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À l’occasion de la sortie du livre « Pour un marxisme sociologique » de Michael Burawoy et du regretté Erik Olin Wright (aux Éditions sociales), Contretemps publie un extrait de l’ouvrage où les auteurs s’arrêtent sur ce qui constitue à leurs yeux les trois thèses fondamentales du marxisme sociologique, et le problème central pour cette approche : la reproduction contradictoire des rapports de classe. 

Le marxisme sociologique : la théorie de la reproduction contradictoire des rapports de classe

Résumons ce que nous avons dit jusqu’à présent. Nous avons commencé par affirmer qu’il ne fallait pas simple- ment utiliser le marxisme (et encore moins l’enterrer), mais le reconstruire, en raison de sa pertinence pour comprendre les obstacles et les possibilités d’un changement social égalitaire et émancipateur. C’est ce programme normatif et politique qui incite à se pencher sur le marxisme. Nous avons ensuite passé en revue la théorie marxiste classique, en nous concentrant sur sa théorie de l’histoire, notamment lorsqu’elle tente d’expliquer la trajectoire du capitalisme vers sa chute et son dépassement ultime par le socialisme. Nous avons fait valoir que si cette théorie offre une analyse séduisante, elle n’est pas convaincante en tant que théorie explicative. Le marxisme, cependant, contient également une théorie de la reproduction contradictoire des rapports de classe. Au cœur de cette théorie se trouve le concept de classe défini par l’exploitation. Nous voulons maintenant montrer comment ce concept est déployé au sein de la théorie marxiste de la reproduction sociale et comment cela peut constituer la base du développement du marxisme sociologique.

La théorie marxiste de la reproduction contradictoire des rapports capitalistes de classe repose sur trois thèses fondamentales :

1. La thèse de la reproduction sociale des rapports de classe. Les structures de classe, en tant que structures d’exploitation, sont des formes intrinsèquement instables de rapports sociaux et nécessitent des dispositifs institutionnels pour leur reproduction. Là où existent des rapports de classe, il est donc prévu que diverses formes d’institutions politiques et idéologiques se développent pour les défendre et les reproduire. Dans le marxisme classique, on parlait généralement de superstructures politiques et idéologiques reproduisant la base économique[1].

2. La thèse des contradictions du capitalisme. Les solutions institutionnelles aux problèmes de la reproduction sociale ont une tendance systématique à s’éroder et à devenir moins efficaces au fil du temps. Il en est ainsi pour deux raisons principales. Premièrement, la dynamique du développement capitaliste donne lieu à des changements dans la technologie, le procès de travail, la structure de classe, les marchés et d’autres aspects des rapports capitalistes, et ces changements posent continuellement de nouveaux problèmes de reproduction sociale. En général, les solutions institutionnelles antérieures cessent d’être optimales dans ces nouvelles conditions. Deuxièmement, les forces de classes adaptent leurs stratégies afin de tirer parti des faiblesses des dispositifs institutionnels existants. Avec le temps, ces stratégies d’adaptation tendent à éroder la capacité des institutions assurant la reproduction sociale à réguler et à contenir efficacement les luttes de classes.

3. La thèse de la crise et du renouvellement institutionnels. En raison du besoin permanent d’institutions assurant la reproduction sociale (thèse 1) et de la tendance à l’érosion de la capacité de reproduction des dispositifs institutionnels (thèse 2), les institutions qui assurent la reproduction sociale dans les sociétés capitalistes auront tendance à se renouveler périodiquement. Le renouvellement a généralement lieu à l’occasion d’une crise institutionnelle, une situation dans laquelle les acteurs sociaux organisés, tout particulièrement les classes sociales, en viennent à considérer les supports institutionnels comme insatisfaisants, souvent parce que ceux-ci cessent d’être capables de contenir les conflits de classe dans des limites tolérables. Ces renouvellements institutionnels peuvent se faire peu à peu ou impliquer des reconfigurations institutionnelles radicales. Nous n’affirmons pas ici que les nouvelles solutions sont optimales, ni que le capitalisme est condamné à s’effondrer en présence de dispositifs qui ne le sont pas. Ce que nous affirmons, c’est que le développement capitaliste sera marqué par une succession d’épisodes de renouvellement institutionnel en réponse aux contradictions de la reproduction des rapports capitalistes.

