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Si l’on en croit les sondages, l’extrême droite pourrait obtenir dimanche, lors du 1er tour de l’élection présidentielle française, autour d’un tiers des voix (en cumulant les voix de Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignant). En outre, si elle parvient au 2nd tour, Marine Le Pen est annoncée très haut au 2nd tour, plus haut que jamais (autour de 48,5%). S’il en est ainsi, c’est que la pénétration de l’idéologie portée par l’extrême droite, historiquement forte dans cette vielle puissance impériale en déclin qu’est la France, a encore progressé au cours des dernières années, largement promue par la plupart des « grands » médias et notamment l’empire médiatique qu’a constitué le milliardaire Bolloré : son projet a été ainsi banalisé, légitimé.

Mais comment caractériser cette idéologie et ce projet ? Devenu Rassemblement national sans que rien de fondamental ne change dans son programme ou sa stratégie, le Front national est de moins en moins considéré comme un parti fasciste ou néofasciste par les observateurs, mais aussi par les militant-es et organisations de gauche ou syndicales. Réputée approximative et militante, cette catégorisation ferait l’impasse, nous dit-on, sur toute une série de traits propres au fascisme qui seraient absents dans le cas du FN/RN. Comme le montre ici Ugo Palheta, dans cette deuxième partie (la 1re peut être lue ici), caractériser ainsi le parti de Marine Le Pen permet au contraire de saisir les propriétés distinctives de son projet.

Ce texte d’Ugo Palheta est extrait de La Possibilité du fascisme (La Découverte, 2018). Sociologue, membre de l’Observatoire national de l’extrême droite, Ugo Palheta est l’auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus récemment avec Ludivine Bantigny, de Face à la menace fasciste (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de Défaire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, 2022). 

Il y a une double tentation lorsqu’on cherche à appréhender la place du racisme dans le projet actuel du FN/RN. La première consiste à refuser d’opérer la moindre distinction entre les forces dominantes qui composent et structurent le champ politique français, au nom des convergences indéniables qui se sont accomplies entre elles sur les politiques migratoires et l’islamophobie ; distinguer reviendrait à absoudre droite et gauche de leurs responsabilités dans le développement du nationalisme et du racisme dans le champ politique. La seconde amène, au prétexte de certains remaniements politiques et programmatiques du FN/RN – en particulier l’éviction de Jean-Marie Le Pen et de militants exprimant trop ouvertement leur antisémitisme, mais aussi la place plus grande prise par les questions socio-économiques dans le discours et le programme frontiste[1]) –  à considérer que la xénophobie et le racisme n’auraient plus qu’une place marginale au sein du FN, qu’il s’agisse des options de ses dirigeants et de ses membres, des aspirations de son électorat ou de ses fondements idéologiques, et un rôle secondaire dans son ascension.

Il importe au contraire de rappeler deux constats, simples mais politiquement cruciaux : le FN/RN constitue – avec Reconquête, le parti récemment fondé par Zemmour – la composante la plus brutalement raciste du nationalisme français ; le racisme a joué – et joue toujours – un rôle central dans son idéologie et dans son développement (ce qui ne doit pas être confondu avec l’idée qu’il serait central en chaque moment dans sa propagande). Contrairement à ce qui est bien souvent affirmé, le parti de Marine Le Pen n’a en rien rompu – et ne semble pas en voie de rompre dans les mois ou années à venir – avec le projet politique qui fut celui de l’extrême droite française lorsque celle-ci s’est engagée dans la construction du mouvement au début des années 1970 : une prétendue régénération de la nation et de son unité, fondé sur la volonté d’une purification, par la mise au pas – sinon la soustraction violente – de tous les éléments considérés comme « étrangers » voire « traîtres » à la nation, ou perçus comme des sources potentielles de désordre et de division. Ses dirigeants maintiennent ce socle idéologique du mouvement par des déclarations ciblant prioritairement les musulmans et les migrants. Mais ils visent aussi les élites qu’ils désignent comme « mondialistes » – aussi bien de droite que de gauche – parce qu’elles seraient complices de l’« invasion migratoire », assimilée à une entreprise de destruction délibérée de la nation et de l’identité françaises. D’où la double cible de Marine Le Pen dans ses discours de campagne : « le totalitarisme islamiste et le totalitarisme mondialiste[2] ».

