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C’est l’histoire de la solidarité révolutionnaire internationaliste que retrace Xenia Marinou dans cet article. À partir d’un corpus d’archives solides, elle met au jour un pan original et trop méconnu de la guerre de 1870-1871 et de la Commune de Paris: la participation des combattants volontaires grecs qui ont traversé l’Europe pour rejoindre la France en effervescence. Ce dont donc des existences vouées au combat pour la liberté et la justice sociale qui reprennent vie ici.

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« J’entreprends de conter l’année épouvantable » : c’est sur cette phrase que s’ouvre le célèbre recueil de Victor Hugo L’année terrible, dont le titre souligne les liens étroits entre la guerre de 1870 et la révolution parisienne de 1871. Les deux évènements acquièrent presque immédiatement une dimension internationale, suscitant un vif intérêt à travers le monde et, surtout, en Europe. Franchissant rapidement les frontières nationales, ils sont perçus comme des épisodes capables d’influencer, et même de bouleverser la configuration politique du continent. Dans la presse et dans l’imaginaire de pays non-belligérants, la guerre franco-prussienne (devenue franco-allemande dès janvier 1871) et la Commune de Paris sont perçues comme un champ de bataille où se confrontent deux modèles civilisationnels opposés. Mais c’est également à partir de ce champ qu’émerge une forme politique révolutionnaire inédite, qui, pour une courte durée, semble victorieuse et qui parvient à créer de multiples représentations d’un nouveau monde.

Suivre de près la mobilisation de volontaires étrangers provenant des pays non-belligérants, peut nous aider à retracer les espoirs, les peurs, les mutations et les antagonismes idéologiques en Europe, et à éclaircir la signification de l’internationalisme de la période en question. L’acte d’enrôlement dans une formation armée et/ou la participation à la Commune de Paris (ou à une Commune de province) sont, avant tout, des actions politiques. Si, dans plusieurs pays, la presse et les moyens de médiatisation des événements se trouvent entre les mains d’une élite intellectuelle et ne permettent que la diffusion des interprétations compatibles avec certains intérêts, la mobilisation des volontaires revêt un caractère plus autonome et complexe, qui rend possible un éclairage différent. Au cours de l’année terrible des milliers de volontaires étrangers arrivent en France. Comme le note Pierre Milza :

« leur engagement n’est pas seulement le fruit d’un élan du cœur, il est idéologique. La plupart des individus qui intègrent la Légion étrangère, ou qui se réunissent pour former des compagnies de francs-tireurs, sont républicains, socialistes, anarchistes, et quand ils ne le sont pas, ils éprouvent le sentiment d’avoir une dette envers la France ».[1]

Dans cet esprit, le présent article[2] essaie d’examiner la participation des volontaires grecs dans la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, et sa signification dans le contexte de cette époque.

 

La perception de la guerre franco-prussienne en Grèce

La guerre franco-prussienne éclate le 19 juillet 1870 et occupe les gros titres de la presse athénienne qui prédit, et même souhaite, la redistribution de la carte européenne. Un grand nombre de journaux prend position – certains implicitement, d’autres plus ouvertement – en faveur de la Prusse, tandis que l’éventualité d’une victoire française suscite le ressentiment. En effet, dans la mesure où la politique extérieure de Napoléon III ne contribue pas à la réalisation de la « Grande Idée » [le projet d’expansion de la Grèce jusqu’aux frontières de l’empire byzantin] et au succès de la révolte crétoise [contre la domination ottomane], l’image de la France apparaît gravement ternie dans le royaume grec. L’hostilité envers la politique française se manifeste ouvertement et, rapidement, à Athènes et à Syra[3], la foule célèbre les premières défaites françaises.

Cette colère antifrançaise, quasi-unanimement partagée au début de la guerre, perdra graduellement de son intensité. Néanmoins, c’est précisément dans ce climat antifrançais que naît le mouvement des volontaires grecs en faveur de la France. Le paradoxe de cette première mobilisation pourrait toutefois trouver son explication dans le bref séjour du révolutionnaire français Gustave Flourens en Grèce pendant l’été 1870.

Communard noir, par Daniel Vierge, 1871.

Les rendez-vous révolutionnaires de Gustave Flourens en Grèce              

Gustave Flourens naît le 4 août 1838 à Paris dans une famille bourgeoise et intellectuelle. Il suit des études de lettres et de sciences et succède à son père à la chaire d’histoire naturelle au Collège de France. Il est bientôt démis de son enseignement, considéré comme athée et anti-bonapartiste, et voyage à Londres et en Belgique.[4] En 1866, rejoignant les rangs d’un mouvement renouvelé de philhellénisme en Europe, Flourens s’engage dans la Compagnie des Philhellènes de 1866. Celle-ci fait partie d’un corps de 400 volontaires qui, sous le commandement du colonel Vyzantios, débarquent en Crète, alors en pleine insurrection contre le joug ottoman. Flourens prend part à plusieurs opérations militaires avec le grade de capitaine et dresse la chronique de ce soulèvement dans plusieurs lettres adressées à son ami Kanellopoulos, rédacteur en chef d’un journal francophone d’Athènes, L’Indépendance Hellénique.

Gustave Flourens [musée Carnavalet].
Sa participation à l’insurrection crétoise s’interrompt pendant quelques mois à la nouvelle de la maladie de son père. Il quitte la Grèce pour y retourner vers la fin de juillet 1867. Durant son bref séjour en France, il sert de nouveau la cause crétoise au moyen de longs articles publiés dans plusieurs journaux européens. Nommé ambassadeur de Crète à Athènes, il retourne en Grèce le 21 mars 1868 dans le but de prononcer un discours public à Athènes le 25 mars [jour de célébration du début de la guerre d’indépendance grecque de 1821], avant de regagner l’île révoltée. La police empêche la tenue de cette manifestation et Flourens passe par Syra avant d’arriver en Crète au début avril 1868. Le gouvernement provisoire de Crète lui accorde le titre de citoyen d’honneur et un siège à l’Assemblée crétoise. Membre d’une délégation envoyée à Athènes pour assister aux travaux de l’Assemblée nationale, Flourens est pourtant arrêté par la police grecque. Le gouvernement du royaume apprécie peu ses interventions et, cédant aux pressions du gouvernement français, l’expulse vers Marseille.

Le dernier voyage du futur communard en Grèce a lieu vers la fin du printemps 1870. Son arrivée à Corfou, le 30 mai[5], provoque la mobilisation des autorités grecques et françaises qui décident de placer le révolutionnaire philhellène sous surveillance. Traqué initialement à Corfou par un vieil agent corse[6] de la police secrète de Napoléon III, Flourens débarque dans l’île ionienne sous la fausse identité de « Jules Guérin, professeur aux Beaux-Arts ». Le lendemain, caché à bord d’un bateau grec, il débarque au Pirée. Toutefois, ses efforts pour séjourner incognito en Grèce sont voués à l’échec, car il est rapidement repéré par ses vieilles connaissances et par le préfet de police d’Athènes et du Pirée.[7]

Les informations relatives à sa présence en Grèce sont contradictoires, ce qui témoigne de l’incapacité des autorités françaises à contrôler pleinement ses activités.[8] Alors que les autorités grecques lui ordonnent de quitter le pays, Flourens entame une tournée qui le conduit dans plusieurs zones rurales de Grèce, où il parvient à obtenir parmi les populations locales des soutiens pour ses entreprises.

