Le mois de septembre voit resurgir en France la crise politique confinant à la crise de régime, que le bloc au pouvoir macrono-LR était parvenu à suspendre provisoirement avec la complicité du RN et du PS. Le gouvernement de François Bayrou vient de tomber le 8 et, dans la foulée, le 10, s’annonce une journée de mobilisations, imprévisible dans son ampleur, ses formes et sa radicalité, mais fortement attendue. Contretemps a demandé à plusieurs militant-es ou dirigeant-es d’organisations de la gauche sociale et politique de développer leurs positions concernant la nouvelle conjoncture politique qui s’est ouverte cet été, et les perspectives qu’ils avancent.
Dans ce texte, les Inverti-es reviennent sur les raisons de leur implication – à partir de leurs positions spécifiques – dans la préparation de la journée du 10 septembre, liée en particulier à la dynamique de fascisation qui conduit d’ores et déjà à des reculs pour les personnes LGBTI. Ils insistent sur la centralité stratégique de la grève et de l’auto-organisation, la nécessité d’unifier les LGBTI comme secteur de la classe travailleuse, mais aussi le sens que prend pour elleux la référence au communisme.
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Depuis plusieurs jours, en perspective du 10 septembre, notre collectif, les Inverti.e.s, prépare la mobilisation. Déjà deux assemblées générales avec plus de 150 personnes qui s’organisent à la base. Il est loin le temps, où l’on ne voyait les LGBTI que comme une minorité ajoutant une touche “sociétale” au mouvement social. Le mouvement des retraites de 2023 est passé par là, et même s’il s’est soldé par une défaite, des réflexes d’organisation ainsi qu’une grande politisation de la communauté demeurent.
Au fil des échanges en plénière ou par groupe de travail, les modes d’actions se clarifient, les revendications émergent, bref, la tension monte. Même les militant·es les plus aguerri·es s’accrochent à un optimisme de la volonté quelque peu incertain. Incertain car, deux années après l’échec d’un mouvement massif d’opposition à une énième réforme des retraites, une année après avoir échappé in extremis à la marée brune à l’Assemblée Nationale, dix mois après le retour de la vieille droite à la tête de Matignon, force est de constater que nous peinons à relever la tête.
Pourtant, il n’y a pas de hasard dans l’engagement des forces de gauche traditionnelle dans l’appel nébuleux “Bloquons Tout”. Pas de hasard dans l’investissement massif de militant·es révolutionnaires dans un mouvement supposément issu de plateformes au mieux confusionnistes. Personne ne veut louper le coche de ce qui, quelle qu’en soit la forme, pourrait nous permettre de sortir d’un cycle de défaites, et peut-être même, pour ce qui nous concerne aux Inverti·e·s, de faire avancer l’agenda révolutionnaire.
La date est posée et les problèmes déjà connus : est-ce que les syndicats vont entrer dans la bataille? Va-t-il y avoir un pont entre le 10 et le 18 ? La grève peut-elle devenir massive, générale, autogérée ? Comment y construire ce qui devrait aujourd’hui occuper tout.e militant.e révolutionnaire, c’est-à-dire la conscience de classe ?
À l’heure où nous écrivons, il est impossible d’avoir une réponse certaine à ces questions. Mais nous pouvons chercher à construire ce mouvement, sans a priori mais également sans refuser les débats concernant la stratégie et l’orientation. C’est dans cette perspective que nous, trans pédés et gouines, travaillons à mobiliser notre fraction de la classe.
Les transpédégouines[1] sous le rouleau compresseur de la fascisation
Moquer aujourd’hui ceux qui prophétisaient une corne d’abondance néolibérale à la chute du mur de Berlin semble dépassé, tant il est évident qu’ils avaient tort. Mais d’autres croyances ont la peau dure, notamment celles relatives au progrès inexorable des libertés individuelles, notamment sexuelles. Pourtant, alors que le tournant autoritaire du capitalisme tardif est déjà très largement engagé, force est de constater qu’il s’attaque, entre autre, aux personnes LGBTI, et ainsi, à toutes les personnes dont la sexualité ou l’expression de genre ne s’intégreraient pas dans une hiérarchie sexuelle binaire et intangible.
