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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rédigée par Patrick Le Moal, donnant à voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journée

Les Versaillais pénètrent en profondeur dans Paris Ils avancent partout.

Les troupes versaillaises, qui sont rapidement grosses de 100 000 hommes, avancent au nord jusqu’à la porte de Clichy, prennent la gare Saint Lazare, elles envahissent les Champs-Élysées et prennent le palais de l’Industrie et les quais jusque-là. Rive gauche, elles occupent les quais jusqu’au Palais-Bourbon, en prenant le Champ de Mars et l’École Militaire, s’affrontent aux fédérés au niveau de la gare Montparnasse.

Le canon tire à partir du Trocadéro et de l’Arc de Triomphe pavoisé de faisceaux tricolores. Les batteries de Bécon envoient sur Montmartre une véritable pluie d’obus dont la plupart, n’ayant pas une portée assez longue, n’atteignent pas le but visé et tombent sur les quartiers avoisinant la butte, où ils causent des dégâts considérables. Ce bombardement continue la nuit.

Pour prendre une barricade rive droite au coin des rues d’Anjou et de Suresnes, les compagnies mobiles approchent en passant au travers des maisons et des jardins.

Les avant-postes fédérés de Neuilly, Levallois et Clichy rentrent précipitamment par la porte de Clichy. Ailleurs la résistance est rare dans les quartiers riches par lesquels ils ont pénétré. Il y a quelques combats, à la caserne de la pépinière et l’église Saint-Augustin voisine, aux places de Courcelles et de Wagram, sur le Champ-de-Mars.

Témoignage de Victorine Brocher, 31 ans, piqueuse en bottines, ambulancière

[…] je me réveille en sursaut, j’ouvre la fenêtre, j’écoute attentivement si le signal convenu se fait entendre, le jour paraissait à peine. Ce que je voyais était bien triste, tous les fédérés battaient en retraite […] nos pauvres fédérés faisaient pitié, ils avaient l’air si malheureux, les yeux baissés, tenant les chevaux par la bride, traînant derrière eux tout leur attirail de guerre, ce qu’ils avaient pu sauver, en disant mot ; le délié dura assez longtemps, ils avaient perdu leurs dernières illusions !

Paris avait été envahi sur plusieurs points à la fois.

Ces fédérés venaient d’être attaqués à un bastion de Vaugirard, qu’ils avaient dû abandonner.
Ils se dirigeaient du côté de l’Hôtel de Ville. Ils savaient bien qu’ils n’avaient rien à attendre de bon désormais ; à partir de cet instant, ils désiraient combattre et mourir pour fonder la république […]

Près de deux cent fédérés tiennent La Madeleine jusqu’à la nuit. Encerclés, ils sont réduits à la baïonnette, un massacre épouvantable. Le sang retombe en cascade sur les marches de La Madeleine.

Au fur et à mesure de l’avancée, quelques points de fixation apparaissent. Brunel organise la résistance place de la Concorde, dans les fortifications qui ne sont pas terminées. Les barricades arrêtent les versaillais aux Batignolles, depuis la place Clichy jusqu’à la rue Levis, au nord du parc Monceau et jusqu’à la Fourche. Malon et Jaclard dirigent cette résistance, mais échouent à mobiliser les fédérés de Montmartre qui veulent rester dans leur quartier.

À partir de huit heures, les versaillais n’avancent plus. La fusillade diminue, mais la canonnade continue encore. Rue de Rivoli, le ministère des Finances brûle, détruit par les bombardements, ordonnés par Thiers, sur les Tuileries

Mais les fédérés sont abandonnés à eux-mêmes, sans communication sur les événements, sans avis sur les points de résistance à tenir. Personne, ni à l’état-major, ni à la guerre, n’a prévenu les troupes, pas même celles placées à l’extérieur des fortifications qui sont rentrées précipitamment par la porte de Clichy. Chaque groupe n’a plus rien à attendre que de son initiative, de ses ressources et de l’intelligence de ses chefs.  De ce fait, les résistances fédérées sont locales et ne sont pas reliées entre elles.