Ces trois thèses fournissent le cadre de base qui fonde le programme du marxisme sociologique. Comme pour la théorie du destin du capitalisme, elles ne sont pas un simple discours d’interprétation, mais visent à identifier les mécanismes réels qui existent dans les institutions réelles.

 

La thèse de la reproduction sociale des rapports de classe

Au fond, la question de la reproduction sociale s’applique à tous les types de rapports sociaux. Aucun type de rapport social, qu’il s’agisse de rapports d’amitié, de rapports d’autorité au sein des organisations, de rapports de genre ou de rapports de classe, ne continue d’exister sous une forme donnée par simple inertie ; il faut toujours qu’interviennent des pratiques pour maintenir le rapport social en question. Mais ces pratiques sont elles-mêmes structurées par les rapports sociaux ; elles ne sont pas simplement les actes sans contrainte de personnes agissant volontairement. Il s’agit d’une idée métathéorique fondamentale que le marxisme sociologique partage avec de nombreux autres courants de la théorie sociale : les rapports sociaux sont reproduits (et transformés) par des pratiques sociales qui sont elles-mêmes structurées par des rapports sociaux. Nous nous concentrerons ici sur la reproduction des rapports de classe ; dans la section suivante, nous examinerons leur transformation.

La question de la reproduction sociale se pose pour tous les rapports sociaux, mais différents types de rapports posent différents types de problèmes. Les rapports de classe, en raison de l’exploitation qui les caractérise, sont un exemple de rapport social dont la reproduction est une activité particulièrement complexe et problématique, nécessitant le déploiement de ressources considérables, d’un effort social et de dispositifs institutionnels. Il en est ainsi pour deux raisons. Premièrement, l’exploitation est un rapport qui impose des préjudices réels à certaines personnes au profit d’autres. Si au sein d’un rapport social se développe un antagonisme d’intérêts, la partie lésée aura tendance à entrer en conflit pour changer ce rapport[2]. Ces efforts actifs de transformation de ce rapport tendent à alourdir la tâche de sa reproduction ; la reproduction sociale ne doit pas simplement résister à la dégradation ou à l’évolution inertielle des rapports dans le temps, mais aussi à des formes actives de contestation et de résistance. Deuxièmement, l’exploitation confère d’importants pouvoirs aux exploités. Parce que l’exploitation repose sur l’extraction de l’effort de travail et que les individus conservent toujours un certain contrôle sur leur propre effort, ils disposent toujours, face à leurs exploiteurs, d’une certaine capacité de résistance[3]. Ainsi ce rapport social n’engendre pas seulement des antagonismes d’intérêts, il donne aussi à ceux qu’il défavorise le pouvoir de résister à leur exploitation.

Compte tenu des caractéristiques des rapports de classe fondés sur l’exploitation, la première thèse sociologique fondamentale du marxisme prédit que là où les rapports de classe capitalistes sont stables, un ensemble de dispositifs institutionnels complexes existe pour reproduire ces rapports. Le mode conditionnel de cette prédiction est important. L’affirmation n’est pas que les rapports de classe capitalistes seront toujours stables, mais simplement que cette stabilité, lorsqu’elle existe, nécessite des soutiens institutionnels actifs. Ainsi, un raisonnement quasi-fonctionnaliste est à l’œuvre ici : les systèmes de classe, disons-nous, entravent gravement leur propre reproduction, ce qui suscite la construction de solutions. Cependant, il n’y a pas d’hypothèse homéostatique selon laquelle des solutions efficaces seraient toujours à portée de main. En effet, l’une des préoccupations centrales d’une exploration sociologique marxiste du problème de la reproduction sociale est précisément d’étudier comment la reproduction sociale est elle-même contestée, minée, contradictoire.

