Selon l’auteur, la conjoncture actuelle, marquée par la défaite américano-israélienne dans la guerre contre l’Iran et le Liban et le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine, ouvre une brèche dans laquelle les résistances populaires et la gauche de rupture peuvent s’engouffrer et porter des coups à l’empire étatsunien.
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Avec cette réunion publique nous avons voulu poser une question qui, avant son récent, et, à vrai dire, encore balbutiant retour, a longtemps brillé par son absence de l’agenda de la gauche de nos pays, les pays du Nord global. Cette question est « comment en finir avec l’empire étatsunien ». En d’autres termes, comment l’arrêter, dans un premier temps, et comment, en fin de compte, le vaincre.
Partons d’un constat qui relève de l’évidence pour tout observateur un tant soit peu informé des rapports de force à l’échelle du monde : depuis la fin de la 2e Guerre mondiale, un impérialisme domine de façon écrasante tous les autres, celui des États-Unis. La concentration de puissance militaire et économique leur assure une domination à l’échelle mondiale sans précédent dans l’histoire. Cette domination est à la fois économique et militaire. Elle repose sur la suprématie du dollar et de la finance et sur une capacité à s’imposer par la force et à tuer partout dans le monde.
Cette machine de mort ne se limite pas aux innombrables guerres, interventions militaires et opérations de déstabilisation menées par les Etats-Unis depuis leur création. Souvent passées sous silence, les sanctions économiques sont un dispositif létal de masse sous contrôle exclusif étatsunien même quand il se présente sous l’habillage des Nations Unis ou du multilatéralisme. Au cours du demi-siècle précédent, il équivaut à lui seul à plus de 9 fois le total des pertes de la guerre du Vietnam, couramment estimée à 3 millions de morts, dont une large majorité de civils. 28 millions de morts entre 1971 et 2021, soit une moyenne de 562 mille par an, tel est en effet le chiffre fourni par l’étude publiée en octobre dernier dans la revue The Lancet, qui fait autorité en matière médicale. Selon cette même étude, c’est chez les enfants de moins d’un an que l’on a enregistré le plus grand nombre de décès liés aux sanctions, puis dans la tranche d’âge de 1 à 5 ans (ces 2 catégories représentent 51% du total), suivie par celle de 60 à 80 ans (26%).
Je rappelle ici les propos tenus en 1996 par la secrétaire d’État étatsunienne Madeleine Albright lors d’un entretien accordé à la chaîne CBS. Le journaliste la questionnait sur les conséquences des sanctions décrétées à l’encontre de l’Iraq en ces termes « On nous dit qu’un demi-million d’enfants [irakiens] sont morts. C’est plus que le nombre d’enfants qui ont péri à Hiroshima. Est-ce que cela en vaut vraiment la peine ? » La réponse, célèbre, d’Albright a été :
« Je pense que c’est un choix très difficile, mais nous estimons que le jeu en vaut la chandelle (we think the price is worth it) ».
Il ne faut pas croire que tout cela ne concerne que les pays du Sud, même si c’est bien dans la périphérie que la violence de l’impérialisme se déchaîne de la façon la plus désinhibée. En Europe même, les États-Unis sont un acteur de premier plan de la vie politique. Avec le plan Marshall et la mise en place l’OTAN, les E.-U. ont intégré l’Europe dans leur sphère économique et militaire. Le nombre de bases militaires étatsuniennes en Europe s’élève à 37 auxquelles il faut ajouter l’accès à une vingtaine d’autres qui dépendent des États membres de l’Alliance atlantique. Près de 100 mille soldats étatsuniens sont stationnés sur le continent. La France est l’un des rares pays à être exempt de présence militaire étatsunienne grâce au retrait du commandement militaire de l’OTAN décidé en 1966 par de Gaulle. Pour l’instant, faudrait-il peut-être dire car Sarkozy a réintégré la France dans cet état-major belliciste et tous les présidents qui se sont succédés depuis ont rivalisé de docilité à l’égard d’oncle Sam.
En réalité, même après 1945, la guerre n’a jamais disparu du continent européen. Depuis la guerre civile grecque, remportée par la droite monarchiste grâce à l’appui d’abord britannique puis étatsunien, jusqu’aux bombardements en ex-Yougoslavie, le camp occidental s’est toujours imposé par la force dans le moindre espace qui pouvait potentiellement échapper à son emprise. L’Union européenne elle-même n’a jamais été autre chose que le versant politico-économique qui assurait la cohésion du camp occidental dans le continent sous l’hégémonie des États-Unis.
