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L’ICE va-t-elle provoquer une grève générale dans le Minnesota ?

L’ICE va-t-elle provoquer une grève générale dans le Minnesota ?


Les violences de la police de l'immigration états-unienne (ICE) au Minnesota suscitent des résistances de masse. Luis Feliz Leon dessine les perspectives ouvertes pour les mouvements sociaux aux États-Unis.

Les nouveaux départs de la politique de masse dans les classes populaires aux États-Unis ne concernent pas seulement les campagnes électorales à la Zohran Mamdani. Suite au meurtre de Renee Good par la police de l’immigration à Minneapolis le 7 janvier, un appel à la grève générale pour ce vendredi 23 janvier dans la ville et dans tout l’État du Minnesota s’appuie sur de multiples réseaux militants, et secoue le poids des lois anti-syndicales et des traditions « apolitiques » du mouvement syndical pour tenter d’enclencher une contre-offensive face au trumpisme.

***

Le Minnesota semble prêt à se révolter en masse. Les syndicats, les associations locales (community organizations), les représentant∙es d’institutions religieuses et les petites entreprises appellent à une journée « sans travail (à l’exception des services d’urgence), sans école et sans consommation » le 23 janvier dans l’ensemble de l’État.

Le profond sentiment d’injustice qui couvait a donné lieu à un tollé national le 7 janvier, après que l’agent de l’ICE[1]Jonathan Ross ait abattu la poétesse et mère de trois enfants Renee Nicole Good à Minneapolis, alors qu’elle et sa femme observaient les agents fédéraux envahir leur quartier.

Une semaine plus tard, un autre agent fédéral a tiré dans la jambe d’un immigrant latino-américain originaire du Venezuela. Les agents de l’ICE ont gazé des manifestants directement dans les yeux. Mercredi soir (le 14), ils ont fait exploser une grenade lacrymogène sous la voiture d’une famille qui rentrait chez elle après un entraînement de basket ; le bébé, attaché dans son siège auto, a perdu connaissance.

Le régime de Trump a intensifié les attaques racistes visant les communautés somaliennes, latino-américaines et asiatiques : enfoncement de portes, perquisitions dans les petites entreprises et fermeture forcée de celles-ci, filature de bus scolaires, lancement de gaz lacrymogène devant des écoles, encerclement d’hôpitaux. Trump a menacé d’invoquer l’Insurrection Act[2], qui lui permettrait de déployer l’armée à Minneapolis.

Assiégé∙es, les habitant∙es du Minnesota s’appuient sur les organisations présentes sur leurs lieux de travail et dans leurs quartiers pour mettre fin à la terreur.

« Nous n’irons pas faire les magasins. Nous n’irons pas travailler. Nous n’irons pas à l’école le vendredi 23 janvier. Certains appellent cela une grève », a déclaré JaNaé Bates Imari, de la Camphor Memorial United Methodist Church[3], lors d’une conférence de presse mardi. « Pour beaucoup d’entre nous, c’est notre droit de refuser jusqu’à ce que quelque chose change. »

Les syndicats relèvent le défi

Parmi les syndicats qui soutiennent cet appel figurent le Service Employees Local 26[4], UNITE HERE Local 17[5], le Communications Workers (CWA) Local 7250[6], la St. Paul Federation of Educators Local 28[7], la Minneapolis Federation of Educators (AFT Local 59), l’International Alliance of Theatrical Stage Employees Local 13[8], le Graduate Labor Union de l’université du Minnesota (United Electrical Workers Local 1105)[9], le Transit Union (ATU) Local 1005[10], le Comité des internes et des résidents (SEIU)[11] et la Fédération syndicale régionale de Minneapolis[12], affiliée à l’AFL-CIO[13].

« Nos fédérations syndicales encouragent tout le monde à participer le 23 janvier », a déclaré Chelsie Glaubitz Gabiou, présidente de la fédération de Minneapolis. « Il est temps que tou∙tes les habitant∙es du Minnesota qui aiment cet État et les notions de vérité et de liberté fassent entendre leur voix et renforcent leur solidarité envers leurs voisin∙es et collègues qui vivent sous cette occupation fédérale. »

Parmi les autres signataires figurent Faith in Minnesota[14], Tending the Soil[15], United Renters for Justice[16], Unidos Minnesota[17], Communities Against Police Brutality[18], Indivisible Twin Cities[19], Women’s March Minnesota[20], le centre pour travailleurs Centro de Trabajadores Unidos en la Lucha[21] et le Minnesota Immigrant Rights Action Committee[22]. Au total, 90 organisations, grandes et petites, ont approuvé cet appel.

Sous la bannière « ICE hors du Minnesota : Journée de la vérité et de la liberté », elles demandent à l’ICE de quitter l’État,à ce que l’agent qui a tué Good soit tenu légalement responsable, à ce qu’aucun financement fédéral supplémentaire ne soit accordé à l’ICE et à ce que les entreprises rompent tout lien économique avec l’agence fédérale.

Trois mille agents de l’ICE ont envahi la région de Minneapolis ces dernières semaines, et ils sont devenus de plus en plus agressifs, enhardis par l’immunité que leur a promise l’administration Trump.

Les travailleurs∙euses leur font face sur leurs lieux de travail. Les postier∙es ont organisé un rassemblement en décembre pour expulser les agents de l’ICE de deux parkings postaux dans le sud de Minneapolis. Les salarié∙es de l’ATU Metro Transit demandent à l’ICE de cesser d’interférer avec le fonctionnement des bus après une arrestation violente à un arrêt de bus le 10 janvier et la détention d’un travailleur somalo-américain de Metro Transit en décembre dernier.

