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Au Liban, le gouvernement facilite la guerre d’Israël contre son propre pays
25 mai 2026

Au Liban, le gouvernement facilite la guerre d’Israël contre son propre pays


Alors qu’Israël poursuit chaque jour le nettoyage ethnique du Sud Liban et les massacres de civils dans le pays, l’exécutif libanais s’est impliqué dans une 3ème session de négociations directes avec Israël sous l’égide des États-Unis, les 14 et 15 mai derniers.

Dans cet article, l’universitaire Amal Saad montre combien le gouvernement libanais est dans une logique de capitulation face à Israël, disposé à agir contre la Résistance libanaise suivant les plans établis par l’administration étatsunienne.
par

Que Joseph Aoun soit désormais régulièrement surnommé au Liban « le président des autres sur nos terres » – un retournement de sa caractérisation de la résistance contre l’agression israélienne depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 comme « la guerre des autres sur nos terres » –, témoigne à quel point il est délégitimé aux yeux d’une partie importante de l’opinion publique.

Cette délégitimation ne se limite pas au chef de l’État. Elle s’étend également au pouvoir exécutif désormais partagé par Aoun et le gouvernement dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, lequel, cherchant à s’assimiler à la pleine autorité de l’État libanais, a lancé une campagne sans précédent visant non seulement à interdire la résistance armée, mais aussi à la présenter comme étrangère à la vie sociale et politique libanaise.

Ce faisant, le gouvernement libanais fait table rase de l’héritage de la résistance et de la lutte de libération, reniant ainsi une partie indissociable de l’identité politique « mosaïque » du Liban.

Le mois dernier a confirmé l’adoption complète par l’exécutif libanais d’un projet politique dont l’orientation était claire depuis août 2025 – lorsque le gouvernement a ordonné à l’armée de désarmer le Hezbollah et de détruire les armes saisies –, et dont objectif ultime est de démilitariser le Liban lui-même afin d’apaiser Israël.

Cet objectif a pris une forme coercitive plus explicite le 2 mars dernier lorsque, seulement quelques heures après la reprise des activités de résistance par le Hezbollah – qui avait fait preuve de retenue pendant 15 mois face aux agressions israéliennes persistantes –, le gouvernement a qualifié d’actes criminels ses opérations sécuritaires et militaires.

Le 8 avril, ce projet de pacification a trouvé son expression institutionnelle la plus claire lorsque Nawaf Salam a insisté pour que le Liban soit dissocié de l’Iran, lequel avait fait de l’inclusion du Liban dans le cessez-le-feu l’une de ses lignes rouges non négociables durant ses discussions avec Washington. Après avoir dépouillé le Liban de cette couverture diplomatique de poids, les responsables libanais se sont précipités tête baissée dans des négociations avec Israël sans levier et dans une situation profondément asymétrique, et ce au lendemain du massacre de masse de civils par Israël dans tout le pays.

Le jour suivant, lors d’une séance du Conseil des ministres, Salam est allé encore un peu plus loin en présentant apparemment les massacres d’Israël comme des attaques ciblées contre des combattants du Hezbollah et des dépôts d’armes, et en demandant à ce que les armes à Beyrouth soient « réservées aux seules forces légitimes ». En un rien de temps, le gouvernement libanais s’est ainsi réapproprié la raison invoquée par Israël pour commettre ses atrocités afin de justifier une directive sécuritaire libanaise. 

Aucune illusion

Le 14 avril, le gouvernement libanais a rencontré l’ambassadeur israélien à Washington – puis à nouveau le 23 avril –, alors même qu’Israël annonçait son intention d’établir au sud du Liban une « zone de sécurité » sous la forme d’une « ligne jaune », à la manière de celle de Gaza, interdisant ainsi le retour des habitant.es dans 55 villages et villes et transformant environ 6 % du territoire libanais en une zone militaire dépeuplée.