 

Les massacres de prisonniers commencent

Vers une heure de l’après-midi, dix-sept gardes nationaux faits prisonniers rue du Bac sont conduits à la caserne de Babylone et fusillés.

 

Réunions à l’Hôtel de Ville

Ce qui reste de pouvoir militaire est concentré à l’Hôtel de Ville. La délégation à la Guerre y est arrivée au petit matin. Elle a évacué sans emporter ou détruire tous les documents accumulés depuis deux mois, autant d’informations sur les activités de milliers de parisiens dans la Garde nationale, qui vont tomber dans les mains des Versaillais.

Il y a peu de monde sur la place. Quelques estafettes, quelques gardes isolés apportent des bribes d’informations, il n’y a de renseignements précis nulle part, les homme envoyés ne reviennent pas. Les officiers d’état-major se font rares.

A neuf heures, une vingtaine de membres de la Commune se réunissent.

Ils donnent les pleins pouvoirs au Comité de salut public pour l’organisation de la Défense, et décide que les membres de la Commune se rendent dans leurs arrondissements respectifs, pour y activer la construction des barricades et la mise en défense des quartiers.

Aucun plan général n’est arrêté ; aucune entente ni concertation n’est débattue pour organiser une résistance méthodique. Tout est abandonné à l’initiative, à l’énergie, à la spontanéité de chacun. L’appel du Comité de Salut public d’hier qui est affiché partout dans les quartiers populaires dénonce la hiérarchie, l’organisation militaire et exalte la seule mobilisation populaire, les bras nus : « Assez de militarisme, plus d’états-majors galonnés et dorés sur toutes les coutures ! Place au peuple, aux combattants, aux bras nus ! L’heure de la guerre révolutionnaire a sonné. Le peuple ne connaît rien aux manœuvres savantes, mais quand il a un fusil à la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l’école monarchiste. » Quand les dirigeants affirment qu’ils ne servent à rien, que le peuple seul peut vaincre, qui peut écouter des consignes structurant une défense ?

Aucune résistance organisée, militairement conduite, qui pourrait être très meurtrière pour l’assiégeant, n’est décidée, ni même débattue, la seule consigne est de se mobiliser !

À midi une proclamation est affichée :

REPUBLIQUE FRANCAISE

LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE

Que les bons citoyens se lèvent !

Aux barricades ! l’ennemi est dans nos murs.

Pas d’hésitation ! En avant pour la République, pour la Commune et pour la liberté !

Aux armes !

Paris, le 22 mai 1871.

Le Comité de salut public, Ant. Arnaud, Billioray, Eudes, Gambon, Ranvier.

Des estafettes sont envoyées pour appeler à la résistance. À défaut de consignes, d’ordres, les appels se succèdent.

À deux heures, l’Hôtel de Ville a repris sa figure de mars. Le Comité de salut public, la Guerre, le Comité central de la garde nationale sont envahis. De multiples appels paraissent.

Dans la soirée, le Comité de salut public lance la proclamation suivante, appelant à nouveau à hérisser Paris de barricades, parce que ces remparts improvisés sont inexpugnables. À nouveau il n’y a qu’un appel à se mobiliser sans aucune organisation collective de ce soulèvement :

Citoyens,

La porte de Saint-Cloud, assiégée de quatre côtés à la fois par les feux du Mont-Valérien et de la butte Mortemart, des Moulincaux et du fort d’Issy, que la trahison a livré ; la porte de Saint-Cloud a été forcée par les Versaillais, qui se sont répandus sur une partie du territoire parisien.

Ce revers, loin de nous abattre, doit être un stimulant énergique. Le Peuple qui détrône les rois, qui détruit les bastilles ; le Peuple de 89 et de 93, le Peuple de la Révolution, ne peut perdre en un jour le fruit de l’émancipation du 18 mars.

