revue de critique communiste

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Dossier

Actualité de la grève

À l’heure du capitalisme mondialisé et de sa crise, les grèves n’ont pas bonne presse. Patrons, gouvernements, journalistes dominants mais aussi certains dirigeants syndicaux ont décrété que ce moyen de lutte serait périmé. Ainsi font-ils tout ce qu’ils peuvent pour empêcher les salarié·e·s d’y recourir (pression mise par les employeurs, dispositions légales, etc.), mais aussi pour en délégitimer l’usage sur un plan idéologique.

Sans prétention à l’exhaustivité, ce dossier apporte quelques éléments de réflexion sur la question de la grève, en revenant sur l’histoire des grèves de masse et des débats stratégiques que leur éclatement a suscité (de la révolution russe de 1905 à l’hiver 95 en passant par mai 68), en montrant comment le mouvement féministe renouvèle la théorie et la pratique de la grève en posant la question du travail reproductif, et en donnant à voir par quelques exemples l’inscription mondiale de la grève.

La grève ne constituerait plus un registre de mobilisation adapté à la prétendue « modernité post-industrielle », celle-ci exigeant des formes de « dialogue social » entre acteurs collectifs conçus comme autant de « partenaires sociaux », permettant d’aboutir à des compromis « gagnant-gagnant ». Au-delà de la grève, on nous serine depuis des décennies que la lutte des classes, et l’existence même de classes aux intérêts antagonistes, appartiendrait au passé.

C’est pourtant à une lutte intensive contre les travailleurs/ses et leurs acquis que se livrent les classes dirigeantes de tous les pays. Cela leur a permis, de manière inégale selon les résistances opposées par les classes populaires des différents pays, de modifier le rapport de forces à leur avantage, de rétablir en partie les taux de profit en revenant sur les conquêtes majeures issues des luttes sociales du 20e siècle (protection sociale, services publics, droit du travail, etc.), et donc d’accroître la part de la richesse accaparée par le capital privé et par les plus riches.

L’hostilité radicale des classes dominantes à la grève pourrait d’ailleurs suffire à démontrer son actualité pour celles et ceux qui s’opposent à la grande destruction néolibérale des droits sociaux et démocratiques. Si la grève – et notamment sa généralisation au secteur privé – leur fait si peur, c’est d’abord parce qu’elle touche au porte-monnaie des capitalistes. Sur un site où travaillent des centaines voire des milliers de salarié·e·s, une grève d’une journée seulement peut faire perdre des sommes colossales à l’entreprise (y compris dans un secteur comme l’Opéra de Paris).

Mais la grève c’est aussi le moment privilégié durant lequel peuvent reprendre confiance celles et ceux qui, par leur travail, produisent toutes les richesses : confiance dans notre force collective, notre capacité à faire reculer les classes possédantes, à changer le rapport de force et à transformer radicalement la société. Regagner confiance mais aussi libérer du temps, pour discuter de nos conditions de travail et d’existence, pour nous organiser collectivement, pour débattre des objectifs et des moyens de lutte, pour faire circuler des idées et des savoirs, et bien sûr pour « refaire le monde ».

C’est tout l’enjeu des mouvements des dernières années en France, notamment contre une énième (et inique) réforme des retraites. Lancé notamment par les travailleurs/ses de la RATP et de la SNCF, celui-ci a rappelé l’actualité de la grève – contre la morgue de ces dirigeants politiques qui se réjouissaient, comme Sarkozy hilare en 2008, que « désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». Mais cette mobilisation ouvre des questions cruciales, car pour mettre un coup d’arrêt au néolibéralisme autoritaire de Macron et consorts, il faudra trouver les moyens d’élever le rapport de force, ce qui pose la question de l’extension de la grève mais aussi des leçons du mouvement des gilets jaunes.

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