières années (je peux voir pourquoi !), chacun sait que ces data centers ne nous préparent rien qui vaille.

Ils siphonnent l’eau. Plus de 6.5 milliards de litres par an aux États-Unis.

Ils brûlent de l’électricité. 176 térawattheures (4 % de toute la consommation d’énergie aux États-Unis) par an. À l’échelle mondiale, ils utilisent 415 térawattheures, soit plus que le total de seulement 10 pays.

Ils engendrent des îlots de chaleur, dans certains cas, accroissant la température des sols environnants de près de 9 degrés Celsius.

Ils dévorent la terre. Un data center de taille moyenne équivaut à 450 terrains de football.

Ils ne sont pas des producteurs d’emplois stables. Même pour le Wall Street Journal les data centers sont un désastre pour la création d’emplois.

Et bien sûr, ils sont la force motrice de la révolution de l’IA, qui empiète sur tous les aspects de nos vies. 

Mais en fin de compte, est-ce vraiment si terrible que ça ? Après tout, cette invention n’est pas récente et remonte à l’avènement de l’ère informatique.

Cependant, il y a une dimension quantitativement différente dans ce à quoi nous assistons. Au rythme actuel, les data centers à travers le monde nécessiteront un trillion de dollars d’investissements annuels dans les infrastructures d’ici la fin de la décennie.

La mise en chiffres aide à y voir plus clair.

Aux États-Unis, il y a entre 1 500 et 1 600 data centers en phase de planification ou de construction, et plus de 4 000 sont déjà en activité. Une étude du Pew Research Center estime que 67 % de ces nouveaux sites sont en passe d’être installés en zones rurales aux Etats-Unis, où 87 % des centres existants fonctionnent actuellement en zone urbaine.

754 centres sont prévus dans le Sud. 277 à l’ouest. 419 dans le Midwest et 106 dans le Nord-Est. Actuellement, l’étude mentionnée a montré que 38 % des Américains vivent à moins de 8 kilomètres d’un data centers.

À l’échelle mondiale, il y a plus de 11 000 data centers, et les économies d’échelle devraient dominer. Cela signifie que l’empreinte des futurs data centers sera plus encore à surveiller que le nombre de data centers en construction. L’énergie nécessaire à cette croissance, comme le prévoit le Southern Environmental Law Center, va amplifier le chaos climatique.

Cela s’explique par le fait que beaucoup de ces nouveaux sites utilisent du gaz naturel pour produire de l’électricité. Le gaz naturel, bien que moins sale que le charbon, libère du méthane, qui, à court terme, est encore plus nocif que le dioxyde de carbone. Les centrales à gaz émettent également du carbone, et ce en de grandes quantités. Une étude publiée en avril prédisait que seulement trois des projets de sites de Microsoft, alimentés par l’IA et au gaz méthane, doubleront l’empreinte carbone de l’entreprise et produiront d’importantes quantités de pollution. 

Un autre article de chercheurs de Cornell prévoit que jusqu’à 44 millions de tonnes de CO2 seront émises d’ici la fin de la décennie si les opérateurs continuent à dépendre du gaz naturel pour alimenter leurs data centers. Comme le rapporte Grist, ceci revient à mettre 10 millions de véhicules supplémentaires en circulation. L’ONU vient de publier une étude indiquant qu’en 2030, ces centres représenteront 3 % de la consommation totale d’énergie mondiale, soit un total de 935 térawattheures, émettant 440 millions de tonnes de dioxyde de carbone.

Cette semaine, Columbia Riverkeeper (une organisation fantastique qui mérite notre soutien) a publié un rapport effarantsur ce que les centres prévus feront dans leur coin du Nord-Ouest Pacifique. L’étude révèle comment les entreprises de combustibles fossiles, les compagnies d’électricité et les grandes entreprises technologiques collaborent pour profiter de la montée en puissance des data centers afin d’étendre les centrales électriques à gaz et pour prolonger les pipelines.

« Après des années de progrès vers la réalisation des objectifs climatiques de notre région, nous sommes soudainement un nouveau marché potentiel pour l’industrie des combustibles fossiles », déclare mon amie Audrey Leonard, avocate au sein de l’association Columbia Riverkeeper. « Enveloppée dans un voile de secret, les Big Tech ont préparé le terrain, et maintenant l’industrie gazière est prête à saisir une opportunité de construire. »

Ce microcosme est à l’image de ce qui se passe à l’échelle nationale. Les data centers, alimentés par d’importants investissements en capital dans l’IA, rendront encore plus difficile la réduction de la contribution du pays au chaos climatique.