Les libéraux exhibent l’horreur des Trump, Meloni, ou Orban, qui respectivement aux États-Unis, en Italie et en Hongrie, traquent les personnes transgenres, remettent en question les parentalités lesbiennes, emballent sous plastique des ouvrages taxés de “propagande LGBT” ou tentent d’interdire les Marches des Fiertés. Mais, contrairement à ce que prétendent tous les disciples du marché libre, nous savons que ces situations ne sont ni des cas limites, ni des exceptions lointaines, aux marges d’un libéralisme prétendument progressiste.
La décision, ce 16 avril dernier, de la Cour Suprême britannique d’exclure les femmes transgenres de dispositifs de lutte contre les discriminations de genre le montre : voilà que les juges établissent “que les termes “femme” (…) se réfèrent à une femme biologique et à un sexe biologique”. La France ne fait pas exception. On se souvient de la victoire en demi-teinte de l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes, à condition qu’il ne s’agisse pas de personnes trans. On se souvient aussi de la saillie d’Emmanuel Macron à deux habitant·es de l’île de Sein, en pleine campagne législative, qui tournait en ridicule la revendication d’un changement de sexe à l’état civil sur demande.
En France, le vent tourne pour la communauté LGBTI. Ceux et celles qui, hier, votaient contre le PACS ou l’ouverture du mariage aux couples homosexuels ont plié sans céder : ils ont trouvé dans les personnes trans une nouvelle cible, et menacent à travers elle l’ensemble de notre communauté. Cette dynamique s’analyse dans celle, plus générale, d’un backlash masculiniste et en parallèle d’attaques menées à l’encontre des droits des femmes.
Le tournant autoritaire du capitalisme tardif mentionné plus tôt est, sans surprise, un retour aux normes patriarcales, et les promesses d’émancipations individuelles du libéralisme se font à présent bien lointaines. Toute honte bue, ces mêmes réactionnaires qui attaquent un par un nos droits à une vie libre, tentent de nous monter les un·es contre les autres en se prétendant défenseur du bon homosexuel. Celui-ci a des caractéristiques bien précises : il n’en “fait pas trop”, il doit être prêt à regagner son placard au premier coup de sifflet, il est, bien sûr, blanc et ainsi mis en danger par l’islam, l’immigration ou les classes populaires.
L’homonationalisme est un piège dans lequel nous ne tombons pas. Nous savons que notre émancipation dépend de celle du reste de la classe ouvrière et plus particulièrement de ses segments racisés, les plus frappés par la possibilité fasciste. C’est en ce sens que nous, Inverti·e·s, construisons nos mobilisations avec d’autres luttes contemporaines, contre le génocide en Palestine, contre l’islamophobie, pour la régularisation de tou·te·s les sans papiers.
Nous rejetons le mensonge d’une intégration de la communauté LGBTI par le libéralisme ou par l’homonationalisme, parce nous refusons leur explication fausse de notre oppression comme “une haine hasardeuse de la différence”. Transitionner, coucher, aimer et vivre avec des personnnes du même sexe que soi, ce n’est pas seulement remettre en cause un certain ordre moral du genre. C’est remettre en cause les bases du système contemporain de reproduction sociale : l’intangibilité des rôles sexués, le couple hétérosexuel et la famille traditionnelle.