« Ils montent dans les bus de Metro Transit », a déclaré Ryan Timlin, chauffeur de bus et délégué syndical de l’ATU Local 1005. « Ils en viennent à enfoncer les portes. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour emmener les gens. Ils appellent cela une société démocratique, ici aux États-Unis, mais ce n’est pas ce qu’on ressent à Minneapolis. C’est un cauchemar. Le dépôt où je travaille dans le sud de Minneapolis compte une importante population d’origine est-africaine. Nos collègues se promènent avec leur passeport, en particulier ceux de la communauté somalienne, que Trump prend vraiment pour cible. Ce sont des citoyen∙nes américain∙es ! »

Ryan et ses collègues ont obtenu du syndicat local une résolution indiquant que les membres ne doivent pas coopérer avec l’ICE (par exemple en les laissant monter dans les trains et les bus), et la mise en place un réseau d’intervention rapide (en cas de rafle). Lors d’une conférence de presse le 14 janvier, le président du Local 1005, David Stiggers, a qualifié la répression de l’ICE de « retour aux heures les plus sombres de l’histoire de l’humanité, l’Allemagne des années 1940 ».

ICE hors du Minnesota

Nat Anderson-Lippert, organizing director [en charge du recrutement et/ou de la mobilisation, NDT] de la Minneapolis Federation of Educators (MFE), explique que les enseignant∙es de Minneapolis se sont inspiré∙es du modèle des « écoles sanctuaires » du syndicat de leurs collègues de Chicago, réunissant parents et enseignant∙es afin de renforcer les liens entre les écoles et les quartiers. « Le niveau d’infrastructure et d’organisation nous a impressionné∙es et inspiré∙es », a-t-il déclaré.

« Les attaques contre les immigrant∙es ne sont pas nouvelles, mais leur intensité est extrême, et d’autant plus de personnes se mobilisent pour faire face à la situation », a déclaré Jason Rodney, enseignant assistant en éducation spécialisée à l’Anishinabe Academy de l’école publique de Minneapolis.

Lors de la lutte pour les négociations contractuelles de novembre dernier, la MFE a obtenu du district un engagement écrit plus ferme à refuser l’accès à l’ICE dans les établissements scolaires, sauf si l’agent peut présenter un mandat judiciaire, ainsi que des mesures de protection des données personnelles et de soutien en matière de santé mentale pour le personnel. Les emplois des travailleurs∙euses scolaires ont également des garanties s’iels sont détenu∙es ou perdent leur statut migratoire légal, car iels sont alors placé∙es sur la liste d’attente pour les prochaines embauches.

Le modèle organisationnel comprend différentes formes d’aide mutuelle – pour faire les courses, payer le loyer, mettre en place des covoiturages. Le syndicat a également obtenu le droit pour les familles qui craignent pour leur sécurité de suivre un enseignement à distance, et l’école a organisé des formations sur les droits des élèves et des adultes.

Tout cela repose en grande partie sur une relation de confiance établie au fil du temps, notamment pendant la révolte liée à la mort de George Floyd. « Depuis 2020, les gens connaissent mieux leurs voisin∙es qu’auparavant, ce qui nous a vraiment aidé∙es à réagir plus rapidement, en mettant en place des réseaux d’intervention de quartier et d’entraide dans nos rues », explique Rodney.

Face aux pressions du moment, il explique que le syndicat a essayé d’être une force stabilisatrice. « On est sur je ne sais pas combien de boucles Signal et ça peut être épuisant de suivre des choses sur lesquelles on ne va pas intervenir », a-t-il déclaré. Les enseignant∙es discutent donc avec leurs collègues et décident sur quoi se concentrer. « C’est une crise », a-t-il déclaré, mais « je pense que nous en sortirons plus fort∙es. Nous allons faire partir l’ICE ».

Trump a utilisé un scandale de fraude comme prétexte pour pratiquer un profilage racial des citoyen∙nes américain∙es d’origine somalienne et menacer de les dénaturaliser. Mais la répression a suscité une courageuse résistance chez certain∙es travailleurs∙euses somalo-américain∙es, comme le chauffeur Uber Ahmed Bin Hassan, qui a défié les agents fédéraux sur le parking d’un aéroport dans une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux.

« Ils ne pouvaient pas entendre ma voix lorsqu’ils ont frappé à ma vitre, mais ils pouvaient voir ma couleur », a déclaré Bin Hassan à The Intercept. « Je savais que si ces gens voulaient m’emmener aujourd’hui, ils le feraient. Alors je vais simplement rester moi-même. »

Une décennie passée à s’organiser

La dynamique s’amplifie grâce à des manifestations de masse, comme celle qui a rassemblé 10000 personnes dans le centre-ville de Minneapolis le 10 janvier. Mais ce courageux mouvement s’appuie également sur au moins une décennie d’organisation.

En 2020, un demi-million d’Américain∙es ont participé aux manifestations Black Lives Matter (BLM) pour la justice raciale après le meurtre de George Floyd, non loin de l’endroit où l’ICE a tué Renee Good.

En 2022, le MFE a fait grève pour obtenir une augmentation des salaires les plus bas du secteur, celui des personnels de soutien éducatif, pour la plupart des personnes de couleur, tandis que les enseignant∙es les mieux payé∙es étaient principalement blanc∙hes. Le soulèvement BLM avait contribué à renforcer la solidarité entre ces catégories et à mettre en évidence la dimension de justice raciale de leur lutte pour le nouveau contrat collectif.

Il a également semé les graines de réseaux de résistance, qui ont été réactivés maintenant que le lycée Roosevelt est plongé dans une zone de guerre ; les agents de l’ICE ont gazé les élèves et les enseignants, et l’école est devenue un lieu clé des grèves lycéennes. Marcia Howard, aujourd’hui présidente de la MFE, enseignait l’anglais à Roosevelt lorsque Floyd a été tué à quelques mètres de sa porte d’entrée. Elle a pris un congé pour mener cette lutte, transformant George Floyd Square en un lieu de mémoire et de mobilisation.

Kieran Knutson, président de la section locale 7250 du CWA, affirme que les meurtres par la police de Jamar Clark (2015) dans le nord de Minneapolis et de Philando Castile (2016) dans la banlieue de St. Paul ont également alimenté les réseaux de résistance et sensibilisé l’opinion publique. Aujourd’hui, les attaques de Trump contre les immigrant∙es ont ouvert des discussions difficiles au sein de sa section locale.

