Lire hors-ligne :

Chercheur et militant antifasciste, ancien co-animateur du réseau Ras l’Front, René Monzat a écrit de nombreux livres sur les extrêmes droites, en particulier Enquête sur la droite extrême (Le Monde Éditions, 1992), Les Droites nationales et radicales en France (avec Jean-Yves Camus, PUL, 1992) ou encore Les voleurs d’avenir (Textuel, 2004). 

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La restructuration en cours du champ politique et idéologique se manifeste notamment par l’affaissement des courants sociaux-démocrates, par la montée des droites radicales populistes et xénophobes, par la présence, au sein de toutes les structures issues de la gauche, de courants qui au nom de la « laïcité » adoptent des attitudes identitaires (du point de vue culturel et religieux).

Ces phénomènes très visibles s’accomplissent en même temps qu’un réagencement idéologique et politique au sein de la droite radicale, réagencement plus discret, ou du moins quasiment ignoré par la gauche radicale. Or celle-ci devrait s’y intéresser de plus près pour deux ordres de raisons. D’abord ces mutations préfigurent ce que seront les physionomies, les forces et les contradictions internes des droites radicales dans les prochaines années, voire décennies. Ensuite certaines des questions débattues sont en tant que telles intéressantes pour la gauche. L’écologie, est-elle ou non compatible avec le libéralisme ? ou avec le capitalisme ? Le souverainisme est-il une idée qui a une consistance politique ou un élément de langage qui brouille les enjeux de fond ?

Ces courants déploient de réels efforts pour exprimer leur politique ou leur culture sans utiliser les mots dans lesquels ces orientations s’exprimaient hier. L’évidente diversification de leurs références, la persévérance dans leurs entreprises méthodiques pour séduire des courants issus de la gauche, ou pour se lier à la base catholique sont réels. Leurs effets restent certes pour l’instant limités mais néanmoins significatifs.

La gauche radicale risque de se réveiller en constatant que certains de ses courants ou fractions ont été directement siphonnés par les différentes sensibilités de la droite identitaire islamophobe, mais avec un langage « social » voire marxiste. Le risque existe de voir des courant de l’écologie radicale préemptés par des catholiques conservateurs au discours anticapitaliste.

Y porter attention est difficile. Car ces phénomènes ne peuvent se comprendre avec la grille d’analyse gauche-droite selon laquelle la droite serait plus libérale que la gauche, qui elle, renforcerait le rôle de l’État. Cela ne fonctionne ni quand la droite radicale est antilibérale ni quand l’extrême gauche libertaire ou autogestionnaire ne partage pas le culte de l’État.

C’est cette grille d’analyse unidimensionnelle, et donc pauvre, qui a empêché de comprendre que l’extrême droite française est antilibérale depuis 30 ans, et qui empêche aussi de rendre compte du surgissement de courants ou sensibilités islamophobes au sein du PS, du PCF, du NPA, des libertaires, des associations, syndicats etc.  Elle a tétanisé, paralysé tous les mouvements de gauche, car l’analyse en termes de droite v/s gauche impliquerait qu’au sein de toutes ces structures aient surgi des courants d’extrême droite. Le proclamer ainsi n’aurait aucun sens et ne serait d’aucune utilité. Il faut l’analyser autrement.

Enfin persiste l’absurde idée reçue selon laquelle « ces gens » ne réfléchissent pas.

Y porter attention est donc absolument nécessaire. Les thématiques du Rassemblement National saturent l’espace politique et médiatique, malgré la faible visibilité idéologique du parti lui-même. Or une presse d’extrême droite sans affiliation partidaire et diversifiée aborde aujourd’hui les questions politico-idéologiques avec un réel dynamisme. Des convergences émergent et s’y dessinent, tout comme s’y lisent des contradictions et tensions qui vont marquer les prochaines années des droites radicales ou des courants « social nativistes »[1] (c’est-à-dire xénophobes prétendant défendre les couches populaires).

 

Peu de titres assurent la présence de la droite radicale dans les kiosques

Quelques publications, la partie émergée de l’iceberg, dans les kiosques et les présentoirs des rayons presse des gares, Monoprix et Carrefour.

Le news magazine Valeurs Actuelles est le plus ancien, « radicalisé » après l’arrivée à la direction de Yves de Kerdrel venu des Echos et du Figaro et reparti depuis, mais son pilier reste François d’Orcival, issu de l’extrême droite pro OAS.

La jeune revue L’Incorrect, qui passe pour un relais des ambitions politiques de Marion Marechal (ex Le Pen), et éléments, revue d’Alain de Benoist qui relaie les conceptions du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), sont deux revues moins soumises à l’actualité.

Le mensuel Causeur a d’abord été un site avant de créer la revue papier éponyme ; Causeur ressemble à Marianne en plus réactionnaire et plus éditorialisant[2].

Enfin Réfléchir & Agir, « Revue ouvertement européenne, païenne, identitaire, socialiste (et anticapitaliste) » fondée en 1993[3], illustre la défense de la race blanche, professe un antisémitisme rabique et un paganisme qui en font une version « dure » le la nouvelle droite[4].

J’ai laissé de côté deux titres diffusés eux aussi en kiosques : Présent « quotidien catholique identitaire » ainsi que Rivarol, hebdomadaire lepéniste tendance Jean-Marie.

Ces publications illustrent des positions catholiques traditionalistes pour le premier, et les obsessions révisionnistes et antisémites de sa rédaction pour le second[5]. Ils permettent de suivre les actualités et initiatives de ces deux courants. Malgré l’ancienneté de ces titres (Présent depuis 1982, Rivarol depuis 1951), la régularité de leur parution, la fidélité -parfois déclinante- du noyau de leur lectorat, ils ne jouent pas de rôle actif dans les discussions et controverses en cours sur la stratégie au sein des droites radicales.

Enfin Minute, news magazine d’investigation fondé en 1962, a connu une histoire particulièrement tumultueuse. Minute s’est retiré des kiosques en juillet 2019 et a cessé de paraître en ligne avec son numéro 2959 en février 2020.

 

Les droites radicales publient surtout discrètement

Le plus grand nombre de titres et de revues de la mouvance des droites radicales mène sa vie discrètement : des milliers de titres de livres et de brochures circulent, presque exclusivement vendus en ligne ou par correspondance.

Ils ne sont pas disponibles dans les librairies grand public, ni même dans les (peu nombreuses) librairies d’extrême droite. Certains de leurs éditeurs, qui ont parfois publié des centaines de titres, sont de facto clandestins, voire inconnus de la BNF, c’est-à-dire qu’une partie d’entre eux ne respecte pas le dépôt légal.

Les bulletins et revues sous format papier, certes en nombre bien plus limité que dans les années 1980 à 2000, contribuent aussi à alimenter la vie intellectuelle et culturelle des droites radicales.

La raréfaction des titres de bulletins, journaux et revues papier tient d’une part à la disparition des publications officiellement liées au Rassemblement National (ex FN), qui n’a donc plus d’expression idéologique ou culturelle autonome, d’autre part à un remplacement partiel des périodiques papiers par des sites, pages Facebook ou blogs ; et enfin, à un affaiblissement général des activités militantes « classiques », partidaires et parapolitiques.

Cet univers touffu, complexe et discret témoigne surtout de la permanence et du renouvellement souvent limité des cultures politiques et intellectuelles des droites radicales.

 

Les débats idéologiques et stratégiques se reflètent dans les kiosques

Deux titres explorent les discours et les thématiques classiquement « réactionnaires ». Dans les kiosques, ni Causeur ni Valeurs Actuelles n’ont de fibre sociale développée, ils présentent deux variantes d’un discours réactionnaire, classiquement conservateur, enrobant un ressenti identitaire. Les deux titres peuvent enchanter les fans de Zemmour. Mais aucun des deux ne met spécialement en exergue les valeurs chrétiennes, le catholicisme conservateur que font leur, sans ostentation, le courant « Marion », tout comme la revue L’Incorrect qui en constitue de facto l’expression idéologique, avec l’ISSEP, école d’enseignement supérieur dirigée par Marion Maréchal (ex Le Pen).

Causeur illustre une laïcité islamophobe, accusant fréquemment ses adversaires d’antisémitisme pour les discréditer, les éditoriaux grincheux d’Alain Finkielkraut contribuant à la tonalité du mensuel.

Valeurs Actuelles a souvent employé des rédacteurs venus de la « Nouvelle Droite » dont l’actuel éditorialiste, l’inamovible François d’Orcival (Amaury de Chaunac Lanzac), est issu.  Cet ancien activiste pro OAS, Jeune Nation etc. a été membre du comité de rédaction de la revue du Grece Nouvelle Ecole de 1970 à 1976, mais il défend depuis 1968 à Valeurs Actuelles une ligne « libérale-conservatrice ». Il a rompu avec la Nouvelle droite dès 1976 en critiquant son anti-américanisme[6].

Cet hebdomadaire se dit « libéral-conservateur », s’il n’a certes jamais été un relais direct ou explicite des néopaïens du Grece, le gène « grenouille de bénitier » ne fait pas pour autant partie de son ADN.

 

Conservateurs, sociaux, libéraux : une triple antinomie ?

Les autres revues diffusées en kiosques reflètent en revanche les questionnements stratégiques qui vont modeler les futures forces et faiblesses des droites radicales.

L’incorrect semble né, en 2017, pour explorer le dilemme idéologique et culturel : les « nativistes », identitaires doivent-ils être conservateurs, sociaux ou libéraux ? Au niveau trivialement politique, L’Incorrect est le plus souvent analysé comme une traduction intellectuelle des ambitions de Marion Maréchal : parvenir à faire fusionner les électorats des Républicains et du Rassemblement National. C’est partiellement vrai mais très réducteur.