Parisiens, la lutte engagée ne saurait être désertée par personne ; car c’est la lutte de l’avenir contre le passé, de la Liberté contre le despotisme, de l’Égalité contre le monopole, de la Fraternité contre l’égoïsme des oppresseurs.

Aux armes !

Donc, AUX ARMES ! Que Paris se hérisse de barricades, et que, derrière ces remparts improvisés, il jette encore à ses ennemis son cri de guerre, cri d’orgueil, cri de défi, mais aussi cri de victoire ; car Paris, avec ses barricades, est inexpugnable.

Que les rues soient toutes dépavées : d’abord, parce que les projectiles ennemis, tombant sur la terre, sont moins dangereux ; ensuite, parce que ces pavés, nouveaux moyens de défense, devront être accumulés, de distance en distance, sur les balcons des étages supérieurs des maisons.

Que le Paris révolutionnaire, le Paris des grands jours, fasse son devoir ; la Commune et le Comité de salut publie feront le leur.

Hôtel-de-Ville, le 2 prairial an 79.

Le Comité de salut public.

Ant. Arnaud, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier.

Les seules décisions pratiques concernent la défense de ces « remparts improvisés ».
Le Comité de salut public

arrête :

Art 1er. Les persiennes ou volets de toutes les fenêtres demeureront ouverts.

Art 2. Toute maison de laquelle partira un seul coup de fusil ou une agression quelconque contre la garde nationale sera immédiatement brûlée.

Art 3. La garde nationale est chargée de veiller à l’exécution stricte du présent arrêté.

Hôtel de Ville, le 3 prairial, an 79

Le Comité de salut public : Ant Arnaud, F. Eudes, F Gambon, G. Ranvier

Le Comité de Salut public autorise les chefs de barricades à requérir l’ouverture des portes des maisons, là où ils le jugeront nécessaire, à réquisitionner pour leurs hommes tous les vivres et objets utiles à la défense, dont ils feront récépissé et dont la Commune fera état à qui de droit.

Le membre du Comité de salut public. G. Ranvier.

Hôtel de Ville, le 3 prairial an 79

Car il arrive que des tirs viennent des maisons parisiennes contre les fédérés.

Élie Reclus , 44 ans, journaliste

Avec un ami, nous explorons le quartier. Nous descendons par la rue des Saints-Pères avec l’intention de traverser le pont. Arrivés sur le quai, une balle siffle à nos oreilles. D’où venait ce messager de mort ? Nous regardons dans la direction indiquée par le bruit. Rien n’est en vue. Mais, retranché derrière une de ses persiennes fermées, quelque bon bourgeois « fait de l’ordre » à l’ange du pont […]

 

Trois appels aux soldats de Versailles à fraterniser

Un appel de la Commune :

LE PEUPLE DE PARIS

AUX SOLDATS DE VERSAILLES

Frères !

L’heure du grand combat des peuples contre leurs oppresseurs est arrivée !

N’abandonnez pas la cause des Travailleurs !

Unissez-vous au Peuple, dont vous faites partie !

Laissez les aristocrates, les privilégiés, les bourreaux de l’humanité se défendre eux-mêmes, et le règle de la justice sera facile à établir.
Quittez vos rangs !

Entrez dans vos demeures.

Venez à nous, au milieu de vos familles. Vous serez accueillis fraternellement et avec joie.

Le Peuple de Paris a confiance en votre patriotisme.
VIVE LA RÉPUBLIQUE !

VIVE LA COMMUNE !

3 prairial an 79

LA COMMUNE DE PARIS

Un appel du Comité de salut public :

Soldats de l’armée de Versailles,

Le peuple de Paris ne croira jamais que vous puissiez diriger contre lui vos armes quand sa poitrine touchera les vôtres ; vos mains reculeraient devant un acte qui serait un véritable fratricide.