Actuellement, c’est bien sûr la guerre en Ukraine qui agit comme l’aiguillon de la course à la militarisation du continent, une guerre dont l’enjeu central est l’appartenance ou non de l’Ukraine à l’OTAN et la poursuite indéfinie de l’encerclement de la Russie par le camp occidental. Les États-Unis ont largement sous-traité cette guerre à l’Europe, qui a trouvé dans l’affrontement avec la Russie un moyen de relancer une économie et un projet politique qui battent de l’aile. Ce choix de la guerre se traduit concrètement par l’explosion des budgets de défense, l’endoctrinement belliciste des esprits, la stigmatisation des opposants comme des agents de l’ennemi, la résurgence des vieux stéréotypes racistes qui assimilent la Russie à la barbarie asiatique et la Chine au « péril jaune », une puissance qui menace de nous submerger par le nombre et par la force économique.
Une conclusion ressort de ce constat : tout projet de rupture avec l’ordre actuel du monde devra affronter cet ennemi mortel et surpuissant. Certes, cet affrontement ne se pose pas dans les mêmes termes au Sud et au Nord. De plus, chacune de ces aires schématiquement désignées sous ces termes recouvre des réalités d’une extrême diversité. Reste que dans les pays du Sud, l’affrontement avec l’impérialisme étatsunien et les impérialismes occidentaux secondaires, auxquels il faut ajouter le Frankenstein israélien, prend la plupart du temps une forme ouverte : militaire, comme en Iran ou au Liban, militaro-économique, comme à Cuba asphyxiée par 64 ans de blocus, ou économique, ou « simplement » économique au moyen de l’arme de la dette et des thérapies de choc administrées par les bons docteurs du FMI à tant de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
Le caractère ouvert, violent, de cet affrontement signifie aussi qu’il n’y a pas, dans cette partie du monde où se concentre la très grande majorité de la population de la planète, de consentement à la domination impérialiste. Il y a certes des élites qui jouent le jeu, des classes compradores qui en profitent, des populations qui se laissent parfois entraîner dans le mirage d’une « occidentalisation heureuse ». Mais l’aspiration profonde des peuples est celle à la souveraineté nationale et populaire, à l’émancipation de la domination impérialiste occidentale. La question est quel est le type de projet capable de porter cette aspiration et de lui donner un contenu concret.
Depuis l’effondrement du bloc soviétique et le tournant capitaliste de la Chine, ce ne sont pas des projets de gauche, des projets qui combinent indépendance nationale et voies non-capitalistes de développement, qui prédominent. Les exceptions sont à chercher dans les expériences de certains pays d’Amérique latine, où des versions modérées de ces projets ont réémergé à partir des années 2000. Et aussi bien sûr à Cuba, l’héroïque Cuba, seul pays du continent à avoir accompli une révolution sociale et à laquelle nous adressons notre entière solidarité.
Disons-le clairement : les puissances émergentes du Sud global n’incarnent pas une alternative systémique au capitalisme. Ce ne sont pas des modèles pour un projet émancipateur. Leur montée en puissance sert avant tout les intérêts de leurs classes dominantes à l’intérieur du cadre mondialisé actuel, un cadre qu’elles investissent pour le faire fonctionner à leur profit. Sur le plan interne, il s’agit souvent de régimes autoritaires et répressifs à l’égard de leurs populations, même si le Brésil ou l’Afrique du Sud relèvent d’une autre catégorie que la Russie ou la Chine.
Pour autant, nous ne pouvons être indifférents au passage à un monde qui, s’il est loin d’être véritablement multipolaire, comme on le dit souvent, offre du moins davantage de possibilités de desserrer l’étau de la domination étatsunienne et occidentale. Sur le plan des rapports de forces internationaux, ces pays peuvent jouer un rôle objectivement favorable aux forces qui résistent aux agressions impérialistes. Un gouvernement de gauche de rupture ou un mouvement de résistance populaire se doivent de chercher des points d’appui là où ils existent, en jouant sur les contradictions qui traversent l’ordre mondial actuel et en ayant en tête que, même dans un cadre qui reste capitaliste, la montée en puissance des pays du Sud constitue un progrès par rapport à la domination sans partage de l’impérialisme occidental.