Ces mécanismes institutionnels de reproduction sociale des rapports de classe existent aussi bien à l’échelle des rapports entre individus qu’à celle de la société capitaliste. Au niveau micro, le problème central est de comprendre comment le consentement et la coercition s’articulent aux pratiques quotidiennes, en particulier dans le procès de travail. Au niveau macro, l’enjeu principal est de comprendre comment différents appareils – l’État, les médias, l’éducation – contribuent à la stabilisation des structures de classe.

Une grande partie des travaux théoriques et empiriques néomarxistes des années 1960 aux années 1980 ont exploré la question de la reproduction sociale. Pour ne citer que quelques exemples : dans leurs travaux sur l’enseignement, Bowles et Gintis ont analysé la correspondance entre les pratiques scolaires et les trajectoires de classe des enfants[4]. Ils affirmaient que les pratiques pédagogiques des écoles fréquentées principalement par des enfants de la classe ouvrière étaient axées sur la discipline et l’obéissance, facilitant ainsi les rôles futurs de ces enfants en tant que main-d’œuvre exploitée dans la production. À l’inverse, les écoles destinées aux enfants de la classe moyenne ou de l’élite inculquaient l’autonomie et la créativité, leur permettant ainsi de mieux exercer la domination et de diriger la production. L’éducation contribue à résoudre le problème de la reproduction des rapports de classe : elle permet aux enfants de différentes origines sociales de remplir efficacement le rôle de classe qui leur est assigné. Paul Willis explore également l’école comme lieu de reproduction des rapports de classe, mais dans son cas, l’analyse montre comment les formes de résistance contribuent à la reproduction des places dans la structure de classe[5]. Michael Burawoy, dans son travail sur la « production du consentement » chez les ouvriers d’usine, soutient que l’organisation du travail et le régime politique de production produisent le consentement à la domination managériale tout en occultant l’exploitation capitaliste[6]. Przeworski et Sprague étudient la manière dont les règles électorales dans les démocraties capitalistes canalisent la politique de la classe ouvrière, qui pourrait potentiellement menacer les intérêts capitalistes, dans des pratiques en adéquation avec la reproduction du capitalisme, créant ainsi les conditions d’une forme hégémonique de pouvoir[7]. Dans chaque cas, la reproduction des rapports de classe se heurte à un problème posé par le potentiel de résistance à l’exploitation et à la domination des capitalistes. Les solutions institutionnelles n’éliminent pas totalement ce potentiel, mais lorsqu’elles réussissent, elles contiennent cette résistance dans des limites acceptables.

 

La thèse des contradictions du capitalisme

Si le marxisme sociologique était simplement une théorie de la reproduction sociale des rapports de classe, il pourrait facilement dégénérer en une sorte de fonctionnalisme. En effet, les analyses marxistes sont souvent accusées (parfois à juste titre) de considérer que toutes les institutions sociales sont fonctionnelles, qu’elles remplissent bien – voire parfaitement – leur fonction de stabilisation du capitalisme et de sauvegarde des intérêts de la classe capitaliste. Une grande partie du débat sur les travaux influents de Louis Althusser[8] sur l’idéologie et de Nicos Poulantzas[9] sur l’État capitaliste, par exemple, a porté sur la part de fonctionnalisme dans leurs arguments[10].

La thèse des contradictions du capitalisme permet d’éviter ce genre de fonctionnalisme. Elle soutient que la reproduction sociale des rapports de classe est intrinsèquement instable et problématique, à la fois parce que les institutions de reproduction elles-mêmes font l’objet de contestation et parce que le développement capitaliste perturbe continuellement les solutions potentiellement fonctionnelles.