Le courant politique virtuel autour de Marion Maréchal se pose ces questions en termes politiques. Quelles bases idéologiques et culturelles doit-il forger comme socle d’une future « hégémonie[7] » ?  Avec quels courants politiques et sociaux fondamentaux doit-il se lier, sur quelles forces sociales s’appuyer ? Le financier Laurent Meeschaert, actionnaire et directeur de publication résume : L’Incorrect appelle de ses vœux « l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires »[8].

Deux revues plaident pour l’adoption d’une ligne antilibérale par les identitaires (droites radicales, sociaux-nativistes) : éléments déjà citée, principal organe de la nouvelle droite de De Benoist, et Limite, revue assez confidentielle mais influente, rédigée par une équipe issue des réseaux les plus radicaux de la Manif pour tous (les « Veilleurs »), qui se réclament du christianisme et de l’écologie.

Éléments, le Grece, pèsent de l’extérieur sur le courant Marion Maréchal. Les réseaux ou affinités à l’origine de Limite, en revanche, forment une partie de la rédaction de L’Incorrect et participent donc de sa dynamique.

Les arguments du Grece (Nouvelle Droite) qui forment le fond idéologique des articles d’éléments sont développés par Alain de Benoist dans son livre « Contre le libéralisme ».  Pour lui le libéralisme est un individualisme généralisé, programmant la domination universelle de la marchandise et dissolvant toutes les identités. Le libéralisme est donc ennemi des peuples et des identités, porteur d’un projet de transformation des sociétés antithétique avec tout conservatisme.

« Quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit bien qu’en fait libéralisme et conservatisme sont parfaitement inconciliables ».

Traduite dans le contexte politique français, cette affirmation explique que

« la politique « buissonnière » (celle proposée par Patrick Buisson) […] est séduisante dans son principe· Réunir à court terme les conservateurs et populistes est en effet un bel objectif. » « A la présidentielle de 2017, Fillon n’en a pas moins été incapable de séduire les classes populaires, tandis que Marine Le Pen n’a pas réussi à rallier les conservateurs. »

De Benoist poursuit, en enchaînant une phrase « de droite » et la suivante dans le vocabulaire marxisant qu’il affectionne depuis que son courant cherche à séduire des gens issus de la gauche :

« S’il s’agit, d’un strict point de vue sociologique, de rassembler les classes populaires et les classes moyennes en voie de déclassement autour de quelques préoccupations simples mais fondamentales, qu’elles partagent les unes et les autres : l’identité, la continuité historique et culturelle, la nécessité de repères voire le goût de l’autorité. . . Alors il n’y a rien à y redire. Mais il reste un point aveugle : le domaine économique et social. Les intérêts du peuple et de la bourgeoisie, de ceux qui souffrent le plus du consensus néolibéral et de ceux qui y trouvent finalement leur profit sont-ils conciliables ? Jusqu’à quel point ? et quand cessent-ils de l’être ? un débat de fond pourrait peut-être permettre d’y voir plus clair. Mais, comme chacun le sait, dans les partis de droite, inculture aidant, le flou doctrinal est la règle. »

Il conclut d’une formule cinglante :

« en appeler à une clarification idéologique, c’est pour l’heure parler d’astrophysique à des crapauds »[9]

Quasi simultanément L’Incorrect publie son dossier du numéro de février « Libéralisme, Fracture à droite ». Mais c’est en septembre que piqué au vif, le « crapaud » L’Incorrect, au cœur de la contradiction libéralisme/conservatisme, revient sur le fond de la question. « Alliance des populismes ou union des droites ? ».

Patrick Buisson après n’avoir réussi que très partiellement à manipuler et « droitiser » le président de la République Nicolas Sarkozy[10] a changé radicalement d’analyse et a entrepris courant 2019 de convertir Marion Maréchal à une ligne frontalement antilibérale. En vain !

Buisson explique en effet, cité par L’Incorrect :

« le phénomène Macron, en opérant la reconstitution de l’unité philosophique du libéralisme « en même temps » que la réunification politique des libéraux de droite et de gauche, est en passe de dissiper un long malentendu historique fondé depuis l’avènement de la monarchie de Juillet sur la volonté de concilier libéralisme et conservatisme ou plus exactement sur l’erreur qui consiste à les croire conciliables ». « Avec la grande mutation du capitalisme impulsée par la financiarisation et la globalisation de l’économie, conservatisme et libéralisme apparaissent désormais dans une opposition radicale : celle du sacré et du marché, de l’enracinement et du nomadisme, du localisme et du cosmopolitisme, des communautés naturelles et des sociabilités contractuelles, des limites et du principe d’illimitation, véritable moteur métaphysique incorporé à la logique libérale. »

Autrement dit, Buisson semble faire une autocritique de ses quatre décennies d’activité politique pour l’union des droites et désormais adopter le point de vue d’Alain de Benoist, et ce jusque dans le vocabulaire utilisé. Blanche Sanlehenne poursuit son papier de L’Incorrect en rétorquant :

« Si Patrick Buisson a parfaitement raison d’un point de vue philosophique sur la nature insécable du libéralisme, on aimerait connaître la martingale qui permettra d’aller expliquer, à court terme -d’ici à 2022- à son assureur ou à son marchand de primeurs, qui demande juste qu’on lui baisse ses charges et qu’on cesse de l’enquiquiner avec de la paperasse, bref, qu’on le laisse travailler pour gagner sa vie, que le clivage se situe entre libéraux et antilibéraux et que, dans ce cadre, c’est le camp des antilibéraux qu’il doit rejoindre, lui qui pensait bêtement que c’était plutôt le camp d’en face, assimilé à celui des bureaucrates et des socialistes honnis ! Patrick Buisson sait très bien que, par définition, la révolution culturelle ne peut qu’être longue, alors que le temps politique, lui, est de plus en plus court ».

Explorer voire résoudre cette contradiction constitue un inépuisable sujet, mais surtout un frein aux ambitions « hégémoniques » du courant qui s’exprime dans L’Incorrect.

Car ce courant partage peu ou prou un antilibéralisme culturel, l’aversion du catholicisme traditionnel pour le libéralisme religieux, mais il cible les petits propriétaires des classes moyennes et rêve de bénéficier de l’appui franc et massif du patronat catholique dont une partie du patronat lyonnais autour de Charles Millon constitue à leurs yeux un reflet prometteur. Or, même s’ils professent un catholicisme conservateur, les patrons goûtent peu un discours antilibéral débridé.

Mais en même temps, s’appuyant sur le catholicisme culturel du courant Marion Maréchal, l’équipe de Limite développe un argumentaire qui tient à la fois du catholicisme et de Jacques Ellul[11] sur la limite, conjuguant plusieurs axes :

– limite aux désirs humains : un antilibéralisme culturel en cohérence avec la démarche des anti avortement, anti mariage gay, anti PMA et GPA de La Manif pour Tous (LMPT), une opposition aux perspectives « transhumanistes » du patronat macroniste,

– limite à la croissance, antilibéralisme économique à tonalité écologie radicale,

– et une limite géopolitique ou frontière qui leur permet de s’approprier aussi la thématique identitaire[12].

Les espoirs de ralliement de sensibilités écologistes vont, pour le courant qui s’exprime dans L’Incorrect, bien au-delà des seuls écolos de culture catholique, comme le précise Chantal Delsol interpellée dans un entretien accordé à éléments : « Vous la chrétienne […] vous semblez appeler à une union des écologistes panthéistes et des chrétiens écologistes, qui irait de Günther Anders à Gustave Thibon. Qu’en est-il exactement ? »

Chantal Delsol :

« Oui je crois que ces deux courants sont aujourd’hui très proches dans leur commun refus du prométhéisme. On se souvient à quel point Gustave Thibon est resté si injustement inconnu. Il avait pourtant posé les bases, avec des gens comme Ellul, d’une critique du prométhéisme post-totalitaire. On se rend compte qu’aujourd’hui les jeunes chrétiens sont proches de la pensée de Günther Anders, qui est pourtant un véritable anarchiste désespéré. Ces deux courants luttent efficacement contre la démiurgie, avec des moyens différents. Je les crois puissants. [13]»

Ils espèrent, comme bénéfice collatéral de leur démarche, hameçonner des courants catholiques aujourd’hui plutôt à gauche.

 

Limite veut repousser les limites du catholicisme conservateur

La revue entend distinguer ce qui ressort du culturel et ce qui est proprement religieux. Les catholiques (2% de pratiquants hebdomadaires) sont en danger d’enfermement, de fossilisation, sociale, politique, intellectuelle.

« Au fur et à mesure qu’il devient minoritaire, le catholicisme s’identifie donc toujours plus à une classe sociale » remarquent Louise Pinilla et Paul Piccarreta.