« Si nous devons discuter d’un sujet controversé, nous allons tout mettre sur la table », a déclaré Knutson. Nous allons mener la discussion avec tou∙tes les membres, et nous allons faire ce que la majorité estime être juste. »

Les discussions reflètent les expériences vécues par les membres dans leurs propres quartiers. Lorsque Knutson distribuait des tracts sur l’ICE, deux femmes syndiquées lui ont dit qu’elles faisaient déjà partie du réseau de défense des immigrant∙es et lui ont montré leurs sifflets d’alerte contre l’ICE.

« Nous nous battons comme des diables sur toutes les questions de salaires, de prestations sociales, de sanctions hiérarchiques », a déclaré Knutson. « Cela nous donne une certaine crédibilité pour parler d’autres choses. Nous parlons donc de la philosophie selon laquelle une attaque contre un∙e est une attaque contre tou∙tes. Je dis aux gens que c’est ma religion. »

En décembre dernier, à St. Cloud, petite ville du Minnesota, l’ICE a enlevé deux membres d’origine laotienne d’une autre section locale de la CWA (n° 7304), chez le fabricant de bus électriques New Flyer. Ils travaillaient chez New Flyer depuis plus de 20 ans.

Le désordre, ça se prépare…

Depuis 2011, dans le Minnesota, une constellation de forces a s’est accumulée, rassemblant travailleurs∙euses, locataires et autres résidents pour obtenir du pouvoir et transformer l’économie à l’échelle de l’État.

Ils ont organisé des semaines d’action conjointes, élaboré ensemble des stratégies sur les liens entre leurs adversaires corporatifs et commencé à aligner les dates d’expiration de leurs contrats collectifs[23]. Tout cela contribue à jeter les bases de ce qui pourrait se passer la semaine prochaine.

« Au cours des deux dernières décennies, dans le Minnesota, nos groupes syndicaux, religieux et de quartiers ont établi des relations qui nous ont permis de mener ensemble des campagnes plus stratégiques », a déclaré Greg Nammacher, président de la section locale 26 du SEIU. « Nous nous sommes attaqué∙es aux entreprises qui ont le pouvoir dans notre État afin de faire reculer les inégalités raciales et économiques qu’elles ont causées, et nous avons remporté des victoires significatives. »

« Aujourd’hui, nos quartiers sont directement attaqués par le gouvernement fédéral. Et nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre les travailleurs∙euses et les personnes qui répondent à l’appel. »

Passer à l’offensive

Pour passer à l’offensive, il faut également du soutien. La Fédération régionale du travail de Minneapolis soutient un moratoire sur les expulsions locatives, car bien des travailleurs∙euses ont peur de se rendre au travail de crainte d’être kidnappé∙es par l’ICE.

« Augmenter le nombre de sans-abris serait bien la pire chose à faire », a déclaré Stacie Balkaran, porte-parole de la fédération. Par l’intermédiaire de sa branche à but non lucratif Working Partnerships, la fédération a également financé un réseau de groupes d’entraide. Ces réseaux ont contribué à nourrir la population après les attaques fédérales visant à priver l’État du financement du programme SNAP[24], et ils coordonnent l’aide pour les courses et les trajets domicile-travail.

La fédération a créé un fonds d’aide juridique pour soutenir les travailleurs∙euses détenu∙es illégalement, avec pour objectif de collecter 150000 dollars. (Vous pouvez faire un don ici.) Selon Balkaran, ces fonds seront versés à tou∙tes les travailleurs∙euses, syndiqué∙es ou non.

En prévision de la journée d’action du 23 janvier, l’AFL-CIO du Minnesota enverra un service d’ordre syndical (peacekeepers), « afin que nous puissions assurer notre sécurité… et savoir que chacun∙e peut exercer ses libertés fondamentales en toute sécurité », a déclaré Stacie Balkaran.

Pas de travail, pas d’école, pas de consommation

Bien que les syndicats aient approuvé les appels lancés aux habitant∙es du Minnesota pour qu’ils refusent de travailler, d’aller à l’école et de faire leurs courses le 23 janvier, aucun syndicat n’a encore décidé de faire grève.[25]

« Nous n’avons pas voté la grève, mais notre syndicat appelle tout le monde à soutenir cet appel », a déclaré Knutson. « On pourra toujours dire : ‘Ce n’est pas une véritable grève générale’. Il s’agit d’une mobilisation de masse. Pour moi, à un certain moment, une mobilisation de masse devient quelque chose de qualitativement nouveau. »

L’histoire montre comment des manifestations de masse peuvent se transformer en grèves générales. La grève générale de 1934 à San Francisco a commencé après que les dockers et leurs soutiens aient paralysé le quartier commercial de la ville lors d’un cortège funèbre de masse, à la suite du meurtre de deux grévistes et du passage à tabac de milliers d’autres.

« La grève générale n’était jusqu’alors qu’une menace, le cortège funèbre l’a rendue pratiquement inévitable », écrit l’historien Nelson Lichtenstein dans son prochain livre Why Labor Unions Matter, car voir 40000 dockers et leurs soutiens paralyser le quartier commercial a donné à la classe ouvrière de la ville un regain de confiance en son propre pouvoir. Six jours plus tard, avec le soutien du conseil syndical de San Francisco, 150000 travailleurs∙euses ont cessé le travail.[26]

Les syndicats peuvent faire progresser la démocratie contre les gouvernements autoritaires, écrit Lichtenstein, mais pour ce faire, ils « doivent se transcender », aller au-delà de la simple représentation de leurs membres pour devenir des mouvements sociaux capables d’atteindre « un vaste ensemble d’énergies et d’aspirations nouvelles ».

Ce moment est peut-être arrivé. « De nos actions d’aujourd’hui dépendra le genre de pays où nous allons vivre pour une génération », a déclaré Greg Nammacher, de la section locale 26 du SEIU.