Comme nous, vous êtes prolétaires.

Comme nous, vous avez intérêt à ne plus laisser aux monarchistes conjurés le droit de boire votre sang comme ils boivent nos sueurs.

Ce que vous avez fait le 18 mars, vous le ferez encore, et le peuple n’aura pas la douleur de combattre des hommes qu’il regarde comme des frères et qu’il voudrait voir s’asseoir avec lui au banquet civique de la Liberté et de l’Égalité.

Venez à nous, frères, venez à nous ! nos bras vous sont ouverts !

Le Comité de Salut public, Ant. Arnaud, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier.

3 prairial an 79

Un appel du Comité central de la Garde nationale :

Soldats de l’armée de Versailles,

Nous sommes des pères de famille.

Nous combattons pour empêcher nos enfants d’être un jour courbés, comme vous, sous le despotisme militaire.

Vous serez un jour pères de famille.

Si vous tirez sur le peuple aujourd’hui, vos fils vous maudiront, comme nous maudissons les soldats qui ont déchiré les entrailles du Peuple en Juin 1848 et décembre 1851.

Il y a deux mois, au 18 mars, vos frères de l’armée de Paris, le cœur ulcéré contre les lâches qui ont vendu la France, ont fraternisé avec le Peuple : imitez-les.

Soldats, nos enfants et nos frères, écoutez bien ceci, et que votre conscience décide :

Lorsque la consigne est infâme, la désobéissance est un devoir.

4 prairial an 79.

LE COMITÉ CENTRAL

 

Paris se couvre de barricades

Le bruit du tocsin et les sonneries désespérées de la générale retentirent dès deux heures du matin et toute la nuit, avec un fracas lugubre.

« Aux barricades ! », crie-t-on de toutes parts.

Tou-tes les partisan-es de la révolution s’y mettent et en quelques heures plusieurs centaines de barricades sont construites. Partout les fédérés travaillent avec une activité fiévreuse à l’installation de ces retranchements qui se construisent aux bruits stridents de la lutte, presque sous le feu de l’armée versaillaise.

Jezierski cité par Benoît Malon, 30 ans, ouvrier teinturier, journaliste

[…] les barricades poussent de terre, au bout de chaque rue, à l’angle de chaque carrefour, même dans les quartiers hostiles à la Commune, comme celui de l’opéra, de la Bourse, du faubourg Saint-Germain ; c’est que le gros des fédérés ont envahi le centre de Paris, choisissant les emplacements, un premier cordon est tiré le long de la chaussée, puis toute la bande se met à l’ouvrage, chaque passant doit apporter son pavé… dans les quartiers hauts, l’agitation est grande, les bataillons descendent par les boulevards au centre de la ville, musique en tête et canons en queue … dans les rangs se trouve un bon nombre de femmes, fusil au dos et court vêtues comme les camarades ; même il passe sur les boulevards un bataillon exclusivement féminin. Les fédérés gesticulent et crient La Marseillaise… La journée du lundi est donc employée par les fédérés à descendre dans les quartiers du centre, à les barricader. Les boulevards intérieurs, les deux quais de la rue du Bac, les abords de l’opéra, de Notre-Dame-de-Lorette, ainsi que les alentours de Saint-Sulpice et du Panthéon, tels sont les points spécialement travaillés, afin de protéger par une ligne continue, de Montrouge à Montmartre, le quartier général de l’Hôtel de Ville.

Si dans la matinée, il n’y avait que quelques barricades, à 10 heures les rues sont devenues impraticables, il y en a des centaines, au moins 600 sont repérées. Les magasins ferment, les boulevards se vident.

Les hommes en blouse, les messieurs en habit, les femmes en robe de soir sont réquisitionnées : un coup de main, citoyens, c’est pour votre liberté que nous allons mourir et iels travaillent à leur construction, à entasser pierres, sacs de sable.