Depuis la seconde moitié du XIXème siècle, en passant par les mouvements féministes marxistes et matérialistes, la critique sociale pointe les hiérarchies familiales comme le fondement de la production capitaliste, en tant qu’elles permettent d’extorquer un travail domestique nécessaire à la reproduction de la force de travail. Les transpédégouines désertent ce cadre, ils et elles inventent de nouveaux modes de vie, de nouvelles manières d’aimer et de faire du sexe, subvertissent l’ordre du genre au sein d’espaces sociaux et culturels autonomes, renversent les insultes qu’on leur porte pour en faire des identités de folles, de gouines, de pédales… En ça, ils et elles deviennent l’une des plus puissantes contradictions internes au système de reproduction sociale. Si notre communauté émerge notamment des dynamiques d’individualisation propre au capitalisme, elle le met dans le même temps en cause, jusqu’à ses fondements les plus refoulés.
Mais nous ne nous arrêtons pas là : pour nous, l’homosexualité et la transidentité ne sont pas qu’affaires de reproduction. Au travail, nous subissons les mêmes conditions d’exploitation que le reste des travailleurs et les travailleuses, à ceci près que nos identités nous exposent à la violence lesbophobe, homophobe et transphobe. Certain·es d’entre nous sont repoussé·es aux frontières du travail et subissent des situations de précarité extrême.
Alors, comme les autres, nous nous mettons en grève pour protéger nos systèmes de santé et de sécurité sociale, quant bien même ceux-ci font partie des institutions qui violentent une partie de notre communauté. Nous occupons des places pour refuser une réforme du Code du Travail, nous enfilons des chasubles jaunes sur les champs Élysées, nous bloquons nos entreprises pour protéger nos déjà bien maigres retraites. Comme les autres, car nous savons que seule l’abolition de la société de classe permettra notre émancipation intégrale, mais avec une rage supplémentaire au cœur, celle de nos vies fracassées par l’homophobie et la transphobie. Et c’est en tenant ces deux bouts, de l’unité de la classe et du mouvement autonome transpédégouine, que nous construisons le 10 septembre.
Un secteur de la classe transpédégouine ?
Nous laissons à d’autres le soin d’étayer théoriquement la subtile dialectique de l’unification du prolétariat au temps de son éclatement. Nous avons tenté d’en faire un cas pratique, par la structuration des transpédégouines, pensés comme un secteur de la classe, et ce, depuis notre création.
Revenons deux années en arrière. La fondation des Inverti·e·s s’organisait alors autour d’une double tâche, réunir la diversité des identités LGBTI sous un vécu commun d’oppression et construire un pont entre les combats transpédégouines et le reste du mouvement ouvrier. À quelques mois du mouvement des retraites de 2023, les grands traits de notre stratégie étaient déjà en place : revendiquer l’identité prolétarienne sans céder d’un pouce à l’injonction à la respectabilité, apprendre à faire classe sans pour autant se dissoudre dans la figure de l’ouvrier en emploi stable, masculin, hétérosexuel et viril. Nous voulions même aller plus loin : la revendication de nos identités transpédégouines, avec toutes ses singularités et ses provocations, devait nous permettre de faire progresser la conscience de classe générale de notre communauté et de faire notre place dans le mouvement social.
Nous avons pour ce faire repris à notre compte l’activisme radical de nos prédécesseurs, comme le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), ou les modes d’action des pinkblocs, en refusant pour autant la minorisation politique. Notre objectif : être dérangeants mais aussi hégémoniques. Prouver que les transpédégouines peuvent faire et être la masse, peuvent faire et être la classe. La mobilisation des raffineurs d’octobre 2022 nous a servi de tour de chauffe. Nos outils : des couvertures de survie pour drapeaux et des slogans provocateurs comme “Raffineur, raffiné, toi aussi deviens pédé”. Ces premières bases, l’expérience du mouvement social massif et de longue durée nous a permis de les affermir.
La première manifestation de février 2023 n’était plus un exercice. Tout était déjà en place : des slogans sexuels, drôles et politiques, les couvertures de survie comme symbole de ralliement, des fumigènes… Cette recette devait au fil des journées de mobilisation faire grossir nos cortèges. Devant ces foules animées par la danse et des slogans drôles, provocants et sexuels, nombre de journalistes nous renverrait à la question de la joie dans la lutte.