« Il suffit de regarder le profil des familles que l’on croise encore à la messe. Il est relativement homogène. Une bourgeoisie « classique » qui a l’obsession de la transmission certes… mais tout autant de son patrimoine économique ou de son statut social que de son ancrage spirituel. »

« Mais ce n’est pas tout. Lors de la dernière élection présidentielle, le vote en faveur de Marine Le Pen a atteint un score inédit dans les rangs des pratiquants. Humiliés par le mépris affiché par le Gouvernement Hollande vis-à-vis des Manifs pour tous, frustrés par la défaite de François Fillon, bien des jeunes catholiques attendent d’Éric Zemmour qu’il les venge du « politiquement correct ». Gentrification et droitisation, telles semblent être les deux dynamiques qui contribuent à faire du catholicisme un particularisme revanchard. »

« Dans ce contexte, pas étonnant que certains paroissiens étouffent » poursuivent-ils avant de citer Yann Raizon du Cleuziou[14] : 

« Il est intéressant d’observer, comment, du milieu des conservateurs, se détachent de nouvelles gauches catholiques (sans forcément être de gauche).· La fidélité au Pape François, le refus d’une foi instrumentalisée en frontière, ou le désir de s’émanciper des compromissions de leur milieu avec le libéralisme économique les repoussent, par éthique de conviction, à distance de l’univers qui fut leur matrice. »

Cet enfermement social et politique est amplifié par un enfermement intellectuel contre lequel s’ébrouent les jeunes initiateurs et initiatrices de Limite (et plus généralement de cette droite radicale nouvelle.

Dans ce contexte les contributions du pape François constituent un apport d’air frais par contraste avec un catholicisme mal dégagé de ses formes de pratique du XIXème siècle. Mais se manifeste surtout un élargissement des références intellectuelles dans les références livresques (ici d’abord Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, Hannah Arendt, H G Chesterton, Simone Weil, Ivan Illich, Guy Debord), mais aussi dans les entretiens publiés : ainsi peut-on lire dans Limite d’Octobre 2020  un entretien sur 6 pages avec  Vincent Cheynet (rédacteur en chef de La Décroissance), qui réaffirme son opposition au Mariage pour tous,  un entretien (sur 6 pages) avec le groupe technocritique grenoblois Pièces et Main D’œuvre, avec le député socialiste Dominique Portier (sur 4 pages), enfin avec Monique Pinçon-Charlot (sur 6 pages). Présentée comme une « enfant de Marx et de Bourdieu » elle affirme « Je suis pour la carté dans le langage, un chat est un chat et le système qui mène le monde à sa destruction ne porte qu’un nom : le capitalisme. »

Le dossier du numéro « écologie et justice sociale : Viser la lutte (ça ne nous fait pas peur) » est ouvert par l’édito « l’écologie sans luttes sociales, c’est du jardinage ».

 

La très correcte maquette de L’Incorrect masque mal la radicalité du propos

L’incorrect a plus d’allure que la plupart des revues de droite radicale. Bien maquetté, abondamment illustré, il commence par une série de portraits dont le texte remplit la page de gauche alors que la page recto contre texte (de droite) présente une photo impeccable de la personne croquée. L’absence de publicité facilite la lecture. Les articles sont en général au standard professionnel, près de la moitié des pages sont consacrées à diverses rubriques, culture, critiques de livres, recensions de revues, critiques de films, rubriques gastronomiques, reflétant les goûts de la rédaction mais bien écrites.

Les sujets et dossiers politico-idéologiques sont souvent intéressants, du fait de la démarche de « tête chercheuse » idéologique du mensuel. Quand ils traitent de leurs ennemis, ils cherchent à comprendre, à donner des informations (souvent approximatives[15]) aux gens qui les lisent, ils sont fascinés par la diffusion du « politiquement correct », son articulation (ou non) avec les mouvements antiracistes ou « indigénistes ». De ce fait, même en comprenant les erreurs des caricatures, ils essaient de trouver chez leurs ennemis absolus « indigénistes » la logique politique et culturelle sous-jacente.  Et paradoxalement, leurs citations ou résumés des positions des uns et des autres sont plus « honnêtes » que le lynchage textuel opéré par les vallsistes à coup de citations tronquées, faisant dire à quelqu’un le contraire de ce qu’il ou elle a dit.

Pour autant quand L’Incorrect se lâche, les choses s’expriment avec moins de retenue. Dans le numéro de septembre, l’article Castex, l’erreur de casting affirme que « Jean Castex ne sait toujours pas qu’un premier ministre est là pour prendre des décisions ». Ce qu’on attend d’un premier ministre, conclut l’article, c’est « commencer à remettre de l’ordre dans le pays -de façon républicaine si ça lui fait plaisir. En ne « travaillant » aucune autre piste que l’application de la loi et l’ordre donné aux préfets de faire intervenir la troupe, pardon, les forces de l’ordre, dût-il y avoir du raisiné de quelques Malik Oussekine sur le pavé. » (Signé Bruno Larebière, ex rédacteur en chef de Minute et du Choc du mois, ex dirigeant du Bloc Identitaire[16]).

Dans le même numéro, une chronique (semi second degré ?) « Avoir Thatcher dans son lit » est consacré aux pauvres hommes brimés par des femmes autoritaires.

« Maman est fatiguée, elle est fatigante surtout ! Et quand elle se prend une bonne torgnole de forain par le pauvre mec qui ne sait plus quoi faire pour calmer le tourbillon, elle s’assoit. Pleure. Enfin elle se calme. Car maintenant elle a compris. Elle est devenue une victime ! C’est écrit dans Biba ! Madame connasse sait qu’elle a ainsi gagné son assurance gosses en cas de divorce ».

La chronique se termine ainsi :

« Bref, le pire est que tout ça fonctionne en boucle. Une fois le « pervers manipulateur » dégagé, la malheureuse « victime » va se retrouver bien vite un gogolito. ça critique le mâle, mais ça court après comme une chèvre après le bouc. Tiens là c’est Rachid « le nouvel amoureux de maman ». Avec qui maman va retrouver une incroyable vigueur sexuelle d’ailleurs. Un ou deux gosses plus tard c’est rebelote. Retour du boulot. Crises d’hystérie. Et Rachid en prendra plein le turban pour pas un dinar. A moins ! A moins qu’il lui ait collé un tchador sur le nez au bout de trois mois ! . . . Là, c’est encore une autre musique. » (L’auteur, Maël Pellan, a multiplié les billets antiféministes et misogynes dans Causeur)

 

La stratégie de la séduction est une science exacte pour Éléments

Éléments et la Nouvelle Droite dans son ensemble poursuivent inlassablement l’évangélisation identitaire de l’ensemble des droites radicales et tentent de rallier les courants issus de la gauche en train de basculer sur des positions identitaires. C’est dans éléments de février 2020 qu’Andréa Kotarac, cadre de la France Insoumise (LFI) de Mélenchon, explique à demi-mot sa prise de distance avec LFI, avant d’annoncer dans le numéro de Juin Juillet 2020 sa décision de quitter LFI pour rejoindre le Rassemblement National, et d’en exposer les raisons de fond.  Quelques jours après la parution de l’entretien, éléments jubile et explique sur son site « les coulisses d’un entretien choc ». Acte un : éléments prépare pour décembre 2018 une table ronde entre politistes sur la stratégie de LFI. D’où il ressort qu’en assumant à nouveau une appartenance à la gauche et en récusant les tendances islamophobes de certains « populistes », Mélenchon a déçu une partie de ses militants.

« La suite relève de l’implacable logique politique » souligne éléments, « Nous nous sommes mis en quête, téléphonant à droite et à gauche, puis du côté de la France Insoumise, de ceux qui avaient claqué la porte, des déçus et de tous les autres. Nous avons rencontré, lu, sondé, discuté à couvert (sic !) et à découvert· Nous avons fait chou blanc. Nous nous sommes trompés. Puis nous avons trouvé. Contrairement à ce qu’on pense la politique est une science exacte. La démission d’Andréa Kotarac, comme l’exclusion d’un certain nombre de représentants d’une ligne souverainiste au sein de la France Insoumise tels que François Cocq ou Djorde [en fait Djordje] Kuzmanovic étaient écrites. Il y en aura d’autres, assurément. Et nous les accueillerons volontiers dans les colonnes d’éléments, comme nous l’avons fait pour Denis Collin, proche de la République Souveraine de Dzorde [Djordje] Kuzmanovic, Jacques Nikonoff, l’ancien président d’Attac, actuel président du Parti de la Démondialisation ou encore Bernard Langlois, Fondateur de Politis. A tous, nous avons aussi un agenda : explosion des faux clivages et nouvelles recompositions idéologiques. »

Éléments sollicite beaucoup les cadres et compagnons de route de la Nouvelle Droite, suffisamment nombreux, actifs intellectuellement et éditorialement pour assurer un « fond de sauce » à la revue (près de 100 pages denses tous les deux mois).

Ils donnent souvent la parole aux néo réacs, aux nouveaux intellectuels ou journalistes de droite qui n’ont pas d’affinité particulière avec les lubies paganisantes du noyau militant du Grece : Mathieu Bock-Côté responsable des pages idées du Figaro, Alexandre Devecchio, Eugénie Bastié, Natacha Polony, Éric Zemmour, etc. Éléments alimente donc activement la circulation des auteurs et des références entre les revues de la droite radicale, y compris quand elle déborde dans le champ journalistique « grand public ».

Mais la revue réussit souvent à décrocher des entretiens avec des gens qui ne viennent pas de la famille, du clan, souvent des gens issus de la gauche qu’ils espèrent « gagner » ou a minima avec lesquels ils souhaitent entamer une collaboration. J’en donnerai deux exemples.

Ainsi Jacques Julliard, ancien intellectuel de la deuxième gauche et de la CFDT, chroniqueur à Marianne, signe en 2016 son basculement définitif à droite dans un entretien de 6 pages publié par éléments[17].

« On ne peut échapper ici à une réflexion sur le phénomène de l’immigration. On pourrait dire que la quasi-totalité de la gauche a choisi toutes les formes possibles de prolétariat, sauf le prolétariat existant. […] Elle a donc tout misé sur les immigrés, dont elle a décidé de faire un prolétariat de rechange. »

En d’autres termes les travailleurs immigrés et leurs descendants ne font pas partie du prolétariat, Julliard décide de ne pas tenir compte d’une partie des couches populaires, du prolétariat réellement existant aujourd’hui. Pareille proclamation dans les colonnes d’éléments vaut abjuration de son passé de gauche.