Reste la question de l’eau

Une carte collaborative compilée par Erin Brockovich montre que de nombreux sites aux États-Unis opèrent dans des zones exposées à des sécheresses extrêmes. Ce n’est pas une bonne nouvelle là où la conservation de l’eau est nécessaire, ce qui pourrait bientôt concerner une grande partie du pays. Comme mentionné plus haut, les data centers aux États-Unis, selon une estimation, consommaient directement plus de 6,5 milliards de litres d’eau par an. Avec l’augmentation du nombre de sites, cette quantité devrait atteindre entre 13 et 25 milliards de litres par an. 

C’est beaucoup d’eau, plus que ce que les villes de Seattle ou San Francisco consomment sur une année entière. 

*

Dans les bonnes nouvelles de cette semaine, je vous laisse avec ces petits bijoux.

Alors que Jared Kushner, bras droit de Trump au Moyen-Orient, pousse son projet de complexe de luxe à 1,6 milliard de dollars en Albanie, des milliers de gens sont descendus dans les rues pour protester, arguant que ce développement détruira des habitats humides vitaux. La pression semble porter ses fruits, et une enquête sur la corruption a été lancée.

Les éléphants sauvages sont revenus dans l’est de la Zambie pour la première fois en 50 ans, et les habitants apprennent à coexister. Et un condor en voie de disparition a survolé l’Oregon pour la première fois en plus de 120 ans.

Voilà pour aujourd’hui. A la semaine prochaine.

*

Ce texte est paru le 5 juin 2026 sur le site CounterpunchIl a été traduit par Thierry Labica pour Contretemps.

8 juillet 2026

Désastre des data centers : voyage au-delà du pire

L’intelligence artificielle générative est présentée partout dans les médias dominants comme une « révolution ». Mais avec ce que son développement implique en termes de consommation d’eau et d’énergie, en particulier via les data centers, elle est avant tout un facteur d’accélération de la catastrophe environnementale et d’accentuation de ses effets sur les conditions d’existence des humains et non-humains. Dans cet article, septième d’une série thématique intitulée « Vampire Planet », Joshua Frank documente ce désastre en sillonnant la Californie.

Cette semaine dans l'Anthropocène

La route est poussiéreuse et jonchée de déchets. Mon ami et collaborateur Colby Groves est penché à la fenêtre de la voiture pendant que je suis au volant, contemplant des champs de panneaux solaires alignés derrière une clôture grillagée.

« Ça doit être ça », déclare Colby, calant un imposant appareil photo sur ses genoux, espérant éviter les secousses sur cette mauvaise route.

Nous sommes dans cette région de soleil brûlant et de chaleur, à la recherche d'une grande installation solaire Amazon dans la campagne du comté de San Bernardino, en Californie. On y rencontre la tortue du désert en voie de disparition et des arbres de Josué. Mais plus récemment, la voracité des entrepreneurs de la Silicon Valley en a fait leur joujou. 

En 2024, Amazon (Jeff Bezos) a connecté son projet solaire et de stockage Baldy Mesa, qui alimente les centres de données voisins de l'entreprise, au réseau électrique, ce qui lui a valu maints éloges pour son recours aux énergies renouvelables. C'est le premier du genre en Californie. Malgré son gigantisme, le projet a rencontré très peu d'opposition, comme c'est souvent le cas pour ce type de projets « verts ». 

En sortant de la voiture, nous entendons immédiatement le bourdonnement assourdissant de générateurs électriques occupant la surface d’un terrain de football, alimentés par des panneaux solaires qui nous entourent dans toutes les directions. L'ensemble de l'installation est relié au réseau par d’impressionnants câbles de transmission au-dessus de nos têtes. Au total, cet immense aménagement couvre plus de 6000 mètres carrés du biotope que forme le désert du Mojave, soit quasiment deux fois la taille du Central Park de New York.

Les conséquences de Baldy Mesa sur cet écosystème fragile sont brutales et tangibles. Les arbres de Josué ont été remplacés par des générateurs électriques de la taille de conteneurs maritimes, empilés comme des Lego, bourdonnant et dégageant leur chaleur. Là où autrefois les coyotes venaient gambader et où les tortues du désert s’enfouissaient pour se mettre à l’abri du soleil torride, les panneaux solaires recouvrent désormais le paysage. Amazon a évité la controverse en déplaçant 153 arbres de Josué condamnés, mais le fait demeure que pas un seul arbre de Josué n’est visible là où ces panneaux photovoltaïques se trouvent aujourd'hui.