La tour Saint-Jacques est encombrée d’hommes qui creusent pour faire des barricades, on jette depuis les fenêtres des matelas, des chaises, des meubles qui sont transformés en barricades. Le jardin des Tuileries est encombré de canons. Ce ne sont plus les barricades hautes de deux étages, ce sont des pavés, à hauteur d’homme.

Récit d’un journaliste du Daily News

« Chaque figure que je rencontrais semblait briller d’espoir et de résolutions. Le pétillement de la mousqueterie et le grondement du canon, les cris des hommes, les rires et les chants des gamins, le cliquetis des pioches et les supplications des femmes exhortant les hommes au travail, formaient un concert qui avait une sorte de terrible fascination. »

Passée la première impression, la lenteur de l’avancée versaillaise redonne espoir. Le Paris de la révolte se lève, des bataillons descendent sur l’Hôtel de Ville, musique et drapeau rouge en tête, les officiers distribuent les cartouches, les cantinières sont là. Combien sont-iels prêts à se battre ? Prosper-Olivier Lissagaray les chiffre à 12 000.

Prosper-Olivier Lissagaray, 33 ans, journaliste

Dans cette nuit, place Blanche, une barricade est élevée. A minuit, devant nous, une forme noire se détache de l’enfoncement d’une porte cochère : c’est une jeune fille, le chassepot à la main, la cartouchière aux reins. « Halte là, citoyens, on ne passe pas ». Nous nous arrêtons étonnés, nous exhibons notre laissez-passer et la citoyenne nous permet de traverser la barricade, construite et gardée par cent vingt femmes environ.

Les rues et boulevards sont éclairés, sauf les quartiers envahis, c’est une nuit de veillée d’armes, on se parle bas, on prend de l’espoir, on en donne.

Un groupe de fédérés arrête Dombrowski et tout son état-major pour le conduire devant le Comité de salut public. Un membre de la Commune, Ostyn, demande qui a donné l’ordre d’arrêter Dombrowski on ne sait lui répondre. Arrivé à l’Hôtel de ville, il s’écrie « On dit que j’ai trahi ! » . Il est immédiatement libéré. Les membres du Comité tentent de l’apaiser. Il sort, dîne à la table des officiers et à la fin du repas, serre la main à tous ses compagnons sans mot dire.

 

À Versailles

A la séance de l’Assemblée nationale, M. Thiers, après avoir donné quelques détails sur l’entrée des troupes dans Paris, ajoute : la loi sera « appliquée dans toute sa rigueur. C’est par la loi qu’il faut frapper les « misérables qui ont détruit les propriétés privées, et faisant ce qu’aucun peuple sauvage n’avait fait, ont renversé les monuments de la nation. « L’expiation sera complète ; elle aura lieu au nom des lois, par les lois, avec les lois. (Longs applaudissements sur tous les bancs.) »

Jules Simon propose, au nom du président du Conseil, un projet de loi ordonnant la reconstruction de la colonne Vendôme, qui devrait « être surmontée de la statue de la France. » Une inscription devait faire connaître la date de la destruction et celle du rétablissement. L’article 4 de ce projet porte que « le monument expiatoire élevé à la mémoire de Louis XVI serait immédiatement réparé. » L’urgence mise aux voix, est adoptée à l’unanimité, moins une voix, celle d’Henri Tolain.

 

En bref

■ L’école professionnelle du 18 rue Lhomond ouvre ses portes aujourd’hui. Les enfants âgés d’environ 12 ans et au-dessus, quel que soit l’arrondissement qu’ils habitent, seront admis pour compléter l’instruction qu’ils ont reçue dans les écoles primaires et pour y faire, en même temps, l’apprentissage d’une profession.

Les ouvriers au-dessus de 40 ans qui voudraient se présenter comme maîtres d’apprentissage devront se faire inscrire à la mairie en indiquant leur profession. Il est fait appel en même temps aux professeurs de langue vivante, de sciences, de dessin et d’histoire qui désirent prêter leur concours pour cet enseignement nouveau.