À Gaza, comme au Liban, la « ligne jaune » a d’abord été présentée comme une ligne de retrait temporaire dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu négocié sous l’égide des États-Unis, mais elle a depuis été étendue par les forces israéliennes pour devenir une zone d’occupation permanente englobant plus de la moitié du territoire de Gaza. Désormais étendue à une « ligne orange » plaçant près des deux tiers de Gaza sous contrôle israélien, sa version libanaise a été conçue de manière similaire dans le but de transformer une ligne de sécurité prétendument provisoire en une zone d’occupation permanente de facto

Concrètement, Israël œuvre à cette transformation par les démolitions, les expulsions et les destructions systématiques des villages sur son passage.

La perversité de cet arrangement réside dans le fait que le gouvernement libanais qui avait posé la cessation des hostilités comme condition préalable aux négociations s’est retrouvé face à un interlocuteur qui profitait de la période de négociation elle-même pour mener à bien le nettoyage ethnique et le redécoupage territorial nécessaires à son cadre de « sécurité ».

En participant à ces pourparlers déséquilibrés sans avoir de cartes à jouer ni de conditions réelles à imposer, et après avoir dissocié le Liban de la position de négociation nettement plus forte de l’Iran, le gouvernement Aoun-Salam a clairement montré qu’il ne négociait pas tant le sort du Sud qu’il ne le mettait sur la table. En outre, il a traité la capitale nationale de la résistance anticoloniale comme un fardeau à amputer du Liban et son peuple comme une communauté sacrifiable qu’Israël pouvait tuer et soumettre à un nettoyage ethnique à sa guise.

Compte tenu de la nature de l’ennemi avec lequel il « négociait » soi-disant, le gouvernement ne se faisait aucune illusion. Il était pleinement conscient qu’Israël n’envisageait ni retrait ni compromis, mais seulement une logique post-2023 de force destructrice déployée à travers Gaza, le Liban et la Syrie.

L’économiste politique anti-impérialiste Bikrum Gill qualifie cette doctrine de « dialectique en mouvement », dans laquelle « l’équation coloniale cherche à se renouveler sans cesse en imposant une force encore plus grande dans le but d’assurer une répression permanente de sa négation anticoloniale ».

C’est cette doctrine coloniale que la note du 16 avril du Département d’État étatsunien – officiellement adoptée par le gouvernement libanais comme sa propre position – a formalisée et légitimée, accordant à Israël la liberté de poursuivre sa campagne de meurtres et de nettoyage ethnique dans le sud du Liban. 

En adoptant une structure asymétrique radicale qui préserve le « droit inhérent à la légitime défense » d’Israël et qui le rend opérationnel par un langage qui autorise des frappes « à tout moment » contre des « attaques planifiées, imminentes ou en cours », la note étatsunienne du 16 avril formalise en effet cette doctrine coloniale. Compte tenu des antécédents bien documentés d’Israël en matière de crimes de guerre et de génocide, de telles formules autorisent de fait le ciblage de civils, de villages, d’infrastructures et de toute forme de vie sociale qu’Israël choisit de considérer comme une menace.

Un permis de tuer

Le 26 avril, l’affirmation de Netanyahou selon laquelle la liberté d’action d’Israël pour frapper le Liban fait partie de son accord avec l’État libanais, confirme que la note a été comprise par Tel-Aviv exactement telle qu’elle avait été rédigée : comme un permis de tuer.

En revanche, le Liban ne jouit d’aucun droit réciproque de légitime défense.

La note précise même que « les deux pays ne sont pas en guerre » – alors que les attaques israéliennes ont tué plus de 2 500 personnes [3 040 recensés par le Ministère de la Santé libanais le 19 mai 2026], blessé plus de 8 000 et déplacé plus de 1,2 million de personnes, détruisant ou endommageant gravement plus de 50 000 logements rien qu’entre le 2 mars et le 22 avril –, dans un mépris flagrant de l’invasion et de l’occupation en cours du Sud Liban par Israël.

Cela rend d’ores et déjà ce document plus humiliant que le tristement célèbre accord du 17 mai 1983 – depuis abrogé – qui, malgré son caractère capitulard et traître, rendait au moins un hommage symbolique à l’idée de la sécurité libanaise en tant que droit formellement réciproque et faisait mine de respecter le principe d’un retrait israélien.