On affirme pourtant que l’ultra-nationalisme, la xénophobie et le racisme ne joueraient plus le même rôle qu’autrefois dans le développement du FN. Ses électeurs ne seraient plus mus essentiellement par l’hostilité aux « étrangers »[3], mais aussi par des revendications sociales. On constate également, à raison, que le racisme et la xénophobie sont présents dans d’autres segments de la population qui, pour autant, ne votent pas en faveur du FN/RN. Or c’est là manquer le fait primordial : ce qui fait la particularité de l’électorat du FN/RN, c’est à la fois son niveau d’hostilité nettement plus élevé à l’égard des immigrés, des musulmans, des juifs ou des Roms et le fait qu’il considère l’immigration, la sécurité et la « menace terroriste », mais aussi les valeurs et l’« identité française », comme les enjeux politiques centraux[4]. Aucune question économique et sociale ne figure au premier, deuxième ou troisième rang des motivations du vote frontiste. Or les inégalités et les injustices sociales étaient la première motivation du vote en faveur de Mélenchon et Hamon, et la situation économique et l’emploi celle du vote pour Macron et Fillon. Le FN/RN est ainsi perçu comme le parti qui s’oppose le mieux, non à la détérioration de la situation économique et sociale ou aux inégalités croissantes, mais à ce qui est perçu par ses électeurs comme un danger de dissolution démographique de la France, de destruction culturelle de l’« identité française » et/ou de marginalisation sociopolitique des « vrais Français ».

Le FN/RN n’est donc pas simplement parvenu à rendre acceptables, et même respectables, des « analyses » et des propositions autrefois jugées scandaleuses. On l’a vu, il a bénéficié en cela du travail accompli par des dirigeants de droite mais aussi de gauche : tous ont prétendu répondre aux succès frontistes en empruntant à Le Pen certaines de ses propositions et surtout son langage. Il est bien évident par ailleurs que le racisme et la xénophobie n’ont pas attendu le FN/RN pour être présents au sein de la population française, dans les classes possédantes comme parmi la petite bourgeoisie et la classe ouvrière (même quand cette dernière était largement acquise à la gauche, notamment au PCF). Le véritable coup de force du FN, c’est d’avoir réussi à imposer au cœur de la politique française un clivage opposant les nationaux aux « étrangers » mais aussi la nation à des menaces diverses (les différents « mondialismes »). Or ce clivage était resté marginal entre 1945 et le début des années 1980. L’ascension du FN/RN est donc incompréhensible si l’on ne place pas au centre de l’attention le racisme et la xénophobie, qui ont eu une triple fonction, auprès de son électorat mais aussi de sa base militante : mobiliser les émotions d’une frange de la population (affect), souder une communauté imaginaire (culture)[5] et rationaliser une vision du monde (idéologie). Il n’y a de ce point de vue rien d’anodin au fait que, lors des meetings de Marine Le Pen, c’est lorsque les questions d’immigration sont abordées que le public apparaît le plus mobilisé, en particulier à travers le slogan très largement repris : « on est chez nous »[6].

Mais l’immigration ou l’identité nationale ne prennent-ils pas objectivement moins de place dans le discours frontiste, en raison de la stratégie de « dédiabolisation » et du « tournant social » ? Cela est évident, au vu des deux campagnes présidentielles de Marine Le Pen. Mais c’est que le FN/RN n’a plus besoin aujourd’hui de rappeler sans cesse ses positions en la matière. Au contraire, pour élargir son audience à des franges de la population jusqu’ici éloignées, il lui faut faire des incursions sur des terrains – services publics, écologie, droits des femmes, laïcité, etc. – qui n’étaient pas déjà les siens. Pour autant, il ne s’agit généralement pas d’une reprise telles quelles de positions « de gauche », mais d’une traduction dans le langage politique propre à l’extrême droite : celui de la nation menacée de décadence et de dégénérescence du fait de l’immigration, de l’affirmation de l’islam et de la mondialisation économique. Durant sa dernière campagne présidentielle, Marine Le Pen a ainsi construit l’essentiel de ses discours autour de la menace d’une « disparition », d’une « dissolution » ou d’une « soumission » de la France sous l’effet de deux « mondialismes » qui constitueraient deux « totalitarismes » : le « mondialisme financier et affairiste » et le « mondialisme djihadiste » ; ou encore « la mondialisation d’en bas avec l’immigration massive, levier du dumping social mondial, et la mondialisation d’en haut avec la financiarisation de l’économie ». La rhétorique prophétique et catastrophiste de la « destruction de la France », régulièrement employée par Marine Le Pen, n’a d’autre objectif que de servir un nationalisme radical et exclusiviste. Ce dernier demeure en effet la formule génératrice de la quasi-totalité des analyses et des propositions avancées par le FN, et charrie immanquablement la xénophobie et le racisme.