La mobilisation pourrait-elle bientôt s’étendre au-delà du Minnesota ? « May Day Strong soutient fermement ses affilié∙es de Minneapolis qui organisent un formidable mouvement pour une journée sans école, sans travail et sans achats vendredi prochain », a déclaré Jackson Potter, vice-président du Chicago Teachers Union, s’exprimant au nom d’une coalition nationale de syndicats et de groupes communautaires qui organise des journées d’action dans tout le pays. « Au train où vont les choses, nous n’aurons d’autre choix que d’imiter cet exemple courageux partout dans le pays le 1er mai. »[27]

*

Article initialement paru le 16 janvier 2026 par Labor Notes.

Notes


[1]       Immigration and Customs Enforcement, police spéciale de l’immigration et des douanes créée après le 11 septembre 2001 et transformée par le trumpisme en fer de lance de sa brutalité depuis un an.

[2]       Loi de 1807 permettant au Président, sous certaines conditions, de faire intervenir l’armée sur le territoire national et/ou d’appeler les forces militaires de réserve présentes dans un État (Garde nationale). Elle fut beaucoup utilisée contre l’essor du mouvement ouvrier avant la Première guerre mondiale, mais aussi contre les ségrégationnistes pendant le Mouvement des Droits Civiques. Trump a déjà fait la même menace à de multiples reprises depuis un an, et même lors de son premier mandat à Minneapolis durant le mouvement pour George Floyd en 2020.

[3]       Église protestante dont le siège principal est à Philadelphie.

[4]       Cette section locale du grand syndicat Service Employees International Union regroupe plus de 8000 membres (notamment dans le nettoyage et la sécurité) dans l’agglomération.

[5]       Section regroupant plus de 6000 membres principalement dans l’hôtellerie-restauration.

[6]       Section implantée dans la téléphonie.

[7]       Cette union syndicale locale, implantée dans l’éducation publique, a une longue et riche histoire. St Paul et Minneapolis forment presque une seule et même ville, on les surnomme « The Twin Cities », les villes jumelles.

[8]       Section locale du grand syndicat du spectacle, représentant plus de 2000 membres.

[9]       Ce syndicat de précaires universitaires (doctorant∙es), créé il y a quelques années, a adhéré à l’un des rares syndicats à avoir refusé les purges anticommunistes au début de la guerre froide. Important syndicat de travailleurs∙euses de l’électricité à l’époque, c’est aujourd’hui un petit syndicat interprofessionnel de mouvement social, aux forces réduites par les attaques qu’il a essuyées au fil du temps.

[10]     Section locale des transports, créée en 1933, à la veille d’un événement local et national majeur, la grève générale insurrectionnelle de Minneapolis (1934).

[11]     Syndicat de médecins en formation.

[12]     Union régionale regroupant 175 syndicats (dont certains sont déjà mentionnés) et plus de 80000 membres.

[13]     American Federation of Labor – Congress of Industrial Organizations : la plupart des syndicats d’envergure nationale sont regroupés dans cette fédération, née de la fusion de la grande fédération corporatiste née au 19e (l’AFL) et d’un courant qui l’avait quittée dans les années 1930 pour organiser des syndicats de masse dans les nouvelles industries, et l’a rejointe en 1954 après avoir exclu ses militant∙es de gauche dans le contexte de la Guerre froide.

[14]     Coalition d’organisations religieuses intervenant dans la vie politique du Minnesota en faveur de la « justice économique et raciale ».

[15]     Coalition locale regroupant des organisations associatives, parasyndicales et syndicales (SEIU Local 26, voir plus haut) au croisement entre justice sociale pour les salarié∙es et les locataires, lutte pour les droits des immigré∙es et contre le racisme.

[16]     Organisation de locataires (affiliée à Tending the Soil)

[17]     Organisation pour les droits des immigré∙es, la justice raciale, économique et sociale, créée à l’époque du grand mouvement immigré du printemps 2006 et consolidée notamment durant les années de lutte des jeunes sans-papiers pour le DREAM Act (mouvement des « DREAMers »).

[18]     Organisation de lutte contre les violences policières dans l’agglomération, fondée en 2000.

[19]     Organisation « progressiste » proche du Parti démocrate, créée juste après l’élection de Donald Trump fin 2016.

[20]     C’est l’un des vestiges de la très grande manifestation appelée Women’s March qui avait eu lieu au lendemain de l’investiture de Trump en janvier 2017.

[21]     Organisation parasyndicale (principalement latina) affiliée à Tending the Soil.

[22]     Organisation représentant l’aile gauche du mouvement immigré local.

[23]     Dans la plupart des cas, pendant la durée d’un contrat collectif, il est interdit aux salarié∙es concerné∙es de faire grève. Avec l’obligation de motiver la grève par des revendications internes à l’entreprise, cela rend très difficile (depuis l’après-guerre) d’organiser une grève générale « politique » comme celle qui se prépare pour le 23. Rappelons qu’en l’absence de conventions collectives de branche, la plupart des droits et avantages des salarié∙es aux États-Unis sont inscrits dans ce type de contrat collectif – à condition d’avoir gagné la lutte pour se syndiquer collectivement puis négocier un tel contrat avec l’employeur.

[24]     Programme d’aide alimentaire pour les personnes à faibles ressources.

[25]     Au vu des obstacles juridiques à une grève générale politique (voir note 23), il n’est pas simple de se convaincre que c’est possible et de se lancer (et le mouvement syndical n’en a pas fini avec certaines tendances « apolitiques » et corporatistes).

[26]     Quelques mois plus tôt, le pays avait été secoué par une autre grève générale… à Minneapolis.

[27]     Le 1er mai (« May Day ») n’est ni férié ni traditionnel aux États-Unis, pays qui a créé son propre « Labor Day » en septembre pour se démarquer du mouvement ouvrier international. Le mouvement immigré de 2006 avait organisé avec un grand succès des journées sans travail, sans école et sans consommation qui avaient culminé le 10 avril puis le 1er mai. Shawn Fein, dirigeant du syndicat de l’automobile UAW, a lancé après la grève victorieuse de 2023 un appel à aligner de nombreux contrats collectifs sur la date du 1er mai 2028.