L’entretien avec Jacques Sapir qui se prononce, dans les colonnes d’éléments[18] pour une alliance des souverainistes, un Front de libération nationale allant du Front de Gauche au Front National, symbolise et scelle une évolution entamée depuis longtemps.

Michel Onfray a été l’objet d’une campagne de séduction pendant plusieurs années. Éléments cherche ostensiblement à séduire en se présentant comme un courant voulant dépasser le clivage droite/gauche, animé par des gens ni vraiment à droite ni vraiment à gauche (voire les deux à la fois). Pour autant éléments donne des signes renouvelés de la radicalité du noyau des rédacteurs (et de ce courant en général), très visibles pour les militants des droites radicales.

Ainsi les articles apologétiques suite au voyage d’une délégation dans les locaux de Casapound, la droite radicale activiste italienne, les articles consacrés à l’effervescence culturelle des jeunes du MSI dans les années 1970, les collaborations croisées avec des publications plus radicales et les multiples entretiens accordés sur la durée par Alain de Benoist à Réfléchir &Agir[19], voire la présence ostensible des mois durant de « tours de Jul » dans la Nouvelle Librairie de la rue de Médicis à 200 m de l’entrée du Sénat[20] illustrent ces volontés de convergences.

Ce que Kevin Boucaud-Victoire analyse dans les colonnes d’Éléments de février 2020 :

« Durant plusieurs numéros, Éléments a semblé hésiter entre Rouges et Blancs, reprenant régulièrement les analyses de Jean-Claude Michéa, mais aussi de la « gauche conservatrice québécoise » […] ou du « populisme de gauche, (Mouffe et Laclau), à côté d’entretiens radicalement anti-immigration de Le Gallou ou de brèves scientifiques ambiguës. Le magazine n’avait pas totalement rompu avec l’extrême droite, mais il évoluait[21]. Mais cette parenthèse semble aujourd’hui refermée. Sous l’impulsion de François Bousquet[22], la ligne a évolué vers la « droite buissonnière », malgré, il est vrai, une certaine ouverture d’esprit. Complaisance avec Zemmour, Marine Le Pen ou l’extrême droite identitaire, éloge de Salvini et de Marsault, une sur « l’autre grand remplacement » (validant implicitement les thèses de Renaud Camus) ou publicité pour l’école de Marion Maréchal (dont le rêve est l’union des droites de LR au RN) : numéro après numéro, éléments sort de l’ambiguïté. Et il est clair qu’il préfère à nouveau les combats identitaires à la lutte des classes. »

 

Des auteurs intellectuellement agiles et « hyperactifs »

La lecture de ces titres donne parfois l’impression de vivre dans un « univers multiple », née d’une indéfinissable impression de déjà lu en parcourant les exemplaires sentant l’encre fraiche :  éléments, Causeur, L’Incorrect, Front Populaire, Valeurs Actuelles interrogent les mêmes auteurs, s’échangent les rédacteurs et les éditorialistes, ressassent souvent les mêmes sujets et obsessions[23].

Les titres sont une chose ; à la lecture de chacun des titres se dégage une physionomie particulière. Mais les petits ruisseaux intellectuels qui alimentent ces rédactions trouvent leur source dans des efforts de modernisation, non point des fondamentaux, mais de la manière de les exprimer. Et dans ce travail sur les mots et les concepts les itinéraires sont parallèles souvent, coordonnés parfois, mais toujours pour l’essentiel, individuels.

Causeur a intégré cet univers de la droite radicale par glissements sécuritaires successifs et du fait des intuitions journalistiques et des penchants psychologiques de sa directrice : sa politique rédactionnelle consiste à prendre le contrepied de ce qu’elle perçoit comme les thématiques dominantes du moment. Puis Causeur a irrigué ce milieu : « Élisabeth Lévy, surnommée par L’Incorrect « marraine de la réac académie », a vu émerger ces jeunes pousses très à droite qu’elle a parfois contribué à former. Jacques de Guillebon, Eugénie Bastié, Paul Piccarreta sont tous passés par Causeur, qui détonnait à leurs yeux dans le paysage médiatique avec ces unes ouvertement « provoc’ » remarque Médiapart.

Mais bien avant la publication de Causeur, plusieurs journalistes de ce milieu ont précédemment écrit pour Immédiatement[24],  Elisabeth Levy, Jérôme Leroy, (Causeur), Falk van Gaver (Limite, éléments et l’Inactuelle dirigé par Thibaut Isabel (éléments, Front Populaire)), Fabrice Hadjadj (L’incorrect), Jacques de Guillebon (Causeur, Limite, L’Incorrect, il est président du Conseil Scientifique de l’ISSEP de Marion Maréchal), Mathieu Baumier (Causeur, l’Incorrect, la publication catholique La nef et l’ISSEP de Marion Maréchal), d’autres auteurs sont des références de ces revues  (Philippe Muray, Jean-Claude Michéa). L’éditorial du premier numéro d’Immédiatement daté de l’automne 1996, « Nouveau Titre, nouvelles ambitions » en narre la genèse :

« Il faut surtout avoir le courage de mesurer le fonctionnement totalitaire de la démocratie. Depuis plusieurs mois, les royalistes qui animent les revues Insurrection à Paris, La Lanterne à Toulon et Les Guêpes à Lyon s’y emploient avec énergie. Une commune perception du monde et de communes références les ont amenés à se rapprocher et à préparer ensemble des dossiers sur la guerre ou sur la dissidence littéraire· Cette alliance aboutit aujourd’hui avec la naissance d’Immédiatement. »[25]

« Différentes trajectoires associatives et éditoriales liées à l’Action française des dernières décennies peuvent être considérées comme des entreprises intellectuelles, c’est-à-dire comme des réseaux de production d’idées et de débats intellectuels plus que comme un espace organique d’élaboration doctrinaire. » souligne le chercheur Humberto Cucchetti en 2014 dans Politique Européenne : « Ces initiatives éditoriales éphémères témoignent de la volonté des royalistes d´émerger sur le terrain de la propagande politico intellectuelle sur la base d´une actualisation de leurs références, qu´elles soient monarchistes en général ou maurassiennes en particulier. » [26]

Ce milieu vient aussi (intellectuellement et physiquement) des réseaux les plus déterminés de La Manif Pour Tous (LMPT), le détail des sous-réseaux, les péripéties des itinéraires pourraient fournir matière à un livre[27].

Ces journalistes ou militant·es se sont confrontés à la nécessité d’élargir le plus possible la base de la mobilisation contre le mariage pour tous, puis contre la PMA et GPA. Il faut pour cela arriver à obtenir le soutien de personnes qui ne sont pas des catholiques traditionalistes convaincus, pas forcément des gens de droite et qui ne sont pas hostiles à tous les aspects du libéralisme culturel.

 

La circulation des auteurs entre les titres crée un milieu intellectuel et politique

La mise en œuvre ce projet a reposé, pour une bonne part, sur des personnes ou groupes intellectuellement structurés et agiles, issus de milieux politiques radicaux, avec l’ambition de peser au sein de la droite classique. Plusieurs d’entre elles et eux ont mis au point l’aventure -ratée- d’une sensibilité « Sens Commun » au sein des Républicains, destinée dans leurs espoirs à y devenir hégémonique.

La circulation des auteurs est permise par la souplesse et la curiosité intellectuelles nécessaires pour moderniser des courants de pensée séculaires. Elle manifeste aussi, vingt ans après, le succès de la décennie d’effort d’aggiornamento intellectuel du FN dans les années 1988 à 1998. Le FN ne cherchait pas seulement à « moderniser » son vocabulaire, mais surtout à fusionner les apports catholiques traditionalistes et néo-païens dans une synthèse qui avec le recul est une synthèse « identitaire » ou « social-nativiste ».

Cette circulation explique aussi que ce champ intellectuel est caractérisé par la diversité des parcours politiques et journalistiques de collaborateurs, de fortes individualités et des convictions personnelles qui peuvent différer au sein d’une même rédaction, surtout quand celles-ci se targuent de travailler à gommer les clivages anciens. Cela explique que ces revues n’hésitent pas à publier dans un même dossier des papiers de leurs propres rédacteurs défendant des points de vue différents, voire à mettre en scène ces oppositions.

A la circulation des auteurs s’ajoute la mise en commun d’auteurs de référence : Jean Raspail a accordé un entretien à la revue suprémaciste antisémite R&A, a été interrogé par éléments comme par L’Incorrect, a même bénéficié d’une chronique nécrologique attendrie dans Causeur « Jean Raspail mon camarade de l’autre rive » signée par Jérôme Leroy qui se dit (ex ?) communiste[28] et revendique avoir noué avec l’auteur nationaliste un lien de mutuelle sympathie [29].

Éric Zemmour a ainsi accordé des entretiens à l’ensemble des revues : L’Incorrect qui l’encense, et met en scène un long entretien avec Marion Maréchal Le Pen, Causeur, éléments et même la revue antisémite Réfléchir & Agir[30].

Philippe Muray, Georges Orwell, Jean-Claude Michéa, Christopher Lasch sont invoqués, parfois à contre sens[31], dans ces revues.

Des références apparemment paradoxales à Michel Clouscard[32] auteur communiste anti 68 qu’il analysait comme une révolution libérale-libertaire, se retrouvent chez les nouveaux réacs, Alain Soral mais aussi Michel Houellebecq voire Éric Zemmour.