Challet, le consul français à Syra, s’inquiète ainsi « du mouvement des esprits dans la population de Syra. Contrairement à toute raison et abandonnant ses anciennes et vives affections, une grande partie des habitants de [la capitale de l’île] Hermoupolis manifeste hautement ses sympathies en faveur du succès des armées prussiennes »[9] Pour expliquer les causes de cette agitation, Challet identifie deux groupes bien distincts qui essaient d’influencer l’opinion publique :

Les uns, en petit nombre il est vrai, mais ils existent, espèrent que l’insuccès des armées françaises amènerait en France un mouvement Républicain qui, en triomphant, déterminerait également l’organisation de la république dans la plupart des Etats de l’Europe. C’est la fraction dirigée par Monsieur Flourens qui ne quitte guère la Grèce et ses environs et dont la présence à Syra m’a été signalée depuis plusieurs jours. Les autres, et ce sont les plus honnêtes, sont abusés par la pensée que la Prusse victorieuse annexerait l’île de Crète à la Grèce, tandis qu’ils n’ont aucun espoir sous ce rapport du côté de la France.[10]

Après Syra, Flourens se rend à Missolonghi où, peu avant l’éclatement de la guerre franco-prussienne, il expose ses idées républicaines devant une assistance fournie d’environ mille personnes. Son discours passionné au casino de la ville amène le préfet de l’Etolie-Acarnanie à envoyer une brève note à Athènes, dans laquelle il attribue au révolutionnaire français les propos suivants : « Napoléon, sera tué infailliblement et alors cet âne de Sultan, l’ennemi de la Grèce, ira, lui aussi, au diable ».[11] Ces paroles inconvenantes sont prononcées en présence du consul de l’Empire ottoman, qui entreprend immédiatement une démarche à ce sujet auprès du gouvernement grec, tandis que Flourens quitte Missolonghi pour gagner de nouveau Athènes, puis Corfou.

En même temps, des dépêches confidentielles échangées entre les autorités françaises, italiennes, britanniques et grecques annoncent l’arrivée de Ricciotti et Menotti Garibaldi [les deux fils de Giuseppe[12]] à Corfou, ce qui suscite de nouveau l’inquiétude parmi les consuls représentant les puissances étrangères. Corfou est aussitôt qualifiée de « centre d’agitation politique », car on y constate également la présence de Giuseppe Mazzini, de Carlo Pepoli et du chef des maronites libanais Joseph Karam, ce dernier accompagné d’un nombre indéterminé de ses partisans.

Le consul britannique Everton estime que cette rencontre entre révolutionnaires avait comme point de départ la question de l’Italie et que « la décision du gouvernement italien de conquérir militairement Rome a été le coup fatal pour les plans des chefs du mouvement lesquels depuis plus de trois mois avaient établi leur siège sur cette île »[13]. Selon Everton, Corfou, choisie en raison de sa neutralité et de sa position géographique, sert de plaque tournante à la communication clandestine des révolutionnaires ; celle-ci s’effectue par la voie maritime qui traverse la mer Adriatique, ce qui assure les contacts entre la Dalmatie, le Monténégro, les provinces slaves et le royaume grec.[14] Au début du mois d’août, Everton refuse de satisfaire l’exigence de son homologue italien, qui demande  l’expulsion de tous les révolutionnaires de Grèce, car il estime que leur surveillance et, surtout, leur arrestation, en cas d’urgence, seraient plus faciles sur le territoire grec.[15] Les défaites militaires françaises précipitent finalement le départ des révolutionnaires vers la fin de l’été.

Se pose néanmoins la question essentielle de l’objectif de ce rendez-vous révolutionnaire. Quels sont les buts de Flourens lors de son dernier séjour en Grèce ? Pourquoi a-t-il choisi cet itinéraire ? S’agissait-il de participer au Risorgimento italien, à l’irrédentisme crétois, ou bien avait-il l’espoir d’obtenir de l’aide pour entreprendre de renverser le régime impérial français ? Faut-il accorder foi aux explications de la presse athénienne, selon laquelle, traqué par la police bonapartiste, Flourens était tout simplement à la recherche d’un refuge ? Ce qui est sûr, c’est que s’il avait agi comme un fugitif ordinaire, il aurait dû éviter un aussi long séjour en Grèce, où il était facilement repérable tant par les autorités que par la population.

Dans son ouvrage Paris Livré, écrit peu avant la Commune, lui-même se réfère (à la troisième personne) à son voyage en Grèce et à ses motivations du moment en ces termes :

Des lettres, qu’il avait reçues à Londres de ses amis d’Athènes, le prévenaient qu’un mouvement révolutionnaire se préparait en ce pays, que la population hellène, si indignement trahie par son gouvernement lâche et faux dans la question crétoise, ne demandait qu’à jeter bas le misérable roitelet, ennemi de son peuple, agent de la politique étrangère contre ses propres sujets […] Il retourna donc à Athènes pour remplir ses devoirs, et y fut aussitôt traqué par l’ambassade française, qui demanda son extradition au gouvernement grec. Celui-ci, hébété par la peur de Bonaparte, se couvrit de honte en accordant cette extradition. Mais le peuple soutint le proscrit, l’entoura de son affection, empêcha par son énergique attitude l’opprobre de l’extradition. [16]

Flourens explique plus loin que son projet initial a dû être modifié suite à la nouvelle de la défaite de l’empereur sur le front français :

 (Flourens) s’occupait d’insurger Athènes. Ses anciens camarades de l’insurrection crétoise, les meilleurs sous-officiers de l’armée hellénique, étaient pleins d’enthousiasme pour la République. Il espérait, après avoir renversé le gouvernement bâtard et débile de la Grèce, trouver là assez de forces pour revenir insurger Marseille, et marcher sur Paris si la chute de l’Empire tardait trop. Mais les événements se précipitèrent à ce point, qu’à peine avait-il monté le complot, il apprit les grands et décisifs revers de l’armée française. [17]

Il semble donc que la tournure prise par la guerre ait interrompu le projet tramé autour des rencontres secrètes à Corfou. Les fils de Garibaldi apprennent via la presse l’organisation des troupes des volontaires sous le commandement de leur père et quittent Corfou pour les rejoindre,[18] tandis que, de son côté, Flourens part pour Paris. Mais il ne suit pas l’itinéraire maritime habituel via Marseille et se dirige vers Messine[19] Selon Alfred Mézières,[20] le même trajet est emprunté par les groupes de volontaires grecs qui ne disposent ni d’armements ni d’argent. De plus, la ville italienne est une destination de prédilection pour ces hommes, soit parce qu’ils tentent d’échapper au contrôle policier, qui s’est renforcé à Athènes suite à l’intervention du consul allemand Wagner, soit parce que Messine constitue selon toute probabilité un lieu de rencontre entre volontaires grecs et italiens. C’est là, attendant en vain leur transfert vers le front aux soins du gouvernement français, que, grâce aux réseaux et aux commerçants de la diaspora grecque, les volontaires réussissent finalement à embarquer pour les ports français. 

 

Le mouvement des combattants volontaires grecs

L’engagement des volontaires, nous l’avons dit, commence lorsque éclate la guerre de 1870.[21] Leur nombre, important, conduit le gouvernement grec à s’adresser officiellement aux autorités françaises, en leur demandant d’examiner la possibilité d’en intégrer tout ou partie dans l’armée française.[22] Le Second Empire décide dans un premier temps de ne pas permettre l’intégration des étrangers dans les corps militaires, ce qui n’empêche pas les premières compagnies des volontaires de se rendre en France.

Peu après, la défaite de Sedan, qui marque la chute du régime bonapartiste, contribue à changer l’état d’esprit de l’opinion publique. La guerre, considérée comme un mouvement impérialiste en juillet, est alors perçue comme une lutte défensive. Ce revirement domine la presse athénienne ; de nombreux journaux se réfèrent aux graves conséquences de la guerre et relatent les souffrances du peuple français. Le très francophile journal L’Étoile (Αστήρ) continue à stimuler l’enrôlement de volontaires grecs en publiant des courriers et une série d’articles émouvants de Garibaldi qui promettent l’extension du rêve républicain aux Balkans et en Europe.[23] La guerre franco-prussienne y est présentée comme la lutte ultime de l’humanité contre le despotisme et la neutralité du gouvernement grec ouvertement désapprouvée. Le journal va jusqu’à publier des articles quasiment insultants à l’égard du monarque grec. Selon l’Étoile, la guerre n’a pas un caractère national mais idéologique. Les volontaires sont invités à s’armer et à partir vers la France, assumant ainsi un acte de désobéissance à l’égard des autorités grecques.[24]

Soldat de Garibaldi pendant la Commune de Paris, par Daniel Vierge, 1871.