Le FN/RN a-t-il rompu avec l’antisémitisme, qui a constitué depuis la deuxième moitié du xixe siècle l’un des fondamentaux de l’extrême droite ? Il importe sur ce point de distinguer les électeurs·rices et la direction. L’antisémitisme des sympathisant·es du FN/RN – tel que le mesurent les enquêtes d’opinion[7] – se situe à un niveau bien supérieur à celui des autres franges de l’électorat. Cela devrait d’ailleurs suffire à démentir le lieu commun médiatico-politique, relayé bruyamment par quelques idéologues et dirigeants politiques, selon lequel la gauche radicale et les « arabo-musulmans » auraient aujourd’hui le monopole de l’antisémitisme (rebaptisé « nouvelle judéophobie »), du fait de leur antisionisme. Au passage, comme cela a été montré par Nonna Mayer il y a déjà une quinzaine d’années et confirmé par de nombreuses études depuis[8], c’est parmi les électeurs·rices de la gauche radicale que les stéréotypes antisémites et la méfiance à l’égard des juifs est la moins élevée (au début des années 2000, 18 % exprimaient des opinions méfiantes à l’égard des juifs). À l’inverse, c’est parmi les électeurs·rices d’extrême droite que ces stéréotypes et cette méfiance étaient les plus forts (40 % d’opinions méfiantes), de même que les stéréotypes et l’hostilité à l’égard des musulman·es, des Rom·es, des immigré·es, des étrangers·ères, etc. Que des dispositions racistes soient aisément transférables d’une minorité à une autre, des musulman·es aux juifs·ves ou l’inverse, ne devrait d’ailleurs guère prêter à étonnement.

Reste qu’il y a bien eu une volonté consciente de la part de la direction du FN/RN d’empêcher les saillies antisémites de sa base militante, notamment de ses candidat·es aux élections, et d’en finir avec la négation ou la minimisation du génocide des juifs d’Europe. Vice-président du FN, Louis Aliot déclarait ainsi en décembre 2013 : « En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais ce n’était pas l’immigration ni l’islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là [sic]. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela. À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. […] Depuis que je la connais, Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment son père et les autres ne voyaient pas que c’était le verrou. […] C’est la chose à faire sauter[9]. » C’est donc de manière purement opportuniste que le FN a abandonné l’antisémitisme : la stigmatisation des juifs ou les sympathies négationnistes que manifestaient à intervalles réguliers ses dirigeants, de Le Pen à Gollnisch, sont à présent davantage perçus par la direction du FN comme un boulet que comme un levier pour attirer vers le parti d’extrême droite de nouveaux segments de l’électorat. Et d’ailleurs, comment penser qu’il y a là davantage que de l’opportunisme quand la quasi-totalité des cadres du RN actuel, dont Marine Le Pen évidemment, ont commencé à militer lorsque Jean-Marie Le Pen et n’ont jamais émis la moindre critique à propos de ses propos antisémites ou négationnistes ?

Le FN/RN actuel ne s’est pas arrêté là puisque, s’inscrivant dans la rhétorique de la « nouvelle judéophobie », il a cherché ces dernières années à dresser les juifs contre ceux qui seraient ses véritables ennemis, à savoir les musulman·es et la gauche radicale. Il a été soutenu en cela par la Ligue de défense juive (LDJ), que Marine Le Pen a défendue lors des manifestations de l’été 2014 en solidarité avec Gaza[10]. Au cours de ces dernières, ce groupuscule d’extrême droite – d’ailleurs interdit dans plusieurs pays (notamment les États-Unis) – avait tenté d’agresser des manifestant·es. En 2018, après avoir insulté et menacé des élus de la France insoumise et les avoir contraints à quitter la Marche blanche en l’honneur de Mireille Knoll, les militants de la LDJ ont escorté les dirigeant·es du FN/RN. De même doit-on se souvenir, car cela n’a rien d’anecdotique, que Rogier Cukierman, alors président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), avait pu déclarer en 2002 que le score de Jean-Marie Le Pen « est un message aux musulmans pour qu’ils se tiennent tranquilles[11] ». Cette rhétorique de la « nouvelle judéophobie », dont les musulman·es et la gauche radicale seraient les agents, a été mise en circulation dans les années 2000 par des « intellectuels » comme P.-A. Taguieff ou A. Finkielkraut. Elle a récemment été réactivée telle quelle via une tribune rédigée par Philippe Val et signée par « trois cents intellectuels, artistes et hommes politiques »[12]. Or il est indéniable qu’elle fournit au parti d’extrême droite un argument imparable pour se débarrasser d’un encombrant stigmate, alors même qu’un parti dont l’électorat demeure à ce point empreint d’antisémitisme pourrait être tenté de réintroduire ce venin dans des circonstances où cela lui semblerait nécessaire.