20 janvier 2026

L’ICE va-t-elle provoquer une grève générale dans le Minnesota ?


Les violences de la police de l'immigration états-unienne (ICE) au Minnesota suscitent des résistances de masse. Luis Feliz Leon dessine les perspectives ouvertes pour les mouvements sociaux aux États-Unis.

Les nouveaux départs de la politique de masse dans les classes populaires aux États-Unis ne concernent pas seulement les campagnes électorales à la Zohran Mamdani. Suite au meurtre de Renee Good par la police de l'immigration à Minneapolis le 7 janvier, un appel à la grève générale pour ce vendredi 23 janvier dans la ville et dans tout l’État du Minnesota s'appuie sur de multiples réseaux militants, et secoue le poids des lois anti-syndicales et des traditions "apolitiques" du mouvement syndical pour tenter d'enclencher une contre-offensive face au trumpisme.

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Le Minnesota semble prêt à se révolter en masse. Les syndicats, les associations locales (community organizations), les représentant∙es d’institutions religieuses et les petites entreprises appellent à une journée « sans travail (à l'exception des services d'urgence), sans école et sans consommation » le 23 janvier dans l’ensemble de l’État.

Le profond sentiment d’injustice qui couvait a donné lieu à un tollé national le 7 janvier, après que l'agent de l'ICE[1]Jonathan Ross ait abattu la poétesse et mère de trois enfants Renee Nicole Good à Minneapolis, alors qu'elle et sa femme observaient les agents fédéraux envahir leur quartier.

Une semaine plus tard, un autre agent fédéral a tiré dans la jambe d'un immigrant latino-américain originaire du Venezuela. Les agents de l'ICE ont gazé des manifestants directement dans les yeux. Mercredi soir (le 14), ils ont fait exploser une grenade lacrymogène sous la voiture d'une famille qui rentrait chez elle après un entraînement de basket ; le bébé, attaché dans son siège auto, a perdu connaissance.

Le régime de Trump a intensifié les attaques racistes visant les communautés somaliennes, latino-américaines et asiatiques : enfoncement de portes, perquisitions dans les petites entreprises et fermeture forcée de celles-ci, filature de bus scolaires, lancement de gaz lacrymogène devant des écoles, encerclement d’hôpitaux. Trump a menacé d'invoquer l’Insurrection Act[2], qui lui permettrait de déployer l'armée à Minneapolis.

Assiégé∙es, les habitant∙es du Minnesota s'appuient sur les organisations présentes sur leurs lieux de travail et dans leurs quartiers pour mettre fin à la terreur.

« Nous n'irons pas faire les magasins. Nous n'irons pas travailler. Nous n'irons pas à l'école le vendredi 23 janvier. Certains appellent cela une grève », a déclaré JaNaé Bates Imari, de la Camphor Memorial United Methodist Church[3], lors d'une conférence de presse mardi. « Pour beaucoup d'entre nous, c'est notre droit de refuser jusqu'à ce que quelque chose change. »

Les syndicats relèvent le défi

Parmi les syndicats qui soutiennent cet appel figurent le Service Employees Local 26[4], UNITE HERE Local 17[5], le Communications Workers (CWA) Local 7250[6], la St. Paul Federation of Educators Local 28[7], la Minneapolis Federation of Educators (AFT Local 59), l'International Alliance of Theatrical Stage Employees Local 13[8], le Graduate Labor Union de l'université du Minnesota (United Electrical Workers Local 1105)[9], le Transit Union (ATU) Local 1005[10], le Comité des internes et des résidents (SEIU)[11] et la Fédération syndicale régionale de Minneapolis[12], affiliée à l’AFL-CIO[13].

« Nos fédérations syndicales encouragent tout le monde à participer le 23 janvier », a déclaré Chelsie Glaubitz Gabiou, présidente de la fédération de Minneapolis. « Il est temps que tou∙tes les habitant∙es du Minnesota qui aiment cet État et les notions de vérité et de liberté fassent entendre leur voix et renforcent leur solidarité envers leurs voisin∙es et collègues qui vivent sous cette occupation fédérale. »

Parmi les autres signataires figurent Faith in Minnesota[14], Tending the Soil[15], United Renters for Justice[16], Unidos Minnesota[17], Communities Against Police Brutality[18], Indivisible Twin Cities[19], Women's March Minnesota[20], le centre pour travailleurs Centro de Trabajadores Unidos en la Lucha[21] et le Minnesota Immigrant Rights Action Committee[22]. Au total, 90 organisations, grandes et petites, ont approuvé cet appel.

Sous la bannière « ICE hors du Minnesota : Journée de la vérité et de la liberté », elles demandent à l'ICE de quitter l'État,à ce que l'agent qui a tué Good soit tenu légalement responsable, à ce qu'aucun financement fédéral supplémentaire ne soit accordé à l'ICE et à ce que les entreprises rompent tout lien économique avec l'agence fédérale.

Trois mille agents de l'ICE ont envahi la région de Minneapolis ces dernières semaines, et ils sont devenus de plus en plus agressifs, enhardis par l'immunité que leur a promise l'administration Trump.

Les travailleurs∙euses leur font face sur leurs lieux de travail. Les postier∙es ont organisé un rassemblement en décembre pour expulser les agents de l'ICE de deux parkings postaux dans le sud de Minneapolis. Les salarié∙es de l'ATU Metro Transit demandent à l'ICE de cesser d'interférer avec le fonctionnement des bus après une arrestation violente à un arrêt de bus le 10 janvier et la détention d'un travailleur somalo-américain de Metro Transit en décembre dernier.