La mobilisation des premières compagnies de volontaires se déroule en effet aux marges du droit international dans la mesure où le statut officiellement neutre du pays – auquel la Grèce est tenue depuis son adhésion (1866) au traité de Paris de 1856 – n’est pas suffisamment explicite sur la question des combattants volontaires en temps de guerre. Dès son début donc, le mouvement acquiert des traits d’une mobilisation qui déborde du cadre de la légalité internationale.[25]

Toutefois, le ministère (français) de la Guerre change rapidement d’avis sur la question des volontaires et autorise leur transport vers certaines villes françaises, sans pour autant le financer.[26] Selon les instructions ministérielles, l’arrivée des volontaires en France ne doit pas revêtir le caractère d’un enrôlement, surtout lorsqu’il s’agit de citoyens des pays neutres comme la Grèce.[27]

La mobilisation des volontaires grecs s’accentue progressivement, ce qui se reflète dans la presse et la correspondance diplomatique. La proclamation de la République (4 septembre 1870) joue un rôle décisif dans ce processus. En effet, le gouvernement de Défense Nationale fait un pas supplémentaire, adressant à ses ambassades de nouvelles instructions concernant les volontaires étrangers : « nous paierons le transport des volontaires mais seulement de ceux qui sont équipés ».[28]

Le baron Baude, ministre plénipotentiaire du gouvernement français à Athènes, parle d’un « grand nombre »[29] de volontaires sans pour autant préciser la taille de l’effectif. Au mois de décembre de la même année, lorsque le consul allemand à Athènes tente d’endiguer la mobilisation des volontaires, le gouvernement grec s’en remet du préfet de police, afin d’en tirer de plus amples informations. Ainsi, l’on apprend de son rapport que :

Peu après le début de la guerre franco-prussienne, quelques citoyens, dont la majorité provient de la classe populaire, et certains étudiants, aidés en secret par des étrangers qui habitent ici, ont décidé d’aller en France, sans l’autorisation ou le consentement des autorités, [….] tout au contraire, ils partaient en toute discrétion et sans passeports, parce que la police, à la demande de leurs parents, familles et amis, s’empressait de les rechercher et les stopper. [30]

Selon ce rapport, la mobilisation initiale des volontaires bénéficie d’une certaine aide financière et se fait sans difficulté notable, puisque la police n’intervient que si elle est sollicitée.

L’examen des régions d’origine des groupes armés conduit à deux conclusions : d’une part, la mobilisation des volontaires grecs est bien plus significative dans les régions pauvres, ce qui pourrait signifier un engagement plus important de volontaires issus de milieux populaires, comme le suggère le rapport de police cité auparavant, et peut-être même de hors la loi (bandits, aventuriers)[31] ; de l’autre, parmi ces régions, on retrouve les villes où s’est déroulée l’agitation de Gustave Flourens.[32]

Au mois de septembre, l’engagement des militaires devient plus visible et se déroule sous le commandement de l’officier retraité de la cavalerie Spiridon Manoussos. En octobre, le mouvement semble être mieux organisé, puisque les volontaires sont équipés d’armes et de munitions, achetées à l’aide des fonds levés par la communauté française du Pirée.[33] L’armement transporté en France est important ; en une semaine (17-25 octobre) deux coffres contenant 120 carabines Minié, une caisse remplie de sabres et de revolvers, 840 fusils et une quantité indéterminée de munitions, arrivent à Marseille sous la surveillance d’une compagnie des volontaires.[34] Pendant le mois de novembre, plusieurs journaux athéniens font état du départ des volontaires,[35] et L’Étoile procède une première évaluation du mouvement, en publiant un article sous le titre « La Grèce reconnaissante ».[36] C’est la période où la plupart des compagnies constituées de combattants étrangers ont déjà atteint l’état-major de Garibaldi pour former la Légion étrangère : « Garibaldi a passé aujourd’hui  [12 novembre] en revue 120 volontaires grecs (vêtus de fustanelle) arrivant de Lyon ».[37] En décembre, un groupe important de volontaires, soit plus de cent personnes,[38] est pour la première fois bloqué par la police au port du Pirée. La question de l’endiguement du mouvement est alors posé par Johann Emil von Wagner, l’ambassadeur de la Confédération de l’Allemagne du Nord. Celui-ci entreprend plusieurs démarches auprès du gouvernement grec, demandant des explications sur le lamanage des bateaux étrangers et l’exportation d’armes.[39] En fait, le mouvement des volontaires grecs décline vers la fin du mois de janvier 1871, ce qui coïncide avec l’achèvement de l’organisation des armées irrégulières entrepris par Léon Gambetta.

Ainsi, sur la base des informations fournies tant par la correspondance diplomatique que par des témoignages, par les articles de la presse athénienne et par les quelques lettres des volontaires publiées à Athènes, nous pouvons évaluer le nombre des volontaires grecs autour de 1500 personnes. Parmi eux, on peut repérer aussi des Grecs de la diaspora, venant surtout d’Alexandrie.[40] Toutefois de nombreux points restent à éclaircir, et en particulier ceux-ci : de quels milieux sociaux sont issus les membres de ce contingent et quel a été le ressort de leur mobilisation ? Parmi les volontaires, on repère à la fois des militaires, des étudiants, des citoyens issus de milieux modestes et des étudiants qui font leurs études à Paris. En ce qui concerne les militaires grecs formés en France, on peut supposer que certaines affiliations, ainsi qu’un sentiment de dette envers la France, ont pu motiver leur mobilisation. Il faut également noter que, durant l’été de 1870, un scandale éclate en Grèce au sujet de la tentative de malversations de certains militaires en vue d’obtenir leur avancement dans la hiérarchie militaire.[41] Le gouvernement grec laisse entendre que toute promotion se fait dans le plus strict respect du statut général des militaires. On peut donc supposer que la guerre franco-prussienne devient l’occasion pour certains militaires grecs de faire avancer leur carrière hors de Grèce. Quoi qu’il en soit, le fait est que la participation de militaires au mouvement des volontaires apparaît minoritaire. Au moment où l’Etat grec, dont la population ne dépasse pas 1,5 million d’habitants, essaie, souvent en vain, de grossir les rangs de son armée à l’aide du tirage au sort et de la conscription, il est peu probable qu’un grand nombre des militaires aient pu quitter leur poste. A l’inverse, les cas rapportés par la presse de jeunes étudiants et élèves sont abondants, et les histoires parfois bouleversantes, mais difficiles à vérifier. Les jeunes volontaires, qui savent qu’ils doivent être équipés afin de se rendre plus facilement en France, vendent leurs livres pour acheter soit des armes, soit leur billet pour Marseille.[42]

En ce qui concerne les volontaires originaires de Crète, les indications de leur participation à la guerre sont très rares dans la presse athénienne. Pourtant, durant l’été 1870, ces mêmes journaux font état d’un grand nombre d’anciens combattants de l’insurrection crétoise qui, condamnés à une pauvreté extrême, arrivent à Athènes à la recherche d’un meilleur sort. Il est donc probable que ces militants aient finalement suivi Gustave Flourens et le mouvement des volontaires en partance pour Messine ou pour Marseille. En fait, la présence de quelques figures célèbres de combattants de Crète, comme celle de Nicolas Nicolaïdis, est attestée dans les corps des francs-tireurs qui arrivent à Paris. Quelques rares articles font également référence à l’enrôlement de Grecs qui se trouvent déjà en France, pour leurs études ou pour des affaires personnelles.[43]

Dès le début du mois de septembre 1870, lorsque la guerre franco-prussienne prend un caractère défensif et que l’Empire cède la place à un gouvernement républicain, la « lutte à outrance » est prônée par l’ensemble des forces politiques, y compris par la gauche révolutionnaire. Même les membres de la section parisienne de l’Internationale, les seuls à s’opposer auparavant à la guerre, prennent conscience de la tournure des évènements et s’engagent dans la défense de la ville. Dans cet ordre d’idées, les informations selon lesquelles des étudiants grecs de Paris participent à la défense de la ville sont compatibles avec l’esprit guerrier qui caractérise la capitale française à l’automne 1870.