Mais si l’antisémitisme a été pour l’instant abandonné par la direction du FN/RN, au moins superficiellement et pour des raisons de respectabilité, c’est pour mieux lui substituer un racisme ciblant spécifiquement les musulmans. Cette islamophobie est beaucoup moins susceptible que l’antisémitisme d’être condamné politiquement et elle se situe dans le prolongement des formes structurelles prises par le racisme en France, qui affectent principalement les descendants de colonisés. Si le racisme demeure central dans la construction et le renforcement du FN/RN, c’est d’abord qu’il constitue le ciment idéologique de sa base militante et d’une partie importante de son électorat : 80% des sympathisant·es du FN/RN s’estimaient eux-mêmes « racistes » (« plutôt racistes » ou « un peu racistes ») en 2014, un chiffre très élevé et pourtant certainement minimisé du fait du sentiment d’illégitimité qui continue d’entourer une telle déclaration. Encore doit-on préciser que c’est avant tout sous la forme d’une violente hostilité aux musulmans (réels ou présumés) que se manifeste aujourd’hui le racisme de l’électorat d’extrême droite : un « trait caractéristique des sympathisants du FN est une polarisation anti-islam exacerbée, bien plus marquée que leur antisémitisme[13] ».

Nonna Mayer précise d’ailleurs à quel point, malgré la progression constatée de l’islamophobie dans l’ensemble de la population entre 2009 et 2014, l’électorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant·es d’autres partis :  « Le refus des sympathisants FN de voir dans les musulmans des citoyens comme les autres dépasse de 48 points celui qu’on observe chez les sympathisants des autres partis (contre 23 points dans le cas des Français juifs), leur jugement négatif de la religion musulmane est supérieur de 42 points (contre 20 pour la religion juive), leur sentiment que les musulmans forment un “groupe à part” de 35 points (contre 14 quand il s’agit des juifs) et leur refus de sanction judiciaire pour des propos insultants de 28 points (contre 21). » L’islamophobie, on l’a vu, se retrouve – sous des formes brutales ou euphémisées, revendiquées ou détournées – dans la quasi-totalité du champ politique. Reste que le FN/RN en est l’expression politique la plus assumée et la plus violente, autrement dit la plus à même de mettre en œuvre, sinon le rêve sinistre d’Éric Zemmour d’une déportation de millions de musulman·es, du moins une politique de mise au pas, de discrimination systématique de ces derniers·ères et d’institutionnalisation complète de cette discrimination. Cela impliquerait non seulement l’interdiction d’exister publiquement en tant que musulmans mais l’institution d’une complète inégalité des droits, à laquelle les gouvernements ont d’ores et déjà contribué ces quinze dernières années.

C’est donc moins un changement de « nature » du FN/RN, ni d’ailleurs de sa stratégie d’ensemble, qui s’est trouvé au cœur du conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, qu’une divergence de tactique politique. Le véritable changement impulsé par Marine Le Pen – qui, sur ce point comme sur d’autres, a fait du « mégrétisme sans Mégret » – c’est d’avoir mis au premier plan le « problème de l’islam ». Ainsi a-t-elle radicalisé par l’islamophobie la rhétorique xénophobe du FN[14], tout en opérant un recodage « républicain » du discours frontiste. Si a pu s’imposer l’illusion d’une transformation profonde du FN, c’est du fait de la très large diffusion de l’islamophobie, qui tend à rendre acceptable l’hostilité publiquement manifestée à l’égard des musulmans, mais aussi du discours public faisant de l’immigration et des immigrés un « problème » à résoudre, et ce depuis les années 1970. Cette double progression de l’islamophobie et de la xénophobie, couplée à l’affirmation d’une « nouvelle laïcité » permettant de stigmatiser les musulmans au nom de la défense de la « République », tend ainsi à légitimer par avance toutes les sorties les plus ouvertement racistes du FN, du moins dès lors qu’elle vise les musulmans et les migrants (extra-européens ou roms). On doit d’ailleurs remarquer que l’antagonisme entre le père et sa fille, présenté fallacieusement comme une controverse entre une ligne « dure » et une ligne « modérée », n’a pas éclaté lorsque Jean-Marie Le Pen, évoquant le prétendu « risque de submersion » de la France par l’immigration, avait affirmé en mai 2014, faisant allusion à l’épidémie qui sévissait alors en Afrique, que « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois ». Cette déclaration n’avait alors suscité aucune condamnation de la part de la direction du FN et de sa présidente ; bien au contraire, elle l’avait soutenu[15].