Si nous aspirons effectivement plus au bonheur qu’au malheur, notre problématique n’est pourtant pas tout à fait celle-ci. Construire des cortèges où il faisait bon de manifester, des mois durant, parfois dans des contextes de violences policières, devait nous permettre de contrecarrer l’un des ennemis mortels de la victoire : la grève passive, ou pire encore, la grève par procuration. L’explication mérite parenthèse. Le cycle d’échecs rencontré par le mouvement social ces vingt dernières années a vu fleurir de nouvelles tactiques à notre sens mortifères. La principale est la mobilisation via la grève des secteurs “bloquants”, supposés porter seuls l’immobilisation du pays et appuyés par une masse de travailleurs et travailleuses rendu·es passif·ve·s par leur auto-catégorisation comme non essentiel·les.
Une autre pratique, à notre sens délétère, est le recours aux caisses de grève comme mode d’action quasiment unique, comme si le soutien financier de quelques un·es pouvait compenser la faiblesse de la mobilisation de la majorité. On peut aussi évoquer le jour grevé passé seul chez soi, par manque d’espace militant et de perspective de lutte, ou l’attente de la journée de mobilisation hebdomadaire, sans travail de construction syndical ou politique intermédiaire, dans l’espoir que la prochaine journée serait magiquement la bonne.
Ces pratiques ont, pour nous, contribué aux échecs successifs des vingt dernières années et il était essentiel de les contrecarrer. Il fallait rendre la grève des transpédégouines actives – “passifs au lit, actifs dans la rue” disions-nous – et construire l’auto-organisation, la grève reconductible, et la mobilisation sur le long terme. C’est également en ce sens que nous avons participé au début du mouvement à l’organisation et à l’animation d’Assemblée générale transpédégouines. Ainsi, dans la pratique, la structuration des transpédégouines comme secteur de la classe fonctionnait.
Le récit de notre mobilisation et de son relatif succès – si tant est que l’on puisse parler de succès après un mouvement qui a finalement échoué – ne nous permet pour autant pas d’évacuer une question stratégique laissée jusqu’ici irrésolue. Comment et pourquoi construire les transpédégouines comme secteur de la classe, alors même qu’ils et elles ne sont évidemment pas unifié·es à l’échelle d’une catégorie de salarié·e·s, d’une entreprise ou d’un espace de la production spécifique ?
D’abord parce que le niveau de syndicalisation des LGBTI est bas, quand bien même ils et elles restent plus à gauche que la population générale. Trois facteurs explicatifs peuvent expliquer ce paradoxe : la faiblesse de la prise en compte de nos problématiques spécifiques par les syndicats, la difficile lutte contre les relents homophobes ou transphobes en leur sein et des carrières LGBTI particulièrement marquées par des conditions d’emploi précaires et isolantes. Ainsi, l’articulation de nos oppressions spécifiques avec les dynamiques plus générales de fragmentation du prolétariat limitent l’engagement des transpédégouines dans les structures de la gauche traditionnelle, y compris au sein des syndicats.
Par ailleurs, du fait de conditions d’existence commune nous pouvions porter des revendications politiques collectives : pas uniquement à l’échelle des politiques de lutte contre les discrimination mais bien en direction de l’ensemble de la structure économique et sociale. C’est en ce sens que nous avons pointé en 2023 les conséquences spécifiques de la réforme de retraites à l’encontre de la communauté LGBTI, c’est en ce sens encore que nous construisons entre autre le 10 septembre depuis les effets désastreux qu’aurait le vote du budget sur nos santés. La pratique politique détaillée plus haut devait ensuite renforcer ce pari, en convaincant de nouveaux TPG de ces revendications.