Pour ce qui est des volontaires qui proviennent de milieux populaires, nous estimons qu’ils constituent l’écrasante majorité du mouvement, bien que, sur la base des éléments dont nous disposons, leur motivation n’apparaisse pas clairement. On en est donc réduit à formuler des hypothèses : un esprit d’aventurisme ou la volonté d’échapper à des poursuites judiciaires ont pu jouer un rôle. Par contre, les motifs financiers sont à exclure, et on ne peut en aucun cas parler de mercenaires. Au rang des motivations, il faut également reconnaitre la dette envers le philhellénisme français d’autrefois et plusieurs aspects de l’interculturalité franco-hellénique qui marque le 19e siècle. Cette interculturalité s’exprime aussi dans la réapparition d’une République qui incarne de nouveau des rêves et des aspirations également partagés par le peuple grec. La mobilisation de citoyens en soutien à une cause étrangère – et pourquoi pas internationale – témoignent donc de l’imprégnation d’une certaine idéologie politique, pas nécessairement cohérente, mais en tout cas capable de susciter un certain activisme.

 

Des trajets vers la guerre civile ?

La ville de Tours, siège d’une délégation gouvernementale dirigée depuis octobre 1870 par Gambetta, devient le lieu de rencontre de milliers de volontaires, venus de l’étranger et des régions françaises qui ne sont pas occupées par les Prussiens. Sous le terme de « volontaire », il convient donc de désigner l’ensemble hétéroclite de conscrits français, de moblots (membres de la Garde nationale), de francs-tireurs ainsi que l’ensemble des combattants volontaires, étrangers ou non. Leur chiffre demeure indéterminé. Lucy Riall parle d’un « succès populaire » et de 55.000 francs-tireurs [44], Pierre Milza d’« un peu plus de 60.000 combattants pour 350 ou 400 unités », tandis que certains témoignages de l’époque font état d’un effectif qui dépasse les 100.000 personnes.[45] Quoi qu’il en soit, leur intégration dans l’armée régulière n’est ni facile ni souhaitée par le gouvernement de Défense nationale. Il en va de même des chefs militaires, qui se méfient à la fois des idées qui animent ces volontaires et de la liberté d’action que l’état-major leur accorde au début de la guerre : « La plupart des chefs militaires et des dirigeants politiques, à commencer par Gambetta, manifestaient par conséquent une réelle méfiance non seulement au regard de la capacité opérationnelle des compagnies de francs-tireurs, mais aussi parce qu’ils redoutaient de voir se constituer une armée populaire susceptible, une fois la guerre terminée, de disputer le pouvoir aux républicains de gouvernement ».[46] C’est donc en dernier recours seulement que l’intégration des volontaires dans l’armée régulière sera décidée, et ce, de manière précipitée, après la destruction des deux principales armées impériales. De fait, la majorité des compagnies qui arrivent à Marseille, à Lyon, à Tours et au Mans, est composée d’unités mobiles et de francs-tireurs qui pratiquent la guérilla.

En six mois, comme nous l’avons vu ci-dessus, plusieurs compagnies de volontaires grecs parviennent à échapper aux contrôles policiers et gagnent Messine ou Marseille. Parmi eux, se trouve Alexandros Alexandrou, un officier de l’armée qui, dès son retour à Athènes, publie ses mémoires.[47] Selon son témoignage, corroboré par de nombreux articles de l’époque, la mobilisation de la population marseillaise et de la communauté grecque de cette ville est impressionnante. Les habitants prennent en charge la nourriture, l’équipement et même le divertissement des volontaires, et leur offrent des uniformes portant le signe distinctif de la Légion Grecque.[48] Des commerçants grecs lèvent des fonds pour l’achat des canons, de sorte que les mitrailleuses ainsi achetées portent des noms grecs.[49] La compagnie d’Alexandrou arrive à Lyon le 11 novembre et tente d’éviter son incorporation aux troupes placées sous le commandement de Garibaldi. [50] Pour échapper à la Légion étrangère, constituée en majeure partie de « chemises rouges » garibaldiennes, les membres de la compagnie décident de ne pas bénéficier de leurs grades militaires, mais de se présenter comme de simples citoyens. Après l’intervention à Marseille d’un nommé Pierre Philippe, la compagnie d’Alexandrou fait route vers Tours pour intégrer finalement l’unité du général Ernest de Lipowski. Une fois arrivés à Tours, les volontaires rencontrent l’ambassadeur de Grèce Phocion Roque, à qui ils livrent leur équipement grec et en reçoivent un autre fourni –à titre exceptionnel – par l’armée française.

Au moment où la compagnie d’Alexandrou se trouve à Tours, d’autres compagnies de volontaires grecs se dirigent soit vers la première armée de la Loire, établie à Orléans sous le commandement du général Aurelles de Paladines et destinée à libérer Paris, soit vers Tours, afin de rejoindre la Légion étrangère qui constituera bientôt le noyau de l’armée des Vosges.

Après les opérations militaires du début décembre à Orléans, l’armée de la Loire se trouve coupée en deux, ce qui coûte à Aurelles de Paladines son commandement et oblige Gambetta à former l’armée de l’Est (commandée par Bourbaki), et la deuxième armée de la Loire (commandée par Chanzy). Bien que la compagnie d’Alexandrou suive la deuxième armée de la Loire, des volontaires grecs sont présents dans les trois grandes armées et, peu après, parmi les troupes chargées de la défense de Paris. La difficulté à reconstituer les trajets précis des troupes mobiles et des francs-tireurs ne concerne pas seulement les unités formées d’étrangers mais l’ensemble des volontaires. Comme le souligne Milza : « Il n’est pas toujours facile de distinguer les actions menées, dès le début du conflit, par les mobiles et des représentants de la garde nationale, agissant dans le cadre des opérations de l’armée régulière, de celles de la masse des francs-tireurs et des autres volontaires. De surcroît, on ignore le nombre de ces combattants opérant par petits groupes non officiellement reconnus et souvent non identifiés par les chefs de l’armée régulière ».[51]

Vers la fin de l’été 1870, le Second Empire, obligé d’accepter les compagnies de volontaires étrangers, prend plusieurs mesures de précaution concernant la capitale, notamment en y interdisant leur présence.[52] Cette restriction est facilement explicable dans la mesure Paris connait une intense agitation, le mécontentement de la classe ouvrière s’étant déjà manifesté avec force durant les dernières années de l’Empire. Néanmoins, les échecs militaires et la menace d’une occupation allemande de Paris obligent les dirigeants politiques et militaires à faire entrer les troupes composées d’étrangers dans la capitale révolutionnaire.

Carl Schmitt parle de la « guerre à outrance, populaire, nationale et improvisée » comme arrière-plan du modèle du franc-tireur, celui d’un guerrier improvisé et imprévisible, auquel le soldat allemand fait face pour la première fois sur le front de 1870.[53] Si le franc-tireur français est considéré à divers moments de « l’année terrible » comme une figure semi-légale tant par l’ennemi que par l’Etat, le franc-tireur, ou tout simplement le volontaire, étranger est la figure marginale par excellence. La clandestinité est inhérente à sa situation, qui le marque dès le moment de son enrôlement et le suit tout au long de sa trajectoire. Il se distingue du combattant régulier et, par sa simple présence, il représente une remise en cause de l’organisation militaire régulière. La création de la Légion étrangère apparaît donc comme la seule solution qui permette de régulariser le statut des volontaires.

Dans ce contexte, l’arrivée de volontaires grecs à Paris, mentionnée par plusieurs témoignages, nous paraît très importante puisqu’elle présuppose un long itinéraire à l’intérieur du pays. Quittant la Grèce pendant l’été, les premiers groupes auraient pu être les témoins de l’agitation qui débute à Marseille dès le 7 août et de l’insurrection de septembre durant laquelle un comité révolutionnaire occupe l’Hôtel de ville et la préfecture.[54] Ce qui est certain c’est que, environ un mois plus tard (le 1er novembre), la compagnie d’Alexandrou se trouve dans la cité phocéenne et observe quelque peu stupéfaite la première proclamation de la Commune à Marseille. Alexandrou relate l’occupation de l’Hôtel de ville et les autres évènements de la journée révolutionnaire mais ne participe guère à l’agitation.[55] Il est parmi ceux qui, après avoir accompli leur devoir envers la France, vont quitter le pays. Il apprendra les nouvelles de la Commune par les gros titres des journaux athéniens. Bien que complètement dévoué à sa carrière militaire, Alexandrou n’omet pas de décrire son expérience du front et ne manque pas de surprendre quand il exprime de l’intérêt, et même une certaine approbation, à l’égard des paroles d’un athée rencontré durant de son voyage.[56]

Les villes par lesquelles passent les unités de volontaires étrangers pendant cette période de six mois sont le théâtre d’épisodes révolutionnaires, qui se soldent par des échecs mais laissent une bonne partie de la population en possession d’armes. La rébellion semble contagieuse à l’automne de 1870 puisqu’elle se propage à Lyon, Marseille, Toulouse et Nice. Des comités de salut public occupent les centres administratifs des villes en question, proclament la République, et parfois, comme ce fut le cas de Bakounine à Lyon, décrètent également « l’abolition de l’État ». Les insurgés pillent les armureries afin de distribuer les armes à la population et aux gardes nationaux. Ainsi, dans certains cas, les combattants irréguliers, français ou étrangers, ne se consacrent pas exclusivement à la défense du territoire, mais saisissent aussi l’occasion pour entrer en contact avec une lutte sociale et politique.