Aujourd’hui les discussions se mènent dans un contexte intellectuel « identitaire » : elles portent sur ce qui fonde cette identité, et sur la logique sociale qui doit prévaloir en son sein (libéralisme en appui sur le capitalisme, ou antilibéralisme opposé à un capitalisme prométhéen). Mettre en avant l’aspect social qui seul garantit le soutien de couches populaires impose d’articuler un anti-libéralisme économique (assumé par le Grece) et un anti-libéralisme culturel illustré par Chantal Delsol. Réciproquement Avant-garde (le mouvement de Charles Millon et soutien de L’Incorrect) s’accommode fort bien du libéralisme économique, et moins du libéralisme culturel, alors que le Grece, aujourd’hui absolument opposé au libéralisme économique, illustre un certain libéralisme culturel sur l’homosexualité, la pornographie, l’avortement, un ancien attachement à l’eugénisme qui tolère l’artificialisation des pratiques reproductives.

 

La réappropriation d’une écologie radicale chrétienne ou identitaire

Si l’écologie radicale de Limite se dit anticapitaliste, si la Nouvelle Droite, éléments, a hérité d’une écologie « traditionnelle » portée par les droites radicales notamment allemandes[33], l’attitude bêtement « réac » de Causeur pousse ce titre vers des positions climatosceptiques à contrepied de la sensibilité d’autres titres évoqués ici. Témoin de ce penchant écologique d’une partie des droites radicales, l’automne 2020 devait voir se dérouler deux colloques écologiques.

Le premier « La Nature comme socle, pour une écologie à l’endroit » de l’institut Iliade (reposant sur le Grece). L’institut Iliade résume son angle d’approche : « L’idéologie libérale-libertaire étend aujourd’hui ses ravages : elle arraisonne la nature et défigure sans pitié notre monde au nom de la logique marchande, tout en promouvant une écologie mondialiste délirante, déterminée à culpabiliser les Européens, pour mieux « déconstruire » leur identité et leurs traditions. » « Les peuples d’Europe sont porteurs d’un héritage biologique et culturel particulier. Ils sont fondés à vouloir transmettre cet héritage dans le cadre civilisationnel qui est le leur, notamment à travers l’institution de la famille, gardienne de la mémoire et de l’hérédité. »

Le second, « Au service de l’écologie intégrale· soyez limites » coorganisé par L’Incorrect, le Bien Commun (ex Action Française), Politique Magazine (ex Restauration Nationale). « Ecologie intégrale » est le terme employé par le pape François dans sa lettre encyclique Laudato Si’ de mai 2015[34]. En 2020 le Vatican a lancé « l’année Laudato si’ » un ambitieux programme pour faire passer dans la réalité les recommandations de cette encyclique[35]. Les équipes de Limite, L’Incorrect misent sur de bonnes relations avec Mgr Rey de Toulon ou le Cardinal Barbarin (archevêque émérite de Lyon) pour garder le contact avec les secteurs principaux de l’église catholique et le Vatican. Sur cette thématique là aussi, ces équipes tentent de tenir des positions radicales sans s’isoler de leur base sociale, les catholiques remobilisés.

Cet espace de débat ou de circulation des auteurs comme des thématiques, improprement appelée « réacosphère », déborde sur les publications établies comme le Figaro, et englobe une série de plus petits sites ou revues comme Limite, l’inactuelle

 

L’écologie intégrale antilibérale des catholiques conservateurs de Limite

Limite est sans doute la plus intéressante. Créée par des militants issus de sous-ensembles radicaux de la Manif pour Tous, Limite exprime un antilibéralisme de droite se réclamant des conceptions écologistes et catholiques.

Eugénie Bastié, la directrice de Limite, par ailleurs collaboratrice du Figaro Vox [36] et ex chroniqueuse de Causeur, qui vient de rejoindre CNews après avoir chroniqué pour BFM, illustre bien cette génération de néo-réacs médiatiques. Elle se définit comme « conservatrice, antilibérale et catholique » résume le projet de sa revue dans un article de Front Populaire : « Pour un souverainisme vert » : « Une écologie véritable, conservatrice et personnaliste pourrait s’articuler selon nous autour de quatre valeurs : la notion de limite, la notion de prudence, la notion de foyer, la notion de beauté » et, en supplément d’âme l’écologie de la conscience.

Ce pot-pourri verbeux cache ou exprime une redéfinition des termes (suivant en cela une caractéristique des différents courants de la droite radicale). Nous devons prendre cette démarche au sérieux. En effet, chaque fois que ce courant (d’écologie radicale de droite) parle de « limite » ou de « prudence » il mobilise un ensemble de significations sans la connaissance desquelles leurs textes sont incompréhensibles, ou paraissent (à tort) insignifiants.

« La première consiste en réinvestir la notion de limite. Celle-ci fait horreur à l’individu post-moderne qui rejette la finitude. Toute norme lui paraît foncièrement mauvaise. Il meurt toujours mais refuse d’y penser. Il a un corps mais veut en changer. Il naît quelque part mais se proclame citoyen du monde. Il se meut dans l’indifférencié. » « Or, insiste Eugénie Bastié, la limite est une ligne qui sépare. La différence des sexes qui sépare l’humanité en deux dès l’origine et en tous lieux. La frontière, qui sépare les territoires. La nature dont les ressources sont épuisables. » « Il nous semble que le respect de la limite ne doit pas s’arrêter à l’environnement mais protéger aussi la frontière de la nature humaine en mettant des freins éthiques à l’expansion d’une science qui entend briser tous les équilibres pour satisfaire les désirs individuels ».

Tout part d’une incontestable argumentation d’écologie radicale expliquant que les ressources de la planète sont limitées, il faut donc remettre en cause « le système capitaliste dans son ensemble ». S’y ajoute une exaltation souverainiste/identitaire des frontières puis une charge contre le libéralisme culturel (surtout en matière de genre, puisque ce courant est largement issu de LMPT) ainsi enfin qu’une charge contre le transhumanisme (que promeut le patronat libéral : voir les travaux de Fondapol)[37].

« La prudence, valeur conservatrice par excellence […] appelle à une renonciation de la perspective révolutionnaire » un « refus de l’utopie ». Plus que de la prudence il s’agit d’affirmer qu’il ne peut y avoir de société meilleure que celle qui existe (ou plutôt qui a existé, qui s’enfuit, qui se délite).

« L’écologie véritable doit remettre le foyer domestique au cœur de la vie sociale […]. Cela passe par la promotion d’une relocalisation systématique de la production et des échanges afin que les citoyens puissent reprendre le contrôle de leur consommation. »

Donc l’antienne « la famille cellule de base de la société », qui a un fort goût de déjà vu, est vendue avec l’apologie des circuits courts des fruits et légumes ! « La beauté doit être l’une des vertus cardinales d’une écologie véritable » en clair : la défense des paysages. Enfin l’écologie de la conscience : « le droit de préserver son âme de la publicité, du bruit, de la pollution lumineuse. » Etrange et particulière façon d’exprimer un sentiment largement partagé. J’avoue ressentir souvent un besoin de tranquillité.

N’est-ce pas un simple habillage d’un soutien à la droite classique ?

« La tentation est forte à droite de rejeter en bloc toute perspective environnementale » constate Eugénie Bastié :

« Nombre de responsables de la droite française, au premier chef Nicolas Sarkozy (pour qui l’environnement « ça commence à bien faire ») embrayèrent sur l’agenda idéologique du Parti Républicain américain, devenu progressivement climatosceptique, par haine de l’interventionnisme de l’état. « Les Républicains doivent être le parti du principe d’innovation, plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs » proclamait ainsi en février 2016 l’éphémère président du Conseil National des Républicains, Luc Chatel ».

Dans ce texte clair et court Eugénie Bastié trouve le moyen de citer laudativement Jean Pierre Le Goff, Gilles Deleuze, Albert Camus, Hans Jonas, Karl Polanyi, François-Xavier Bellamy, Alain Supiot, Antoine de Saint-Exupéry et Georges Bernanos.

Le maniement des citations affiche l’éclectisme des références. Les nouveaux polémistes de ces milieux ont connu des évolutions importantes dans leur façon de penser, ils aiment emprunter des idées à des auteurs a priori éloignés de leurs convictions pour les réinsérer, les remobiliser dans d’autres cadres. Ils cèdent certes souvent à une forme de coquetterie ou de « name dropping »[38], mais ils explorent de nouveaux itinéraires intellectuels, des pistes permettant de séduire au-delà des milieux où ils et elles sont déjà entendu·es.

 

Front Populaire, l’attrape-tout souverainiste

Front Populaire est domicilié 32 Faubourg Poissonnière, tout comme Conflits, ou Causeur (qui partage le même numéro de téléphone), adresse du siège de la SEPA (Antéios). Front populaire tente de marier des propositions économiques et monétaires plutôt de gauche (même si elles sont formulées par des cadres de la Nouvelle Droite), avec une islamophobie penchant vers le nativisme.

L’éditorial du premier numéro de Front Populaire expose ainsi le projet :

« Treize années d’Europe maastrichtienne ont montré quelle était vraiment la nature de ce dispositif à la fois libéral et autoritaire ».