Car la note d’avril 2026 n’impose absolument rien à Israël : aucune obligation de retrait, aucune mise en cause de sa responsabilité pour l’occupation continue et les violations quotidiennes, même après le cessez-le-feu qu’il a signé, et aucune prise en compte des destructions infligées. Dans le même temps, cette note subordonne entièrement la voie du Liban vers la fin de la violence au désarmement et au démantèlement de la Résistance.

Le Hezbollah et les autres groupes armés dits « rebelles » ne sont donc pas traités comme un sujet parmi d’autres, mais comme l’objectif principal de l’ensemble de l’accord. En réalité, ce qui est recherché n’est pas la paix, ni même un cessez-le-feu au sens conventionnel du terme, mais un cadre sécuritaire de contre-résistance dans lequel l’État libanais prêterait sa souveraineté pour la poursuite de la guerre coloniale d’Israël sur le territoire libanais.

L’illustration la plus claire de cela est la récente déclaration du secrétaire d’État étatsunien Marco Rubio, au cours de laquelle il a affirmé que les États-Unis s’efforcent de mettre en place un système dans lequel « des unités triées sur le volet au sein des Forces armées libanaises disposeraient de la formation, de l’équipement et des capacités nécessaires pour traquer les éléments du Hezbollah et les démanteler, afin qu’Israël n’ait pas à le faire ».

En d’autres termes, la sous-traitance à l’État libanais du projet d’Israël de contre-résistance est la seule contribution que ce gouvernement a à offrir : une guerre civile conçue pour accomplir, par le biais de la violence interne libanaise, ce que les bombardements israéliens n’ont pas pu réaliser de l’extérieur.

Le refus du commandant de l’armée Rodolphe Haykal d’être affecté à ce rôle, et son remplacement voulu imposé au gouvernement, témoignent à la fois des limites de ce que l’État libanais peut réellement accomplir et de la manière dont même sa souveraineté interne résiduelle – le « monopole de la force » tant vanté qu’il poursuit avec ardeur – est gérée depuis Washington.

*

Article initialement paru ici. Traduit de l’anglais par Contretemps.

25 mai 2026

Au Liban, le gouvernement facilite la guerre d’Israël contre son propre pays

Alors qu’Israël poursuit chaque jour le nettoyage ethnique du Sud Liban et les massacres de civils dans le pays, l’exécutif libanais s’est impliqué dans une 3ème session de négociations directes avec Israël sous l’égide des États-Unis, les 14 et 15 mai derniers.

Dans cet article, l’universitaire Amal Saad montre combien le gouvernement libanais est dans une logique de capitulation face à Israël, disposé à agir contre la Résistance libanaise suivant les plans établis par l’administration étatsunienne.

Que Joseph Aoun soit désormais régulièrement surnommé au Liban « le président des autres sur nos terres » – un retournement de sa caractérisation de la résistance contre l’agression israélienne depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 comme « la guerre des autres sur nos terres » –, témoigne à quel point il est délégitimé aux yeux d’une partie importante de l’opinion publique.

Cette délégitimation ne se limite pas au chef de l’État. Elle s’étend également au pouvoir exécutif désormais partagé par Aoun et le gouvernement dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, lequel, cherchant à s’assimiler à la pleine autorité de l’État libanais, a lancé une campagne sans précédent visant non seulement à interdire la résistance armée, mais aussi à la présenter comme étrangère à la vie sociale et politique libanaise.

Ce faisant, le gouvernement libanais fait table rase de l’héritage de la résistance et de la lutte de libération, reniant ainsi une partie indissociable de l’identité politique « mosaïque » du Liban.

Le mois dernier a confirmé l’adoption complète par l’exécutif libanais d’un projet politique dont l’orientation était claire depuis août 2025 – lorsque le gouvernement a ordonné à l’armée de désarmer le Hezbollah et de détruire les armes saisies –, et dont objectif ultime est de démilitariser le Liban lui-même afin d’apaiser Israël.

Cet objectif a pris une forme coercitive plus explicite le 2 mars dernier lorsque, seulement quelques heures après la reprise des activités de résistance par le Hezbollah – qui avait fait preuve de retenue pendant 15 mois face aux agressions israéliennes persistantes –, le gouvernement a qualifié d’actes criminels ses opérations sécuritaires et militaires.