Comment donc affronter cet impérialisme ici, dans le Nord global et en particulier dans une puissance impérialiste secondaire comme la France ? La réponse spontanée à gauche, je veux dire dans la gauche qui se pose au moins cette question, est par la mobilisation populaire. C’est une réponse juste, à l’évidence. Le travail de la gauche qui entend transformer le monde et non gérer l’ordre établi a toujours été de lutter contre les guerres, contre le colonialisme et contre l’impérialisme. C’est là-dessus d’ailleurs, et nullement sur des questions doctrinales abstraites, que s’est divisé le mouvement ouvrier et la gauche du 20e siècle, quand a éclaté la boucherie impérialiste de la 1ère Guerre mondiale.
Que nous apprennent à cet égard les guerres impérialistes du 21e siècle ? La plus grande mobilisation antiguerre de l’histoire s’est déroulée au cours des quatre premiers mois de l’année 2003. On calcule à près de 36 millions le nombre de personnes qui ont manifesté contre la guerre en Irak dans près de 3000 rassemblements qui se sont déroulés dans la quasi-totalité du globe. Le pic a été atteint le 15 février de cette même année avec pas moins de 15 millions de manifestants dans ce qui reste la plus importante journée de mobilisation de rue à l’échelle planétaire de tous les temps. Cela a-t-il empêché la guerre ou la victoire militaire de la coalition dirigée par les États-Unis ? On connait la réponse, elle est négative.
Pour autant, ces manifestations sont loin d’avoir été sans effet. Les guerres et les interventions militaires étatsuniennes et occidentales sont de plus en plus impopulaires dans les opinions publiques du Nord global. Tony Blair reste le premier ministre le plus haï de l’histoire britannique pour avoir entraîné son pays dans une guerre dévastatrice sur la base de mensonges éhontés. Aux États-Unis même la population adhère de moins en moins au bellicisme des dirigeants. Il ne faut pas oublier qu’une part décisive de la victoire de Trump est due à sa promesse d’être le président de la paix qui s’occuperait avant tout des problèmes intérieurs de son pays. Il n’en a évidemment rien été, mais, pour la première fois sans doute dans leur histoire, le soutien à une guerre, celle lancée contre l’Iran le 28 février dernier, a d’emblée été minoritaire. Et il n’a fait depuis que s’éroder.
Qui donc peut arrêter les États-Unis ? Là encore, penchons-nous sur les épisodes récents. Ce qui a forcé le retrait militaire des États-Unis en Irak c’est avant tout la guérilla qu’ont mené sur le terrain diverses forces irakiennes, dont certaines d’ailleurs étroitement liées à l’Iran. Ironie de l’histoire, c’est la guerre initiée par l’empire étatsunien qui a permis à l’Iran de contrôler partiellement le pays qui l’a envahi dans les années 1980 avec le plein appui de l’Occident. Le scénario a été encore plus clair en Afghanistan, où il a fallu pas moins d’une vingtaine d’années pour que les États-Unis et leurs supplétifs admettent leur défaite.
Les images de la débâcle d’août 2021 ne sont assurément pas pour rien dans la débâcle électorale essuyée par la candidate démocrate qui a dû assumer à la dernière minute le bilan calamiteux de la présidence Biden. Pour le dire autrement, que l’on apprécie ou pas leur coloration politique, ce sont avant tout les résistances de terrain qui arrivent à renverser des situations qui semblaient dans un premier temps tourner en faveur de l’impérialisme. Le prix à payer pour les peuples a bien sûr été effroyable. Et le basculement des opinions publiques occidentales a certainement pesé dans la balance. Mais rien n’aurait été possible sans la résistance populaire en Irak et sans l’appui que celle-ci a reçu de la part d’acteurs étatiques.
Il n’y a rien de bien nouveau à cela à vrai dire. Rappelons une leçon fondamentale des grandes luttes de libération nationale qui ont scandé le siècle passé. Sans aucun doute, aucune n’aurait été possible sans la résistance acharnée des peuples, du Vietnam à l’Algérie, de l’Angola à l’Afrique du Sud. Mais ces forces n’auraient jamais pu l’emporter sans, selon les cas, l’appui de ce qu’on appelait à l’époque le « camp socialiste », l’appui des pays arabes et du mouvement dit des « non-alignés », qui regroupait les pays nouvellement indépendants à orientation progressiste. Sans oublier le rôle unique de Cuba en tant que force internationaliste autonome et l’aide concrète qu’elle a apporté aux côtés des forces révolutionnaires d’Amérique latine et d’Afrique. C’est dans ce contexte que s’est opérée la rupture du consensus dans les métropoles coloniales et impérialistes, en particulier sous l’effet de la grande révolte de la jeunesse mondiale contre la guerre du Vietnam, qui fut un facteur décisif pour la victoire des combats des peuples.