« La fin des états européens, sacrifiés comme des victimes expiatoires sur l’autel de la construction de l’Etat maastrichtien [···] dont le modèle orwellien consiste à évincer les peuples, à soumettre les individus, à éradiquer la conscience critique, à travailler à la propagation de l’illettrisme qui favorise le travail de la propagande, en un mot : à détruire la civilisation judéo chrétienne. »

« Il est évident que ces gouvernants ne sont rien de moins que les acteurs du capital et du capitalisme ! »

« Nous souhaitons, précise Michel Onfray, installer le combat de Front Populaire sur le registre des civilisations. [··] sur celui de la défense de la civilisation judéo -chrétienne. [··.] Malraux et De Gaulle ont vu qu’avec Mai 68, l’effondrement de notre civilisation se précipitait. L’un et l’autre cherchaient à lutter contre. »

Le choix des contributeurs et contributrices de la revue Front Populaire donne des visages au projet. Un entretien croisé de Philippe de Villiers avec Jean-Pierre Chevènement affiche les « pères fondateurs » dont l’opposition au traité de Maastricht a donné naissance aux courants souverainistes.

Les autres contributeurs se répartissent entre quelques  souverainistes venus de gauche (ex La France Insoumise pour trois d’entre eux, dont un est aujourd’hui un cadre du Rassemblement National), un chroniqueur à Causeur qui se prétend proche du PC, Jacques Sapir (qui a prôné dans éléments de la Nouvelle Droite une alliance entre le Front de Gauche et le FN), un autre groupe de journalistes néo-réacs déjà familiers aux lecteurs de Causeur, de l’Incorrect, de Figaro vox et d’éléments, deux soutiens des Gilets Jaunes de droite.

Un intellectuel organique du Grece, Thibault Isabel, signe deux articles programmatiques « Pourquoi nous devons rebâtir un front populaire contre la mondialisation » et « un programme pour reconstruire la France ».  Les articles de Thibault Isabel sont plus intelligents et moins bavards que l’édito de Michel Onfray. Il expose ce que serait la partie « sociale » d’un programme social-nativiste. Il propose de laisser les thématiques sociétales de côté. « La focalisation sur les questions sociétales est un appât tendu par les partisans du système maastrichtien pour morceler les forces contestataires. »

Il est vrai que « la civilisation judéo-chrétienne » chère à Onfray suscite chez ce chantre du paganisme plus d’urticaire que d’enthousiasme. « Le front populaire de demain se devra d’être modéré tout en campant sur des positions fermes face à la dislocation néolibérale de nos sociétés. » « C’est autour du protectionnisme que devrait se reconstituer l’opposition au macronisme ».

Le Programme pour reconstruire la France est donc charpenté par des propositions économiques de gauche, dont certaines sont proches de propositions de la gauche radicale, ou qui ressemblent parfois à celles que développe Thomas Piketty dans Capital et Idéologie. L’autre article comportant des mesures politiques et institutionnelles précises « Frexit, mode d’emploi », rédigé par Jacques Sapir, mérite lui aussi d’être comparé à la démarche exposée sur les mêmes points par Piketty. Pour forcer le trait, quand Sapir détaille des scénarios et variantes pour sortir des traités, Piketty propose que plusieurs pays européens coopèrent sur des mesures sociales ou fiscales socialistes en dehors des traités, mettant les autres États devant le fait accompli. Ce papier pourrait être un document de travail de LFI ou de proches de Varoufakis. L’article n’est donc nullement « nativiste ».

Si ces deux articles proposent des mesures économiques audibles pour une gauche socialiste ou radicale, plusieurs autres articles (Céline Pina ou Barbara Lefebvre), donnent furieusement dans le sociétal islamophobe. On est passé dans la partie « nativiste » et pas du tout « sociale ». Céline Pina clame ainsi que

« l’intégration doit miser sur l’assimilation : la France n’est pas un grand McDo où l’on peut s’intégrer en venant comme on est. Vouloir l’égalité des hommes au-delà des sexes, de l’origine, de la couleur de peau, de la religion, du statut social n’est pas rien. Ceux qui refusent cette égalité ne sont pas intégrés ni intégrables, qu’ils soient sur notre territoire depuis des générations ou qu’ils viennent d’arriver. »

Vu l’interprétation que fait Céline Pina du port du voile par des musulmanes (un refus de participer à la société française, une proclamation de l’inégalité des sexes), on comprend que ces musulmanes seront expulsées quel que soit l’ancienneté de leur nationalité française. Marine, Marion et Jean Marie Le Pen n’ont pas tenu de discours aussi radicaux. Seul Rivarol se propose d’expulser « les millions d’allochtones »[39].

Les deux fondateurs ont sollicité les contributeurs du premier numéro sans leur fournir de vue d’ensemble, ainsi Pena Ruiz (LFI) ne savait pas avec quels souverainistes de droite ou du RN il allait s’afficher.

 

Quel est le contenu du « souverainisme » ?

Le journaliste et auteur conservateur Mathieu Bock Côté dans sa contribution « le souverainisme est un nationalisme bien compris » relève que

« La situation existentielle de la France est tout à fait singulière. Son histoire l’a amenée à se croire porteuse d’un message universel, censé rejoindre l’ensemble de l’humanité. Mais cette prétention quelque peu excessive à l’universalisme l’empêche de ressaisir son propre particularisme, comme s’il lui était impossible de se représenter comme un fragment de la diversité humaine (formulant à partir de là une forme d’universalisme situé) et non pas comme la nation aspirant à la transcender. On le voit notamment avec la question de la laïcité. »

Bock Côté résume ici avec ses propres mots l’analyse que fait Chantal Delsol du « crépuscule de l’universel »[40]. En revanche son point de vue diffère de celui des polémistes du Printemps Républicain, lesquels nourrissent leur islamophobie d’une mystique « républicaine » désincarnée, réduite à cette prétention abstraite à l’universalisme énoncé en des termes qui n’ont de sens qu’en France. Cette attitude est exposée dans les ouvrages de Laurent Bouvet mieux que par les diatribes d’une Céline Pina ou Barbara Lefebvre.  En effet ces courants n’ont plus comme base sociale que des milieux à l’intersection d’une fraction des appareils politiques sociaux-démocrates, syndicaux (FO) et associatifs francs-maçons, et combattent leurs propres camarades socialistes, syndicalistes et francs-maçons pour qui la laïcité est synonyme de liberté de religion et non d’une guérilla contre les musulmans.

 

Le souverainisme peut-il être laïque et républicain ?

Cette mouvance du Printemps Républicain appuie donc son islamophobie sur des fondements bien plus fragiles que les islamophobes de droite radicale, qui sont soit des nouveaux conservateurs assumant le particularisme français ou européen sur une base chrétienne et conservatrice, soit des identitaires se référant à une identité ethnico-raciale comme nombre de courants issus de la ND et de partisans de la « guerre ethnique »[41].

Ces courants islamophobes issus de la gauche sont plumés depuis des années par les fractions plus dynamiques de l’extrême droite : le bloc identitaire a réussi son OPA sur Riposte Laïque et Résistance Républicaine, le RN a réussi une belle prise avec Andréa Kotarac venu de LFI, un groupe (République Souveraine de Djordje Kuzmanovic) campe désormais sur la sensibilité nationaliste qui se dit souverainiste, un nationalisme à préoccupations sociales mais stratégiquement occupé à nouer des alliances avec d’autres nationalistes « souverainistes » sans aucune préoccupation sociale (ce qui est la réalité plus que le projet de la revue Front Populaire) ; d’autres enfin se laissent séduire par les militants du Grece (Denis Collin).

Le noyau des réseaux du Printemps Républicain et du Comité Laïcité République (cartel et lobby des courants islamophobes de la franc-maçonnerie de diverses obédiences) n’ont aucune envie d’afficher des liens cordiaux avec l’extrême droite, mais ils basculent, de par leur propre dynamique, vers des positions réactionnaires conservatrices (pente déjà suivie par Causeur) et dans des combats surréalistes contre les sciences sociales, l’écriture inclusive[42] et, au fond, contre «la conquête indéfinie de nouveaux droits » (traduire le refus de voir les discriminations existantes et donc d’agir pour les réduire). Ces glissements les amènent à reprendre avec maladresse des thématiques énoncées de façon plus charpentée par d’autres qui n’hésitent pas à se revendiquer du conservatisme.

 

Le souverainisme sera-t-il identitaire ?

Le glissement politique des souverainistes issus de la gauche est imparable : ils analysent à juste titre les institutions européennes comme un obstacle à toute politique égalitaire, à toute limitation du capitalisme, à la conduite de quelque politique sociale non libérale que ce soit. Ensuite on en déduit que, pour faire sauter ce verrou, il faut s’allier avec tous les souverainistes (c’est-à-dire les nationalistes) et pour sceller cette alliance on laisse tomber, dans les faits, l’aspect social de sa démarche, comme le souci du lien aux couches populaires, deux aspects désormais relégués aux discours de fin de banquets et on fait fond sur une islamophobie débridée qui sert de liant à cette cohorte hétérogène. On a donc perdu en route ce qui initialement fonde la démarche.

Éléments se livre dans son numéro d’octobre 2020 à une analyse parfaitement symétrique du « souverainisme », dans un article quelque peu lourdingue intitulé « Souverainisme et pédérastie, tout sur le zizi tricolore » : pour les souverainistes

« il n’y aurait aucune condition de restriction à la constitution d’un peuple, ni ethnique, ni religieuse, ni historique. De fait un peuple souverain peut sans problème être créé ex nihilo, pas un peuple historique : lui précède le peuple politique souverain. C’est du reste en Europe que ce peuple politique a été inventé, par des européens, pas par des persans. Le souverainisme confond le peuple et l’assemblée des citoyens, du monde ou pas. Alors que le peuple c’est une communauté d’origine, de destin et de mœurs : il préexiste à sa condition politique. C’est toute la différence entre l’identité et le souverainisme. »

L’analyse de François Bousquet relève un vrai problème : « souverainisme » est une forme vide, car des mesures de prise d’autonomie vis-à-vis des institutions européennes servent à conduire des politiques qui ont un contenu réel (soit « social égalitaire » pour la gauche radicale soit « identitaire inégalitaire » pour éléments).