Le 8 avril, ce projet de pacification a trouvé son expression institutionnelle la plus claire lorsque Nawaf Salam a insisté pour que le Liban soit dissocié de l’Iran, lequel avait fait de l’inclusion du Liban dans le cessez-le-feu l’une de ses lignes rouges non négociables durant ses discussions avec Washington. Après avoir dépouillé le Liban de cette couverture diplomatique de poids, les responsables libanais se sont précipités tête baissée dans des négociations avec Israël sans levier et dans une situation profondément asymétrique, et ce au lendemain du massacre de masse de civils par Israël dans tout le pays.

Le jour suivant, lors d’une séance du Conseil des ministres, Salam est allé encore un peu plus loin en présentant apparemment les massacres d’Israël comme des attaques ciblées contre des combattants du Hezbollah et des dépôts d’armes, et en demandant à ce que les armes à Beyrouth soient « réservées aux seules forces légitimes ». En un rien de temps, le gouvernement libanais s’est ainsi réapproprié la raison invoquée par Israël pour commettre ses atrocités afin de justifier une directive sécuritaire libanaise. 

Aucune illusion

Le 14 avril, le gouvernement libanais a rencontré l’ambassadeur israélien à Washington – puis à nouveau le 23 avril –, alors même qu’Israël annonçait son intention d’établir au sud du Liban une « zone de sécurité » sous la forme d’une « ligne jaune », à la manière de celle de Gaza, interdisant ainsi le retour des habitant.es dans 55 villages et villes et transformant environ 6 % du territoire libanais en une zone militaire dépeuplée.

À Gaza, comme au Liban, la « ligne jaune » a d’abord été présentée comme une ligne de retrait temporaire dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu négocié sous l’égide des États-Unis, mais elle a depuis été étendue par les forces israéliennes pour devenir une zone d’occupation permanente englobant plus de la moitié du territoire de Gaza. Désormais étendue à une « ligne orange » plaçant près des deux tiers de Gaza sous contrôle israélien, sa version libanaise a été conçue de manière similaire dans le but de transformer une ligne de sécurité prétendument provisoire en une zone d’occupation permanente de facto

Concrètement, Israël œuvre à cette transformation par les démolitions, les expulsions et les destructions systématiques des villages sur son passage.

La perversité de cet arrangement réside dans le fait que le gouvernement libanais qui avait posé la cessation des hostilités comme condition préalable aux négociations s’est retrouvé face à un interlocuteur qui profitait de la période de négociation elle-même pour mener à bien le nettoyage ethnique et le redécoupage territorial nécessaires à son cadre de « sécurité ».

En participant à ces pourparlers déséquilibrés sans avoir de cartes à jouer ni de conditions réelles à imposer, et après avoir dissocié le Liban de la position de négociation nettement plus forte de l’Iran, le gouvernement Aoun-Salam a clairement montré qu’il ne négociait pas tant le sort du Sud qu’il ne le mettait sur la table. En outre, il a traité la capitale nationale de la résistance anticoloniale comme un fardeau à amputer du Liban et son peuple comme une communauté sacrifiable qu’Israël pouvait tuer et soumettre à un nettoyage ethnique à sa guise.

Compte tenu de la nature de l’ennemi avec lequel il « négociait » soi-disant, le gouvernement ne se faisait aucune illusion. Il était pleinement conscient qu’Israël n’envisageait ni retrait ni compromis, mais seulement une logique post-2023 de force destructrice déployée à travers Gaza, le Liban et la Syrie.

L’économiste politique anti-impérialiste Bikrum Gill qualifie cette doctrine de « dialectique en mouvement », dans laquelle « l’équation coloniale cherche à se renouveler sans cesse en imposant une force encore plus grande dans le but d’assurer une répression permanente de sa négation anticoloniale ».

C’est cette doctrine coloniale que la note du 16 avril du Département d’État étatsunien – officiellement adoptée par le gouvernement libanais comme sa propre position – a formalisée et légitimée, accordant à Israël la liberté de poursuivre sa campagne de meurtres et de nettoyage ethnique dans le sud du Liban. 