Cette installation Amazon Web Services (AWS) est une opération d'apprentissage automatique pilotée par l'IA capable d'analyser 33 milliards de points de données chaque année, soit, plus de 90 millions de points de données par jour. Selon ces mêmes services, l’efficacité de leurs générateurs en sera renforcée, tout en améliorant les pratiques de consommation des clients des produits et services d'Amazon, désormais plus avisés.

Pour de la com’ d'entreprise, pas de doute, c’est plutôt réussi. Pourtant, alors que je me tiens au milieu de cette ferme solaire Amazon, je ne peux m'empêcher de me demander à quoi devait ressembler ce désert avant qu'on ne décide qu'il était mieux adapté à l'alimentation électrique des programmes d'IA. A quoi pouvait ressembler cet endroit quand le sol pouvait encore séquestrer le carbone ? Construire sur ces terres a éliminé sa capacité à absorber la pollution des combustibles fossiles. Ces panneaux solaires n’aident pas le climat, mais lui nuisent.

Même si ce mastodonte fonctionne avec des énergies renouvelables, rien ne semble éco-responsable. Une aura post-apocalyptique nimbe à peu près tout ce qui touche à cet emballement autour l'IA, assombrie plus encore par le fait que Jeff Bezos rafle la mise.

« Waouh, regarde ça. » Colby me montre une clôture de protection de l'installation des générateurs. La porte est grande ouverte.

Une personne plus tenter par le sabotage y accéderait sans peine. Mais nous ne sommes pas ici pour nous en prendre aux data centers. Colby installe son trépied pour filmer des images devant illustrer Bad Energy, mon prochain livre qui explore les travers de la soi-disant transition énergétique verte.

Peu de gens se rendront un jour dans cet endroit reculé du Mojave pour voir de leurs propres yeux les dégâts d’Amazon. Les photographies aériennes ne peuvent rendre compte de la réalité de l’expérience concrète du bouleversement de l'IA qui nous est imposé sans notre consentement.

Et, malgré mes nombreux doutes, cette monstruosité est censée faire partie de ce qui se fait encore de mieux. La plupart des nouveaux data centers ne fonctionnent pas aux énergies renouvelables mais aux combustibles fossiles.

À moins d’avoir vécu sous un rocher toutes ces dernières années (je peux voir pourquoi !), chacun sait que ces data centers ne nous préparent rien qui vaille.

Ils siphonnent l'eau. Plus de 6.5 milliards de litres par an aux États-Unis.

Ils brûlent de l'électricité. 176 térawattheures (4 % de toute la consommation d'énergie aux États-Unis) par an. À l'échelle mondiale, ils utilisent 415 térawattheures, soit plus que le total de seulement 10 pays.

Ils engendrent des îlots de chaleur, dans certains cas, accroissant la température des sols environnants de près de 9 degrés Celsius.

Ils dévorent la terre. Un data center de taille moyenne équivaut à 450 terrains de football.

Ils ne sont pas des producteurs d'emplois stables. Même pour le Wall Street Journal les data centers sont un désastre pour la création d’emplois.

Et bien sûr, ils sont la force motrice de la révolution de l'IA, qui empiète sur tous les aspects de nos vies. 

Mais en fin de compte, est-ce vraiment si terrible que ça ? Après tout, cette invention n’est pas récente et remonte à l'avènement de l'ère informatique.

Cependant, il y a une dimension quantitativement différente dans ce à quoi nous assistons. Au rythme actuel, les data centers à travers le monde nécessiteront un trillion de dollars d'investissements annuels dans les infrastructures d'ici la fin de la décennie.

La mise en chiffres aide à y voir plus clair.

Aux États-Unis, il y a entre 1 500 et 1 600 data centers en phase de planification ou de construction, et plus de 4 000 sont déjà en activité. Une étude du Pew Research Center estime que 67 % de ces nouveaux sites sont en passe d’être installés en zones rurales aux Etats-Unis, où 87 % des centres existants fonctionnent actuellement en zone urbaine.