Enfin, le projet d’unification et de mobilisation des transpédégouines comme secteur de la classe ne peut être vu comme une fin en soi. Il doit nous permettre de proposer des lignes de ruptures compréhensibles par tou·te·s, d’emmener la révolte vers la révolution, de produire des brèches et de nouveaux possibles politiques. Les outils de massification et d’agitation que nous avons déjà explicités restent ainsi amarrés à la question du pouvoir et de la stratégie révolutionnaire. Nous avons décidé de floquer nos drapeaux d’une faucille et d’un marteau, d’illustrer nos autocollants de la figure du vieux Marx : non pas par goût d’un folklore usé, mais bien pour mettre sur la table des transpédégouines le projet communiste.
Mener à bien ce projet nous a parfois imposé de rejeter certains lieux communs de notre communauté , en refusant notamment de débattre sur le plan du moralisme et de la pureté. Nous restons aujourd’hui convaincu·es que le jeu en vaut la chandelle. Pour le mouvement des retraites comme pour le 10 septembre l’enjeu était et reste encore de taille : démontrer que la lutte paie et engager un cycle de victoires transpédégouines et ouvrières.
Le 10 septembre comme bascule
Dans ce contexte de fascisation, alors que le mouvement social peine à construire une contre-offensive depuis un an, à l’exception de la persistance exemplaire du mouvement de soutien à la Palestine, la perspective du 10 peut constituer une bascule. Elle peut permettre d’unifier l’ensemble des colères et de construire un mouvement de masse.
Beaucoup a déjà été dit et écrit sur le début du mouvement. On l’a de nombreuses fois comparé avec les Gilets Jaunes de 2018 par sa forme et parfois aussi par sa proximité avec l’extrême droite. S’il a d’abord été appelé par une partie de l’extrême droite, les comptes nationalistes se sont retirés au fur et à mesure que la gauche institutionnelle appelait à y participer. Le Rassemblement National a appelé à ne pas “bordéliser” le pays. Au contraire, les différents partis de gauche (et même le PS), à la différence de 2018, ont appelé à soutenir les blocages. Au contraire de 2018, la question de la grève s’est posée dès le début du mouvement puisque la date a été posée en semaine. Non sans heurt, l’union syndicale Solidaires et la CGT ont appelé à construire la date du 10 en posant des préavis de grève, tout en déposant la date du 18 septembre avec le reste de l’intersyndicale.
Comme nous l’expliquions dans l’introduction, le mouvement se construit avec des instances d’auto-organisation, en assemblées générales, que ce soient les assemblées LGBTI ou des assemblées dans les villes, ce qui peut évoquer les Gilets Jaunes. Mais à la différence de ceux-ci, ces assemblées restent essentiellement “militantes” ce qui les différencie sociologiquement du mouvement de 2018.
En tant que collectif, les inverti·e·s ont fait le choix d’appeler à une assemblée générale des LGBTI pour la première semaine de septembre à laquelle se sont joint des militant.e.s d’autres collectifs et associations, mais aussi des syndicalistes, et évidemment de nombreuses personnes externes, que l’on avait pu croiser durant la mobilisation des retraites de 2023.
Comme nous l’avons remarqué dès cette première AG, les réflexes pris durant le mouvement des retraites sont toujours là, et alors que la date du 18 a été posée, il est difficile de ne pas non plus réfléchir à ce mouvement, car quand bien même il a été massif, il a perdu. Et si l’on veut penser le 10, nous sommes nécessairement sommés de penser la stratégie pour gagner.
Nous écrivons les dernières lignes de cet article alors que les militant·es fêtent devant les mairies le départ du, désormais, ancien, premier ministre François Bayrou. L’incertitude quant aux suites de sa démission est immense, d’elles dépendront nos actions à venir. Beaucoup présupposent que la chute du gouvernement, loin de calmer les colères, intensifiera le mouvement. Nous n’écartons pas une possible dissolution qui risquerait une redirection des forces vers la politique institutionnelle, pour empêcher encore une fois, le fascisme de conquérir l’Assemblée Nationale.