« Ils montent dans les bus de Metro Transit », a déclaré Ryan Timlin, chauffeur de bus et délégué syndical de l'ATU Local 1005. « Ils en viennent à enfoncer les portes. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour emmener les gens. Ils appellent cela une société démocratique, ici aux États-Unis, mais ce n'est pas ce qu'on ressent à Minneapolis. C'est un cauchemar. Le dépôt où je travaille dans le sud de Minneapolis compte une importante population d'origine est-africaine. Nos collègues se promènent avec leur passeport, en particulier ceux de la communauté somalienne, que Trump prend vraiment pour cible. Ce sont des citoyen∙nes américain∙es ! »

Ryan et ses collègues ont obtenu du syndicat local une résolution indiquant que les membres ne doivent pas coopérer avec l'ICE (par exemple en les laissant monter dans les trains et les bus), et la mise en place un réseau d'intervention rapide (en cas de rafle). Lors d'une conférence de presse le 14 janvier, le président du Local 1005, David Stiggers, a qualifié la répression de l'ICE de « retour aux heures les plus sombres de l'histoire de l’humanité, l'Allemagne des années 1940 ».

ICE hors du Minnesota

Nat Anderson-Lippert, organizing director [en charge du recrutement et/ou de la mobilisation, NDT] de la Minneapolis Federation of Educators (MFE), explique que les enseignant∙es de Minneapolis se sont inspiré∙es du modèle des « écoles sanctuaires » du syndicat de leurs collègues de Chicago, réunissant parents et enseignant∙es afin de renforcer les liens entre les écoles et les quartiers. « Le niveau d'infrastructure et d'organisation nous a impressionné∙es et inspiré∙es », a-t-il déclaré.

« Les attaques contre les immigrant∙es ne sont pas nouvelles, mais leur intensité est extrême, et d’autant plus de personnes se mobilisent pour faire face à la situation », a déclaré Jason Rodney, enseignant assistant en éducation spécialisée à l'Anishinabe Academy de l’école publique de Minneapolis.

Lors de la lutte pour les négociations contractuelles de novembre dernier, la MFE a obtenu du district un engagement écrit plus ferme à refuser l'accès à l'ICE dans les établissements scolaires, sauf si l'agent peut présenter un mandat judiciaire, ainsi que des mesures de protection des données personnelles et de soutien en matière de santé mentale pour le personnel. Les emplois des travailleurs∙euses scolaires ont également des garanties s'iels sont détenu∙es ou perdent leur statut migratoire légal, car iels sont alors placé∙es sur la liste d’attente pour les prochaines embauches.

Le modèle organisationnel comprend différentes formes d’aide mutuelle – pour faire les courses, payer le loyer, mettre en place des covoiturages. Le syndicat a également obtenu le droit pour les familles qui craignent pour leur sécurité de suivre un enseignement à distance, et l'école a organisé des formations sur les droits des élèves et des adultes.

Tout cela repose en grande partie sur une relation de confiance établie au fil du temps, notamment pendant la révolte liée à la mort de George Floyd. « Depuis 2020, les gens connaissent mieux leurs voisin∙es qu'auparavant, ce qui nous a vraiment aidé∙es à réagir plus rapidement, en mettant en place des réseaux d'intervention de quartier et d'entraide dans nos rues », explique Rodney.

Face aux pressions du moment, il explique que le syndicat a essayé d'être une force stabilisatrice. « On est sur je ne sais pas combien de boucles Signal et ça peut être épuisant de suivre des choses sur lesquelles on ne va pas intervenir », a-t-il déclaré. Les enseignant∙es discutent donc avec leurs collègues et décident sur quoi se concentrer. « C'est une crise », a-t-il déclaré, mais « je pense que nous en sortirons plus fort∙es. Nous allons faire partir l'ICE ».

Trump a utilisé un scandale de fraude comme prétexte pour pratiquer un profilage racial des citoyen∙nes américain∙es d'origine somalienne et menacer de les dénaturaliser. Mais la répression a suscité une courageuse résistance chez certain∙es travailleurs∙euses somalo-américain∙es, comme le chauffeur Uber Ahmed Bin Hassan, qui a défié les agents fédéraux sur le parking d'un aéroport dans une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux.

« Ils ne pouvaient pas entendre ma voix lorsqu'ils ont frappé à ma vitre, mais ils pouvaient voir ma couleur », a déclaré Bin Hassan à The Intercept. « Je savais que si ces gens voulaient m'emmener aujourd'hui, ils le feraient. Alors je vais simplement rester moi-même. »

Une décennie passée à s'organiser

La dynamique s'amplifie grâce à des manifestations de masse, comme celle qui a rassemblé 10000 personnes dans le centre-ville de Minneapolis le 10 janvier. Mais ce courageux mouvement s'appuie également sur au moins une décennie d'organisation.

En 2020, un demi-million d'Américain∙es ont participé aux manifestations Black Lives Matter (BLM) pour la justice raciale après le meurtre de George Floyd, non loin de l'endroit où l'ICE a tué Renee Good.

En 2022, le MFE a fait grève pour obtenir une augmentation des salaires les plus bas du secteur, celui des personnels de soutien éducatif, pour la plupart des personnes de couleur, tandis que les enseignant∙es les mieux payé∙es étaient principalement blanc∙hes. Le soulèvement BLM avait contribué à renforcer la solidarité entre ces catégories et à mettre en évidence la dimension de justice raciale de leur lutte pour le nouveau contrat collectif.

Il a également semé les graines de réseaux de résistance, qui ont été réactivés maintenant que le lycée Roosevelt est plongé dans une zone de guerre ; les agents de l'ICE ont gazé les élèves et les enseignants, et l'école est devenue un lieu clé des grèves lycéennes. Marcia Howard, aujourd'hui présidente de la MFE, enseignait l'anglais à Roosevelt lorsque Floyd a été tué à quelques mètres de sa porte d'entrée. Elle a pris un congé pour mener cette lutte, transformant George Floyd Square en un lieu de mémoire et de mobilisation.

Kieran Knutson, président de la section locale 7250 du CWA, affirme que les meurtres par la police de Jamar Clark (2015) dans le nord de Minneapolis et de Philando Castile (2016) dans la banlieue de St. Paul ont également alimenté les réseaux de résistance et sensibilisé l'opinion publique. Aujourd'hui, les attaques de Trump contre les immigrant∙es ont ouvert des discussions difficiles au sein de sa section locale.