Dans ce contexte, la réaction des 1500 volontaires grecs qui font le trajet de Marseille, Lyon, Orléans, Le Mans vers Paris, prend une importance tout particulière. On peut dire que les volontaires ne traversent pas tout simplement la France, mais aussi les « champs idéologiques » d’un pays qui se dirige à grands pas vers la guerre civile. L’initiative d’aller au front, le caractère semi-clandestin du mouvement, le contact avec un milieu populaire et animé de tendances contradictoire, le caractère d’une mobilisation en armes, la rencontre avec des populations locales prêtes au combat, tout cela nous permet de supposer des mutations idéologiques. La guerre devient l’occasion pour que s’affirme de nouveau en Europe une solidarité révolutionnaire internationaliste, qui peut également être reliée aux événements de la Commune de Paris.

Mais avant d’en venir à la Commune, il conviendrait de mentionner quelques témoignages sur le rôle des volontaires grecs venant des certains acteurs de « l’année terrible », témoignages convergents malgré les divergences idéologiques et politiques de leurs auteurs. Le géographe libertaire, militant anarchiste et futur communard Élisée Reclus, dans son œuvre Nouvelle géographie, et plus précisément dans le chapitre qu’il consacre à la Grèce, saisit cette occasion de rendre hommage, ne serait-ce que brièvement, aux volontaires grecs de 1870, dont l’effectif se serait élevé à plus de 1000 personnes.[57] En 1871, l’historien, journaliste et philhellène Alfred Mézières, qui avait participé à l’insurrection crétoise, rédige un article exhaustif sur le même sujet publié dans La Revue des Deux Mondes.[58] Il y retrace la chronique de la perception de la guerre en Grèce, rend compte de l’hostilité initiale de l’opinion envers la France et mentionne la mobilisation de 1500 volontaires, tout en fournissant quelques informations sur l’organisation du mouvement. [59] Douze ans plus tard, il consacre de nouveau plusieurs pages de son livre Hors de France à la question des volontaires grecs. Il insiste sur le chiffre de 1500 volontaires et mentionne un effectif supplémentaire de 1200 personnes qui ont été finalement empêchées par la police grecque de partir pour la France.[60] De son côté, Edmond Desmaze, officier de haut rang pendant la guerre et  la répression de la Commune, déclare qu’en janvier 1871 l’effectif des volontaires grecs est estimé entre 1300 et 1400 personnes et souligne qu’il a accueilli lui-même à Lyon le troisième « tagma [bataillon] de ces pallikares [nom des combattants de la guerre d’indépendance de la Grèce de 1821-1831] » afin de les conduire à l’armée de la Loire.[61]

 

Des Grecs dans la Commune de Paris

La participation des Grecs à la Commune est attestée par plusieurs sources, bien que leur nombre ait été plus que restreint. Peu avant la répression sanglante de la révolution parisienne, divers décrets publiés au Journal Officiel de la Commune nomment à des postes attachés à divers bataillons fédérés des ressortissants portant un nom grec : Stavros Dimitriou [apparaissant comme Stabross Démétrious] (aide-major/187e bataillon),[62] Nicolas Sevastopoulos (chirurgien-major par intérim/105e bataillon), Michel/Michalis Nikiphorakis (aide-major/105e bataillon)[63] et Vasilis/Basile Soteriadès[64] (chirurgien-major/82e bataillon). Il semble également qu’Epaminondas Melanidès ait été arrêté par la police pour avoir participé à l’insurrection.[65] La presse française se réfère aussi à plusieurs personnes portant des noms grecs en leur attribuant d’autres nationalités comme par exemple un nommé Charalambo, chirurgien-major des éclaireurs fédérés, désigné comme Polonais, et Soteriades, chirurgien-major, identifié comme Espagnol.[66]

Dès l’été 1871 et jusqu’à la fin de la même année, plusieurs pays européens sont informés par le gouvernement français à propos de la participation de certains de leurs citoyens à la Commune de Paris. Ils effectuent alors des démarches en faveur de leurs ressortissants arrêtés à la suite de l’insurrection. Le général Appert informe le ministre des Affaires étrangères, Jules Favre sur les détenus étrangers bénéficiant d’un non-lieu ou relaxés par la justice française.[67] Dans cette correspondance, on ne trouve aucune lettre adressée au gouvernement grec. Par contre, le 22 octobre et le 9 novembre 1872, Jules Favre est informé par le Ministère de Justice sur le cas de huit ressortissants étrangers bénéficiant d’un non-lieu, parmi lesquels figurent deux Grecs, Diamantis Diamantopoulos[68] et Georges Siatis.[69]

Peu après, le gouvernement français commence à chercher des solutions afin de diminuer le nombre des prisonniers. Comme le souligne Jacques Rougerie, « les prisons de Paris, de Versailles, des environs, surpeuplés, on ne savait où mettre les détenus ; 28.000 d’entre eux furent tant bien que mal parqués à Brest, Cherbourg, Lorient, Rochefort, La Rochelle, exactement comme des forçats ».[70] Le gouvernement français, après avoir pourchassé les communards célèbres, étrangers ou français, essaie de se débarrasser de la plupart de ces révolutionnaires étrangers et inconnus. La solution adoptée, proposée par le garde des Sceaux Jules Dufaure, réactive une ordonnance datant de la Restauration (2 avril 1817), selon laquelle à la détention peut se substituer le bannissement.[71] Les premiers transferts des détenus se font discrètement à destination des ports anglais, ce qui provoque la réaction de la Grande Bretagne. L’ambassadeur Lord Lyons mentionne le passage par Dieppe de six ressortissants étrangers, parmi lesquels on repère deux Grecs, mentionnés sous les noms de Passavanti et Mavrogianni.[72] Le 29 juin sept autres étrangers, dont trois citoyens grecs, suivent le même trajet. [73]

L’affaire a fait l’objet d’une fuite dans la presse britannique et le quotidien Times souligne l’erreur inepte du gouvernement français de « détourner la rivière des communistes vers nos rivages ».[74] La peur d’un éventuel retour des membres de l’Association Internationale des Travailleurs [la 1ère Internationale] n’est pas apaisée par les propos du nouveau ministre des Affaires étrangères, Charles de Rémusat, qui assure son homologue britannique que les individus transférés ne sont pas des détenus politiques.[75] L’ensemble de la documentation démontre toutefois que les autorités françaises sont à la recherche d’une ruse qui leur permettra de renvoyer des prisonniers étrangers.[76] Une situation analogue se reproduit aux frontières belges, car la France essaie de présenter dans la correspondance officielle les prisonniers politiques comme de simples criminels du droit commun afin de les expulser de son territoire.[77] Suite au fiasco diplomatique, les autorités françaises examinent à peu près une dizaine des pays comme destinations possibles des communards étrangers expulsés. La Chine, la Russie, le Maroc, l’Argentine et la Grèce, entre autres, sont minutieusement évalués comme éventuels lieux de déportation. On examine leur législation relative à l’émigration et on cherche à savoir si les pays en question sont favorables à l’accueil des condamnés politiques étrangers, des mendiants et des infirmes sur leurs territoires.[78] L’Argentine est finalement choisie et des « compagnies d’immigration » entreprennent le transport des communards étrangers.[79]

 