Il est vrai que Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-même à employer la rhétorique de l’« invasion », de l’« occupation » ou de la « colonisation » de la France par les populations étrangères, et plus spécifiquement extra-européennes et musulmanes. Elle retrouve là, non simplement Renaud Camus[16], mais le Drumont de La France juive ou encore l’écrivain préfasciste Maurice Barrès[17]. Ainsi pouvait-elle affirmer en septembre 2015, à propos de l’afflux de réfugiés : « L’invasion migratoire que nous subissons n’aura rien à envier à celle du ive siècle et aura peut-être les mêmes conséquences[18]. » La présidente du FN s’est par ailleurs présentée aux élections régionales de 2015 sur un programme aspirant, entre autres, à « dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne[19] ». Quelques semaines plus tard, elle n’hésitait pas utiliser la rhétorique de la guerre civile : « Nous n’avons pas d’autre choix que de gagner cette guerre. Si nous échouons, le totalitarisme islamiste prendra le pouvoir dans notre pays, comme il l’a pris en Libye avec l’aide de Nicolas Sarkozy, comme il tente de le prendre en Syrie, en Égypte, en Tunisie, etc. […] La charia remplacera notre Constitution, l’islam radical se substituera à nos lois, nos bâtiments détruits, la musique prohibée, l’épuration religieuse avec son cortège d’horreurs, etc.[20] »

Peu auparavant, elle invitait dans un tweet à relire Le Camp des saints, un livre d’anticipation devenu un classique de l’extrême droite et fondé sur le postulat d’une « incompatibilité des races lorsqu’elles se partagent un même milieu ambiant ». Dans ce livre, l’écrivain Jean Raspail décrivait la colonisation de la France par un million de migrants et la résistance armée de quelques « Français de souche », tirant sur les « envahisseurs » et finalement trahis par un gouvernement « multiracial »[21]. Si Marine Le Pen disait espérer une fin différente, elle défendait l’ouvrage en prétextant de son « acuité » et de sa « modernité incroyables ». De même avait-elle loué le livre de Michel Houellebecq, Soumission, en affirmant que la prophétie sur laquelle était fondé l’ouvrage – la victoire présidentielle d’un candidat islamiste en 2022 après deux mandats de François Hollande… – « pourrait un jour devenir réalité ». Elle avait aussi félicité son auteur pour avoir pointé la « complicité » de l’UMP et du PS comme moteur de la progression du « fondamentalisme islamiste »[22]. En employant cette rhétorique de la « colonisation » de la France par des éléments allogènes, Marine Le Pen s’inscrit pleinement dans une vieille stratégie frontiste. François Duprat lui-même, l’un des principaux stratèges de l’extrême droite néofasciste dans l’après-guerre (et un moment numéro 2 du FN[23]), avait explicité dès 1976 : « Quiconque croit que notre nation est colonisée acceptera tôt ou tard nos méthodes d’action en vue de sa libération[24]. »

Les dirigeants frontistes mettent ainsi d’autant plus en avant un prophétisme xénophobe et islamophobe de la conquête de la France par « l’islam »[25] qu’ils défendent un prophétisme identitaire de la renaissance de la nation française. Mais ils le font en prétendant que l’immigration ne serait visée qu’en tant que phénomène sociopolitique, et non les immigrés en tant que personnes. Ces derniers subiraient actuellement, non pas les politiques anti-migratoires, mais la destruction des nations par le « mondialisme » (sous la forme du déracinement et de la perte des repères culturels) : s’opposer à l’immigration constituerait paradoxalement la seule véritable défense des immigrés. Cette tactique rhétorique ne tient pourtant généralement pas longtemps. Marine Le Pen a ainsi multiplié les déclarations dans lesquelles elles présentent les immigrés extra-européens et/ou les musulmans (dont une grande partie ne sont pas immigrés mais descendants d’immigrés, sans même parler des convertis) comme une menace, une cinquième colonne, voire une force d’occupation. Dès 2010, Marine Le Pen développait ce discours de l’« occupation » – faisant à l’évidence jouer le sous-entendu de l’occupation de la France par l’Allemagne nazie – pour évoquer les prières effectuées par des musulmans dans la rue, en prenant grand soin d’en exagérer l’ampleur et d’en dissimuler la cause (le faible nombre de mosquées en France)[26].

Mais les dirigeants du FN/RN ne s’arrêtent pas à l’idée d’occupation ou de colonisation. Les immigrés extra-européens et leurs enfants sont systématiquement assimilés à la délinquance, voire aux crimes les plus révoltants, ce qui ne peut pas ne pas apparaître comme un appel implicite, non seulement à les expulser, mais à les punir de la manière la plus brutale. Lors de son meeting au Zénith de Paris en avril 2012, elle répondait aux milliers de personnes vociférant « on est chez nous » « Et parce que vous êtes chez vous, vous avez le droit de ne plus vouloir de ces Franco-Algériens comme Mohammed Merah, de ces Franco-Angolais comme l’assassin de Bouguenais, de ces Franco-Maliens comme le forcené de Paris ! Nous voulons des Français amoureux de leur drapeau, fiers de leur pays ! » Dans un autre discours, tenu à Nantes le 25 mars 2012, elle affirmait : « Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d’immigrés ? […] Combien de Mohamed Merah parmi les enfants de ces immigrés non assimilés ? » Ces propos ne prêtent guère à ambigüité : selon Marine Le Pen, les immigrés extra-européens, mais aussi leurs enfants (Mohamed Merah n’étant pas lui-même immigré puisqu’il est né à Toulouse), doivent être considérés non seulement comme des fauteurs de troubles potentiels, mais comme des assassins et terroristes en puissance, et traités en conséquence.