La tendance des institutions de reproduction sociale à s’éroder avec le temps a également fait l’objet de nombreuses recherches. Selon les travaux de James O’Connor sur la crise fiscale de l’État, la structure de la dépense publique est destinée à neutraliser certaines tendances à la crise et à contenir le conflit de classe, mais cette structure, victime de ses contradictions internes, finit par provoquer une crise fiscale qui ne se résout que par une transformation institutionnelle[11]. Les travaux d’Abraham sur la République de Weimar soutiennent que les stratégies adaptatives des différentes forces de classes qui ont profité des opportunités institutionnelles du régime ont fini par rendre impossible la création d’un bloc hégémonique stable capable d’assurer la reproduction du capitalisme allemand dans le cadre constitutionnel existant[12]. L’étude de Schwartzman sur la Première République portugaise montre les effets déstabilisateurs de l’économie mondiale, rendant impossible la consolidation d’une classe dominante unie qui finit par succomber à la dictature[13]. L’étude de Claus Offe sur la « crise de la gestion de la crise » analyse comment les formes de rationalité développées au sein des institutions étatiques pour gérer les tensions sociales autour de la redistribution deviennent dysfonctionnelles lorsque l’État doit intervenir plus profondément dans la production afin de stabiliser les conditions de la reproduction capitaliste[14]. Des auteurs de l’école française de la régulation[15] et de l’école américaine des structures sociales d’accumulation[16] ont soutenu que dans la période qui a suivi immédiatement la Seconde Guerre mondiale, s’est consolidée une configuration institutionnelle appelée « fordisme », combinant une forme spécifique d’intervention étatique avec un type de production capitaliste et un certain compromis de classe. Ce dispositif institutionnel a facilité une reproduction stable et durable des conditions favorables à l’accumulation capitaliste. Cependant, à terme, le développement capitaliste stimulé par cette configuration a donné aux travailleurs des moyens d’action qui ont miné la capacité des institutions à maintenir ces conditions de reproduction, ce qui a finalement conduit à une « crise du fordisme ».

 

La thèse de la crise et du renouvellement institutionnels

La dernière thèse centrale du marxisme sociologique est que l’érosion de l’efficacité des institutions de reproduction sociale aura tendance à provoquer des épisodes de renouvellement institutionnel, en général lorsque la situation est perçue comme critique. La prédiction associée est que ces renouvellements institutionnels auront tendance à garantir les intérêts fondamentaux de la classe capitaliste, mais aussi que la résolution ne sera pas toujours optimale pour les capitalistes. Elle ne prétend certainement pas que les capitalistes ne seront jamais obligés de faire des compromis importants afin de consolider de nouvelles institutions.

Certaines des recherches les plus intéressantes dans le domaine du marxisme sociologique portent sur les processus par lesquels de nouvelles solutions institutionnelles sont apportées au problème de la reproduction sociale des rapports de classe. David James examine comment, au lendemain de la guerre civile américaine et de la destruction de l’esclavage, la classe des planteurs du Sud a été confrontée à un grave problème de reproduction de son pouvoir de classe[17]. Il montre comment la création d’un État racialisé dans le Sud américain à l’époque qui suit la Reconstruction[18] a permis la reproduction de formes particulièrement répressives d’extraction de la force de travail dans le cadre du métayage. Il montre ensuite comment l’élimination du métayage au milieu du xxe siècle a préparé le terrain pour une remise en cause victorieuse de l’État racial. Edwards montre comment des nouveaux dispositifs institutionnels de contrôle du travail sont créés en réponse aux pressions exercées par les nouvelles technologies et les changements dans le procès de travail[19]. Une grande partie de la recherche sur la social-démocratie et le néocorporatisme peut être considérée comme une analyse de la manière dont de nouvelles formes de « compromis de classe » sont institutionnalisées afin de résoudre les problèmes de conflit de classe et de reproduction sociale face à la crise économique[20].

Conjuguée à la thèse des contradictions du capitalisme, la thèse de la crise et du renouvellement institutionnels soutient que les sociétés capitalistes sont caractérisées par une dynamique intrinsèque de changement. Elle s’apparente ainsi à la théorie de la trajectoire et du destin du capitalisme. Mais contrairement à l’ambitieuse théorie de l’histoire du marxisme classique, nous ne prétendons pas ici que les « équilibres ponctués » du changement institutionnel se dirigent vers une destination prévisible. La prédiction porte sur une succession irrégulière de réorganisations répétées du capitalisme et des institutions qui le soutiennent face à l’érosion des processus de reproduction sociale, mais il n’est pas dit qu’en s’accumulant, ces épisodes aient tendance à augmenter la probabilité du socialisme[21].