Revenons au présent. Nous vivons actuellement un double tournant historique. D’une part, le génocide perpétré à Gaza, au vu et au su du monde entier et avec l’active complicité de la quasi-totalité des pays occidentaux, États-Unis en tête, a suscité un mouvement planétaire inédit de solidarité avec le peuple palestinien. Ce mouvement n’en est pas resté à l’expression d’une indignation morale. Malgré ou plutôt à cause de la répression féroce dont il fait l’objet, ce mouvement a déclenché une radicalisation des consciences, en particulier dans la jeunesse qui en forme le cœur battant.
Pour la première fois en Occident, la nature de l’État sioniste en tant que colonialisme de peuplement est perçue à une échelle de masse. La complicité des gouvernements avec le génocide a révélé les liens profonds entre le projet sioniste et la longue histoire coloniale et impérialiste de l’Occident. Et ce mouvement, n’est en est pas resté à une simple protestation de rue. Il a trouvé et en partie forgé des relais politiques dans les forces émergentes de la nouvelle gauche, que ce soit la France insoumise ici, les Verts de Zac Polanski de l’autre côté de la Manche, ou Mamdani et d’autres élus socialistes aux États-Unis. La possibilité d’un véritable mouvement anti-impérialiste réapparait dans le Nord global, renouant ainsi avec un fil rompu depuis les années 1970.
D’un autre côté, l’emballement de l’agressivité impérialiste qui a marqué l’année en cours, avec le kidnapping du président du Venezuela et l’étranglement de Cuba, débouche sur ce qui apparaît comme un revers majeur pour les États-Unis et leur satellite israélien. L’issue de l’attaque contre l’Iran s’annonce pour les États-Unis comme une défaite d’une ampleur qui ne peut être comparée qu’à celle du Vietnam. Ce constat et cette comparaison ne sont ni de mon fait, ni de celui d’un quelconque anti-impérialiste, mais de Robert Kagan, le principal idéologue néoconservateur étatsunien, fervent défenseur de toutes les guerres des dernières décennies. Kagan écrit donc ceci :
« Il est difficile de se référer à une époque où les États-Unis auraient subi une défaite totale dans un conflit, un revers si décisif que la perte stratégique n’aurait pu être ni réparée ni ignorée. (…) Les défaites au Vietnam et en Afghanistan ont été coûteuses, mais elles n’ont pas porté atteinte de manière durable à la position globale des États-Unis dans le monde, car elles étaient loin des principaux théâtres de la compétition mondiale. L’échec initial en Irak a été atténué par un changement de stratégie qui a finalement laissé l’Irak relativement stable et inoffensif pour ses voisins, tout en permettant aux États-Unis de conserver leur position dominante dans la région. Une défaite dans le conflit actuel avec l’Iran sera d’une nature tout à fait différente. Elle ne pourra être ni réparée ni ignorée. Il n’y aura pas de retour au statu quo ante, ni de triomphe américain final qui permettrait d’effacer ou de surmonter le mal causé. »
Le temps manque pour étayer ce constat mais il suffira de dire que les États-Unis et Israël ont non seulement échoué dans tous leurs objectifs initiaux mais que leur position est d’ores et déjà considérablement affaiblie par rapport à ce qu’elle était avant le début du conflit. L’Iran contrôle désormais le détroit d’Ormuz et dispose d’un levier de pression considérable sur l’économie mondiale. Il a démontré ses capacités de défense, porté des coups dévastateurs aux installations militaires étatsuniennes de la région ainsi qu’aux infrastructures économiques des alliés régionaux des États-Unis. Il a frappé Israël à de multiples reprises . Au Liban, le Hezbollah a continûment résisté aux forces israéliennes, rendant illusoire l’idée d’une d’occupation israélienne pérenne du sud Liban.