L’un des problèmes rencontrés par le FN/RN dès sa création a été de donner une forme acceptable aux obsessions purificatrices qui ont toujours été au centre du projet fasciste. La condamnation universelle du nazisme, dans le contexte post-1945, rendait nécessaire une sophistication de la xénophobie et du racisme. Ceux-ci ne pouvaient plus se dire qu’au travers d’euphémismes, de sous-entendus, de références codées ou d’expressions à double sens – sous peine de vouer les héritiers de Maurras, Barrès, Doriot ou Brasillach aux condamnations judiciaires et à la marginalité électorale. Les enquêtes historiques et sociologiques donnent à voir le travail effectué, au sein du FN, pour façonner des militants et former des cadres capables d’atténuer dans leurs discours la violence raciste inhérente à l’extrême droite. L’historienne Valérie Igounet, qui a pu accéder aux brochures de formation, cite ainsi une note interne de l’IFN rédigée et diffusée au début des années 1990, intitulée « L’image du Front national », dans laquelle on peut lire : « Pour séduire, il faut d’abord éviter de faire peur et de créer un sentiment de répulsion. Or dans notre société soft et craintive, les propos excessifs inquiètent et provoquent la méfiance ou le rejet dans une large partie de la population. Il est donc essentiel, lorsqu’on s’exprime en public, d’éviter les propos outranciers et vulgaires. On peut affirmer la même chose avec autant de vigueur dans un langage posé et accepté par le grand public. De façon certes caricaturale, au lieu de dire “les bougnoules à la mer”, disons qu’il faut “organiser le retour chez eux des immigrés du tiers-monde”[27]. »

Le remaniement identitaire de l’idéologie frontiste – empruntant sans le dire, et souvent sans le savoir, aux élaborations théoriques du GRECE[28] – a permis de recycler le vieux fonds raciste de l’extrême droite en épousant le processus de culturalisation du racisme. On l’a vu, ce processus se retrouve bien au-delà du FN/RN depuis les années 1980, et les jeunes militants ont aujourd’hui largement incorporé ce remaniement. « À travers le discours différentialiste, l’extrême droite a en fait trouvé un mode de traitement symbolique original de l’immigration légitimant une certaine xénophobie tout en s’adaptant à la condamnation politico-juridique du racisme[29]. » On doit d’ailleurs remarquer que, même au temps où le racisme biologique s’affichait sans fards, le racisme culturel – c’est-à-dire l’altérisation, l’infériorisation et la discrimination d’un groupe au nom de traits culturels présumés – n’était jamais très loin, y compris dans le cas de l’antisémitisme nazi[30]. Peut-être regarderait-on d’ailleurs d’un autre œil les propositions frontistes d’interdire l’abattage rituel en France[31], si l’on prenait au sérieux le fait que le parti nazi organisa à plusieurs reprises des campagnes contre l’abattage rituel lié à la religion juive. L’objectif évident était de stigmatiser publiquement les juifs en les présentant à la fois comme radicalement étrangers aux « traditions allemandes » et comme coupables de barbarie[32].

Si la progression du FN/RN a reposé en bonne partie sur la banalisation de ses thèses par des partis et des intellectuels de droite comme de gauche, s’il n’aurait pu s’enraciner sans le processus d’imprégnation xénophobe et raciste, il serait erroné et dangereux de prétendre que son accès au pouvoir ne ferait que prolonger les politiques d’ores et déjà menées. Un parti dont le succès repose à ce point sur la xénophobie et le racisme, qui est perçu à ce point comme le meilleur défenseur de l’intérêt des Blancs, ne pourrait accéder et se maintenir au pouvoir sans donner en permanence des gages à son électorat. Il lui faudrait lâcher la bride à des appareils répressifs d’État dont une partie importante des membres sont d’ores et déjà acquis à ses positions, et donc aller beaucoup plus loin dans l’entreprise d’assujettissement des immigré·es et descendants d’immigré·es postcoloniaux, des musulman·es, des Rom·es et certainement des juifs·ves (quoi qu’en disent actuellement les dirigeants du FN/RN).

 

Notes

[1] Sur ce point, voir le chapitre consacré au FN/RN dans La Possibilité du fascisme (chapitre 5).