« Si nous devons discuter d'un sujet controversé, nous allons tout mettre sur la table », a déclaré Knutson. Nous allons mener la discussion avec tou∙tes les membres, et nous allons faire ce que la majorité estime être juste. »

Les discussions reflètent les expériences vécues par les membres dans leurs propres quartiers. Lorsque Knutson distribuait des tracts sur l'ICE, deux femmes syndiquées lui ont dit qu'elles faisaient déjà partie du réseau de défense des immigrant∙es et lui ont montré leurs sifflets d'alerte contre l’ICE.

« Nous nous battons comme des diables sur toutes les questions de salaires, de prestations sociales, de sanctions hiérarchiques », a déclaré Knutson. « Cela nous donne une certaine crédibilité pour parler d’autres choses. Nous parlons donc de la philosophie selon laquelle une attaque contre un∙e est une attaque contre tou∙tes. Je dis aux gens que c'est ma religion. »

En décembre dernier, à St. Cloud, petite ville du Minnesota, l'ICE a enlevé deux membres d’origine laotienne d’une autre section locale de la CWA (n° 7304), chez le fabricant de bus électriques New Flyer. Ils travaillaient chez New Flyer depuis plus de 20 ans.

Le désordre, ça se prépare...

Depuis 2011, dans le Minnesota, une constellation de forces a s’est accumulée, rassemblant travailleurs∙euses, locataires et autres résidents pour obtenir du pouvoir et transformer l'économie à l'échelle de l'État.

Ils ont organisé des semaines d'action conjointes, élaboré ensemble des stratégies sur les liens entre leurs adversaires corporatifs et commencé à aligner les dates d’expiration de leurs contrats collectifs[23]. Tout cela contribue à jeter les bases de ce qui pourrait se passer la semaine prochaine.

« Au cours des deux dernières décennies, dans le Minnesota, nos groupes syndicaux, religieux et de quartiers ont établi des relations qui nous ont permis de mener ensemble des campagnes plus stratégiques », a déclaré Greg Nammacher, président de la section locale 26 du SEIU. « Nous nous sommes attaqué∙es aux entreprises qui ont le pouvoir dans notre État afin de faire reculer les inégalités raciales et économiques qu'elles ont causées, et nous avons remporté des victoires significatives. »

« Aujourd'hui, nos quartiers sont directement attaqués par le gouvernement fédéral. Et nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre les travailleurs∙euses et les personnes qui répondent à l’appel. »

Passer à l'offensive

Pour passer à l'offensive, il faut également du soutien. La Fédération régionale du travail de Minneapolis soutient un moratoire sur les expulsions locatives, car bien des travailleurs∙euses ont peur de se rendre au travail de crainte d'être kidnappé∙es par l'ICE.

« Augmenter le nombre de sans-abris serait bien la pire chose à faire », a déclaré Stacie Balkaran, porte-parole de la fédération. Par l'intermédiaire de sa branche à but non lucratif Working Partnerships, la fédération a également financé un réseau de groupes d'entraide. Ces réseaux ont contribué à nourrir la population après les attaques fédérales visant à priver l'État du financement du programme SNAP[24], et ils coordonnent l'aide pour les courses et les trajets domicile-travail.

La fédération a créé un fonds d’aide juridique pour soutenir les travailleurs∙euses détenu∙es illégalement, avec pour objectif de collecter 150000 dollars. (Vous pouvez faire un don ici.) Selon Balkaran, ces fonds seront versés à tou∙tes les travailleurs∙euses, syndiqué∙es ou non.

En prévision de la journée d'action du 23 janvier, l'AFL-CIO du Minnesota enverra un service d’ordre syndical (peacekeepers), « afin que nous puissions assurer notre sécurité... et savoir que chacun∙e peut exercer ses libertés fondamentales en toute sécurité », a déclaré Stacie Balkaran.

Pas de travail, pas d'école, pas de consommation

Bien que les syndicats aient approuvé les appels lancés aux habitant∙es du Minnesota pour qu'ils refusent de travailler, d'aller à l'école et de faire leurs courses le 23 janvier, aucun syndicat n'a encore décidé de faire grève.[25]

« Nous n'avons pas voté la grève, mais notre syndicat appelle tout le monde à soutenir cet appel », a déclaré Knutson. « On pourra toujours dire : ‘Ce n'est pas une véritable grève générale’. Il s'agit d'une mobilisation de masse. Pour moi, à un certain moment, une mobilisation de masse devient quelque chose de qualitativement nouveau. »

L'histoire montre comment des manifestations de masse peuvent se transformer en grèves générales. La grève générale de 1934 à San Francisco a commencé après que les dockers et leurs soutiens aient paralysé le quartier commercial de la ville lors d'un cortège funèbre de masse, à la suite du meurtre de deux grévistes et du passage à tabac de milliers d'autres.

« La grève générale n'était jusqu'alors qu'une menace, le cortège funèbre l’a rendue pratiquement inévitable », écrit l'historien Nelson Lichtenstein dans son prochain livre Why Labor Unions Matter, car voir 40000 dockers et leurs soutiens paralyser le quartier commercial a donné à la classe ouvrière de la ville un regain de confiance en son propre pouvoir. Six jours plus tard, avec le soutien du conseil syndical de San Francisco, 150000 travailleurs∙euses ont cessé le travail.[26]

Les syndicats peuvent faire progresser la démocratie contre les gouvernements autoritaires, écrit Lichtenstein, mais pour ce faire, ils « doivent se transcender », aller au-delà de la simple représentation de leurs membres pour devenir des mouvements sociaux capables d'atteindre « un vaste ensemble d'énergies et d'aspirations nouvelles ».

Ce moment est peut-être arrivé. « De nos actions d'aujourd'hui dépendra le genre de pays où nous allons vivre pour une génération », a déclaré Greg Nammacher, de la section locale 26 du SEIU.