La politique contemporaine est remplie de ces formes vides : « souverainisme » donc, mais aussi « laïcité » comprise comme une idéologie chez Bouvet ou Peña Ruiz, on pourrait aussi, pourquoi pas, sacraliser « l’état de droit ». Ces notions, détachées dans les faits de tout contenu politique, seront inéluctablement absorbées soit dans un projet démocratique égalitaire (renonçant alors à prôner des exclusions ou discriminations sur des bases culturelles ou religieuses), soit dans un projet identitaire conservateur autour d’identités ethniques ou religieuses. Deux projets qui ont une puissante force mobilisatrice, à la différence de l’invocation fade des « valeurs républicaines ».

***

Les stratégies des droites radicales de demain se confrontent, leurs discours de séduction pour élargir leur audience se peaufinent dans un petit nombre de revues facilement disponibles. Beaucoup de journalistes ont du mal avec les idées en général, et dans les milieux de la gauche radicale circule trop souvent l’idée dédaigneuse que « ces gens » ne réfléchissent pas ou ne font que se répéter. Ce serait une faute politique et intellectuelle de dédaigner ces travaux, ces réflexions en cours dans l’hémisphère droit politique. C’est courir le risque de se faire surprendre.

 

Notes

[1] Thomas Piketty, Capital et idéologie Paris, Le Seuil Paris 2019 utilise ce terme de « social nativiste ». J’ai privilégié depuis près de 40 ans l’expression « droites nationales et radicales », et plus récemment « droites radicales populistes » pour éviter autant que possible le terme « extrême droite » qui n’explique rien et qui conduit à l’erreur radicale de penser que « l’extrême droite » devrait être plus libérale que « la droite », alors que l’inverse est vrai. La catégorie « populisme » est une monstruosité intellectuelle, l’adjectif « populiste » accolé au substantif « droite » ou « gauche » reste, faute de mieux, peu satisfaisant. Piketty emploie le terme « social nativiste », qui présente le quadruple avantage de décrire ce qui est essentiel dans ces courants, d’être court, d’éviter d’employer le terme « droite » et donc d’utiliser un repère droite/gauche linéaire particulièrement indigent, et -en bonus- de ne pas être « pollué » par des appellations trop chargées. Je lui emprunte donc le terme sans vergogne. « Nativist » est employé couramment dans la littérature académique américaine. Une traduction française publiée en 2010 définit le « nativisme » comme « l’opposition militante à l’immigration [qui] rejette sur les immigrés eux-mêmes la responsabilité de nombreux maux sociaux et les construit comme des sujets « inassimilables », c’est-à-dire culturellement incompatibles avec la société réceptrice. » James Cohen in, Les Politiques de la diversité, Presses de Sciences Po 2010. Le terme est utilisé, défini et légitimé pour l’analyse des mouvements politiques européens contemporains par Cas Mudde dans Populist Radical Right Parties in Europe, Cambridge University Press, Cambridge, 2007.

[2] Marianne fondé par Jean François Kahn, qui se disait « d’extrême centre » défend des positions proches du Printemps Républicain, sa rédaction participe marginalement de l’espace de circulation des journalistes de cette droite nouvelle, il est dirigé par Natacha Polony (éditorialiste multicanal néo réac) le responsable des pages idées est Kevin Boucaud Victoire un des premiers collaborateurs de Limite. Marianne, comme les autres newsmagazines le Point et l’Express, propage l’islamophobie, en revanche il n’est pas libéral et conserve une certaine fibre « sociale ». Marianne participe de la droitisation et du raidissement identitaire du champ médiatique, mais pas de la reconfiguration intellectuelle et politique des droites radicales.

[3] Un article fourni sur les débuts de Réfléchir & Agir dans le bulletin antifasciste Reflex.

[4] Un de ses premiers contributeurs fut Alexandre Del Valle, devenu « géopoliticien » ultra sioniste sous la houlette de l’avocat Gilles William Goldnadel (Chroniqueur à Valeurs Actuelles, collaborateur occasionnel de Causeur), après une période pendant laquelle Del Valle pratiqua une fort étonnante double appartenance voir « l’étonnant parcours d’Alexandre Del Valle » dans Ras L’Front n° 87 d’Avril 2002. De fait une droite radicale à tendance antisémite et les réseaux ultra-sionistes se rejoignent dans l’idée que les Juifs doivent quitter la France.

[5] Le numéro de 12 pages dans le présentoir du Monoprix, daté du 23 septembre 2020 dénonce dans l’article de couverture « un lobby judéo-sioniste qui se croit tout permis », affirme que Marine le Pen « n’est qu’une traitresse judéoservile » et affirme que « les hommes libres » « ont compris que la délivrance de la France, de l’Europe et de L’Occident ne peut s’accomplir sans le combat résolu et hardi contre [···] « l’influence puissante et nocive du lobby juif ». En page 3 Marine le Pen en prend pour son grade, d’abord par citations interposées « Manque de courage et d’intelligence », « où va s’arrêter la soumission de Marine ? [···] Il faut la débrancher d’urgence », « dégagez-la ! » avant que le rédacteur de l’article ne conclue « Marine Le Pen c’est décidément le règne du conformisme, du grégarisme, de la soumission à la pensée unique et de la bêtise autosatisfaite ». La page 4 titrée « Les dernières manœuvres de Sion » traite du système médiatique français, et publie l’annonce de la réunion du « Cercle Edouard Drumont » du nom de l’idéologue antisémite (1844-1917). La page 5 titrée « le lobby sioniste international contre le Liban » dénonce les activités de « l’entité sioniste » et du « lobby juif aux Etats-Unis ». La page 7 comprend l’article « Trump, en campagne électorale, veut forcer les alliés arabo-musulmans des Etats-Unis à reconnaître l’entité sioniste ». La page 12 clôt le numéro par un article intitulé « Freeze Corleone, ou les limites de la Shoahnoïa ». Cette page signée Hannibal est rédigée par Martin Peltier, ex Minute ex National Hebdo, il fut un temps chargé de la communication de Jean-Marie Le Pen. Martin Peltier détaille son itinéraire dans J’ai choisi la bête immonde ; autopsy d’un fasciste, Paris, Ed ICM 2000. Réfléchir & Agir de l’été 2020 publie un long entretien avec lui.

[6] Une notice biographique mi-figue mi-raisin lui est consacrée par un actionnaire du groupe Causeur, Claude Chollet, qui est resté sur les orientations du Grece.

[7] Le « gramscisme de droite » réduit à deux formules a conquis les différentes familles de la droite identitaire.

[8] L’Incorrect n° 26 décembre 2019.

[9] Contre le libéralisme, Paris, Editions du Rocher, 2019, pp 304-305.

[10] Patrick Buisson le raconte en détail dans son ouvrage « la Cause du peuple » édité en 2016 puis réédité en 2018 chez Perrin, avec une préface politiquement plus claire, plus explicite sur le fond de ses opinions.

[11] Jacques Ellul (1912-1994), n’en peut mais… Chrétien (protestant) libertaire, non marxiste mais influencé par Marx, il a travaillé sur la critique de la technique, injustement ignoré en France (sauf d’Esprit qui le cite fréquemment), il est mieux connu aux États-Unis ou en Corée du Sud. Cet ancien résistant, qui a publié une lecture libertaire de la Bible n’a jamais eu de positions politiques ni théologiques proches de celles des catholiques traditionnalistes ou conservateurs.

[12] Une défense et illustration de cette notion élargie de « limite » mais sans fondement catholique est offerte par Mathieu Baumier multi-collaborateur (Causeur, L’Incorrect ou la revue catholique La Nef voire le journal royaliste Politique Magazine, néanmoins élogieusement recensé par éléments) dans son « Voyage au bout des ruines libérales libertaires », Paris, PG de Roux, 2019.

[13] Éléments n° 160 mai-Juin 2016. Dans cet entretien Chantal Delsol énonce clairement ce qui la sépare des conceptions « holistes » de la Nouvelle Droite.

[14] Yann Raison du Cleuziou, Maître de conférences en science politique – HDR, université· de Bordeaux a récemment publié Une contre-révolution catholique. Aux origines de La Manif pour tous, Paris, Seuil, 2019.

[15] Ainsi le dossier « tout le monde déteste les antifas » dans L’Incorrect de juillet/août 2020 reconnaît la précision et l’exactitude du suivi opéré : « Parfois, on a même l’impression que les antifascistes sont mieux renseignés sur les groupes d’ultra droite qu’ils surveillent que les membres de ces groupes eux-mêmes », le dossier répond « non » à la question « Faut-il interdire les antifas ? ». J’ai néanmoins appris que j’étais « l’un des rédacteurs les plus assidus de la revue [REFLEXes] ». Il se trouve que je n’ai jamais écrit une ligne pour REFLEXes, mais signé de très nombreux articles pour Ras l’Front. En effet les deux réseaux qui s’estimaient mutuellement, ont souvent appelé aux mêmes manifestations et soutenu des projets éditoriaux communs. Ils n’en étaient pas moins strictement distincts, jamais concurrents car ils agissaient selon des axes politiques différents, l’un cherchant à construire des mobilisations unitaires, l’autre à renforcer un milieu antifasciste radical. La bourde, anecdotique, révèle néanmoins que les auteurs du dossier n’ont rien compris à ce qui faisait la spécificité des deux principaux réseaux antifas ni à leurs relations.