[2] On notera au passage que la rhétorique du « totalitarisme islamique » ou « islamiste » comme ennemi principal était partagée aussi bien par F. Fillon que par M. Le Pen lors des dernières élections présidentielles, le premier ayant fait paraître quelques mois avant l’élection un ouvrage intitulé : « Vaincre le totalitarisme islamique ».

[3] Il faut rappeler combien cette catégorie juridique d’ « étranger » fonctionne, dans l’idéologie raciste de l’extrême droite, comme une catégorie ethno-raciale, distinguant les « vrais Français » (dits aussi « Français de souche ») et les autres, c’est-à-dire les non-Blancs, qu’ils soient de nationalité étrangère ou française (dans ce dernier cas ils seront considérés comme des « Français de papier », selon une vieille expression d’extrême droite qui continue d’être employée au FN, et récemment par Nadine Morano, ancienne ministre de N. Sarkozy, à propos de Rokhaya Diallo).

[4] Parmi de nombreuses études sur les motivations des votes, Voir « Comprendre le vote au 1er tour de l’élection présidentielle », 23 avril 2017, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/fn/fn-la-contre-proposition-de-nicolas-bay-a-celle-de-florian-philippot_1929423.html, p. 28.

[5] On se souvient de l’excellente formule d’Anne Tristan à propos des militants frontistes, au terme de son enquête au sein du FN marseillais : « Ils s’aiment de détester ensemble ». Voir A. Tristan, Au Front, Paris, Gallimard, 1987.

[6] Il suffit de visionner quelques discours de meeting pour le constater. Voir par exemple le discours prononcé par Marine Le Pen au Zenith de Paris le 17 avril 2012 : https://www.youtube.com/watch?v=YcbbSXO8qvA.

[7] Voir N. Mayer, « Le mythe de la dédiabolisation du FN », La Vie des idées, 4 décembre 2015, http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html.

[8] Voir « Nouvelle judéophobie ou vieil antisémitisme ? », Raisons politiques, 2004, 4, n°16. Pour des données plus récentes, Voir l’étude publiée en décembre 2017 par l’IPSOS pour la Fondation du judaïsme français, qui montre une fois de plus que c’est parmi les symotahisants du FN que les préjugés antisémites sont de loin les plus répandus : https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2017-12/fjf_note_de_synthese_evolution-relation-a-l-autre-societe-francaise.pdf.

[9] Voir V. Igounet, « Jean-Marie Le Pen est-il trop antisémite pour le ‘‘nouveau’’ FN ? », 6 mai 2015, https://blog.francetvinfo.fr/derriere-le-front/2015/05/06/jean-marie-le-pen-est-il-trop-antisemite-pour-le-nouveau-fn.html.

[10] Le vendredi 1er août 2014, elle déclarait sur RTL : « S’il existe une Ligue de défense juive, c’est qu’il y a un grand nombre de juifs qui se sentent en insécurité. Ils ont le sentiment que monte un nouvel antisémitisme en France et qui est le fait de confrontations communautaires ».

[11] Voir S. Johsua, « Cukierman, valse avec Le Pen », Regards, 3 mars 2015, http://www.regards.fr/web/article/cukierman-valse-avec-le-pen.

[12] Voir « Manifeste “contre le nouvel antisémitisme” », Le Parisien, 21 avril 2018, http://www.leparisien.fr/societe/manifeste-contre-le-nouvel-antisemitisme-21-04-2018-7676787.php. Voir la critique de ce texte par D. Vidal : « Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid », Mediapart, 23 avril 2018, https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/230418/contre-l-antisemitisme-avec-determination-et-sang-froid.

[13] Voir N. Mayer, art. cit.

[14] Bruno Mégret et le Mouvement national républicain (MNR) – parti qu’il a fondé après son exclusion du FN – avaient en effet développé un discours violemment islamophobe dès le début des années 2000, soit dix ans avant le FN. Sur l’histoire sinueuse de l’islamophobie à l’extrême droite, Voir N. Lebourg, « Marine Le Pen, l’extrême-droite et l’islamophobie », Le Nouvel Observateur, 2 mai 2012, https://www.nouvelobs.com/politique/l-observateur-du-lepenisme/20120329.OBS5016/marine-le-pen-l-extreme-droite-et-l-islamophobie.html.

[15] Voir : « Marine Le Pen affirme que les propos de son père sur Ebola ont été “dénaturés” », Libération, 22 mai 2014, http://www.liberation.fr/planete/2014/05/22/marine-le-pen-denonce-les-propos-denatures-de-son-pere-sur-ebola_1024727.

[16] Celui-ci note au passage que « maintenant, le FN aimerait bien récupérer le contenu [de la théorie du “grand remplacement”]. Il en est donc à déclarer, un peu ridiculement, qu’il y a bien remplacement, oui, mais qu’il n’est pas grand ; que “grand” ajoute à la tournure un on ne sait quoi de suspect, de non scientifique. […] Car enfin, si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ? Un génocide en bonne et due forme ? ». Voir « Renaud Camus : ‘‘Si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ?’’ », Boulevard Voltaire, 9 juillet 2017, http://www.bvoltaire.fr/remplacement-nest-grand-quest-quil-faut/.