La mobilisation pourrait-elle bientôt s'étendre au-delà du Minnesota ? « May Day Strong soutient fermement ses affilié∙es de Minneapolis qui organisent un formidable mouvement pour une journée sans école, sans travail et sans achats vendredi prochain », a déclaré Jackson Potter, vice-président du Chicago Teachers Union, s'exprimant au nom d'une coalition nationale de syndicats et de groupes communautaires qui organise des journées d'action dans tout le pays. « Au train où vont les choses, nous n'aurons d'autre choix que d'imiter cet exemple courageux partout dans le pays le 1er mai. »[27]

*

Article initialement paru le 16 janvier 2026 par Labor Notes.

Notes


[1]       Immigration and Customs Enforcement, police spéciale de l’immigration et des douanes créée après le 11 septembre 2001 et transformée par le trumpisme en fer de lance de sa brutalité depuis un an.

[2]       Loi de 1807 permettant au Président, sous certaines conditions, de faire intervenir l’armée sur le territoire national et/ou d’appeler les forces militaires de réserve présentes dans un État (Garde nationale). Elle fut beaucoup utilisée contre l’essor du mouvement ouvrier avant la Première guerre mondiale, mais aussi contre les ségrégationnistes pendant le Mouvement des Droits Civiques. Trump a déjà fait la même menace à de multiples reprises depuis un an, et même lors de son premier mandat à Minneapolis durant le mouvement pour George Floyd en 2020.

[3]       Église protestante dont le siège principal est à Philadelphie.

[4]       Cette section locale du grand syndicat Service Employees International Union regroupe plus de 8000 membres (notamment dans le nettoyage et la sécurité) dans l’agglomération.

[5]       Section regroupant plus de 6000 membres principalement dans l’hôtellerie-restauration.

[6]       Section implantée dans la téléphonie.

[7]       Cette union syndicale locale, implantée dans l’éducation publique, a une longue et riche histoire. St Paul et Minneapolis forment presque une seule et même ville, on les surnomme « The Twin Cities », les villes jumelles.

[8]       Section locale du grand syndicat du spectacle, représentant plus de 2000 membres.

[9]       Ce syndicat de précaires universitaires (doctorant∙es), créé il y a quelques années, a adhéré à l’un des rares syndicats à avoir refusé les purges anticommunistes au début de la guerre froide. Important syndicat de travailleurs∙euses de l’électricité à l’époque, c’est aujourd’hui un petit syndicat interprofessionnel de mouvement social, aux forces réduites par les attaques qu’il a essuyées au fil du temps.

[10]     Section locale des transports, créée en 1933, à la veille d’un événement local et national majeur, la grève générale insurrectionnelle de Minneapolis (1934).

[11]     Syndicat de médecins en formation.

[12]     Union régionale regroupant 175 syndicats (dont certains sont déjà mentionnés) et plus de 80000 membres.

[13]     American Federation of Labor – Congress of Industrial Organizations : la plupart des syndicats d’envergure nationale sont regroupés dans cette fédération, née de la fusion de la grande fédération corporatiste née au 19e (l’AFL) et d’un courant qui l’avait quittée dans les années 1930 pour organiser des syndicats de masse dans les nouvelles industries, et l’a rejointe en 1954 après avoir exclu ses militant∙es de gauche dans le contexte de la Guerre froide.

[14]     Coalition d’organisations religieuses intervenant dans la vie politique du Minnesota en faveur de la « justice économique et raciale ».

[15]     Coalition locale regroupant des organisations associatives, parasyndicales et syndicales (SEIU Local 26, voir plus haut) au croisement entre justice sociale pour les salarié∙es et les locataires, lutte pour les droits des immigré∙es et contre le racisme.

[16]     Organisation de locataires (affiliée à Tending the Soil)

[17]     Organisation pour les droits des immigré∙es, la justice raciale, économique et sociale, créée à l’époque du grand mouvement immigré du printemps 2006 et consolidée notamment durant les années de lutte des jeunes sans-papiers pour le DREAM Act (mouvement des « DREAMers »).

[18]     Organisation de lutte contre les violences policières dans l’agglomération, fondée en 2000.

[19]     Organisation « progressiste » proche du Parti démocrate, créée juste après l’élection de Donald Trump fin 2016.

[20]     C’est l’un des vestiges de la très grande manifestation appelée Women’s March qui avait eu lieu au lendemain de l’investiture de Trump en janvier 2017.

[21]     Organisation parasyndicale (principalement latina) affiliée à Tending the Soil.

[22]     Organisation représentant l’aile gauche du mouvement immigré local.

[23]     Dans la plupart des cas, pendant la durée d’un contrat collectif, il est interdit aux salarié∙es concerné∙es de faire grève. Avec l’obligation de motiver la grève par des revendications internes à l’entreprise, cela rend très difficile (depuis l’après-guerre) d’organiser une grève générale « politique » comme celle qui se prépare pour le 23. Rappelons qu’en l’absence de conventions collectives de branche, la plupart des droits et avantages des salarié∙es aux États-Unis sont inscrits dans ce type de contrat collectif – à condition d’avoir gagné la lutte pour se syndiquer collectivement puis négocier un tel contrat avec l’employeur.

[24]     Programme d’aide alimentaire pour les personnes à faibles ressources.

[25]     Au vu des obstacles juridiques à une grève générale politique (voir note 23), il n’est pas simple de se convaincre que c’est possible et de se lancer (et le mouvement syndical n’en a pas fini avec certaines tendances « apolitiques » et corporatistes).

[26]     Quelques mois plus tôt, le pays avait été secoué par une autre grève générale… à Minneapolis.

[27]     Le 1er mai (« May Day ») n’est ni férié ni traditionnel aux États-Unis, pays qui a créé son propre « Labor Day » en septembre pour se démarquer du mouvement ouvrier international. Le mouvement immigré de 2006 avait organisé avec un grand succès des journées sans travail, sans école et sans consommation qui avaient culminé le 10 avril puis le 1er mai. Shawn Fein, dirigeant du syndicat de l’automobile UAW, a lancé après la grève victorieuse de 2023 un appel à aligner de nombreux contrats collectifs sur la date du 1er mai 2028.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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