[16] Bruno Larebière fut rédacteur en chef du Choc du Mois (1987-1993 puis 2006-2009), puis rédacteur en chef de Minute (2003-2011), et dirigeant du « Bloc Identitaire » jusqu’en 2011. Il défend aujourd’hui une ligne « identitaire libérale » et critique depuis longtemps les positions de sortie de l’UE et « étatistes » de Marine Le Pen.

[17] Eléments n° 159, mars-avril 2016

[18] Eléments n°158, janvier-février 2016

[19] Dans le n°11 printemps 2002, un long entretien dans le n° 27 à l’été 2007 que R&A introduit en affirmant « nous sommes, nous, des enfants du Grece », nouvel entretien long dans le n° 28 de l’hiver 2008, n°44 de l’été 2013, précédé et suivi de plusieurs cadres ou compagnons de route de ce courant  ou collaborateurs d’éléments : Michel Marmin, Jean Claude Valla, Pierre Vial, Jean Mabire, Jean-Jacques Mourreau, Emmanuel Ratier, Dominique Venner, Pierric Guittaut etc.

[20] L’anecdote nécessite un décodage pour quiconque est étranger aux cultures de la droite radicale : derrière la caisse de la librairie de la Nouvelle Droite, mais aussi vendue à l’étage parmi les bibelots et moulages politiques, trônait un terne bougeoir en terre, d’inspiration scandinave appelé « Tour de Jul ». Or cet objet est plus directement connecté au paganisme des SS que ne le serait au régime nazi un drapeau à croix gammée ou un buste de Hitler (buste dont un exemplaire prend la poussière dans les caves du Sénat depuis trois quarts de siècle, suscitant l’émoi de certains journalistes). En effet la « tour de Jul » a été fabriquée en masse (350 000 exemplaires), dans l’usine de porcelaine jouxtant le camp de Dachau, notamment par la main d’œuvre concentrationnaire (dont des déportés français) afin d’être offerte à tous les couples de la SS pour célébrer l’équivalent païen de Noël. Promu par Himmler et l’Ahnenerbe de la SS cet objet, appelé « Julleuchter » en VO, n’a jamais été diffusé dans le reste de la population allemande. Utilisé par la partie secte païenne du Grece, y compris par leur troupe de scouts Europe Jeunesse regroupant les enfants des cadres du Grece depuis plusieurs générations, la Tour de Jul constitue un « marqueur identitaire » sans ambiguïté. Cf. René Monzat « Le rituel SS de la Nouvelle Droite. Le Grece immerge ses fidèles dans l’univers symbolique du paganisme nazi »  , Le Monde, 4 juillet 1993.

[21] Sur ce point précis Kevin Boucaud-Victoire se trompe car il analyse la tonalité d’articles d’Éléments, sans prendre en compte la structure Nouvelle Droite dans son ensemble qui a toujours défendu sans hésitation un aggiornamento autour de ses conceptions identitaires et dont Éléments constitue juste… un élément.

[22] Le collectif antifasciste La Horde a publié un portrait fouillé de François Bousquet et de son itinéraire militant.

[23] Pascale Tournier, dans Le vieux monde est de retour. Enquête sur les nouveaux conservateurs. Editions Stock, Paris 2018, fait une excellente description de ces milieux, elle montre bien la filiation avec La Manif Pour Tous (LMPT). Rédactrice au journal catholique La Vie, Pascale Tournier écrit sur un milieu qu’elle connaît bien et dont elle comprend les façons de penser.

[24] Immédiatement a été précédé par Réaction, dont sont issus notamment Richard de Sèze, collaborateur des revues Causeur, L’Incorrect, Monde & Vie, Politique Magazine et Valeurs actuelles, mais aussi Laurent Dandrieu Valeurs actuelles, Frédéric Rouvillois (E· Marsala) Causeur, L’Incorrect, la Fondation du Pont-neuf, Jérôme Leroy Causeur, l’ancien militant du GRECE et futur rédacteur en chef de Marianne Joseph Macé Scaron.

[25] Un article de la revue Rébellion (bulletin « socialiste révolutionnaire » autoproclamé proche de la Nouvelle Droite) présente, avec une certaine empathie, l’aventure.

[26] Sur le contexte intellectuel des revues lancées par des militants royalistes, l’article  « L’Action française contre l’Europe. Militantisme royaliste, circulations politico-intellectuelles et fabrique du souverainisme français »  publié par Humberto Concchetti dans Politique Européenne 2014/1 (n° 43) pp 164 à 190, apporte un éclairage fort utile.

[27] Gael Brustier dans Le Mai 68 conservateur, Editions du Cerf, 2014, présente une étude pertinente et fondamentale de La Manif Pour Tous.

[28] Jerôme Leroy tient, après la parution de son roman Le Bloc, Paris, Gallimard, 2011, une chronique dans une revue du PCF de Lille.

[29] Evidemment, il est plus simple et plus logique de penser que Jean Raspail, publié par la revue maurrassienne Réaction (1991-1994) a accordé dès cette époque son estime à Jérôme Leroy qui collaborait régulièrement à cette revue.

[30] Réfléchir et Agir n° 26, été 2007, le dossier de la revue porte sur « Féminisation de la société. Bienfait ou décadence ? »

[31] Sur le fait de revendiquer Michéa, éléments N° 182 de février Mars 2020 a publié « Jean Claude Michéa en indivision », deux textes parallèles de David l’Epée (éléments) et en écho celui de Kevin Boucaud-Victoire (rédacteur en chef « idées » à Marianne et collaborateur de Limite), à propos du livre de Kevin Boucaud-Victoire « Le Mystère Michéa. Portrait d’un anarchiste conservateur ». David l’Epée affirme que si les lectures de Michéa par les autres revues de la droite radicale sont riches de contresens, en revanche éléments « doit beaucoup à Michéa » en vue d’un « dépassement du clivage gauche-droite », Boucaud Victoire répond que « Michéa et ce qu’on a appelé faute de mieux la Nouvelle Droite, ne sont pas dans le même camp politique ».  Ce très intéressant mini dossier permet d’éclairer le rapport de l’équipe de la Nouvelle Droite aux auteurs qu’elle lit : toujours dans l’objectif d’en utiliser des idées, des notions, voire de simples mots pour nourrir leur propre vision du monde. Des dossiers aux brèves, tout ce que publie éléments concourt à son dessein « métapolitique ».

[32] Serge Audier dans son ouvrage La pensée anti 68, essai sur les origines d’une restauration intellectuelle, publié en 2008 par La Découverte, expose très clairement le contexte dans lequel s’insère le travail de Michel Clouscard, il permet de comprendre comment les ouvrages d’un prof de philosophie communiste ont été digérés et réutilisés massivement par la droite radicale du XXI° siècle. Alain Soral, marqué par les travaux de Michel Clouscard alors qu’il était au PCF, a servi de « passeur » entre les univers d’un communisme raide vers la droite radicale. Si bien qu’aujourd’hui Michel Clouscard est édité côté « droit » par Kontre Kulture, la maison d’édition de Soral, qui édite aussi Joseph Goebbels et Benito Mussolini, aussi bien que, côté « gauche » par les éditions Delga, liées aux courants « orthodoxes » du PCF (Clouscard voisine alors avec des réhabilitations de Staline, de Mao, voire des régimes de Corée du Nord ou de Biélorussie).

[33] Voir sur ce point les ouvrages fondamentaux de Serge Audier spécialement La société écologique et ses ennemis : pour une histoire alternative de l’émancipation, La Découverte, Paris 2017·et L’âge productiviste· Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques, La Découverte, Paris 2019.

[34] Texte complet : http://www.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html

[35] Présentation par radio Vatican : https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-05/laudato-si-encyclique-annee-speciale-2020-2021-environnement.html

[36] Figaro Vox, est né en février 2014, à l’initiative d’Alexis Brézet, directeur de la rédaction du Figaro pour « prolonger la rubrique « Débat et opinions » sur internet » raconte Alexandre Devecchio dans éléments n° 167 de sept 2017. « Son ADN est celle du Figaro qui, historiquement, rassemble toutes les grandes familles de la droite et du centre. Libérale, catholique, bonapartiste, souverainiste. Des antilibéraux officiaient déjà au Figaro bien avant Figaro Vox. Il est vrai que nous avons encore élargi le spectre idéologique du journal […] nous avons ouvert les colonnes à une large partie de la gauche ». Figaro Vox constitue une intersection entre ce champ intellectuel d’une droite radicale qui tente de digérer certains apports (intellectuels et humains) venus de gauche et la presse écrite dominante. La base sociale de « Les Républicains » (LR) lit en effet le Figaro.

[37] Voir le site de cette fondation patronale.

[38] La pratique du « name dropping » consiste à « lâcher des noms », multiplier les références pour impressionner son auditoire. Dans la droite radicale, le champion hors catégorie de ce sport s’appelle Alain de Benoist, il est souvent difficile de savoir quelle est son opinion sur le sujet principal d’un article construit comme un patchwork de citations courtes et hétéroclites.

[39] Rivarol du 23 septembre 2020 p. 6.

[40] Chantal Delsol, Le Crépuscule de l’Universel, L’occident post moderne et ses adversaires, un conflit mondial des paradigmes, Paris, Editions du Cerf, 2020.

[41] Voir Guillaume Faye Guerre Civile Raciale, Bordeaux, Editions Conversano, 2019.

[42] Les colloques du Comité Laïcité République (CLR), visibles en ligne sur leur site, en constituent des illustrations éclairantes.

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