 

Traduit par Juan Sebastian Carbonell, Vincent Heimendinger et Ulysse Lojkine.

 

Notes

[1] L’argument habituel était que les superstructures, en particulier l’État et l’idéologie, existaient pour protéger la base économique contre les remises en question. En général, cet argument prenait la forme d’une explication fonctionnelle forte dans laquelle la forme de la superstructure était expliquée par l’exigence fonctionnelle de reproduire la base. Nous évitons ici d’utiliser le terme « superstructure », car il a tendance à suggérer un niveau trop élevé d’intégration et de cohérence entre les institutions impliquées dans la reproduction sociale, ainsi qu’une image d’efficacité fonctionnelle, ce qui nous semble injustifié. Pour une discussion importante sur la logique explicative du concept de superstructure, voir Gerald Cohen, Karl Marx’s Theory of History : A Defence, op. cit. et dans History, Labour, and Freedom: Themes from Marx, op. cit., p.155-179.

[2] Affirmer que l’exploitation génère des « intérêts antagonistes », et que ces intérêts ont à leur tour tendance à créer des conflits, pose certaines questions métathéoriques difficiles (et obscures). Cette affirmation implique que l’antagonisme d’intérêts qu’elle pose est objectivement donné, indépendamment de la compréhension subjective des acteurs. De nombreuses personnes rejettent l’idée que les intérêts puissent être véritablement « objectifs ». Les rapports eux-mêmes peuvent être décrits objectivement, mais les intérêts des acteurs ne sont que des significations subjectives. En tous les cas, nous n’affirmons pas ici que les intérêts antagonistes génèrent automatiquement des conflits, mais simplement que les intérêts antagonistes tendent à générer des conflits. Ce qui n’est peut-être pas fondamentalement différent de l’affirmation selon laquelle les rapports d’exploitation ont tendance à générer des intérêts subjectivement antagonistes, qui, à leur tour, ont tendance à générer des conflits.

[3] Il faut noter qu’il n’est pas nécessaire d’accepter les implications normatives du concept d’« exploitation» pour reconnaître l’importance du problème de l’« extraction de l’effort de travail » et la manière dont il génère des conflits et une certaine capacité de résistance. C’est l’un des thèmes centraux des discussions sur le problème principal/agent dans les approches des coûts de transaction des organisations. Pour une discussion de la classe et de l’exploitation spécifiquement en termes de problèmes mandant/mandataire, voir Samuel Bowles et Herbert Gintis, « Contested Exchange : New Micro-foundations for the Political Economy of Capitalism [Des échanges contestés : nouvelles fondations micro pour l’économie politique du capitalisme] », Politics and Society, volume 18, no 1, 1990, p. 165-222.

[4] Samuel Bowles et Herbert Gintis, Schooling in Capitalist America [L’éducation dans l’Amérique capitaliste], New York, Basic Books, 1976.

[5] Paul Willis, L’École des ouvriers. Comment les enfants d’ouvriers obtiennent des boulots d’ouvriers, trad. Bernard Hoepffner, Paris, Agone, 2011 [1977].

[6] Michael Burawoy, Produire le consentement, trad. Quentin Ravelli, Paris, La Ville brûle, 2015 [1979].

[7] Adam Przeworski et John Sprague, Paper Stones: A History of Electoral Socialism [Des pavés en papier. Une histoire du socialisme électoral], Chicago, University of Chicago Press, 1986.

[8] Louis Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques d’État. (Notes pour une recherche) », La Pensée, no 151, 1970, reproduit dans Louis Althusser, Positions (1964-1975), Paris, Éditions sociales, 1976, p. 67-125.

[9] Nicos Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales de l’État capitaliste, Paris, Maspero, 1968.

[10] Pour un examen en détail du problème des explications fonctionnalistes dans le marxisme, voir Gerald A. Cohen, Karl Marx’s Theory of History : A Defence, op. cit. et Jon Elster, Karl Marx une interprétation analytique, Paris, Presses universitaires de France, 1989 [1985].

[11] James O’Connor, The Fiscal Crisis of the State [La crise fiscale de l’État], New York, St. Martin’s Press, 1973.