Quelques questions sur le mouvement des volontaires grecs

Les noms grecs qui apparaissent dans la documentation sur la Commune appartiennent aux Grecs seraient-ils ceux de Grecs qui résidaient déjà à Paris ? Selon le recensement de 1866, le nombre d’habitants grecs à Paris ne dépasse pas les 281 personnes[80]. Y aurait-il parmi eux des militants liés à l’Internationale, aux blanquistes ou à un autre groupe radical ? La communauté grecque à Paris est minutieusement surveillée tant par l’ambassadeur grec que par la presse athénienne. Celle-ci considère ses membres comme les représentants de la nation à l’étranger et manifeste à leur égard une grande admiration. Il nous semble que si l’un de ces Grecs avait rejoint les rangs de la Commune, la nouvelle aurait aussitôt circulé, provoquant l’intervention immédiate de l’ambassadeur grec. De plus, la communauté est composée, dans sa grande majorité, par des familles aisées qui, selon toute vraisemblance, n’avaient pas besoin de la solde de 1,5 franc par jour attribuée aux membres de la Garde nationale. Par ailleurs, la possibilité de quitter Paris se présente à plusieurs reprises durant « l’année terrible ». La grande masse de la bourgeoisie se réfugie en province ou à Versailles tant après la fin du siège prussien qu’à la veille de la révolution. Durant la Commune, le gouvernement versaillais invite à plusieurs reprises les habitants à quitter la capitale et la voie de sortie reste ouverte jusqu’à la mi-avril.

Il est donc probable que les Grecs impliqués dans la Commune proviennent de l’effectif de 1500 volontaires grecs ayant pris part à la guerre franco-prussienne et que Gustave Flourens ait joué un rôle dans cette mobilisation. En octobre 1870, Flourens se trouve déjà à Paris et commandait une compagnie de tirailleurs-francs-tireurs qui opéraient dans les environs de Belleville. Mais si l’historiographie de la Commune a fourni, même de façon partielle, des prosopographies des noyaux de militants néo-jacobins, de blanquistes et de membres de syndicats et de sections de l’Internationale, les tirailleurs de Belleville qui agissent à Paris durant l’automne de 1870 restent anonymes, même dans les témoignages des acteurs qui sont en contact avec les milieux révolutionnaires.

Après l’insurrection manquée du 30 octobre 1870, Flourens, arrêté le 7 décembre et condamné à mort par contumace, s’évade de la prison de Mazas grâce à l’aide d’Amilcare Cipriani, garibaldien et ancien volontaire de l’insurrection crétoise.[81] Il rase sa barbe, se déguise et se cache à Meudon, chez Pierre Larousse. « Un étudiant d’Athènes, venu à Paris comme volontaire, le rencontra vers cette époque, aux alentours de Meudon ». [82] Si l’information fournie par l’officier Edmond Desmaze est exacte, il est remarquable qu’à un tel moment de danger, peu avant la Commune de Paris, Flourens entre en contact avec un volontaire grec. Nous n’insinuons pas que les tirailleurs de Belleville aient été des volontaires grecs. Les résultats de notre recherche nous permettent seulement de formuler quelques hypothèses.

Le mouvement de volontaires grecs ne fut ni représenté ni soutenu par quelque parti politique que ce soit, et pourtant il a bel et bien existé. L’inertie sociale qui prévaut dans le royaume grec de l’époque, comme l’affirme une grande partie de l’historiographie grecque, se fracture sous la marche de ces 1500 volontaires. Certes, il s’agit d’un contingent hétérogène, inspiré par des motivations et des buts divergents. En plus de la diversité de leurs trajets spatiaux, les volontaires prennent des positions et participent à des initiatives aux buts variés ; ils s’accordent ou s’opposent aux personnes et aux événements qu’ils croisent. L’harmonie et la convergence dont fait état la presse athénienne n’apparaissent guère fondées sur des témoignages avérés. Quand on examine ses buts, l’unité du mouvement se fragmente et s’organise autour d’une pluralité de noyaux idéologiques : la dette envers la France, la tradition du philhellénisme et de la francophilie, la promotion au sein d’une carrière militaire, l’aventurisme, les facettes du rêve républicain, la franc-maçonnerie, l’irrédentisme et même le projet d’une confédération balkanique.

La presse bourgeoise athénienne minimise systématiquement l’importance du mouvement et ne s’y réfère qu’à des occasions exceptionnelles, dans le seul but de valoriser la participation de quelques militaires, de faire l’éloge de la « gloire » de la « race » grecque, ou, plus prosaïquement, pour refouler le trauma de l’insurrection crétoise de 1866 et apaiser le scandale international résultant du massacre dit d’Oropos[83]. Par contre, la majorité des participants du mouvement, provenant de milieux modestes, est condamnée à l’oubli. Que pourrait signifier ce silence et quel a été le sort de ces volontaires ?

Il est probable que les volontaires issus de milieux populaires n’aient pas eu les moyens nécessaires pour rentrer en Grèce ou qu’ils aient décidé de ne pas entreprendre le trajet du retour. Il est aussi probable que plusieurs volontaires aient réussi à poursuivre leur trajet vers Paris, en suivant la Légion étrangère ou les autres armées régulières. En 1897, le journal catholique La Croix dédie un long article aux volontaires grecs. Il se réfère aux 1500 volontaires qui ont gagné la France aux 200 d’entre eux qui ont péri au combat et à 1200 personnes qui ont essayé d’arriver en France sans y parvenir. L’auteur de l’article fait l’éloge du mouvement, mais regrette que « le plus grand nombre des volontaires grecs avaient été versés dans la horde d’aventuriers commandée par Garibaldi, et [que] les tristes exploits de leurs compagnons ont jeté un voile sur le généreux dévouement des Hellènes ». [84] Cet article est par ailleurs représentatif de l’image du révolutionnaire italien – à qui, ne l’oublions pas la Commune avait proposé (sans succès) de prendre la tête des troupes fédérées – auprès de l’opinion conservatrice française, et même des républicains modérés. Dans son ouvrage de 1873 consacré aux opérations militaires dans l’est de la France durant la guerre de franco-prussienne, Charles Beauquier, franc-maçon actif et futur député radical-socialiste, se réfère avec un dégoût évident à « cette armée [la Légion étrangère] ramassis sans cohésion de soldats de toutes armes et de toutes nationalités »[85]. En fait, la majorité des volontaires grecs a suivi la Légion étrangère de Garibaldi[86] et, d’après ce qu’on connaît de l’historiographie de la Commune, une grande partie des étrangers présents dans les barricades de la capitale française au printemps de 1871 provient justement des rangs de francs-tireurs qui avaient participé à la guerre de 1870.[87] C’est sans doute l’une des raisons qui expliquent le refoulement leur présence et de leur contribution dans les récits consacrés de ces événements.

Il semble que l’histoire de l’année 1870-1871 ne soit pas seulement nationale ; elle englobe et mobilise les forces variées et les espoirs portés par la solidarité révolutionnaire internationaliste des combattants volontaires étrangers, autant de questions qui restent encore à étudier et qui peuvent élargir notre regard historique.

* * *

Xenia Marinou est historienne, basée à Athènes. Ses recherches portent sur la Commune de Paris, le mouvement social et le socialisme au 19e siècle. Elle est l’autrice de Αναζητώντας οδοφράγματα. Αστικός τύπος και ελληνικές συμμετοχές στον γαλλοπρωσικό πόλεμο και την Παρισινή Κομμούνα [A la recherche des barricades. Presse bourgeoise et participations grecques à la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris], Athènes, Editions Kapsimi, 2015.

 

Notes

[1] Pierre Milza, L’année terrible, La guerre franco-prussienne, septembre 1870-mars 1871, Paris, Perrin, 2009, p. 235.

[2] Une première version de ce texte a été publiée dans les actes du colloque de Strasbourg de février 2020 : Nicolas Bourguinat, Alexandre Dupont, Gilles Vogt (dir.), La Guerre de 1870, conflit européen, conflit global, Paris, Editions du Bourg, 2020.

[3] L’île de Syra, ou Syros, et sa capitale Hermoupolis, qui compte 20 000 habitants, forment le deuxième noyau urbain de Grèce (Athènes, la capitale, atteint à peine 40 000 habitants à l’époque) et le principal centre manufacturier et portuaire du jeune Etat.

[4] Voir la notice qui lui est consacrée dans le Maitron en ligne.