■ À la Banque de France. Dès qu’ont été connues les nouvelles des combats dans la ville, l’encaisse et les titres ont été descendus dans les caves, et les escaliers qui y mènent ont été ensablés. Le bataillon de 400 employés en armes en assure la défense.

■ À la poste. Le bâtiment a reçu un obus, égaré parmi ceux que les Versaillais tirent sur la redoute Saint-Florentin. Vers dix heures, M. Theisz apparaît, ceint de son écharpe de membre de la Commune. Il convoque tous les agents pour deux heures de l’après-midi. À cette réunion, Vermorel est présent, qui harangue les employés : « Les versaillais ont franchi l’enceinte, il faut que chaque citoyen prenne un fusil. À nous d’organiser la défense dans Paris, à vous de vous enfermer dans l’Hôtel des postes et de résister à toute agression. J’ai envoyé chercher des armes et des vivres, dans un instant on donnera un fusil à chacun de vous.

Theisz ajoute : « Mais auparavant, passez à la caisse et on vous paiera. »

Paru dans le Journal Officiel ce matin

Angleterre. On lit dans le Times du 16 mai :

Une grève sérieuse et qui menace de prendre des proportions considérables vient de se déclarer dans les fabriques de tuyau, à Nottingham. Les ouvriers attachés à la spécialité des becs de tuyau, et dont les salaires sont plus élevés que ceux alloués aux autres ouvriers, ont cependant exigé une augmentation de gages. Cette prétention ayant été repoussée par les patrons il s’en est suivi une grève à laquelle plusieurs centaines d’ouvriers ont pris part.

Malheureusement cette grève partielle a eu pour effet de s’étendre aux autres branches de l’industrie. Les ouvriers refusent, en outre, l’emploi des femmes dans la fabrique des tuyaux, et il en est résulté que les patrons se sont trouvés dans l’obligation de remplacer le travail des femmes par celui des hommes, ce qui revient beaucoup plus cher. Dans plusieurs circonstances les patrons ont dû déménager leur outillage pour aller s’installer dans des localités où ils peuvent exploiter leur industrie à meilleur compte, mais dans l’une de ces tentatives de déménagement un appareil a été fortement endommagé par la vengeance des ouvriers.

 

En débat

Tribune à propos des adresses aux soldats de Versailles – Prosper-Olivier Lissagaray, 33 ans, journaliste

[…] pas un exemplaire ne [peut] parvenir aux soldats, c’[est] la dernière illusion de beaucoup de membres de la Commune, qui, de la meilleure fois du monde, [ont] cru à une défection de l’armée, dès qu’elle serait rentré dans Paris.

Mais la situation [a] bien changé depuis le 18 mars. M. Thiers [a] soigneusement trié ses régiments, composés de bataillons et de compagnies sur lesquels on pouvait sûrement compter, les gendarmes, les sergents de ville, et les marins particulièrement féroces étant placés en serre-file. Les jeunes contingents [forment] la majorité, leur docilité les rendant plus propres que de vieux soldats à la triste besogne qu’on [attend] d’eux. Ces troupes pour la plupart ne [connaissent] pas Paris. Les officiers [n’ont] à craindre ni les souvenirs, ni les relations, ni l’influence du milieu. En outre ils [répètent] perpétuellement à leurs hommes que la Commune [n’est] qu’un ramassis de voleurs et de coquins, que les communalistes ne [font] pas de prisonniers, et qu’ils [ont] impitoyablement massacré les militaires qui avaient, au 19 mars, levé la crosse en l’air. Le contact des Versaillais avec la population été du reste à peu près impossible, il n’y [a] dans les rues que les combattants. Ajoutons que le vin et l’eau de vie ne [font] pas défaut aux troupes, l’argent non plus.

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