Au cœur du brouillard, nous ne perdons pas de vue notre premier objectif : construire la grève générale, seul moteur d’une transformation sociale profonde, et faire gagner le mouvement du 10. Au sein des Inverti·e·s nous avons plusieurs pistes. D’abord, il faut accepter que le problème de 2023 était la faiblesse de la grève reconductible et de son auto-organisation. Il s’agit cette fois-ci de construire la grève et même plus, la grève générale. La mobilisation des secteurs “essentiels” ne suffira pas. Il faut que tout le monde se mette en grève. Plus encore, il faut que cette grève soit active et construite, y compris en dehors des structures syndicales. Les AGs doivent perdurer, des ponts entre organisations doivent se créer afin de mobiliser les transpédégouines et au-delà.
Il a souvent été dit ces dernières années que la stratégie des directions syndicales concernant la grève étaient des stratégies perdantes, notamment avec des appels à la grève une fois par semaine. C’est vrai, mais le dire ne suffira pas. On ne peut et ne doit pas se reposer sur eux. Il faut au contraire construire la grève à la base, la massifier. Il s’agira ensuite de leur imposer une orientation stratégique gagnante, avec un rapport de force à notre avantage.
Enfin, et c’est crucial, il faut comprendre qu’il y a un écart en termes de conscience de classe entre une fraction de la classe qui est habitée par une forme de radicalité et de colère légitime et le reste de la classe prolétaire. Le poids des défaites passées pèse sur cette grande partie de la classe qui pense ainsi qu’il est impossible d’arracher une victoire. Il est essentiel de contrecarrer cette réalité, en organisant la grève afin de rendre active notre classe. Nous ne pouvons nous permettre, ni de nous complaire dans des modes d’actions radicaux mais minoritaires, ni le suivisme d’une intersyndicale tirée vers le bas par des organisations réformistes.
D’une manière ou d’une autre, ce sont tous ces éléments que nous nous devons de prendre à bras le corps. Il n’y aura pas de raccourcis. Et gagner, nous demande un niveau de rapport de forces plus important que jamais.
Unifier avant qu’il ne soit trop tard
Si les dernières années ont porté leurs lots de défaites et de déceptions, le 10 septembre sonne comme un rappel. Un rappel de notre colère, de notre capacité d’action et du pouvoir de la classe ouvrière unifiée. Mais un rappel aussi que, chaque jour, nos ennemis s’organisent autour d’un capitalisme toujours plus autoritaire. Le risque fasciste n’en est déjà plus un pour une partie non négligeable des travailleurs et des travailleuses.
Face à ce couperet qui se rapproche, notre seule solution est l’organisation collective, qui seule, peut contrecarrer la fragmentation de la classe. C’est ce que nous essayons de faire avec les Inverti·e·s à coup de paillettes, de faucilles et de marteaux. Si le mouvement des retraites s’est soldé par une défaite, il nous a permis de montrer que l’unification des transpédégouines était non seulement possible, mais que son potentiel révolutionnaire est puissant. Aujourd’hui les AG LGBTI massivement investies sont la preuve que l’auto-organisation des transpédégouines est une réalité tangible.
A la veille du 10 septembre et de cette possible étincelle pouvant conduire à la victoire, les mots de Daniel Bensaïd n’ont jamais semblé aussi justes :
« Les lendemains, chantants ou non, ne sont pas prévisibles avec exactitude, mais les tendances du présent déchiré, lacéré de contradictions et blessé de sourdes menaces, ne sont pas pour autant inintelligibles et indéchiffrables.[…] Là où persiste le conflit, demeure aussi le choix […] et l’obligation inéluctable d’agir.».
Alors agissons avant qu’il ne soit trop tard, pour les lendemains chantants. Aujourd’hui, plus que jamais, notre fierté, c’est la lutte. Comme le dirait Britney : you better work, bitch.
Note
[1] Nous entendons transpédégouine, comme le terme “inverti.e.s” c’est à dire comme un terme parapluie, une identité de lutte qui s’oppose à l’oppression qui leur est faite.