[12] David Abraham, The Collapse of the Weimar Republic [La chute de la République de Weimar], Princeton, Princeton University Press, 1981.

[13] Kathleen C. Schwartzman, The Social Origins of Democratic Collapse : The First Portuguese Republic in the Global Economy [Les origines sociales de l’effondrement de la démocratie : La Première République portugaise dans l’économie globale], Lawrence, University of Kansas Press, 1989.

[14] Claus Offe, Contradictions of the Welfare State [Les contradictions de l’État providence], Cambridge, MIT Press, 1984.

[15] Michel Aglietta, Régulation et crises du capitalisme, Paris, Calmann-Lévy, 1976 ; Alain Lipietz, Mirages et miracles. Problèmes de l’industrialisation dans le Tiers-Monde, Paris, La Découverte, 1985 ; Robert Boyer, Théorie de la régulation. Une analyse critique, Paris, La Découverte, 1986.

[16] David Gordon, Richard Edwards et Michael Reich, Segmented Work, Divided Workers: The Historical Transformation of Labor in the United States [Travail segmenté, travailleurs divisés. La transformation historique du travail aux États-Unis], Cambridge, Cambridge University Press, 1982 ; Samuel Bowles, David M. Gordon, Thomas E. Weisskopf, After the Waste Land. A Democratic Economics for the Year 2000 [Au-delà du gaspillage. Une économie démocratique pour l’an 2000], New York, M. E. Sharpe, 1990.

[17] David R. James, « The Transformation of the Southern Racial State : Class and Race Determinants of Local-State Structures [La transformation de l’État racial du Sud : les déterminations de classe et de race dans les structures étatiques locales] », American Sociological Review, volume 53, no 2, p. 191-208.

[18] N.d.T. : La Reconstruction désigne la période 1865 1877 qui suit la fin de la guerre civile américaine, au cours de laquelle les États du Sud sont occupés militairement par l’armée fédérale. C’est la fin de cette occupation militaire et les victoires électorales des ségrégationnistes du Parti démocrate qui marquent la fin de la Reconstruction.

[19] Richard Edwards, Contested Terrain: The Transformation of the Workplace in the Twentieth Century [Un terrain contesté. La transformation du lieu de travail au xxe siècle], New York, Basic Books, 1979.

[20] Adam Przeworski, Capitalism and Social Democracy [Capitalisme et démocratie sociale], Cambridge, Cambridge University Press, 1985 ; Jonas Pontusson, The Limits of Social Democracy: Investment Politics in Sweden [Les limites de la démocratie sociale. La politique d’investissement en Suède], Ithaca, Cornell University Press, 1992 ; Patrick Heller, The Labor of Development: Workers and the Transformation of Capitalism in Kerala, India [Le développement du travail. Les travailleurs et la transformation du capitalisme au Kerala, Inde], Ithaca, Cornell University Press, 1999.

[21] En un sens, le marxisme sociologique est plus proche de la théorie « évolutionniste » que le matérialisme historique (la théorie de l’histoire dans le marxisme classique). Dans la théorie de l’évolution, il n’y a pas de fatalité à ce que l’histoire biologique se dirige vers une finalité plutôt qu’une autre. L’Homo sapiens n’était pas le destin inéluctable des créatures unicellulaires d’il y a 3 milliards d’années. La trajectoire réelle du développement des espèces est plutôt une fonction de divers types de processus dynamiques combinés à des événements contingents. Le matérialisme historique, lorsqu’il prédit une tendance générale de la trajectoire de l’histoire à suivre un cours particulier, ressemble davantage à une théorie du développement d’un organisme, de l’embryon jusqu’à l’âge adulte, qu’à une théorie de l’évolution. Pour une discussion de la relation entre la logique du changement social dans le matérialisme historique et la théorie de l’évolution, voir Andrew Levine, Elliott Sober et Erik Olin Wright, Reconstructing Marxism. Essays on Explanation and the Theory of History [Reconstruire le marxisme. Essais sur l’explication et la théorie de l’histoire], Londres, Verso, 1992.

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