Compte tenu de la confusion stratégique étatsunienne, les négociations actuelles peuvent aboutir tout autant à un accord qu’à une reprise du conflit[1]. Mais il faut souligner qu’elles se déroulent sur la base des revendications iraniennes, qui prévoient notamment l’allègement des sanctions, le maintien du contrôle iranien du détroit d’Ormuz, la restitution de ses avoirs mis sous séquestre et, élément absolument décisif, un cessez-le-feu incluant le Liban. Inutile de dire qu’un tel accord signerait une défaite étatsunienne-israélienne du type de celle décrite par Robert Kagan. C’est d’ailleurs pour cela qu’en continuant imperturbablement les opérations d’anéantissement qu’il mène au Liban, l’Etat sioniste fait tout pour en empêcher la conclusion et l’application.
Il faut se réjouir de la tournure que prennent les événements, sans oublier leur coût humain effroyable. L’affaiblissement des Etats-Unis ne signifie certes pas la fin de l’empire, dont la supériorité militaire et économique restera écrasante quelle que soit l’issue de cette guerre. Mais elle signale une diminution de sa capacité à modeler les rapports de force internationaux et à jouer le rôle de gendarme planétaire. Elle met également en lumière l’effondrement de la crédibilité du discours étatsunien qu’illustre le spectacle à la fois grotesque et terrifiant qu’offrent les éructations quotidiennes de l’actuel occupant de la Maison Blanche.
La conjonction du mouvement de solidarité avec la Palestine et de l’embourbement étatsunien-israélien dans le Golfe persique ouvre un espace qu’une gauche de rupture peut occuper. Car aucun mouvement, aussi puissant soit-il, ne peut aboutir sans victoire au niveau politique. Mais cette victoire est elle-même conditionnée par la capacité de tenir fermement la ligne précise celle de la désoccidentalisation et du non-alignement que la France insoumise place au centre de son programme. Cette ligne implique tout d’abord le refus de la militarisation et de l’économie de guerre, même si elle peut profiter à « notre » très mal nommé industrie « de défense », laquelle, soit dit en passant, est le deuxième exportateur mondial d’armement.
Elle signifie également tenir la ligne d’une diplomatie de paix, qui refuse l’affrontement avec la Russie et la Chine qui excite tant les élites européennes et occidentales. Cette ligne est aussi celle de la solidarité sans faille avec la Palestine et le Liban, pour imposer immédiatement des sanctions à l’Etat génocidaire. Il faut porter un coup décisif à cette alliance belliciste, courroie de transmission de la suprématie étatsunienne, qu’est l’OTAN en retirant la France de son commandement militaire et de l’alliance tout court. Il faut enfin redonner un sens radicalement nouveau au rôle international de la France, qui doit devenir un point d’appui pour les peuples du Sud, un soutien de toutes les forces progressistes et donner l’exemple elle-même en se dépouillant de ses attributs coloniaux et impérialistes qui subsistent, en particulier dans les outre-mer et en Afrique.
Il ne s’agit pas là d’une liste de vœux pieux mais d’une orientation qui doit être défendue dans la perspective d’une victoire de la gauche de rupture comme une condition indispensable pour que cette victoire dans les urnes débouche sur une véritable rupture avec l’ordre établi.
Oui, il est possible de vaincre l’empire !
La Nouvelle France sera non-alignée, désoccidentalisée, alliée des peuples luttant pour leur indépendance et leur émancipation ou elle ne sera pas.
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Ce texte reprend l’intervention que Stathis Kouvélakis a prononcée lors de la réunion « US Go Home ! En finir avec l’empire étatsunien », qui s’est tenue le 12 juin dernier à Saint-Denis.
Notes
[1] Ces lignes ont été écrites avant le protocole d’accord conclu le 14 juin et dont le contenu n’a pas encore été rendu public. Son application, et même sa signature, prévue pour le 19 juin en Suisse, sont incertains. De façon significative, sur la base des éléments qui ont fuité, et qui incluent l’arrêt de l’agression israélienne au Liban, un média aussi peu suspect d’antiaméricanisme que Le Monde parle, dans son édito, d’une issue qui « qui ressemble à un fiasco » pour les Etats-Unis tandis que le correspondant à Jérusalem souligne « l’impasse stratégique d’Israël », citant ces propos de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot : « l’abîme est béant » [entre les promesses de victoire et le résultat final].