En adoptant une structure asymétrique radicale qui préserve le « droit inhérent à la légitime défense » d’Israël et qui le rend opérationnel par un langage qui autorise des frappes « à tout moment » contre des « attaques planifiées, imminentes ou en cours », la note étatsunienne du 16 avril formalise en effet cette doctrine coloniale. Compte tenu des antécédents bien documentés d’Israël en matière de crimes de guerre et de génocide, de telles formules autorisent de fait le ciblage de civils, de villages, d’infrastructures et de toute forme de vie sociale qu’Israël choisit de considérer comme une menace.

Un permis de tuer

Le 26 avril, l’affirmation de Netanyahou selon laquelle la liberté d’action d’Israël pour frapper le Liban fait partie de son accord avec l’État libanais, confirme que la note a été comprise par Tel-Aviv exactement telle qu’elle avait été rédigée : comme un permis de tuer.

En revanche, le Liban ne jouit d’aucun droit réciproque de légitime défense.

La note précise même que « les deux pays ne sont pas en guerre » – alors que les attaques israéliennes ont tué plus de 2 500 personnes [3 040 recensés par le Ministère de la Santé libanais le 19 mai 2026], blessé plus de 8 000 et déplacé plus de 1,2 million de personnes, détruisant ou endommageant gravement plus de 50 000 logements rien qu’entre le 2 mars et le 22 avril –, dans un mépris flagrant de l’invasion et de l’occupation en cours du Sud Liban par Israël.

Cela rend d’ores et déjà ce document plus humiliant que le tristement célèbre accord du 17 mai 1983 – depuis abrogé – qui, malgré son caractère capitulard et traître, rendait au moins un hommage symbolique à l’idée de la sécurité libanaise en tant que droit formellement réciproque et faisait mine de respecter le principe d’un retrait israélien.

Car la note d’avril 2026 n’impose absolument rien à Israël : aucune obligation de retrait, aucune mise en cause de sa responsabilité pour l’occupation continue et les violations quotidiennes, même après le cessez-le-feu qu’il a signé, et aucune prise en compte des destructions infligées. Dans le même temps, cette note subordonne entièrement la voie du Liban vers la fin de la violence au désarmement et au démantèlement de la Résistance.

Le Hezbollah et les autres groupes armés dits « rebelles » ne sont donc pas traités comme un sujet parmi d’autres, mais comme l’objectif principal de l’ensemble de l’accord. En réalité, ce qui est recherché n’est pas la paix, ni même un cessez-le-feu au sens conventionnel du terme, mais un cadre sécuritaire de contre-résistance dans lequel l’État libanais prêterait sa souveraineté pour la poursuite de la guerre coloniale d’Israël sur le territoire libanais.

L’illustration la plus claire de cela est la récente déclaration du secrétaire d’État étatsunien Marco Rubio, au cours de laquelle il a affirmé que les États-Unis s’efforcent de mettre en place un système dans lequel « des unités triées sur le volet au sein des Forces armées libanaises disposeraient de la formation, de l’équipement et des capacités nécessaires pour traquer les éléments du Hezbollah et les démanteler, afin qu’Israël n’ait pas à le faire ».

En d’autres termes, la sous-traitance à l'État libanais du projet d'Israël de contre-résistance est la seule contribution que ce gouvernement a à offrir : une guerre civile conçue pour accomplir, par le biais de la violence interne libanaise, ce que les bombardements israéliens n’ont pas pu réaliser de l’extérieur.

Le refus du commandant de l’armée Rodolphe Haykal d’être affecté à ce rôle, et son remplacement voulu imposé au gouvernement, témoignent à la fois des limites de ce que l’État libanais peut réellement accomplir et de la manière dont même sa souveraineté interne résiduelle – le « monopole de la force » tant vanté qu’il poursuit avec ardeur – est gérée depuis Washington.

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Article initialement paru ici. Traduit de l’anglais par Contretemps.

Direction de la publication : Fanny Gallot & Ugo Palheta. ISSN : 2496-5146

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