[5] Archives Diplomatiques, Ministère des Affaires étrangères, Correspondance Politique [M.A.E.E./C.P.], Grèce, 1814-1896/v. 5/ Boismont, dépêche, Corfou, 1/6/1870.

[6] Boismont écrit le nom de l’agent comme « Griselli de Venzano »: M.A.E.E./C.P.C./Corfou/1869-1875/v. 2/Boismont à Gramont, Corfou, 8/6/1870. Nous sommes d’avis qu’il s’agit d’une erreur de transcription du nom de Jacques François Griscelli de Vezzani, agent secret sous le Second Empire, lui-même surveillé durant cette période par la police parisienne sous les ordres de Joseph Marie Pietri.

[7] M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v. 96-97/ Baude à Gramont, Athènes, 4/6/1870.

[8] M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v. 96-97/ dépêche, Baude, Athènes, 10/6/1870.

[9] M.A.E.E./C.P.C./Syra/ 1868-1874/v.3/Challet à Gramont, Syra, 16/8/1870.

[10] Idem.

[11] M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v. 96-97/Préfet d’Acarnanie et Etolie au Président du Conseil, Missolonghi, 12/6/1870.

[12] Giuseppe Garibaldi, figure centrale du Risorgimento, a dirigé de nombreuses campagnes militaires qui ont conduit à l’unification de l’Italie. Connu aussi comme « le Héros des deux Mondes » pour avoir participé à de multiples entreprises militaires en Europe et en Amérique du Sud, il incarne le modèle du volontaire révolutionnaire du 19e siècle. Faisant converger nationalisme et internationalisme dans une conscience quasi-universelle, sa vie légendaire reflète plusieurs contradictions du Romantisme. A soixante ans, Garibaldi débarque à Marseille (le 7 octobre 1870) et entreprend d’organiser un corps de quelques centaines de volontaires italiens qui se trouvent déjà à Chambéry et à Marseille. Ce corps, auquel se joignent des compagnies de francs-tireurs d’autres nationalités, constituera le noyau de l’armée des Vosges, chargée par Gambetta d’affronter les Prussiens dans l’est de la France. Garibaldi, seul général français à ne pas avoir été vaincu, comme le souligna Victor Hugo, est élu à l’Assemblée Nationale par les Parisiens, mais il démissionne suite au tumulte déclenché par les députés de la majorité monarchiste et bonapartiste.

[13] Foreign Office [F/O.].32/410/Everton à Gladstone, Corfou, 6/10/1870.

[14] F.O.32/410/Saunders à Gladstone, Corfou, 21/6/1870 (confidentielle), Everton à Gladstone, Corfou, 21/6/1870, Everton à Gladstone, Corfou, 2.8.1870 (confidentielle).

[15] F.O.32/410/Everton à Gladstone, Corfou, 2/8/1870 (confidentielle).

[16] Gustave Flourens, Paris Livré, Paris, Librairie Internationale A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1871, p. 24-25.

[17] Ibid., p. 62-63.

[18] « Interviewing Garibaldi », The Wellington Independent, n° 3090 du 27/12/1870. Ricciotti Garibaldi ne quitte Corfou qu’au mois d’octobre et il est probable qu’il cordonne des corps des volontaires grecs.

[19] M.A.E.E./A.D.P./Grèce/1815-1896/v. 5/dépêche, Athènes, 6/8/1870.

[20]Alfred Mézières, Hors de France, Italie-Espagne, Angleterre-Grèce Moderne, Paris, Librairie Hachette, 1907, p. 202-208.

[21]M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v.96-97/Baude, dépêche, Athènes, 23/7/1870.

[22]M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/ vol. 96-97/Baude, dépêche, Athènes, 23/7/1870.

[23] Αστήρ, n° 23, 5/10/1870. Garibaldi promet, après la libération de la France, celle de l’Epire et de la Macédoine. Voir aussi Αστήρ, n° 18, 12/9/1870.

[24] Αστήρ, n° 25, 19/10/1870.

[25] Carl Schmitt, La notion de politique, suivi de Théorie du partisan, Paris, Champs/Flammarion, 2009.

[26] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870- Commune 1871/d. 68/Ministère de la Guerre, n° 4750, 6/9/1870.

[27]M.A.E.E./F.N./Guerre 1870-Commune 1871/d. 67/Bureau du Recrutement, n° 237, Paris, 27/7/1870.

[28] M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v. 96-97/ à Baude, Tours, 16/10/1870.

[29] M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v. 96-97/Baude, dépêche, Athènes, 14/10/1870.

[30]Archives Diplomatiques et Historiques du Ministère Grec des Affaires Etrangères [ADH]/1871/dossier 99.2, Athènes, 16/12/1870.

[31] Le phénomène du « brigandage » atteint son apogée en Grèce durant les années 1870-1871 ; suite au retentissement du massacre d’Oropos (cf. ci-dessous note 105), la répression des brigands par l’Etat s’intensifie.

[32] Mézières, Hors de France…, op. cit., p. 289-295. L’auteur se réfère à la mobilisation qui a eu lieu surtout à Nauplie, en Messénie, à Sparte, en Epire et dans le Péloponnèse.

[33] M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v. 96-97/Baude à Favre, Athènes, 20/10/1870.

[34]M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/v. 96-97/Baude à Favre, Athènes, dépêche, 20/10/870, Meyssonier à Chaudordy, Pirée, 20/10/1870.

[35] Παλιγγενεσία, n° 1879, 20/11/1870, n° 2064, 24/11/1870, n° 2066, 27/11/1870, n° 2076, 12/12/1870.

[36] Αστήρ, n° 33, 14/11/1870.

[37] La Bourgogne pendant la guerre et l’occupation allemande (1870-1871) d’après la Gazette officielle de Carlsruhe, Dijon, J. Marchand-Manière Loquin, 1875, p. 76.

[38] M.A.E.E./C.P./Grèce/1869-1870/n. 96-97/Baude à Favre, Athènes, 13/12/1870.

[39] ADH/1871/d. 99,2/Wagner à Deligeorgis, 5/12/1870.

[40] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870-Commune 1871/d. 68/Offres d’engagement volontaire d’étrangers et transmises par les représentations françaises ou autres ministères au département (19 juillet-14 septembre 1870). Offres de service de chirurgiens, transmises par le ministère de la Guerre (juillet-août 1870).

[41] Αλέξανδρος Φ. Αλεξάνδρου, Απομνημονεύματα των εν Γαλλία Μεταβάντων Εθελοντών κατά τον πόλεμον του 1870 [Mémoires des volontaires de la guerre de 1870 en France], Athènes, Εκ του Τυπογραφείου Νικήτα Γ. Πασσάρη, 1871.

[42] Alfred Mézières, « La Grèce et ses Volontaires dans la guerre de 1870 », art. cit., p.  35. Voir aussi La Croix, 24/2/1897 et Αλέξανδρος Φ. Αλεξάνδρου, Απομνημονεύματα…, op. cit.

[43] Αυγή, n° 2720, 10/8/1871 ; Αστήρ, n° 22, 30/9/1870 ; Παλιγγενεσία, n° 2127, 27/2/1871.

[44] Lucy Riall, Garibaldi, Invention of a Hero, New Haven et Londres, Yale University Press, 2008, p. 352-353.

[45] La Bourgogne pendant la guerre et l’occupation allemande (1870-1871) d’après la Gazette officielle de Carlsruhe, op. cit., p.  6.

[46] Pierre Milza, « L’année terrible » …, op. cit., p. 188.

[47] Αλέξανδρος Φ. Αλεξάνδρου, Απομνημονεύματα…, op. cit.

[48] Idem, p.  24-27.

[49] Μέλλον, n° 713/8-1-1871, Παλιγγενεσία, n. 2016/19-9-1870, n. 2020/25-9-1870· Μέλλον, n. 684-18/9/1870 ; Παλιγγενεσία, n° 2066-28/11/1870 ; Αστήρ, n° 21-26/9/1870, Μέλλον, n° 759-22/6/1871.

[50] A l’inverse, un autre volontaire renommé, Elias Stekoulis déclare sa fierté d’avoir servi sous les ordres de Garibaldi et dédie à sa mémoire une collection des poèmes (Ηλία Στεκούλη, Φρόνημα…, Athènes, Εκ του Τυπογραφείου της «Λακωνίας», 1882).