754 centres sont prévus dans le Sud. 277 à l'ouest. 419 dans le Midwest et 106 dans le Nord-Est. Actuellement, l’étude mentionnée a montré que 38 % des Américains vivent à moins de 8 kilomètres d'un data centers.

À l'échelle mondiale, il y a plus de 11 000 data centers, et les économies d'échelle devraient dominer. Cela signifie que l'empreinte des futurs data centers sera plus encore à surveiller que le nombre de data centers en construction. L'énergie nécessaire à cette croissance, comme le prévoit le Southern Environmental Law Center, va amplifier le chaos climatique.

Cela s'explique par le fait que beaucoup de ces nouveaux sites utilisent du gaz naturel pour produire de l'électricité. Le gaz naturel, bien que moins sale que le charbon, libère du méthane, qui, à court terme, est encore plus nocif que le dioxyde de carbone. Les centrales à gaz émettent également du carbone, et ce en de grandes quantités. Une étude publiée en avril prédisait que seulement trois des projets de sites de Microsoft, alimentés par l'IA et au gaz méthane, doubleront l'empreinte carbone de l'entreprise et produiront d'importantes quantités de pollution. 

Un autre article de chercheurs de Cornell prévoit que jusqu'à 44 millions de tonnes de CO2 seront émises d'ici la fin de la décennie si les opérateurs continuent à dépendre du gaz naturel pour alimenter leurs data centers. Comme le rapporte Grist, ceci revient à mettre 10 millions de véhicules supplémentaires en circulation. L'ONU vient de publier une étude indiquant qu'en 2030, ces centres représenteront 3 % de la consommation totale d'énergie mondiale, soit un total de 935 térawattheures, émettant 440 millions de tonnes de dioxyde de carbone.

Cette semaine, Columbia Riverkeeper (une organisation fantastique qui mérite notre soutien) a publié un rapport effarantsur ce que les centres prévus feront dans leur coin du Nord-Ouest Pacifique. L'étude révèle comment les entreprises de combustibles fossiles, les compagnies d'électricité et les grandes entreprises technologiques collaborent pour profiter de la montée en puissance des data centers afin d'étendre les centrales électriques à gaz et pour prolonger les pipelines.

« Après des années de progrès vers la réalisation des objectifs climatiques de notre région, nous sommes soudainement un nouveau marché potentiel pour l'industrie des combustibles fossiles », déclare mon amie Audrey Leonard, avocate au sein de l’association Columbia Riverkeeper. « Enveloppée dans un voile de secret, les Big Tech ont préparé le terrain, et maintenant l'industrie gazière est prête à saisir une opportunité de construire. »

Ce microcosme est à l’image de ce qui se passe à l'échelle nationale. Les data centers, alimentés par d'importants investissements en capital dans l'IA, rendront encore plus difficile la réduction de la contribution du pays au chaos climatique.

Reste la question de l'eau

Une carte collaborative compilée par Erin Brockovich montre que de nombreux sites aux États-Unis opèrent dans des zones exposées à des sécheresses extrêmes. Ce n'est pas une bonne nouvelle là où la conservation de l'eau est nécessaire, ce qui pourrait bientôt concerner une grande partie du pays. Comme mentionné plus haut, les data centers aux États-Unis, selon une estimation, consommaient directement plus de 6,5 milliards de litres d'eau par an. Avec l’augmentation du nombre de sites, cette quantité devrait atteindre entre 13 et 25 milliards de litres par an. 

C'est beaucoup d'eau, plus que ce que les villes de Seattle ou San Francisco consomment sur une année entière. 

*

Dans les bonnes nouvelles de cette semaine, je vous laisse avec ces petits bijoux.

Alors que Jared Kushner, bras droit de Trump au Moyen-Orient, pousse son projet de complexe de luxe à 1,6 milliard de dollars en Albanie, des milliers de gens sont descendus dans les rues pour protester, arguant que ce développement détruira des habitats humides vitaux. La pression semble porter ses fruits, et une enquête sur la corruption a été lancée.

Les éléphants sauvages sont revenus dans l'est de la Zambie pour la première fois en 50 ans, et les habitants apprennent à coexister. Et un condor en voie de disparition a survolé l’Oregon pour la première fois en plus de 120 ans.

Voilà pour aujourd’hui. A la semaine prochaine.

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Ce texte est paru le 5 juin 2026 sur le site CounterpunchIl a été traduit par Thierry Labica pour Contretemps.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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