[17] Sur les origines anciennes de la rhétorique du « grand remplacement », Voir G. Kauffmann, Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme, Paris, Seuil, 2016, p. 88-91. Sur Maurice Barrès, Voir Z. Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, Paris, Fayard, 2016 [1972].

[18] Voir « Pour Marine Le Pen, l’afflux de migrants pourrait ressembler aux invasions barbares « du IVe siècle » », Le Parisien, 14 septembre 2015, http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/pour-marine-le-pen-l-afflux-de-migrants-pourrait-ressembler-aux-invasions-barbares-du-ive-siecle-14-09-2015-5091663.php.

[19] Voir « Régionales : ‘‘éradiquer l’immigration bactérienne’’, l’improbable proposition de Marine Le Pen », Libération, 10 novembre 2015, http://www.liberation.fr/direct/element/regionales-eradiquer-limmigration-bacterienne-limprobable-proposition-de-marine-le-pen_22553/.

[20] Voir « Marine Le Pen : « Si nous échouons, la charia remplacera notre Constitution » », Le Point, 3 décembre 2015, http://www.lepoint.fr/politique/marine-le-pen-si-nous-echouons-la-charia-remplacera-notre-constitution-02-12-2015-1986750_20.php.

[21] Voir D. Albertini, « L’un des livres favoris de Marine Le Pen décrit une apocalypse migratoire », Libération, 16 septembre 2015, http://www.liberation.fr/france/2015/09/16/le-livre-de-chevet-de-marine-le-pen-decrit-une-apocalypse-migratoire_1383026.

[22] Voir « Pour Marine Le Pen, le dernier livre de Houellebecq « pourrait devenir une réalité » », Le Lab politique/Europe 1, 5 janvier 2015, http://lelab.europe1.fr/Pour-Marine-Le-Pen-le-dernier-livre-de-Houllebecq-pourrait-devenir-une-realite-19990.

[23] Voir N. Lebourg et J. Beauregard, François Duprat. L’homme qui réinventa l’extrême droite, Paris, Nouveau Monde, 2012.

[24] Ibid., p. 205.

[25] Dès 1987 le FN diffusait des affiches où figurait une prétendue citation d’un responsable du Hezbollah énonçant : « Dans vingt ans, c’est sûr, la France sera une république islamique ».

[26] Voici ses mots, qui ne prêtent guère à ambigüité : « Maintenant il y a dix ou quinze endroits où, de manière régulière, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes y a pas de blindés, y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants ». Voir V. Igounet, « Une histoire d’un hold-up idéologique sur le FN loin d’être terminée », Le Monde, 4 décembre 2017, https://blog.francetvinfo.fr/derriere-le-front/2017/12/04/une-histoire-dun-hold-up-ideologique-de-lr-sur-le-fn-loin-detre-terminee.html.

[27] V. Igounet, Le Front national, op. cit., p. 230.

[28] Sur le GRECE, voir notamment : P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d’une analyse critique, Paris, Éditions Descartes et Cie, 1994. Concernant l’influence de la Nouvelle droite sur le FN, Voir J.-Y. Camus, « Le Front national et la nouvelle droite », in S. Crépon, A. Dézé et N. Mayer, Les faux-semblants du Front national. Sociologie d’un parti politique, op. cit.

[29] Voir S. Crépon, La Nouvelle extrême droite. Enquête sur les jeunes militants du Front national, Paris, L’Harmattan, 2006.

[30] Sur ce point, Voir R. Eatwell, « Fascism and Racism », in J. Breuilly (ed.), The History of Nationalism, Oxford, Oxford University Press, 2013.

[31] Voir par exemple : « Le Pen veut interdire l’abattage des animaux sans étourdissement préalable », Le Point, 25 avril 2017, http://www.lepoint.fr/politique/le-pen-veut-interdire-l-abattage-des-animaux-sans-etourdissement-prealable-25-04-2017-2122403_20.php.

[32] Voir notamment : William S. Allen, Une petite ville nazie, Paris, Tallandier, 2016 [1967], p. 89 : « Les nazis décidèrent ensuite de soulever la colère populaire contre les méthodes employées par les juifs pour l’abattage du bétail. En conséquence, ils organisèrent une réunion sur ce sujet, avec projections en couleurs et discours prononcé par le président d’une société hanovrienne pour la protection des animaux. Au cours de la réunion, les dirigeants nazis de Thalburg firent savoir publiquement qu’ils étaient opposés aux pratiques israélites ».

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