[51] Pierre Milza, « L’année terrible »…, op. cit., p.186-187.

[52] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870-Commune 1871/d. 68/Ministère de la Guerre, général Charles Dejean à Jules Favre,  n. 3947, Paris, 5.8.1870.

[53] Carl Schmitt, Théorie du partisan, op. cit., p. 239-244.

[54] Antoine Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille et ses origines, Paris, Editions Jeanne Lafitte, 2004 ; Jeanne Gaillard, Communes de provinces, commune de Paris, 1870-1871, Paris, Flammarion, 1971.

[55]Αλέξανδρος Φ. Αλεξάνδρου, Απομνημονεύματα…, op. cit., p. 31-32.

[56] Ibid., p. 45.

[57] Elisée Reclus, Nouvelle géographie Universelle. La Terre et les Hommes, Paris, Hachette, 1876, p. 125.

[58]  Alfred Mézières, « La Grèce et ses volontaires dans la guerre de 1870 », Revue des deux Mondes, 2e période, tome 94, 1/7/1871, p. 26-45, disponible ici.

[59] Ibid., p.  41.

[60]Alfred Mézières, Hors de France, Italie-Espagne, Angleterre-Grèce Moderne, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1907, p. 291

[61] [Edmond Desmaze], Souvenirs d’un Philhellène : Gustave Flourens et l’insurrection Crétoise, Lyon, 1893, p. 383.

[62] Journal Officiel de la République française [Commune de Paris], 10/05/1871.

[63] Ibid., 11/05/1871.

[64] Ibid., 19/05/1871.

[65] Archives de la Préfecture de Police/Série B, Fonds issus du Cabinet du Préfet de Police (1869-1970)/sous-série BA, rapports et renseignements adressés au cabinet du Préfet (2200 cartons)/BA 370, Dossiers de l’Insurrection de 2001.a.1 à 2001.a.4360.

[66] Le Petit Journal, 1/06/1871.

[67] M.A.E.E./F.N./Guerre de 1870 – Commune de 1871/d. 91/Les communards français et étrangers. Correspondance adressée à Jules Favre contenant les réclamations de diplomates étrangers en faveur de certains de leurs ressortissants détenus en France (30 mai-23 décembre 1871). Réponses du département aux interventions de diplomates étrangers en poste en France en faveur de leurs ressortissants. Listes de détenus étrangers bénéficiant d’un non-lieu ou relaxés adressées par la Justice au département (17 juillet-24 décembre 1871)/Appert à Favre, n° 358, Versailles, 17 Juillet 1871.

[68]  M.A.E.E./F.N./Guerre 1870 – Commune 1871/d. 91/n. 2164, Versailles, 22/10/1871.

[69] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870 – Commune 1871/d. 85/Service de la Justice, n. 2823, Versailles, 19/11/1871.

[70] Jacques Rougerie, Procès des Communards, Paris, Julliard, 1964, p. 20-21.

[71] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870 – Commune 1871/d. 87/Ministère de la Justice, Direction des Affaires criminelles et de Grâces, Dufaure à Favre, n° 5795, Versailles, 8/6/1872.

[72] M.A.E.E./F.N./Guerre de 1870 – Commune de 1871/d. 87/Ministère de l’Intérieur, Direction de la Sûreté Générale, Marc-Antoine Calmon à Favre, Versailles, 28/6/1872.

[73] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870 – Commune 1871/d. 87/ Les Communards, 12/6/1872.

[74]  Times, 17/6/1872.

[75] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870 – Commune 1871/d. 87/Rémusat à Lyons, Versailles, 4/7/1872.

[76] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870 – Commune 1871/d. 87/Ministère de la Justice, Direction des Affaires criminelles et des Grâces, Versailles, 8/6/1872.

[77] M.A.E.E./F.N./Guerre 1870 – Commune 1871/d. 87/Légation de Belgique à Rémusat, n° 2342, Paris, 3/10/1872.

[78] M.A.E.E./F.N./Guerre de 1870 – Commune de 1871/d. 88/Ambassade de France en Angleterre, Direction Politique, Harcourt à Rémusat, n° 2328, Londres, 30/3/1873.

[79] L’expansion du mouvement anarchiste en Argentine et la parution du premier journal anarchiste à Buenos Aires par un ex-communard ne relèvent pas d’un hasard. Cf. Sheldon B. Liss, Marxist Thought in Latin America, Berkeley, University of California Press, 1984, p. 40

[80] Despina Papadopoulou, Les Grecs à Paris à la Fin du XIXe siècle : la construction d’une communauté migrante, thèse EHESS, Paris, février 2004, tableau 5, p. 61.

[81] Amilcare Cipriani s’engage dans les troupes de Garibaldi dès l’âge de 15 ans. En 1864, il participe à la rencontre fondatrice de l’AIT et s’installe à Alexandrie. Bien que sa présence à la révolution crétoise ne soit pas signalée par la presse de l’époque, Cipriani parle de cette aventure lui-même 31ans plus tard, dans une lettre-préface d’un ouvrage consacré à Flourens : Charles Prolès, G[ustave] Flourens, Insurrection Crétoise 1867-1868, Siège de Paris, 1870-1871, Paris, Dépôt Général, 1898, p. 28. Il se lie avec Flourens d’une amitié profonde et le rejoint durant la guerre franco-prussienne. Le 21 janvier 1871, Cipriani, à l’aide d’une centaine de gardes nationaux de Belleville, libère Flourens et l’ensemble des condamnés politiques de la prison de Mazas. Par une ironie du sort, Cipriani se trouve aux côtés de Flourens au moment de la mort atroce de celui-ci, mutilé au sabre puis fusillé par les Versaillais. Arrêté, Cipriani est jugé, d’abord condamné à mort, puis, finalement, déporté en Nouvelle Calédonie, où il reste jusqu’à l’amnistie de 1880.

[82] [Edmond Desmaze], Souvenirs d’un Philhellène, op. cit., p. 360-361.

[83] L’épisode du « massacre de Dilessi » (ou « drame d’Oropos ») renvoie à la capture, la prise d’otages et finalement au meurtre d’un groupe de voyageurs anglais et italiens au début d’avril 1870 par des bandits. Cet événement a eu un impact dévastateur sur les relations diplomatiques entre la Grèce, l’Angleterre et l’Italie, et conduit finalement à la chute du gouvernement de Thrasyvoulos Zaïmis. Il constitue la toile de fond du film de Théo Angelopoulos Alexandre le Grand (1980).

[84] La Croix, 24/2/1897.

[85] Charles Beauquier, Guerre de 1870-1871. Les dernières campagnes dans l’Est, Paris, Lemerre, 1873, p. 71, cité in Armel Dirou, « Les francs-tireurs pendant la guerre de 1870-1871 », Stratégique, vol. 93-94-95-96, n° 1-2-3-4, 2009, p. 290.

[86] A la veille de la Commune de Paris, des grecs très jeunes (17-20 ans) servent encore comme francs-tireurs sous le commandement de Ricciotti et Giuseppe Garibaldi : G. Theyras, Garibaldi en France, Dole, Autun, Dijon, Autun, Imprimérie Dejussieu père et fils, 1888, p. 261, 643-664. Voir aussi Robert Middleton, Garibaldi, ses opérations à l’armée des Vosges, Paris, Garnier frères, Libraires-Editeurs, 1872, p.246-252, Auguste Marais, Garibaldi et l’armée des Vosges, Paris, Librairie Germer Baillière, 1872. Je cite encore deux sources, avec une certaine réserve, puisqu’elles semblent faire partie de la propagande orchestrée par Versailles : Eugène Villedieu, Les Scélérats de la Révolution, Paris, E. Lachaud éditeur, 1871, p. 27-33· Louis Enault, Paris brûlé par la Commune, Paris, Henri Plon, 1871, p. 314. Les titres ci-dessus ne figurent pas dans la bibliographie sur La Commune de Robert Le Quillec, Bibliographie critique de la Commune de Paris 1871, Paris, La Boutique de l’Histoire, 2006.

[87] « La Commune et les étrangers », Migrance n° 35, 3e trimestre 2010, Numéro coordonné par Sylvie Aprile, Quentin Dupuis et Jacques Rougerie.

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